Société d’électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine

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La Société d’électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine (SECEMAEU) était l'une des premières entreprises métallurgiques françaises, avant sa fusion avec les Établissements Kuhlmann puis Pechiney pour donner naissance à PUK, alors première entreprise privée française. Son périmètre était en partie celui de l'actuelle Ugitech.

Histoire[modifier | modifier le code]

Paul Girod (industriel) était un ingénieur chimiste, pionnier de l’électrométallurgie des ferro-alliages et de l’acier. Il avait racheté les Papeteries Aubry de Venthon près d'Albertville pour y créer sa « Société Anonyme Électro-métallurgique Procédés Paul Girod », inaugurée en 1904, puis rebaptisée en 1908 « Forges et Aciéries Paul Girod ». À la suite d'une crise de liquidités en 1922, la Banque Laydernier ne souhaitant pas financer trop sa ligne à haute-tension Lyon-Albertville, il est évincé, juste après avoir finalisé la fusion avec la Société d'électrochimie d'Henry Gall, qui avait elle-même fusionné trois ans, en 1919, avec la Société électro-métallurgique du Giffre de Jules Barut et dès 1916 avec La Volta lyonnaise[1].

En 1922, Jules Barut devient administrateur-délégué, aux côtés du directeur Georges Painvin, de la nouvelle société née de la fusion, la « Société d’électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine » (SECEMAEU). Son périmètre ne changera plus pendant 40 ans et elle va connaitre une très forte croissance. Dans les années 1920, comme ce sera le cas dans les années 1950 et les années 1960, Pechiney produit 80 % de l'aluminium français, et la société autour de 20 %[2]. Toutes deux sont associées au sein du consortium « l'aluminium français », fondé en 1911 par Adrien Badin, et partagent certains coûts, en particulier ceux de l'expansion aux États-Unis.

Mais le principal fonds de commerce de la (SECEMAEU) devient l'acier inoxydable, destinés à deux marchés en forte croissance, l'automobile et l'aéronautique. Le procédé Ugine-Perrin, mis au point par le jeune ingénieur René Marie Victor Perrin, aura à partir de 1925 un retentissement considérable sur le plan national et international pour la fabrication d'acier inoxydable. À la suite de cette découverte, l'entreprise investit dans sa puissance électrique : le torrent à régime glaciaire du Bon-Nant est dérivé au Lac de la Girotte, afin de pouvoir compenser la baisse du niveau des torrents non-glaciaires à l'été, dans la partie du réseau électrique située dans le Beaufortain, massif qui n'a pas de glacier et peu d'enneigement estival. À partir de 1925, une galerie souterraine de 4,6 kilomètres ira puiser aux sources du Bon-Nant, au plan du Bonhomme (1 910 mètres), en passant sous le col de la fenêtre, convoyant 10 millions de mètres cubes d'eau qu'elle amène au barrage de la Girotte, qui est alors un barrage naturel, percé d'un tunnel d'écoulement saisonnier, à 80 mètres sous la surface de l'eau.

Ces investissements entraînent une augmentation de la population de la mini-agglomération d'Ugine, qui passe 3 795 personnes en 1921 à 5951 en 1931, dont une majorité d'étrangers soit 3 347 personnes. Parmi ces derniers, la majorité vient de Vénétie et plus particulièrement de la province de Trévise[3]. La progression la plus forte a lieu à partir de 1926:

Période 1906-1911 1911-1921 1921-1926 1926-1931
Accroissement de la population 788 431 987 1197

Pechiney monte au capital en 1928, lorsque la société détient quinze usines en France. Paul Girod est entré au conseil d'administration, en tant que vice-président et a reçu 36 000 actions de 500 francs. Mais il est écarté de l'exécutif. La production d'inox s'étend en 1938 au versant sud du Beaufortain[4].

La société est réquisitionnée sous l'Occupation, car jugée stratégique par les Allemands, mais son action reste cotée, passant de 698 francs en 1940 à 2 950 francs en 1944[5]. En 1948, elle est presque aussi riche que Pechiney, dont le capital est passé de 344 millions en 1939 à 3 milliards de francs, et qui a la 14e capitalisation boursière française, avec 6,7 milliards de francs. Celui de la SECEMAEU est passé de 440 millions de francs en 1945 à 2,3 milliards de francs en 1948[6]. Les réseaux électriques sont alors confiés à EDF en échange de tarifs encourageants pour les industriels.

Les dérivés du procédé Ugine-Perrin sont toujours à la pointe de la technologie, 40 ans après son invention; L'installation des hauts fourneaux d'Usinor à Dunkerque, pour profiter des dérivés du Procédé Ugine-Perrin dans les aciers inox est prévue dès 1956[7] et déployée également lors de l'inauguration du complexe sidérurgique géant de Fos-sur-Mer[8], auquel la société d'Ugine prend part.

La SECEMAEU a fusionné avec la « Société des Produits Azotés » en 1962, puis avec les Établissements Kuhlmann en décembre 1966[9] et enfin en 1971 avec Pechiney, pour donner naissance à PUK, alors première entreprise privée française. En 1987, elle réalise 20 milliards de francs de chiffres d'affaires dont les trois-quarts à l'export, grâce à sa percée aux États-Unis, avec un bénéfice net de 1,6 milliard de francs[10]. Cédée ensuite à Usinor, son périmètre est alors redessiné, après l'introduction en bourse en 1993 de sa filiale américaine J & L, au New York Stock Exchange puis la société est rachetée par le Groupe Schmolz Bickenbach et devient Ugitech.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Chatriot, Danièle Fraboulet, Patrick Fridenson et Hervé Joly, Dictionnaire historique des patrons francais, Flammarion, (ISBN 9782081255166, lire en ligne)
  2. Gérard Vindt, Les hommes de l'aluminium, Editions de l'Atelier, (ISBN 9782708238473, lire en ligne)
  3. Jean Miège, « Le développement d'Ugine (Savoie) (1901-1933) », Revue de Géographie Alpine, vol. 22, no 3,‎ , p. 649–660 (DOI 10.3406/rga.1934.5113, lire en ligne, consulté le 28 avril 2019)
  4. L’usine de Moûtiers est consacrée à la préparation des alliages de chrome et de nickel pour la fabrication des inox, L'industrie en Savoie par Louis Chabert ([1]
  5. Pauline Destrem et Dominique Destrem, A la botte: la bourse sous l'occupation, L'AGE D'HOMME, (ISBN 9782825117583, lire en ligne), p. 61
  6. René Clozier, « Les sociétés milliardaires en France », L'Information Géographique, vol. 14, no 2,‎ , p. 69 (DOI 10.3406/ingeo.1950.5965, lire en ligne, consulté le 28 avril 2019)
  7. Jean-Pierre Rioux, France de la Quatrième République. L'Expansion et l'Impuissance (1952-1958), Points, (ISBN 9782757839478, lire en ligne)
  8. Olivier C. A. BISANTI, « L’aventure sidérurgique de Fos-sur-Mer : Logiques d’hier, d'aujourd'hui et de demain » [PDF]
  9. « Société chimique de France »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  10. Guillaume Franck, A la conquête du marché américain, Odile Jacob, (ISBN 9782738104731, lire en ligne), p. 143
  11. a et b Cfdt Carbone Savoie
  12. Revue La Houille blanche - page 81, 1922
  13. a et b "Un siècle d'économie en Savoie, 1900-2000", par Louis Chabert, Jean-Marie Albertini, Jacques Champ, et Pierre Préau [2]