Septemberprogramm

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Le Septemberprogramm (Programme de septembre) est la recension des buts de guerre poursuivi par le chancelier allemand Theobald von Bethmann Hollweg pour le conflit qui commence. Il est rendu public le 9 septembre 1914, cinq semaines après le début de la guerre.

Alors que l'avancée des troupes allemandes sur les fronts est et ouest semble inexorable, la première bataille de la Marne s'est engagée le 5 septembre. Le Septemberprogramm détaille, dans un contexte de victoire annoncée, les conditions allemandes de paix victorieuse.

C'est un programme expansionniste en Europe qui vise à mettre en place une Mitteleuropa sous domination politique et économique allemande. Ce programme connaît une réalisation partielle à la suite de la révolution russe de novembre 1917 et la paix de Brest-Litovsk qui en découle mais les reculs de l'armée allemande et de ses alliés, la situation insurrectionnelle et l'armistice de novembre 1918 en sonnent alors définitivement le glas.

élaboration[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Présenté le 9 septembre 1914, ce programme non seulement définit les objectifs politiques, économiques du chancelier, perçu jusque dans les années 1960 comme un homme d'État modéré[1], sur les frontières occidentales du Reich, mais reprend les objectifs des dirigeants politiques militaires du Reich et des milieux économiques[2].

Le texte qui porte le nom de « programme de septembre » a été rédigé entre le 6 et le 9 septembre, alors que le succès de la contre-offensive française n'est pas encore connu[3].

Dans le même temps, au début du mois de septembre, d'autres instances, au sein du gouvernement du Reich, du haut-commandement ou parmi les milieux nationalistes formulent également un programme de buts de guerre : à la fin du mois d'aout, Arthur Zimmermann, alors sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, propose la mise en place d'une tutelle économique, contre les partisans de larges annexions en Europe[4]. Ainsi, la ligue pangermaniste de Heinrich Class expose, peu de temps après le 9 septembre, les propres objectifs qu'elle assigne à une paix victorieuse[2].

Auteurs[modifier | modifier le code]

Ce programme de « paix » est le fruit d'accords entre les principaux responsables économiques du Reich, le directeur de la Deutsche Bank, Arthur von Gwinner, et le directeur de la compagnie électrique AEG, Walter Rathenau[5].

Durant la période suivant immédiatement sa rédaction, les responsables des principales entreprises allemandes appuient les rédacteurs par la publication d'un certain nombre de mémoires en soutien aux objectifs définis dans le mémoire de Gwinner et Rathenau[6].

Destinataires[modifier | modifier le code]

Élaboré par des représentants des milieux économiques, il est destiné au chancelier, mais, ce dernier partageant son temps entre le siège du commandement et la chancellerie du Reich, ce programme de buts de guerre est adressé à Clémens von Dellbrück, alors en charge des affaires courantes à Berlin[7].

Par delà les destinataires institutionnels, les rédacteurs du Septemberprogramm auraient souhaité manifester la puissance du Reich, alors qu'il semble clair que la Grande-Bretagne est en train de se donner les moyens d'une interventions massive dans le conflit qui s'annonce[8].

La définition des buts de guerre allemands[modifier | modifier le code]

Le programme de Septembre assigne au conflit qui débute à l'Ouest des objectifs de différentes natures, afin d'assurer au Reich une sécurité aussi bien politique, qu'économique et militaire sur ses frontières[N 1],[9], dans le cadre d'une paix qui ne pourra plus être « troublée » par aucun adversaire, selon le mot de Moltke le jeune[3].

Buts politiques[modifier | modifier le code]

De larges régions limitrophes sont promises à une incorporation au Reich, même si la liste de ces régions constitue une pomme de discorde entre les différents acteurs politiques et économiques du Reich; Selon Annie Lacroix-Riz, ces divergences s'avèrent mineures et ne portent que sur la nature du contrôle exercé par le Reich sur les régions convoitées[5] ou sur l'importance des régions contrôlées par le Reich[6].

L'annexion du bassin du Briey, en Lorraine française, de Liège et de Verviers en Belgique font cependant l'objet d'un large consensus[9]; à ces annexions en Belgique s'ajoutent des revendications sur Anvers, devant être placée sous une stricte dépendance du Reich[10] : ce royaume serait ainsi réduit au rang d'état vassal du Reich, dont les modalités de la sujétion sont précisément étudiées par les hommes d'État allemand à partir du mois d'octobre 1914, sur ordre du chancelier en personne[11].

De larges portions de territoires sont ainsi promises à l'annexion par le Reich, sous la forme d'annexion à la Prusse, aux États fédérés au sein du Reich[5] ou de l'acceptation au sein du Reich d'un nouvel État fédéré, le Grand-Duché du Luxembourg, agrandi du Luxembourg belge[9].

À ces objectifs territoriaux en Europe s'ajoutent des projets territoriaux ultra-marins[5], devant notamment permettre la constitution d'un empire colonial en Afrique centrale, la Mittelafrika centrée sur le bassin du Congo, aux dépens de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique[10] et du Portugal, alors neutre; les rédacteurs allemands souhaitent la constitution d'un bloc colonial allemand en Afrique, composé de l'Angola, du Nord du Mozambique, du Congo belge et de l'Afrique équatoriale française, tandis que le Togo serait agrandi par l'annexion du Dahomey et de la Sénégambie[4].

Au terme de ces annexions européennes et extra-européennes, la France et la Belgique seraient placées sous une étroite dépendance allemande[9].

Face à la Russie, les concepteurs du programme prévoient le refoulement de la Russie et la constitution d'États frontaliers placés sous un sévère contrôle du Reich, dans le cadre d'un ensemble plus vaste, la Mitteleuropa, totalement inféodé au Reich, tant du point de vue politique qu'économique[10].

Buts militaires[modifier | modifier le code]

Le principal adversaire militaire du Reich étant la France, une attention toute particulière est portée sur le démantèlement des capacités militaire de la France; le démantèlement des fortifications entre Dunkerque et Boulogne sont ainsi exigées[10].

Buts économiques[modifier | modifier le code]

À ces clauses politiques et militaires s'ajoutent des clauses économiques, destinées à interdire aux adversaires du Reich de disposer des moyens de préparer une guerre de revanche[10] et à permettre la constitution d'une Mitteleuropa sous domination allemande[12].

En effet, souhaitant ne pas rééditer l'erreur de Bismarck, Bethmann-Hollweg propose la mise en place du versement d'une indemnité de guerre sur de nombreuses années, afin d'empêcher la France de consacrer des sommes importantes à son réarmement[9].

De plus, des traités de commerce, joints aux traités de paix, sont sensés mettre les pays vaincus sous une stricte tutelle économique du Reich[10], notamment la France[N 2] [13].

Les annexions et prises de contrôle de territoires à l'Ouest et en Afrique doivent aboutir à la constitution d'un ensemble économique basé sur l'autarcie[2].

Le Programme de septembre, projet allemand de paix victorieuse[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain de la défaite allemande sur la Marne, le chancelier est parfaitement conscient que la réalisation de son programme est conditionné par la victoire du Reich[2].

Équilibre et contestations du programme du chancelier[modifier | modifier le code]

Rapidement, le programme du chancelier, savant mélange des aspirations des milieux politiques et économiques du Reich, est rapidement contesté par les nationalistes de la Ligue pangermaniste, regroupée autour de Heinrich Class, qui rédige son propre programme de septembre[2], ou par les industriels, August Thyssen notamment, qui proposent eux aussi les objectifs qu'ils assignent au conflit : Le mémorandum remis au nom de celui-ci par Matthias Erzberger le 9 septembre, jour de la publication du programme du chancelier, prévoit de larges annexions à l'Ouest, repoussant la frontière française sur la Meuse, et à l'Est, le bassin du Don et la Crimée[14].

Cependant, en dépit de ces projets annexionnistes de grande ampleur et des fluctuations tactiques, le programme de septembre demeure, jusqu'aux derniers jours précédant l'armistice, la trame de base de l'ensemble de la politique étrangère du Reich durant le conflit[2].

Permanence du Septemberprogramm durant le conflit[modifier | modifier le code]

Au cours du conflit et au-delà[15], les propositions du Septemberprogramm ont servi de base à la fois pour l'élaboration des buts de guerre du chancelier, notamment en mars 1916 et pour les tentatives allemandes de négociations avec la France et la Grande-Bretagne[3].

Après la destitution de Bethmann-Hollweg, les propositions contenues dans le Septemberprogramm sont reprises par ses successeurs, comme par ses opposants, même si il apparaît modéré aux yeux de celui-ci comme des pangermanistes[2]. Ainsi, en 1917, lorsque les militaires allemands, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff prennent le contrôle du gouvernement civil, les buts de guerre définis en 1914 ne connaissent pas de profondes modifications[16].

Dans l'historiographie[modifier | modifier le code]

Les enjeux historiographiques autour de ce programme de buts de guerre ont largement recouvert les termes de la controverse autour des thèses de Fritz Fischer : ayant suscité de fortes réserves dans le monde universitaire allemand, ce programme, rédigé par des acteurs du monde économique, a en réalité remis en cause la primauté du politique dans le déclenchement du conflit, puisque les objectifs économiques déterminent les projets annexionnistes du gouvernement du Reich[17].

La découverte du Septemberprogramm par Fritz Fischer[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fritz Fischer.

En Allemagne, l'historien Fritz Fischer, dans ses textes, cherche à démontrer l'importance dans la formulation des buts de guerre allemands durant le premier conflit mondial[6], en affirmant à la fois que les objectifs politiques et économiques de ce programme ont constitué la clé de voûte de tous les projets allemands de sortie de guerre[18].

Dès l'ouverture de son ouvrage, les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, Fischer propose une analyse détaillée du programme de paix d'un Reich victorieux[19]. À ses yeux, le Septemberprogramm ne constitue pas un document de circonstance, mais le fil conducteur de la politique menée par le Reich durant le conflit[1].

Rapidement Fritz Fischer, avec son analyse du Septemberprogramm fournit des éléments d'analyse du Troisième Reich et de sa politique extérieure, insistant sur les continuités entre la politique menée par le Reich Wihlelminien durant la Première Guerre mondiale et la politique extérieure du Troisième Reich[20]. Cependant, il se positionne contre ceux qui, lors de la publication de ses ouvrages, affirment que les conditions de paix dictées en 1919 au Reich vaincu auraient été responsables de l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933[21].

Le Septemberprogramm dans la controverse Fischer[modifier | modifier le code]

Rapidement, le Septemberprogramm constitue l'un des éléments de ce que les historiens ont appelé la « controverse Fischer », centrée sur l'analyse des permanences au sein de la société allemande entre le début du XXe et le Troisième Reich[22].

Ainsi, dès les années 1960, les débats historiographiques se focalisent sur l'importance du Septemberprogramm à la fois dans la conduite de la guerre par le Reich[16] et dans l'histoire allemande : Ainsi les historiens Golo Mann et Michael Freund reprochent ainsi à la mise en exergue opérée par Ficher de poser les bases d'une continuité entre le déclenchement du conflit, la politique de Gustav Stresemann et la nouvelle diplomatie mise en œuvre à partir de 1933[23], tandis que l'historien Egmont Zechlin analyse ce texte comme un document de circonstance, rédigé dans le contexte du renforcement des liens entre la Grande-Bretagne et la Russie, afin de signifier aux responsables britanniques que le Royaume-Uni serait dans l'incapacité de gagner la guerre[24].

De plus, dès la publication de ses thèses, Fischer doit non seulement le défendre, mais aussi consolider son argumentation. Le Septemberprogramm étant un inventaire des buts de guerre allemands. Ainsi, dans son ouvrage Weltmacht oder Niedergang (puissance mondiale ou déclin), Fischer confère au programme de septembre des objectifs également intérieurs allemands, tout l'intégrant dans une politique allemande de moyen terme[25].

En France, l'historien Georges-Henri Soutou a notamment affirmé que le programme de septembre relève d'un « processus d'impérialisme économique parfaitement mythique »[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les rédacteurs ne développent pas précisément les buts de guerre allemands en Europe orientale.
  2. Les alliés du Reich sont promis à une union douanière avec le Reich.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Droz, Les causes de la Première Guerre mondiale : essai d'historiographie, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire » (no 11),‎ , 192 p. (ISBN 978-2-020-00656-9)
  • Édouard Husson, Comprendre Hitler et la Shoah. Les Historiens de la République Fédérale d'Allemagne et l'identité allemande depuis 1949, Paris, Presses Universitaires de France,‎ , 415 p.
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Ian Kershaw, Qu'est-ce que le nazisme? Problèmes et Perspectives d'interprétation, Paris, Folio,‎ , 415 p. (ISBN 978-2-070-326761)
  • Annie Lacroix-Riz, Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine, Paris, Delga,‎ , 193 p. (ISBN 978-2-915854-63-3)
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]