Buts de guerre de la Première Guerre mondiale

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La perte de l’Alsace-Lorraine par Emmanuel Benner, 1895.
La restitution des provinces perdues d'Alsace-Lorraine est un des buts de guerre formulés par la France.

Les buts de guerre de la Première Guerre mondiale ont été établis après le début du conflit. Ils reflètent ce que les gouvernements et de l'opinion publique des États belligérants veulent atteindre sur le plan territorial, politique ou économique. Les concepts de but de guerre, de raison de guerre ou d'origine de la guerre n'ont la plupart du temps pas été différenciés. Bien que les buts de guerre affichés ou tenus secrets recouvrent en partie des exigences extrêmes comme des annexions, l'entrée en guerre ne peut être uniquement expliquée à travers ces buts. Toutefois, il y a des cas où raison de guerre et buts de guerre se recouvrent, comme c'est par exemple cas pour l'Italie, la Roumanie ou la Bulgarie.

Pendant la Première Guerre mondiale, après le déclenchement du conflit, sont venues se greffer sur le casus belli de départ des revendications de guerre qui n'ont vu le jour et ne se sont modifiées que durant le conflit. Le professeur Ernst Rudolf Huber estime que « du point de vue des buts de guerre annexionnistes, on ne peut formuler le reproche ni pour l'une ni pour l'autre des parties d'être entrées dans la guerre, vu le fondement de cette dernière, comme dans une guerre de conquête[1] ». Pendant et après la guerre, la responsabilité de la guerre et les buts de guerre ne sont considérés que comme étant les deux faces de la même médaille, bien que le lien étroit entre ces deux aspects ne soit qu'une apparence[2]. Les buts de guerre sont aussi des armes de guerre, en particulier pour les Alliés occidentaux qui les utilisent aussi dans ce sens[3].

Difficultés de formulation[modifier | modifier le code]

La formulation des buts de guerre est délicate pour la plupart des belligérants. Beaucoup considèrent cela comme dangereux et inutile, car la proclamation de buts de guerre concrets pourrait entraîner des obligations qu'il serait préférable d'éviter : ne pas atteindre les buts de guerre annoncés publiquement pourrait en effet être perçu par la suite comme une défaite. Les gouvernements ne parlent, dans la première phase de la guerre, des buts de guerre que de manière générale, et cela jusqu'en 1917[4] ; ils se consacre plus volontiers à rallier l'opinion publique à l'idée de victoire. Les buts de guerre détaillés sont secondaires, seul le caractère héroïque de la guerre compte. D'un autre côté, les aspirations d'expansion exprimées publiquement ont une influence négative sur la position des états neutres. Par la suite, la formulation publique des buts de guerre se révèle souvent nécessaire pour déterminer si lutter pour telle ou telle ambition en vaut toujours la peine[5].

Les zones tampons et les corrections de frontières jouent encore un rôle prépondérant dans les différentes réflexions, bien que les distances ne soient plus aussi significatives qu'elles l'étaient au XIXe siècle du fait des progrès technologiques. Pour Gerhard Ritter, « le fait que les reports de frontières n'ont plus qu'une signification militaire réduite à l'époque des guerres de masse, des moyens de transport modernes et des avions n'était pas du tout familier aux militaires de métiers[6] », et donc également méconnu des hommes politiques et des journalistes. Le nationalisme a rendu les peuples sensibles à la question des frontières et des pertes territoriales, si bien que toute atteinte à ces dernières a des conséquences diplomatiques désastreuses durables. À l'époque du nationalisme et de l'impérialisme, presque personne ne reconnaît que les annexions n'affaibliraient pas l'ennemi et ainsi que la paix ne pourrait pas être assurée, mais au contraire de nouveau mise en danger[7].

Tout comme les Alliés, les Empires centraux utilisent les buts de guerre pour encourager leur population, leurs alliés ou les pays neutres, ou bien les brandissent pour menacer et ainsi décourager leurs ennemis[8]. La politique des buts de guerre de chaque camp comporte également un aspect économique : occuper ou exercer une influence dans les secteurs commerciaux pour ses propres exportations d'une part et obtenir de nouvelles sources de matières premières d'autre part.

Buts de guerre des Empires centraux[modifier | modifier le code]

Empire allemand[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Septemberprogramm.

Buts de guerre au début du conflit[modifier | modifier le code]

Le chancelier Theobald von Bethmann Hollweg

La conception qu'a l'Empire allemand de la guerre qui éclate est celle d'une guerre défensive, mais les victoires rapides de l'armée allemande sur le front de l'ouest conduisent à la formulation de gigantesques projets d'annexions[9]. Le but principalement économique formulé avant-guerre d'une expansion coloniale en Afrique et en Asie mineure est vite remplacé par une expansion générale de la puissance allemande en Europe, l'Allemagne se sentant en danger du fait de sa position centrale. Par des annexions à l'est et à l'ouest dans des proportions en partie extrêmes, l'Empire allemand veut assurer durablement son hégémonie européenne. Ce n'est qu'après cela que le combat pour la place au soleil a de bonnes chances d'aboutir[10],[11].

Le 9 septembre 1914, le chancelier Bethmann Hollweg définit avec Kurt Riezler les buts de guerre allemands dans son Septemberprogramm. Depuis la fondation de l'Empire, l'Allemagne veut assurer sa puissance et faire valoir ses revendications d'une politique mondiale. Le programme de septembre est alors axé sur une sécurisation de l'Empire à l'ouest comme à l'est, sécurisation qui passe par l'affaiblissement de la France ; celle-ci doit ainsi perdre son statut de grande puissance et devenir dépendante économiquement de l'Allemagne. La France doit entre autres céder le bassin de Briey ainsi qu'une partie de la côte allant de Dunkerque à Boulogne-sur-Mer[12]. Pour la Belgique, le chancelier prévoit également un large programme d'annexions, Liège et Verviers doivent être annexées à la Prusse et le pays entier doit devenir un État vassal et une province économique allemande[12]. Le Luxembourg et les Pays-Bas doivent également être annexés à l'Allemagne[13].

La Russie doit elle aussi être affaiblie, notamment en ce qui concerne l'influence qu'elle exerce sur les pays frontaliers. La puissance allemande en Europe doit également passer par la création d'une union douanière[14] regroupant la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, l'Autriche-Hongrie, la Pologne et éventuellement l'Italie, la Suède et la Norvège. Le Septemberprogramm correspond aux idées et aux souhaits des cercles dirigeants politiques, économiques et militaires. Les industriels souhaitent que l'Empire allemand intervienne dans l'autonomie des autres États, en particulier les sidérurgistes allemands en ce qui concerne le bassin de Briey-Longwy[15]. Le programme est le résultat de la mise en commun de nombreux programmes sur la future Europe.

Les députés au Reichstag sont en partie tous favorables aux annexions annoncées par le Septemberprogramm, seuls les sociaux-démocrates s'y opposent[16]. Cependant, à partir de 1915, les premières contradictions se font jour[17]. Après que les buts de guerre (pour la plupart irréalistes) ont été formulés dans l'euphorie des premières semaines du conflit, Bethmann Hollweg fait interdire à la fin 1914 les débats publics sur les buts de guerre par rapport aux pays neutres et au monde ouvrier allemand. Toutefois, l'effet de cette mesure est limité, et elle est très vite levée sous la pression du troisième Oberste Heeresleitung (OHL), ainsi qu'en raison de la mobilisation psychologique des populations lasses de la guerre. En autorisant cette discussion, l'OHL met en place un moyen décisif en vue d'une guerre totale et d'une conduite idéologique de la guerre[18].

Un des buts de guerre allemands : l'Afrique centrale allemande

Le noyau de la politique des buts de guerre allemande à l'ouest reste la Belgique. Depuis le programme de septembre, aucun des responsables politiques ne démord de l'idée que la Belgique doit devenir un État vassal en réalisant des annexions aussi importantes que possible[19]. Le deuxième but de guerre majeur est la domination plus ou moins directe de la Pologne, parallèlement à l'annexion d'une bande frontalière[20]. Certains réclament également des agrandissements territoriaux en Courlande et en Lituanie, d'une part parce que ces territoires sont voisins et d'autre part parce qu'ils intègrent une population non-russe et même une minorité allemande, les Germano-Baltes[21]. Comme pour la bande frontalière polonaise, on prévoit de repousser les Lettons sur leur territoire en installant sur des domaines de la couronne russe, des domaines ecclésiastiques ou des grandes exploitations terriennes des Allemands installés en Russie, parallèlement aux possessions de l'aristocratie germano-balte. Les composantes nationales (völkisch) motivant cette colonisation apparaissent alors comme une composante de la politique des buts de guerre[22].

Le but de guerre qu'est la constitution d'une Afrique centrale allemande est ardemment poursuivi. Wilhelm Solf, secrétaire d'État aux colonies, fait en août et septembre 1914 une proposition à ce sujet : la répartition des colonies françaises, belges et portugaises en Afrique que Bethmann Hollweg avait incluses dans le Septemberprogramm[23]. Malgré le flot annexionniste qui connaît son apogée à l'été 1915, les volontés de conquête s'estompent relativement vite dans de larges cercles de la population en raison des conséquences de la guerre. À la psychose de guerre de l'été 1914-1915 suit le désenchantement d'une grande partie de la population[24]. La propagande annexionniste est surtout efficace dans les couches industrielles et intellectuelle contrairement à tous les cercles de la population lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans la deuxième moitié de la guerre, l'expression socialiste « paix sans annexions[25] » est très populaire. La morosité, principalement chez les soldats, se dirige contre la Ligue pangermaniste et ses membres bellicistes.

Les buts de guerre vers la fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Carte des conséquences du Traité de Brest-Litovsk

Dans le cadre de la politique des États frontaliers (en allemand Randstaatenpolitik) de l'Allemagne qui consiste à repousser la Russie en créant une zone d'États tampons allant de la Finlande jusqu'à l'Ukraine, le point d'ancrage de la volonté expansionniste allemande à l'est se situe avant tout dans les pays baltes. La majorité des cercles dirigeants en Allemagne, de la droite jusqu'à la gauche anti-tsariste, tient à un concept de division[26]. Le traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 avec l'Union soviétique prévoit la sécession de la Pologne, de la Lituanie, de l'Estonie et de la Courlande de la Russie, ainsi que l'indépendance de l'Ukraine et de la Finlande. La Russie doit retirer ses troupes de Finlande et de la province de Kars avec les villes de Ardahan, Kars et Batumi. La Russie perd alors 26 % des territoires sous sa domination, 27 % des terres cultivables, 26 % du réseau de chemins de fer, 33 % de l'industrie textile, 73 % de l'industrie sidérurgique et 75 % des mines de charbon[27].

1918 représente l'apogée des projets de l'Allemagne concernant ses buts de guerre. Entre le moment de la signature du traité de Brest-Litovsk et la défaite des Empires centraux, l'Empire allemand formule une volonté d'annexions étendues à l'est et au sud-est. Pendant les négociations concernant les clauses supplémentaires du traité de Brest-Litovsk, Ludendorff essaie d'amener dans la sphère d'influence allemandes les territoires de Lituanie, d'Estonie et de Crimée, les territoires de cosaques du Kouban et du Don comme pont vers le Caucase, le territoire du Caucase en lui-même, le territoire des Tatares, des cosaques d'Astrakhan et des Turkmènes, ainsi que le Turkestan. L'empereur avoue sa réticence à ses propositions, tout en finissant par les tolérer[28]. Ce dernier projette en effet, après la cession de la Pologne, des provinces baltes et du Caucase, de diviser la Russie en quatre États tsaristes indépendants : l'Ukraine, le Südostbund (Silésie et Posnanie) comme territoire anti-bolchéviste entre l'Ukraine et la mer Caspienne, la Zentralrussland et la Sibérie. Ce projet ferait naître un « pont vers l'Asie centrale pour menacer la position anglaise en Inde[29] ». Le projet d'un Südostbund est quant à lui en concurrence avec les vues de l'Empire ottoman[30].

Le général Erich Ludendorff

Ludendorff ne croit pas à une séparation étatique durable de l'Ukraine vis-à-vis de la Russie. C'est pourquoi il développe une stratégie selon laquelle la sphère d'influence allemande doit être étendue en Russie pour faire contrepoids au bolchévisme. D'un côté, l'éphémère État de Crimée-Taurie doit servir de territoire de colonisation pour les Allemands de Russie, et d'un autre côté, le territoire de Kouban et du Don servir de liaison vers le Caucase. La Crimée doit devenir un État colonial occupé en permanence par des Allemands et servir de base maritime importante pour l'influence allemande dans le Caucase et le Proche-Orient. Ludendorff développe également l'idée d'un bloc caucasien allemand avec la Géorgie comme noyau. Toutefois, celle-ci se révèle être complètement utopique en raison du trop grand éloignement et de la domination turque[31]. Les traités complémentaires au traité de Brest-Litovsk du 27 août 1918 marquent certes une nouvelle humiliation russe, mais mettent également un terme provisoire aux plans d'annexions allemands[11]. Les États frontaliers de la Russie, de la Finlande jusqu'à la Géorgie, ne sont pas directement annexés mais dépendent étroitement en manière de politique économique et militaire de l'Empire allemand.

Le déclin de plus en plus important de la puissance russe à cause de la révolution et la désinvolture face à l'entrée en guerre américaine déclenchent une volonté encore plus grande d'une « chevauchée à l'Est[32] ». Mais la question alors discutée au sein des cercles dirigeants allemands consiste également à savoir si une Europe centrale dominée par l'Allemagne pourrait s'imposer dans une guerre future contre les deux grandes puissances maritimes que sont le Royaume-Uni et les États-Unis. Les deux puissances mondiales ont en définitive un recours illimité au potentiel économique mondial avec toutes les ressources qu'il comporte. En réponse à cette constatation, les planificateurs allemands développent l'idée d'une sphère allemande se déployant du golfe de Gascogne jusqu'à l'Oural. La sphère orientale, fermée du point de l'économie militaire et capable de se défendre, en autarcie et pouvant résister à tout blocus, faisant contrepoids aux puissances maritimes, remplace alors l'Europe centrale dans les buts de guerre allemands[33]. La conception d'une Europe centrale faible du fait d'une dépendance des autres États souverains et de réserves de matières premières limitées est abandonnée[34].

Les buts de guerre allemands et la recherche[modifier | modifier le code]

Contrairement à la majorité des autres belligérants, l'Allemagne n'a pas de but de guerre naturel, ce qui a entraîné la recherche de buts artificiels, qui ne pouvaient donc être ancrés dans la conscience populaire. Le manque de buts nationaux tangibles a conduit à une concentration vers une pure et simple expansion du pouvoir[35]. Cette expansion du pouvoir, critique et mesurée ou radicale et excessive, est l'expression d'une conscience politique spécifique à l'ère wilhelmienne : elle comprend l'accumulation de pouvoir comme le noyau de l'existence d'un État. Les conflits de pouvoir apparaissent alors comme la force motrice la plus profonde de l'Histoire[36]. Commencer une guerre, prendre des territoires à un État étranger, a été de tout temps le droit indiscutable de tout État souverain. L'Allemagne passe à côté du revirement en politique et au sein de l'opinion publique en formulant avec cette évidence les buts de guerre et en mettant en œuvre tous les moyens politiques et militaires disponibles[37].

Le débat autour des buts de guerre allemands n'oppose pas possibilités d'expansion et de paix, mais versions mesurées et extrêmes d'une « paix allemande ». Les annexionnistes essaient, pour le dire simplement, de résoudre par l'expansion les grands problèmes de l'Empire en matière de politique étrangère. Les autres, plus mesurés, essaient par contre d'atteindre ce but par des réformes intérieures, sans pour autant exclure l'expansion. La majorité des partisans de la modération ont moins de poids que les annexionnistes, mais ils trouvent chez Bethmann Hollweg une oreille attentive. Cependant, contrairement à d'autres opposants, ils ne sont pas des agitateurs de masses. Le camp des mesurés reste isolé des ouvriers et démuni, tout comme Bethmann Hollweg, face au mouvement de masse annexionniste. On aperçoit donc une disproportion entre une forte influence « vers le haut » et un manque de portée « vers le bas ». Chez les annexionnistes, on observe, au moins jusqu'à la mise en place de la troisième OHL, exactement le contraire, ce qui conduit à un sentiment d'infériorité dans le camp des mesurés, bien que leur action ait été confirmée par le cours des événements. Cet état d'esprit va perdurer pendant la République de Weimar[38].

Alfred von Tirpitz, partisan d'une politique mondiale

Les mobiles du mouvement des buts de guerre sont nombreux et imbriqués. Ils vont de simples peurs à des intérêts économiques particuliers en passant par des rêves flagrants de toute-puissance. Les attentes de l'opinion publique allemandes, aiguisées par l'agitation nationaliste, limitent les possibilités d'action du gouvernement impérial (encore relativement objectif) de Bethmann Hollweg, et augmentent la divergence entre les illusions de politique mondiale et les réalités du continent européen[39]. La politique étrangère d'avant et d'après-guerre fait sans cette apparaître la division politico-géographique ancienne de l'Allemagne. La rupture avec le Royaume-Uni est encouragée et saluée par le parti de la flotte, l'industrie lourde, l'aile antiploutocrate des couches moyennes prussiennes, ainsi que par les Junker, situation que l'on retrouve principalement dans l'Allemagne du nord. Le combat contre la Russie trouve par contre plus de soutien dans l'Allemagne du sud, chez les sympathisants des Habsbourg et au sein de la branche des financiers. Bethmann Hollweg fait partie des partisans d'une politique continentale. Dans les premières années de la guerre, Alfred von Tirpitz est son principal adversaire[40].

On voit apparaître ici la tentative ancienne de résoudre des problèmes intérieurs par l'expansion territoriale. Les élites agraires et industrielles du pouvoir traditionnel de l'Empire ont essayé d'empêcher les réformes nécessaires par une victoire, afin d'affirmer leur position sociale au sein du pays. C'est ainsi qu'une paix de conciliation est restée impensable pour les dirigeants allemands, tant elle aurait signifié une perte de leur pouvoir de manière aussi certaine qu'une défaite venue de l'extérieur. Le tant voulu Imperium Germanicum n'a pas seulement échoué à cause de la « continuité dans l'erreur[41] », mais dans les défauts des structures internes de l'Empire, qui n'était alors pas capable de s'auto-limiter dans la domination sur l'Europe continentale. L'échec est également à imputer aux exigences de l'époque et au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui y est associé et que l'Empire n'a au fond pas vraiment accepté[42]. D'après la théorie de l'impérialisme sociale de Hans-Ulrich Wehler, l'Empire avait déjà développé à l'époque d'Otto von Bismarck la stratégie politique consistant à contrebalancer (et sans doute neutraliser) les tensions sociales intérieures par une politique étrangère basée sur un impérialisme colonial renforcé. La guerre offre alors la possibilité d'une fuite en avant. D'après Wehler, les buts de guerre allemands avaient pour les élites du pouvoir un aspect fondamental, celui de « parenthèses d'intégration », celui d'un moyen servant à créer l'unité politique et sociale au sein d'une société wilhelmienne fortement divisée[43].

De par sa puissance militaire, son potentiel économique et son étendue territoriale, l'Empire allemand était la plus forte des puissances européennes. Toute volonté d'expansion de sa part entrait alors en opposition avec l'équilibre des forces en Europe. Selon Ludwig Dehio, si l'Allemagne s'était maintenue face à une coalition la plus forte possible, elle aurait obtenu automatiquement une position hégémonique en Europe et dans le monde[44]. En fin de compte, l'Allemagne a prouvé dans la guerre qu'elle était déjà une puissance mondiale, sans quoi elle n'aurait pu combattre aussi longtemps les trois autres puissances mondiales qu'étaient la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis. La volonté d'être une puissance mondiale était plutôt celle d'avoir l'empire colonial le plus étendu possible, donc la volonté de posséder les symboles de ce statut. Le territoire dirigé par l'Allemagne était en effet jugé par les impérialistes allemands comme trop petit en comparaison des autres puissances mondiales, ou ne serait-ce que par rapport à la puissance européenne qu'était la France. L'Allemagne était alors assez forte pour tenter d'être une troisième puissance mondiale aux côtés de la puissance russe et de la puissance anglo-américaine mais pas assez forte pour réussir dans cette entreprise[45]. L'une des raisons de cet échec est l'impossibilité de créer un empire s'étendant de la côte des Flandres jusqu'au lac Peïpous, de la mer Baltique jusqu'à la mer Noire et l'Égée, de l'Heligoland jusqu'à Bagdad, système dans lequel étaient prévues des colonies et des bases militaires avec l'Afrique centrale allemande comme extension de l'Europe centrale. Une telle concentration de pouvoir aurait entraîné des « guerres de libération » contre une hégémonie allemande, comme cela fut le cas lors de la Seconde Guerre mondiale après que l'Allemagne a conquis de grandes parties de l'Europe[46].

Politique d'avant-guerre, buts de guerre d'avant 1914 et buts de guerre de 1918 forment une unité, tout comme les buts de guerre des différents groupes, partis et classes en forment une[47]. La politique des buts de guerre de l'Empire allemand était l'illusion de la puissance allemande à travers une surestimation irréaliste. L'imbrication d'une pensée économique et d'éléments émotionnels pures avec un manque du sens du réel, ainsi qu'une surestimation de ses propres forces et une sous-estimation de celles de l'ennemi sont les caractéristiques de cette politique[48]. Avec son « alliance entre le domaine seigneurial et le haut fourneau », l'Allemagne a mené une politique de buts de guerre qui ne peut être expliquée que par le dilemme du système conservateur d'un État agraire industrialisé dans lequel le pouvoir économique des conservateurs s'est de plus en plus réduit[49].

Le général Ludendorff et Adolf Hitler en 1935

Pendant longtemps a dominé en Allemagne de l'ouest la pensée selon laquelle il n'existait aucun lien entre les buts de guerre allemands pendant la Première Guerre mondiale et ceux de la seconde. Mais dans tous les États belligérants, ce sont uniquement les nationalistes allemands, avant tout les pangermanistes, qui ont accompli le déplacement de parties de population hostiles. La modification de la distribution ethnique en vue de renforcer la puissance de l'Empire a été pratiquée, dans la tradition de la politique prussienne dans l'Ostmark, en achetant de manière forcée ou en les absorbant des domaines de la couronne, des biens de l'Église et en expulsant des parties de la population. Les projets nationaux (völkisch) d'évacuation et de colonisation de la sphère orientale (Ostraum) étaient déjà présents dès le début de la guerre, même s'ils ne se sont imposés à l'ensemble des élites du pouvoir de l'Empire qu'en 1918 après le triomphe de courte durée du commandement suprême de l'armée allemande[50]. Cette colonisation à l'est de bandes frontalières polonaises par des Allemands de Russie (Russlanddeutschen), prévue par la Oberste Heeresleitung, va dans le même sens que les projets des nationaux-socialistes. Le national-socialisme a repris sans égard et de manière plus énergique et brutale que ne l'avait fait l'empire de Guillaume II l'idéologie de la sphère orientale et la volonté allemande d'expansion à l'est. Les partisans d'un projet de bandes frontalières au sein du gouvernement et de l'armée ne pensaient qu'à un rachat systématique, dans la continuité de la politique prussienne dans l'Ostmark, et non à une évacuation violente et contraire aux droits de l'homme, même pendant la guerre, comme l'a fait le Troisième Reich[51].

La politique nationale (völkisch) de Ludendorff, surtout à l'est en 1918, anticipe déjà en grande partie sur la politique raciale d'Hitler. La tentative de l'été 1918 de réaliser l'ensemble allemand à l'est était accompagnée de projets de colonisation et d'évacuation qui ressemblent en de nombreux points à l'Ostpolitik d'Hitler, même si l'idée de traiter des millions de Slaves comme des hilotes ou d'assassiner des millions de Juifs n'existait bien sûr pas pendant la Première Guerre mondiale. Le problème résidait dans le mode de pensée dépassé de la plupart des annexionnistes dans les catégories de l'époque agraire, pensée selon laquelle la solution des difficultés intérieures nées de l'accroissement phénoménal de la population dû à l'industrialisation rapide de l'Allemagne ne pouvait être qu'une expansion territoriale traditionnelle, liée à une colonisation paysanne. L'objectif à long terme qu'Hitler s'était déjà fixé dans les années 1920, celui d'un empire oriental sur les ruines de l'Union soviétique, n'était donc pas seulement une vision, mais trouvait dans la réalité un point d'attache, celui de 1918. Le vocabulaire de la trahison que l'on rencontre en 1918 montre que des conditions importantes pour le programme et la pratique du national-socialisme sont nées et ont été créées à cette époque. Hitler, qui « renoue avec ces continuités qu'il brise cependant » (Thomas Nipperdey), et son programme se raccrochent certes aux buts de guerre les plus larges possibles de la Première Guerre mondiale, mais en sont détachés dans leur essence de par le dogme raciste développé[52]. Outre des buts de guerre frappants de ressemblance, on trouve également des similitudes dans l'arrivée à l'ouest et à l'est. L'entrée militaire à l'ouest s'est faite par deux fois de manière relativement civilisée alors qu'à l'est on trouve quelque chose de plus brutal, brutalité exacerbée sous Hitler[53].

Autriche-Hongrie[modifier | modifier le code]

L'Autriche-Hongrie entre dans la guerre pour protéger ses intérêts dans la péninsule des Balkans, ainsi que son existence, qu'elle voit menacée par la Russie. Lorsque la guerre éclate, les différences entre les groupes de peuples austro-hongrois deviennent secondaires. L'Autriche-Hongrie ne souhaite pas seulement incorporer certaines parties de la Serbie à son territoire, mais également certaines parties du Monténégro, de la Roumanie, de l'Albanie et de la Pologne russe. Face aux tendances nationalistes de l'époque, l'Autriche-Hongrie tient à l'idée universelle de l'empire et aussi à celle d'État multinational. Pendant les premières semaines de la guerre, avant les cuisantes défaites en Galicie et en Serbie, les dirigeants autrichiens se sont permis de formuler des buts territoriaux précis. Quelques semaines plus tard, la survie a éclipsé les plans d'acquisition[54].

Conseil des ministres communs du 7 janvier 1916[modifier | modifier le code]

István Tisza, ministre-président représentant la Hongrie

Après la conquête de la Serbie (fin 1915) s'est posée la question des Slaves du sud, ainsi que le problème de savoir dans quelle mesure la Serbie devait être rattachée à la monarchie. Le conseil des ministres commun se réunit le 7 janvier 1916 avec l'impression d'un événement militaire décisif imminent. On cherche alors à définir les buts de guerre de l'Autriche-Hongrie. Les participants à cette conférence, l'événement le plus représentatif et le plus important pour la politique des buts de la monarchie, sont les deux ministres-présidents Karl Stürgkh pour l'Autriche et István Tisza pour la Hongrie, les ministres communs Ernest von Koerber pour les finances, Alexander von Krobatin pour la guerre et Stephan Burián alors ministre des Affaires étrangères et président de la conférence, ainsi que le chef de l'État major Franz Conrad von Hötzendorf[55].

Selon Burián, le but de cette conférence est d'aborder la situation et les buts à atteindre à travers la guerre. Au premier plan apparaissent « l'intégrité et la sécurité » de la monarchie, mais il faut également « profiter le plus vite possible des fruits des victoires éclatantes de l'armée ». Les participants à la conférence cherchent à savoir quels effets auraient en retour les différentes conquêtes sur l'avenir politique de la monarchie[56]. Toujours selon Burián, la Serbie devrait être, parallèlement aux territoires garantis à la Bulgarie, réduite par la rétrocession des territoires appartenant autrefois à l'Albanie et par une vaste régulation des frontières avec deux têtes de ponts au profit de la monarchie. Il ne resterait alors qu'un petit pays de montagne avec 1,5 million d'habitants, dont l'incorporation entraînerait certes des difficultés d'ordre juridique, politique et économique, mais qui serait totalement possible au vu de la grande capacité d'adaptation dont a fait preuve la monarchie par le passé.

Tout comme Conrad, Burián veut voir la Serbie écartée en tant que « point de cristallisation d'une agitation nationale » et en tant qu'« outil » aux mains des ennemis[57]. Toutefois, les dirigeants sont conscients que même en retirant toute « liberté d'action politique » à la Serbie, cette dernière finirait toujours par se redresser contre la double monarchie. Même si Burián essaie de faire croire qu'il cherche une solution médiane à la situation, il écrit le jour même dans son journal qu'il croit à la nécessité d'une annexion complète de la Serbie[58]. Cependant, il reconnait également qu'une incorporation totale serait aussi un poids, tout comme l'agitation serbe. La question déterminante est de savoir s'il serait plus facile « de résoudre la question serbe si seulement 66 % de tous les Serbes appartiennent à la monarchie et 34 % vivent dans un État indépendant que si 100 % des Serbes étaient nos sujets. [...] Le moment n'est pour l'instant pas encore venu de prendre une décision au sujet de savoir laquelle des deux méthodes évoquées ici serait à suivre[59] ». La question serait également trop intimement liée à une possibilité de paix. Burián ne veut pas faire échouer une paix dont la condition pour les Russes serait la restauration de la Serbie.

Burián ne voit pas le maintien d'un Monténégro réduit comme étant un danger semblable à celui de la Serbie. Toutefois, le ministre exige sa soumission sans condition et la cession du mont Lovćen et de sa côte jusqu'à l'Albanie, et ses territoires albanais. En ce qui concerne l'Albanie, Burián plaide pour l'obtention d'une indépendance, car cette dernière serait, malgré des problèmes intérieurs, parfaitement viable après la rétrocession des territoires échus à la Serbie et au Monténégro après la guerre des Balkans. La création de cet État indépendant s'effectuerait sous protectorat austro-hongrois. Cette politique, que Burián qualifie lui-même de « conservatrice et purement défensive[60] », pourrait contribuer à assurer la suprématie définitive de la monarchie dans les Balkans.

Grâce aux gains territoriaux dans le nord, il serait alors possible de céder certains territoires à la Grèce dans le sud pour garantir sa neutralité. Dans le cas d'une partition de l'Albanie, telle que Conrad la réclame, le rattachement de la partie septentrionale serait un poids immense. Le ministre des Affaires étrangères se prononce également publiquement contre une « admission de la Bulgarie » sur le territoire albanais près de l'Adriatique, comme l'avait proposé Conrad. La Bulgarie aurait assez d'efforts à fournir pour assimiler ses conquêtes serbes ; lui proposer des territoires albanais reviendrait pour la monarchie à abandonner les avantages qu'elle attend d'une Albanie indépendante. La meilleure solution serait donc dans un premier temps de viser l'autonomie albanaise sous un protectorat austro-hongrois et en cas d'échec de mener la partition avec la Grèce uniquement.

Buts de guerre des autres membres de la Triple Alliance[modifier | modifier le code]

Monarchie italienne[modifier | modifier le code]

Pour cause de changement d'alliance, chapitre détaillé côté alliés.

Turquie[modifier | modifier le code]

La Turquie souhaitait retrouver les terres perdues sur la Grèce et l'Albanie.

Bulgarie[modifier | modifier le code]

Retrouver les terres perdues lors de la Seconde Guerre balkanique.

Buts de guerre des Alliés[modifier | modifier le code]

Empire britannique[modifier | modifier le code]

Garantir la neutralité et l'intégrité des états à proximité de la Manche, c'est-à-dire la Belgique et les Pays-Bas qui s'inscrivent comme une zone tampon protégeant le territoire britannique de toute invasion
Limiter la puissance navale allemande qui menace le commerce anglais et sa suprématie sur les mers et les océans du Monde

Empire Russe[modifier | modifier le code]

Briser les influences turques et austro-hongroises dans les Balkans afin d'y instaurer la sienne en tant que grande puissance slave, placer les peuples serbes, bulgares, croates et slovènes, de langue slave sous son influence. Accéder à la mer Méditerranée, mer chaude ouverte à l'océan (à l'inverse de la mer Caspienne), libre de glace (à l'inverse de la mer Blanche), non sous passage contrôlé (à l'inverse de la mer Baltique dont la sortie était contrôlé par les pays scandinaves) et proches des régions industrielle (à l'inverse de l'Océan Pacifique à l'extrémité Est de la Sibérie) vitale l'exportation d'une production de plus en plus importante

République française[modifier | modifier le code]

Prendre sa revanche contre l'Empire allemand afin d'essuyer l'humiliation de l'occupation et de la dette faîte durant la guerre franco-prussienne de 1870-71, ainsi que la restitution des terres d'empire allemandes de l'Alsace-Lorraine. Indemniser la France et la Belgique des dommages de guerre causées par les combats et l'invasion Prussienne.

Après l'arrivée des Etat-Unis dans la guerre (et les discours de Wilson), éviter une paix de compromis (paix séparée entre les alliés, paix blanche réclamée par les pacifistes) de façon à obtenir :

  • des garanties de sécurité pour la France par les alliés (GB, US) en concluant une paix générale qui lie les nations entre elles ;
  • des réparations de guerre suffisantes pour rétablir les infrastructures et les industries détruites par l'invasion ;
  • une zone d'occupation (ou de neutralisation) de la rive gauche du Rhin pour repousser les armées allemandes des frontières belges et françaises.

Serbie[modifier | modifier le code]

Libérer les provinces de Bosnie et de Herzégovine sous occupation austro-hongroise, s'emparer des provinces autrichiennes et hongroises de Voïvodine, de Banat, des royaume de Croatie-Slavonie et de Dalmatie, peuplés de serbo-croates et du duché de Carniole, peuplé de slovènes afin de les réunir, avec l'appui du royaume serbe de Monténégro, dans un grand État Slaves du sud (Yougoslavie).

Monarchie italienne[modifier | modifier le code]

Occuper la Croatie, la ville de Trieste et les provinces du Trentin et Frioul.

Monarchie belge[modifier | modifier le code]

Roumanie[modifier | modifier le code]

La Roumanie veut annexer la Transylvanie.

Grèce[modifier | modifier le code]

Le partage de la Grèce en deux camps (parti de Vénizélos ou le parti Royaliste) n’empêchait guère les deux antagonistes de partager un but commun : celui de voir la Grèce occuper la Thrace Orientale, les détroits des Dardanelles, Constantinople et la ville de Smyrne et son pays intérieur. Bien en accord sur le dessin commun, leurs positons divergeaient néanmoins sur la méthode à adopter. Au cours de la guerre, Venizélos plaidait pour le soutien inconditionnel aux Alliés, peut importe les risques encourus. En outre, il était persuadé que ce conflit ne se terminerait que par une seule issue : la défaite des Empires Centraux.

Aussi, la Grèce devait être dans le camps des vainqueurs afin de réaliser ce qu’on appelait à l’époque « la Grande Idée » ou le « Panhellénisme ». Constantin, lui, souhaitait atteindre ces buts tout en préservant le pays des risques trop grand.

Du point de vue de ce dernier, la Grèce n’aurait pas été capable de tenir le front face aux Bulgares et aux Ottomans simultanément, en dépit des promesses d’une assistance active des forces alliées. La conquête de la Serbie en 1915 par les Austro-Hongrois motivera davantage sa décision. Il refusa également de participer à la bataille des Dardanelles, sentant une résistance farouche des Turcs, bien que la raison sera surtout motivée par le fait qu’aider les Alliés dans le débarquement des Dardanelles signifierait accepter une gouvernance des Détroits ainsi que de Constantinople par les Alliés. Un privilège qui, de son point de vue, ne peut être attribué qu’à la seule Grèce.

Ainsi, à l’annonce de la victoire des Turcs sur les Anglais, Australiens et Néo-zélandais en 1916, cette décision aura finalement rehaussé le prestige de Constantin qui aura été félicité pour sa clairvoyance. Néanmoins, sa persistance à la neutralité ne durera pas et il devra abdiquer en faveur de l’administration vénizéliste qui fera entrer le pays dans le camp de l'Entente en 1917. En 1919, Athènes sera récompensée de ses services en validant son mandat sur la Thrace Orientale et la région de Smyrne.

États-Unis d'Amérique[modifier | modifier le code]

Faire cesser la guerre qui paralyse le commerce mondial

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de)« Aus annexionistischen Kriegszielen kann, weder für die eine noch für die andere Seite der Vorwurf abgeleitet werden, dass sie den Krieg, von seinem Grund her geurteilt, als Eroberungskrieg begonnen hätte » Dans : Ernst Rudolf Huber, Deutsche Verfassungsgeschichte seit 1789. Volume 5: Weltkrieg, Revolution und Reichserneuerung 1914–1919, Stuttgart, 1978, p.  218.
  2. (en) Gifford D. Malone, « War Aims toward Germany » In : Merritt Abrash/Alexander Dallin : Russian Diplomacy and Eastern Europe 1914–1917, New York, 1963, p. 124.
  3. (de) Erwin Hölzle, Die Selbstentmachtung Europas. Das Experiment des Friedens vor und im Ersten Weltkrieg, Göttingen/Frankfurt am Main/Zürich, 1975, p. 484.
  4. Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français 1914-1918, Perrin, 2002, p. 279.
  5. (en) Keith Robbins, The First World War, Oxford University Press, Oxford/New York, 1984, p.  103f.
  6. (de)« Die Tatsache, dass Grenzverschiebungen im Zeitalter der Massenkriege, der modernen Transportmittel und der Flugzeuge nur noch begrenzte militärische Bedeutung haben, war nicht einmal den Fachmilitärs geläufig » Dans : Gerhard Ritter, Staatskunst und Kriegshandwerk : Das Problem Des "Militarismus" in Deutschland, Volume 3 : Die Tragödie der Staatskunst. Bethmann Hollweg als Kriegskanzler (1914–1917), Munich, 1964, p. 35.
  7. (de) Karl-Heinz Janßen, « Gerhard Ritter: A Patriotic Historian’s Justification » In : H. W. Koch: The Origins of the First World War. Great Power Rivalry and German War Aims, Londres, 1985, p. 302f.
  8. (de) Ernst Rudolf Huber, op. cit., p.218.
  9. (de) Peter Graf Kielmansegg, Deutschland und der Erste Weltkrieg, Francfort-sur-le-Main, 1968, p. 213.
  10. (de)Fritz Fischer, Deutsche Kriegsziele. Revolutionierung und Separatfrieden im Osten 1914–18. In : Fritz Fischer: Der Erste Weltkrieg und das deutsche Geschichtsbild. Beiträge zur Bewältigung eines historischen Tabus, Düsseldorf, 1977, p. 153.
  11. a et b (de) Wolfgang J. Mommsen, Das Zeitalter des Imperialismus, Francfort-sur-le-Main, 1969, p. 302f.
  12. a et b Raymond Poidevin, L'Allemagne de Guillaume II à Hindenburg 1900-1933, Richelieu, 1972, p.194.
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  14. (de) Wolfgang J. Mommsen, Max Weber und die deutsche Politik 1890-1920, Mohr Siebeck, 2004, p.236.
  15. Raymond Poidevin, op. cit., p.198.
  16. Raymond Poidevin, op. cit., p.195.
  17. (de) Peter Graf Kielmansegg, Deutschland und der Erste Weltkrieg, Francfort-sur-le-Main, 1968, p. 224.
  18. (de) Fritz Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, Düsseldorf, 1964, p. 112.
  19. (de) Fritz Fischer, op. cit., p.125ff. et (en) Hans W. Gatzke, Germany's Drive to the West (Drang nach Westen). A study of Germany's western war aims during the first world war, Baltimore, 1950, p. 11ff.
  20. (de) Gregor Schöllgen, Das Zeitalter des Imperialismus, Oldenbourg Wissenschaftsverlag, 2000, p. 86.
  21. (de) Ottokar Czernin, Im Weltkriege, Berlin/Wien, 1919, p.96 et Werner Conze, Polnische Nation und Deutsche Politik im Ersten Weltkrieg, Graz/Köln, 1958, p. 319.
  22. (de) Fritz Fischer, op. cit., p.351-356.
  23. (de) Wolfdieter Bihl (Éd.), Deutsche Quellen zur Geschichte des Ersten Weltkrieges, Darmstadt, 1991, p. 58f.
  24. (de) Erich Volkmann, Die Annexionsfragen des Weltkrieges. Das Werk des Untersuchungsausschusses der Verfassungsgebenden Deutschen Nationalversammlung und des Deutschen Reichstages 1919–1928. Vierte Reihe. Die Ursachen des Deutschen Zusammenbruches im Jahre 1918. Zweite Abteilung. Der innere Zusammenbruch. 12. Bd., 1. Halbbd. Gutachten des Sachverständigen Volkmann, Berlin, 1929, p. 35 et 166.
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  26. (de) Karl-Heinz Janßen, Der Kanzler und der General. Die Führungskrise um Bethmann Hollweg und Falkenhayn (1914-1916), Göttingen, 1967, p. 207 et 290 et Werner Conze, Polnische Nation und Deutsche Politik im Ersten Weltkrieg, Graz/Köln, 1958, p. 319.
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  28. (de) Fritz Fischer, Deutsche Kriegsziele. Revolutionierung und Separatfrieden im Osten 1914-18. In: Fritz Fischer: op. cit., p.202.
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  50. (de) Andreas Hillgruber, Deutschlands Rolle in der Vorgeschichte der beiden Weltkriege, Göttingen, 1979, p. 58 et 65.
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  52. (de) Thomas Nipperdey, 1933 und die Kontinuität der deutschen Geschichte. In: Historische Zeitschrift 227 (1978), p. 86-111, ici p. 99 ; et Andreas Hillgruber, Großmachtpolitik und Weltmachtstreben Deutschlands. In: Andreas Hillgruber, Jost Dülffer (Éd.), Ploetz: Geschichte der Weltkriege. Mächte, Ereignisse, Entwicklungen 1900-1945, Freiburg/Würzburg, 1981, p. 153-162, ici p. 159.
  53. (de) Imanuel Geiss, Die Fischer-Kontroverse. Ein kritischer Beitrag zum Verhältnis zwischen Historiographie und Politik in der Bundesrepublik. In: Imanuel Geiss: Studien über Geschichte und Geschichtswissenschaft, Frankfurt am Main, 1972, p. 108-198, ici p. 196.
  54. (en) Samuel R. Williamson, Jr, Austria-Hungary and the Origins of the First World War, Verlag Macmillan, Basingstoke, 1991,p.211.
  55. (de) Le protocole de cette conférence dans : Miklós Komjáthy (Éd.), Protokolle des Gemeinsamen Ministerrates der Österreichisch-Ungarischen Monarchie (1914–1918), Budapest 1966, p. 352 et suivantes.
  56. (de) Miklós Komjáthy, op. cit., p. 353.
  57. (de) Miklós Komjáthy, op. cit., p.355.
  58. (en)József Galántai, Hungary in the First World War, Budapest, 1989, p. 155.
  59. (de) Miklós Komjáthy, op. cit., p. 356.
  60. (de) Miklós Komjáthy, op. cit., p. 358.