Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés

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Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés

Cadre
Forme juridique Fondation reconnue d'utilité publique
But Lutter contre l'exclusion en combattant le mal-logement
Zone d’influence France
Fondation
Fondation 1992
Fondateur Abbé Pierre
Identité
Siège Paris, Île-de-France
Président Laurent Desmard
Vice-présidents Dominique Jeanningros
Aminata Koné
Secrétaire Marie-Hélène Le Nedic
Trésorier Christian Alibay
Délégué général Christophe Robert
Financement La Fondation Abbé-Pierre vit de la générosité du public.
Membres 266 bénévoles
Employés 140
Slogan « Être Humain »
Site web Site officielVoir et modifier les données sur Wikidata

La fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés (FAP), reconnue d'utilité publique le , a pour mission de permettre à toute personne démunie d'accéder à un logement décent et à une vie digne, quels que soient le montant de ses ressources et sa situation sociale.

L’abbé Pierre, son fondateur, en a été le président d’honneur jusqu'à sa mort le .

Depuis, la fondation est le relais actif et engagé de sa démarche vers une société plus juste et plus humaine.

Ainsi, la fondation Abbé-Pierre finance et accompagne des associations qui luttent contre le mal-logement et l'exclusion. Elle soutient près de neuf cents projets par an (845 en 2016), en France et à l'étranger, intervenant principalement dans la construction de logements très sociaux, le combat contre l'habitat indigne, l'aide et l'accueil des personnes sans abri, le conseil et l'accompagnement juridiques des personnes mal logées, la sensibilisation de l'opinion et l'interpellation des pouvoirs publics. Elle est présente sur l'ensemble du territoire français via neuf agences régionales, trente Boutiques Solidarité et quarante Pensions de famille[1].

Origine et création[modifier | modifier le code]

Origine d'un combat[modifier | modifier le code]

Début 1954, une série de drames liés à la rigueur de l’hiver (il fera jusqu’à −20 °C à Paris), va pousser l’abbé Pierre à essayer de se faire entendre des politiques. Dans la nuit du 30 janvier, une femme est retrouvée morte dans la rue, tenant dans la main son avis d’expulsion. Le , l’abbé Pierre rédige avec le journaliste de La Croix Georges Verpraet un texte qu’ils lisent à l’antenne de Radio-Luxembourg. Cet appel marquera les esprits et éveillera les consciences. Il donnera naissance à l’insurrection de la bonté, un vaste élan de solidarité et le début d’une lutte contre la misère sans précédent en France[2].

Création[modifier | modifier le code]

Tout commence à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, en , lors des premières Rencontres humanitaires internationales organisées dans le cadre de l’année mondiale des sans-abri à l’initiative de l’Organisation des Nations unies. Placées sous le haut patronage de l’abbé Pierre, ces journées réunissent alors des parlementaires, des élus locaux, des responsables d’associations et des représentants de l’État, tous concernés par le problème du logement des personnes en difficulté.

À la suite de ces journées, l’Association pour la création de la fondation Abbé-Pierre (Afap) est officiellement créée par l’abbé Pierre, avec l'aide d'André Chaudières, de Raymond Étienne et de Corrado Simioni. Ses statuts sont déposés en . À l’initiative du projet, André Chaudières, directeur du groupe Logement pour tous et ancien président de la SA HLM Emmaüs, déclare alors : « Le financement de cette fondation sera assuré par des dons et lorsqu’elle sera reconnue d’utilité publique, par des legs. »

Trois ans après, le décret du , publié au Journal officiel du , reconnaît la fondation Abbé-Pierre comme établissement d’utilité publique et consacre la naissance juridique de la fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés[2].

Actions[modifier | modifier le code]

Mal-logement[modifier | modifier le code]

Néologisme francophone, le terme de « mal-logement », désormais courant dans le débat public, a été inventé par la fondation Abbé-Pierre lors de la parution de son premier rapport, en 1995[3].

Pour la fondation, cela définit la situation de personnes privées de domicile personnel (sans-domicile, vivant dans un habitat de fortune, ou hébergées de manière contrainte chez des tiers) et de celles vivant dans des conditions de logement très difficiles (logement insalubre, humide, surpeuplé, sans eau, sans chauffage, sans sanitaires…)[4].

Agir[modifier | modifier le code]

L’action de la fondation Abbé-Pierre s’articule autour de plusieurs grandes missions liées au logement :

  • accueillir les personnes en grande précarité via son réseau de Boutiques Solidarité et de Pensions de famille[5]. Depuis sa création, la fondation Abbé-Pierre s’est préoccupée de la situation des personnes mal logées et a orienté son action prioritairement en direction des plus fragiles, les personnes vivant à la rue. Nées au début des années 1990, les Boutiques Solidarité sont des accueils de jour assurant à toute personne en difficulté, de manière inconditionnelle et anonyme, accueil, écoute et orientation. Tenues par des hôtes partageant le quotidien des résidents, les Pensions de famille proposent des logements individuels à des personnes très isolées, en voie de désocialisation, afin de favoriser leur réinsertion ;
  • construire des logements très sociaux. Depuis 2005, la fondation Abbé-Pierre apporte un important soutien financier à la création de logements très sociaux, des logements financés par le prêt locatif aidé d’intégration (PLAI) via plusieurs programmes successifs : 1 500 logements très sociaux, 2 000 toits pour 2000 familles et Toits d’abord [6]lancé en 2012 ;
  • réhabiliter les logements indignes (très dégradés, insalubres, présentant un danger pour la santé ou la sécurité des habitants). En 2017, on estime que 600 000 ménages vivent dans des taudis en France[7].
  • conseiller, accompagner et informer sur leurs droits les personnes en situation de mal-logement ou menacées d’expulsion. C’est le rôle de l’Espace Solidarité Habitat, structure ouverte par la fondation en 2000 en Île-de-France, et d’une plate-forme téléphonique : Allô Prévention Expulsion.

Interpeller[modifier | modifier le code]

Chaque année depuis 1995, la fondation Abbé-Pierre rend un rapport sur l’état du mal-logement en France présenté le 1er février, jour de l'anniversaire de l'appel lancé par l’abbé Pierre pendant l'hiver 1954. Établi à partir d’observations, d’enquêtes et d’études sur le terrain, ce document témoigne auprès de l’opinion et des pouvoirs publics des difficultés rencontrées par des centaines de milliers de familles pour accéder à un logement digne ou s’y maintenir[8].

Le , en présentant son dix-septième rapport sur « l'état du mal-logement en France », la fondation témoignait d'une situation qui n'a cessé de se dégrader pendant vingt ans pour devenir insupportable, revenant sur deux décennies de politique du logement. Afin qu’un véritable changement de cap soit porté au plus haut niveau de l’État, la fondation a invité, le même jour, les principaux candidats à l’élection présidentielle à s’engager solennellement en faveur d’un « contrat social pour une nouvelle politique du logement » élaboré aux côtés des forces vives du pays (associations, experts, acteurs du logement, syndicats, collectivités locales…)[9]. Ce contrat s’appuyait sur les quatre engagements majeurs de la Mobilisation générale pour le logement lancée par la fondation le . Cette action engagée avec de nombreux partenaires de la société civile a pris fin le .

Cependant, l’action de la Fondation ne s’est pas arrêtée à cette date. Cinq ans après, lors de la présentation de son vingt-deuxième rapport L'État du mal-logement en France[10] le , la fondation Abbé-Pierre « juge durement le quinquennat de François Hollande, estimant qu’il n’a pas rempli ses objectifs » pour lutter contre ce fléau[11]. Elle reçoit à nouveau les principaux candidats à l’élection présidentielle, dont Emmanuel Macron, et réitère son interpellation face à une situation de plus en plus alarmante : quatre millions de mal logés en France et douze millions de personnes souffrant par extension de la crise du logement (surpeuplement, précarité énergétique, copropriétés en difficulté…)[11].

En 2019, la fondation organise la première cérémonie des « Pics d’Or » récompensant, de façon satirique, les équipements urbains anti-SDF[12]. Les catégories sont : « Fallait oser » (dispositif le plus décomplexé) ; « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » (dispositif le plus contradictoire) ; « Ni vu ni connu » (installation déguisée) ; Pic de l’arrêté anti-mendicité « Bouge de là » ; « Le Clou » (dispositif le plus agressif) et, pour l'étranger, le prix « C’est pas mieux ailleurs ». Une deuxième édition de cette manifestation a lieu en 2020[13].

Solidarité internationale[modifier | modifier le code]

En 2017, la Fondation entame des actions de solidarité internationale dans vingt-deux pays pour permettre à des familles démunies de trouver ou de se construire un toit, le plus souvent après les grandes catastrophes naturelles qui frappent notre planète. Dès que cela est possible, la Fondation participe également à l’éducation des enfants et à la formation des populations locales afin de développer la construction de logements dignes et une économie de proximité qui assurent des conditions de vie pérennes à tous.

Ainsi, en , au lendemain du tsunami en Asie du Sud-Est, la fondation Abbé-Pierre, en liaison avec Emmaüs International, s’est mobilisée pour venir en aide à trois mille familles parmi les plus touchées du sud de l’Inde, en liaison avec les communautés Emmaüs installées dans la région : construction d’abris provisoires et fourniture d’objets de première nécessité (nattes, ustensiles de cuisine, filets de pêche, vêtements, outils...).

Politique[modifier | modifier le code]

Le , la fondation Abbé-Pierre interpelle les candidats à l’élection présidentielle en leur soumettant un plan intitulé Sans-domicile : objectif zéro !. Comme son nom l’indique, ce document propose un ensemble de solutions pour loger durablement d’ici cinq à dix ans les 143 000 personnes actuellement sans domicile en France. Un chiffre inquiétant qui a augmenté de 50 % en dix ans (de 2001 à 2012)[14].

Entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017 qui oppose Marine Le Pen et Emmanuel Macron, la fondation Abbé-Pierre appelle implicitement dans une tribune avec soixante autres associations à faire barrage à la candidate FN[15].

Organisation et direction[modifier | modifier le code]

La fondation Abbé-Pierre est répartie sur l’ensemble du territoire français. Elle est constituée d'une délégation générale située à Paris et de neuf agences régionales (Île-de-France, Hauts-de-France, Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, La Réunion, Occitanie, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine).

Au total, en 2016, les équipes de la fondation sont constituées de 140 salariés et de 266 bénévoles répartis sur treize sites.

La Fondation est dirigée par un président, Laurent Desmard (qui fut par ailleurs le secrétaire particulier de l’abbé Pierre de 1999 jusqu’à sa mort en 2007), et un délégué général, Christophe Robert. Ses orientations sont arrêtées par un conseil d’administration constitué par douze membres bénévoles de la société civile.

Des représentants des ministères chargés du Logement et de l'Intérieur siègent également au conseil d'administration de la Fondation.

La direction de la fondation est composée des personnes suivantes en date de 2020 [16]:

  • président : Laurent Desmard ;
  • vice-présidents : Aminata Koné, Dominique Jeanningros ;
  • délégué général : Christophe Robert ;
  • déléguée générale adjointe : Sonia Hurcet ;
  • directeur administratif et financier : Ghzala Jebrani ;
  • directeur de la communication : Yves Colin ;
  • directeur du développement territorial : Joaquim Soarès ;
  • directeur des études : Manuel Domergue ;
  • directrice des missions sociales : Frédérique Kaba ;
  • directrice des ressources humaines : .

La fondation Abbé-Pierre fait également partie de la branche « Action sociale et Logement » du mouvement Emmaüs.

Un comité d’amis et de parrains est constitué en 2006. Il compte quinze membres : Agnès b., Marie-Christine Barrault, Abdelatif Benazzi, Louis Besson, Patrick Bosso, Rachida Brakni, Cali, Éric Cantona, Jean-Marie Cantona, Jean-Pierre Duport, Marek Halter, Henri Lauret, Nolwenn Leroy, Jean Reno, Nicolas de Tavernost, Philippe Torreton[17].

Financement[modifier | modifier le code]

La fondation Abbé-Pierre est financée à plus de 95 % par la générosité des particuliers et des entreprises (dons, legs, mécénat d’entreprises). En 2019, ses ressources étaient de 49,5 millions d’euros dont 81 % ont été consacrés aux missions sociales de la fondation, soit près de 38 millions d’euros[1].

Agréments[modifier | modifier le code]

Jusqu’à 75 % du montant des dons faits à la fondation Abbé-Pierre sont déductibles de l’impôt sur le revenu, dans la limite de mille euros de dons (plafond 2020). Au-delà, la réduction est de 66 %, dans la limite de 20 % du revenu (article 200 du Code général des impôts)[18].

Si l’on est redevable de l’impôt sur la fortune immobilière (à partir d’une valeur nette de patrimoine immobilier d’un million trois cent mille euros), il est permis de déduire de cet impôt 75 % du montant des dons, dans la limite de cinquante mille euros par an (article 978 du Code général des impôts).

Reconnue d’utilité publique depuis 1992, la fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés est non partisane et indépendante. Plus de 95 % de ses ressources proviennent de la générosité du public et du mécénat. Près de 81 % des emplois sont consacrés aux missions sociales.

Organisme de contrôle du don en confiance, le Comité de la charte s’assure que la fondation Abbé-Pierre, qui en est membre depuis 1997, respecte sa charte de déontologie : fonctionnement régulier et transparent, gestion rigoureuse et désintéressée, actions de communication et de collecte de fonds irréprochables, transparence financière.

La fondation Abbé-Pierre a reçu en 2006 les félicitations de la Cour des comptes pour sa gestion des « ressources collectées »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Site officiel Fondation Abbé-Pierre « Nos comptes » », sur fondation-abbe-pierre.fr.
  2. a et b Fondation Abbé-Pierre, Un combat en héritage, éditions Actes Sud, .
  3. Anne-Ahl Durand, « Qui sont les 4 millions de mal-logés en France ? », sur LeMonde.fr, .
  4. « Centre d'observation de la société », sur observationsociete.fr, .
  5. « Accueillir et loger », sur fondation-abbe-pierre.fr.
  6. « Toits d'Abord », sur fondation Abbé-Pierre (consulté le 2 juin 2020)
  7. « 600 000 taudis », sur lemonde.fr.
  8. « État du mal-logement », sur fondation Abbé-Pierre (consulté le 2 juin 2020)
  9. « 19e rapport annuel sur l'état du mal-logement », sur fondation-abbe-pierre.fr.
  10. « 22e rapport annuel sur l'état du mal-logement en France - 2017 », sur fondation-abbe-pierre.fr.
  11. a et b « Mal-logement : la fondation Abbé-Pierre juge durement le quinquennat », sur lemonde.fr, .
  12. Delphine Bancaud, « Quels sont les pires dispositifs anti-SDF "primés" par la fondation Abbé-Pierre », sur 20minutes.fr, .
  13. Delphine Bancaud, « La fondation Abbé-Pierre dévoile ses "Pics d’or"… Quels sont les dispositifs anti-SDF les plus scandaleux ? », .
  14. « Zéro SDF, "yes we can" », sur liberation.fr, .
  15. « "Le pire est malheureusement possible!" : l’appel de 61 associations et ONG avant le second tour », sur lejdd.fr, .
  16. « La direction des équipes », sur fondation Abbé-Pierre (consulté le 2 juin 2020)
  17. « Notre comité d'amis et parrains », sur fondation-abbe-pierre.fr (consulté le 31 juillet 2019).
  18. « Donner à la Fondation permet d'aider les plus démunis tout en réduisant vos impôts », sur Fondation Abbé Pierre (consulté le 3 juin 2020).
  19. « Intervention du premier président de la Cour des comptes - conférence de presse - », sur ccomptes.fr, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]