Relations entre la Mongolie et le Tibet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Relations entre le Tibet et la Mongolie
Drapeau du Tibet
Drapeau de la Mongolie
Tibet et Mongolie
     Tibet      Mongolie

Les relations entre la Mongolie et le Tibet commencent, au XIIe siècle, la Conquête du Tibet par les Mongols. Elles s’accroitront avec l'avènement de la dynastie mongole des Yuan en Chine (1271-1368), puis déclineront après le départ des Mongols vers leurs terres d'origine au Nord. C'est au XVIe siècle que les Mongols, par l'intermédiaire d'Altan Khan, renouent avec le Tibet, en invitant Sonam Gyatso, qui avait acquis un grand prestige et reçu des Mongols le titre de dalaï-lama. Rétrospectivement, les précédentes incarnations de Sonam Gyatso furent considéré comme les 2 premiers dalaï-lamas. En 1642, le 5e dalaï-lama s'emparera du pouvoir politique au Tibet avec l'aide des Mongols. Une relation politico-spirituelle originale dite de Chö-yon entre les lamas tibétains et les princes mongols se développe alors[1], des relations qui connurent des suites sous le 13e dalaï-lama et le 14e et actuel dalaï-lama.

Relation politique de Sakya Pandita et Drogön Chögyal Phagpa avec l’empire mongol[modifier | modifier le code]

Carte de la Dynastie Yuan en 1294

Après la mort de Gengis Khan en 1227, les Tibétains arrêtèrent d’envoyer leur tribut aux Mongols. En conséquence, en 1239-1240, le prince Godan, petit-fils de Gengis Khan et deuxième fils de Ögödei Khan, mena un raid dans la région de Lhassa, tuant quelque 500 moines et pillant des monastères, des villages et des villes. Deux monastères Kadampa furent détruits. Poursuivant la politique mongole de contrôle des régions soumises par l'intermédiaire de potentats locaux, et imitant les Tangoutes qui avaient établi avec les lamas tibétains des relations patron-conseiller religieux, Godan demanda à ses commandants de chercher un lama remarquable. Ce fut finalement à Sakya Pandita, lama considéré, que Godan envoya une lettre d' "invitation" et des présents[2].

Drogön Chögyal Phagpa (1235-1280), l’un des cinq fondateurs de sakyapa, premier lama vice-roi du Tibet

En 1244, Sakya Pandita fut convoqué par Godan et entreprit le voyage vers le camp royal avec deux de ses jeunes neveux, Drogön Chögyal Phagpa, dix ans et Chhana, six ans, qui a par la suite publié un recueil des écrits de Sakya Pandita.

En chemin, ils s'arrêtèrent à Lhassa, où Phagpa prononça ses vœux de moine bouddhiste novice devant la statue du Jowo installée au Jokhang et offerte par la princesse Wencheng, l'épouse chinoise de Songsten Gampo[3]. Sakya Pandita rejoignit en 1247 le camp de Godan à Liangzhou dans l'actuelle province de Gansu, où les troupes mongoles exterminaient les Chinois Han en les jetant dans un fleuve. Sakya Pandita, horrifié, donna des instructions religieuses, notamment que tuer un être est un des pires actes selon le Dharma du Bouddha[3]. Sakya Pandita impressionna les proches du prince par sa personnalité et ses puissants enseignements ; il aurait aussi guéri Godan d'une maladie de peau tenace. Aidé de Phagpa, il adapta l’écriture ouighour afin que les Écritures bouddhistes puissent être traduites et retranscrite en mongol qui, jusqu'à ce moment, était une langue uniquement orale[4]. En retour, l'autorité temporelle sur les 13 myriarchies [Trikor Chuksum] du Tibet Central lui fut donnée et il fut nommé vice-roi du Tibet central, les provinces tibétaines de Kham et d'Amdo étant sous le contrôle des Mongols[3].

Sakya Pandita passa 4 ans auprès du prince Godan. En 1251, juste avant sa mort, il écrivit une dernière lettre au Tibet faisant de son neveu Chogyal Phagpa son héritier : « Le Prince m'a dit que si les Tibétains, en matière de religion, aidaient les Mongols, ils recevraient en retour un soutien en matière temporelle. De cette façon, nous pourrons répandre notre religion au loin. Le Prince ne fait que commencer à comprendre notre religion. Si je reste plus longtemps, je suis sûr que je pourrai répandre la religion de Bouddha au-delà du Tibet et ainsi, aider mon pays. Le Prince me dit qu'il ne dépend que de lui de faire du bien au Tibet, et que de moi de lui faire du bien à lui. Je deviens vieux, et je ne vivrais plus très longtemps. Que cela ne vous fasse pas peur, car j'ai transmis tout ce que je sais à mon neveu, Phagpa. » Il transmit avant sa mort son autorité religieuse à Phagpa en lui donnant sa conque et son bol de mendiant[5].

Sakya Pandita mourut en 1251, à l'âge de 70 ans, au temple de la Pagode blanche (baitasi 白塔寺) de Liangzhou (Gyu-ma) où ses restes furent conservés[6]. Le prince Godan mourut peu après la même année.

En 1251, le 2e Karmapa, Karma Pakshi est invité par Kubilai Khan à son palais de 'Ur tu où il arriva en 1254[7]. Il y séjourna trois ans, pour ne pas causer de conflits avec l'école Sakyapas, très influente auprès de Kubilai à cette époque[8]. Il reconnait le frère de Kubilai Khan Möngke, Khan de l'Empire mongol (r. 1251-1259), comme un de ses anciens disciples. Après la mort de Möngke, Kubilai Khan lui succède et deviendra par la suite empereur de Chine, installé à Khanbalik (actuelle Pékin)[8]. Kubilai Khan avait conservé rancune envers le Karmapa car ce dernier avait refusé de rester à la cour les années précédentes et qu’il avait l'impression qu'il était plus proche de son frère Möngke. Kubilai ordonna l’arrestation de Karmapa, qui s'échappa par des prodiges miraculeux[8].

Après la mort de Sakya Pandita, son neveu Phagpa resta au camp de Zhibi Timur, fils de Godan. Il avait appris à parler le mongol, et cinq ans plus tard passa au service de Kubilai Khan qui lui demanda notamment de concevoir une nouvelle Écriture pour unifier l'écriture multilingue de l’Empire mongol. En réponse, Chögyal Phagpa modifia l'écriture tibétaine traditionnelle et créa une nouvelle série de caractères appelé l'Écriture Phagspa qui a ét fut achevée en 1268[3].

Ainsi commença une alliance forte et Sakya Dansa, siège du monastère de Sakya, devint la capitale du Tibet. Cette situation dura jusqu'au milieu du XIVe siècle. Pendant le règne du 14e Sakya Trizin Sonam Gylatsen, la province tibétaine Centrale de U fut prise par le myriarche Changchub Gyaltsen, marquant le « commencement de la fin de la période de pouvoir des Sakyapa au Tibet Central »[9],[5].

Rencontre entre Altan Khan et le 3e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Le 3e dalaï-lama, Sonam Gyatso expliqua à la délégation d'Altan Khan qu'il souhaitait rencontrer ce dernier près de la frontière mongolo-tibétaine. Altan Khan en discuta avec les dignitaires Baruun Tumen. Il fut décider que la rencontre aurait lieu à Tsavchaal dans le Kokonor où, à la demande d'Altan Khan, fut construit le monastère de Thegchen Chonkhor où le dalaï-lama se rendit le 15 mai 1578[10].

Relations sous le 13e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Le séjour du 13e dalaï-lama de 1904 à 1906 en Mongolie contribua à développer les relations avec le peuple mongol et son chef spirituel, le Bogdo Khan[11]. Lors du traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet en 1913, les deux entités se félicitent de leurs émancipations vis à vis de la Chine[12]

Curieusement, même la République populaire mongole, un État communiste fondé après la mort du Bogdo Khan en 1924, mis en place une ambassade à Lhassa entre 1926 et 1928[13].

En décembre 1932, un an avant sa mort, le 13e dalaï-lama laisse un testament politique, où il insiste sur la nécessité de ménager l'Inde et la Chine, d'entretenir une armée garante du territoire, de refouler le communisme pour éviter au Tibet le sort de la Mongolie[14]

Relations sous le 14e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

En dépit de décennies d'athéisme d'État, le bouddhisme tibétain resta, en Mongolie-Intérieure[15] et en Mongolie[16], la religion des Mongols qui considèrent le 14e dalaï-lama comme l'un de leurs chefs spirituels[15], [16]. Il s'est rendu 8 fois en Mongolie[16] depuis 1979[17].

De nos jours, les Mongols, dont les Kalmouks et les Bouriates, redécouvrent le bouddhisme et visitent les monastères tibétains en Inde et traduisent les textes religieux tibétain en mongol, tandis que la diaspora tibétaine se rend en Mongolie[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raphaël Liogier, A la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, p. 75-78
  2. Thomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de, Plon, 2007, (ISBN 2259198910), p. 121-122
  3. a, b, c et d Thomas Laird, Dalaï-Lama, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, traduction Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2-259-19891-0)
  4. Norbu, Thubten Jigme and Turnbull, Colin. Tibet: Its History, Religion and People, p. 195. Chatto & Windus (1969). Reprint: Penguin Books (1987).
  5. a et b Tsepon W.D. Shakabpa, Tibet: A Political History (1967), Yale University Press, New Haven and London, cf p. 86. et pp. 62-63
  6. Restauration de la Pagode Blanche sur epochtimes.com
  7. (en) John Powers, David Templeman, Historical Dictionary of Tibet, Scarecrow Press, 2012, (ISBN 978-0810868052), p. 353
  8. a, b et c Dzogchen Ponlop Rinpoché et Michele Martin, Une Musique venue du ciel : Vie et œuvre du XVIIe Karmapa, Claire Lumière, (2005) — Série Tsadra — (ISBN 2-905998-73-3), p. 360-362
  9. Penny-Dimri, Sandra. "The Lineage of His Holiness Sakya Trizin Ngawang-Kunga." The Tibet Journal, Vol. XX No. 4, Winter 1995, p. 71.
  10. (en) L. Chuluunbaatar, Political, economic and religious relations between Mongolia and Tibet, in Tibet and Her Neighbours : A History. McKay Alex (éd.), 2003, Londres, Edition Hansjörg Mayer, p. 149-155
  11. Claude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, préfacé par le Dalaï Lama, Calmann-Lévy, 2000, (ISBN 2702131328), pp. 113-116.
  12. Philippe Paquet, L'ABC-daire du Tibet, 2010, 248 p. Mongolie.
  13. (en) Sampildondov Chuluun, Uradyn E. Bulag, The Thirteenth Dalai Lama on the Run (1904-1906): Archival Documents from Mongolia, BRILL, 2013, (ISBN 9004254552 et 9789004254558), p. 4
  14. Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, pp. 294-296.
  15. a et b (en) James Minahan, Encyclopedia of the Stateless Nations: D-K, Volume 2 de Encyclopedia of the Stateless Nations: Ethnic and National Groups Around the World, Greenwood Publishing Group, 2002, (ISBN 0313321108 et 9780313321108), p. 555
  16. a, b et c (en) China protests Mongolia visit by Dalai Lama, Reuters, 8 novembre 2011
  17. (en) Dalai Lama visit to Mongolia canceled under pressure from China, 25 août 2014
  18. Isabelle Charleux, « Bulag, Uradyn E. & Hildegard G.M. Diemberger (eds), The Mongolia-Tibet Interface : Opening New Research Terrains in Inner Asia. Proceedings of the Tenth Seminar of the IATS, 2003 », Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines [En ligne], 40 | 2009, mis en ligne le 28 décembre 2009, consulté le 10 juin 2015. URL : http://emscat.revues.org/1572