Sonam Gyatso

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Sonam Gyatso
Image illustrative de l'article Sonam Gyatso

Nom de naissance Ranu Sicho Pelzang
Nom de réincarnation Sonam Gyatso
Date de naissance
Lieu de naissance Tolung, près de Lhassa, Tibet
Date de décès (à 45 ans)
Lieu de décès Mongolie
Successions
Précédent Gedun Gyatso Yonten Gyatso Suivant

Sonam Gyatso (tibétain : བསོད་ནམས་རྒྱ་མཚོ་, Wylie : bsod nams rgya mtsho, pinyin tibétain : Soinam Gyaco) ([1]) fut le 3e dalaï-lama, et le premier officiellement reconnu par le khan mongol Altan Khan, qui lui donna ce titre, conféré rétroactivement à ses deux prédécesseurs. Dalaï (mongol : ᠳᠠᠯᠠᠢ, VPMC : dalaicyrillique : далай, MNSdalai est un terme mongol signifiant « océan », ou encore « mer »), sur le modèle du titre mongol Dalai-yin qan (mongol : ᠳᠠᠯᠠᠢᠢᠨ
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, VPMC : dalaiyin qancyrillique : далаиин хан, MNSDalaiin Khan)[2]. Dalaï est l'équivalent[3],[4] ou la traduction du mot tibétain gyatso (tibétain : རྒྱ་མཚོ་, Wylie : rgya mtsho)[5],[6],[7],[8],[9]. Le titre tibétain de lama est la traduction du mot sanskrit guru signifiant « maître spirituel ».

Sonam Gyatso est aussi connu comme pacificateur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sonam Gyatso naquit en 1543 à Tolung, près de Lhassa. Son père se dénommait Namgyal Drakpa et sa mère Pelzom Bhuti, et appartenait à une famille riche. Leurs précédents enfants étaient tous morts, et ils élevèrent leur dernier né au lait de chèvre blanche, le nommant Ranu Sicho Pelzang « Le prospère épargné par le lait de la chèvre ». En 1546, alors qu'il a 3 ans, Sonam Dakpa Gyaltsen, alors dirigeant du Tibet, et Panchen Sonam Dragpa (en), le 15e Ganden Tripa, l'ont reconnu comme étant la réincarnation du 2e dalaï-lama, Gedun Gyatso. Il est ensuite escorté au monastère de Drépung, intronisé et une lors d'une cérémonie bouddhiste symbolisant la renonciation au monde, ses cheveux sont coupés. Alors qu'il a 7 ans, il prend les vœux de novice de Sonam Dakpa Gyaltsen qui lui donne son nom religieux (Sonam Gyatso). À 22 ans, il prend les vœux complets de Gelong de Gelek Palsang. En 1552, il devint l'abbé du monastère de Drépung et en 1558, celui de Séra. En 1574, il fonda Phende Lekshe Ling, connu de nos jours sous le nom de monastère de Namgyal, monastère personnel du dalaï-lama[10].

Sonam Gyatso a pour la première fois un rôle de pacificateur quand il se rend dans le district de Nub-Hor dans le nord du Tibet pour calmer des peuples nomades en conflit. Lors de son retour, il s'arrête au monastère de Réting[4].

Selon Madan Gopal Chitkara, il aurait su arrêter les combats qui opposaient deux écoles du bouddhisme tibétain, les gelugpa et les kagyupa, à Lhassa[11]. Il aurait d'ailleurs entretenu d'excellentes relations tout au long de sa vie et rencontra à plusieurs reprises le chef de l'école karma-kagyu, le 9e karmapa, à qui il demanda sa médiation et son arbitrage d'un violent conflit des seigneurs de Yarlung[12].

Altan Khan, connu pour le rétablissement des liens entre la Mongolie et le Tibet, invita Sonam Gyatso, alors abbé de Drépung et 3e de sa lignée de réincarnation, qui le rencontra le 15 mai 1578 près de la frontière mongolo-tibétaine à Tsavchaal dans le Kokonor, au monastère de Thegchen Chonkhor. Il donna à Sonam Gyatso le titre de dalaï-lama lors de cette rencontre. Sonam Gyatso fit reconnaître ses deux prédécesseurs comme 1er et 2e dalaï-lama[13]. Selon John Joseph Saunders (en), la signification première du mot Dalaï est « suprême », « illimité », « sans bornes ». Le terme devint par la suite l'adjectif spécifique de l'« océan », et l'on désigne ou plutôt désignait le premier magistrat du Tibet sous le nom de « dalaï lama »[14]. Altan Khan choisit ce terme car il impliquait que Sonam Gyatso était le chef de toutes les écoles du bouddhisme tibétain. Il souhaitait ainsi que son propre projet politique soit poursuivi par Sonam Gyatso. En retour, ce dernier conféra à Altan Khan le titre de Chakravartin, roi du Dharma. Sonam Gyatso avait accepté de rencontrer Altan Khan dans le but de le persuader de mettre fin à ses attaques du Tibet et des Ming, lesquels le lui avaient demandé[15].

L'activité de Sonam Gyatso parmi les Mongols attira l'attention de la dynastie Ming[16]. Il accepte l'invitation l'invitation du gouverneur de la province chinoise du Ningxia de le rencontrer, où il prêche à de nombreuses personnes venant du Turkestan oriental (Xinjiang), de Mongolie et des provinces voisines de Chine. Lors de son séjour, il y reçoit de nombreux présents de l'empereur de Chine, Ming Wanli (parfois surnommé Shen Tsung) en 1578, mais décline son invitation à se rendre dans la capitale car il a déjà promis d'aller dans le Kham[17],[4]. Selon Peter Schwieger, il fut alors le premier dalaï-lama à recevoir un sceau d'un empereur chinois[16]. Selon d'autres sources, il déclina invitation de l'empereur Shen Tsung (Ming Wanli) qui lui parvint à la fin de l'été 1578 au camp des Mongols où il se trouvait, ne voulant pas laisser croire qu'il recherchait d'autres honneurs que ceux d'Altan Khan. Il envisagea de répondre favorablement à une nouvelle invitation de Shen Tsung dix ans plus tard, mais il est mort avant de pouvoir l'honorer[4].

Après la mort soudaine d'Altan Khan, son fils, Sengge Düüreng, poursuivit la politique de son père. En 1582, il demanda au 3e dalaï-lama, qui se trouvait au monastère de Kumbum, de célébrer les obsèques d'Altan Khan[15].

Les Khalkha mongols jouèrent un rôle important dans l’histoire du Tibet quand Abadai Khan, petit-fils de Dayan Khan, rencontra le 3e dalaï-lama en 1582[18].

Le dalaï-lama se rendit en 1586 en Mongolie[15], où il mourut en 1588, sur le chemin du Tibet.

Influence sur la religion d'état[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Bouddhisme en Mongolie et Ganden Phodrang.

Le bouddhisme, sous l'influence de Qiu Chuji et sa branche Quanzhen Dao du taoïsme était une des religions privilégiées de Chine du Nord déjà conquise par les Mongols à l'époque de Gengis Khan[19]. Sous le règne d'Ögödei le conseiller Kithan, Yelü Chucai, elle a été préférée au taoïsme[20].

Elle est devenu particulièrement influente sous Kubilaï Khan, pour Gilles Béguin en particulier, le bouddhisme tibétain obtint plus précisément le statut de religion officielle sur tout le territoire de l'Empire des Yuan en 1260[21]. Sous le règne de Kubilai Khan, le représentant de la secte Sakya, Phagpa, était le précepteur impérial. Kubilai lui avait fait établir le Temple Zhenjue à Khanbalik (aujourd'hui Pékin) pour l'enseignement religieux de l'Empire, et lui avait confié le gouvernement religieux et temporel du Tibet[22][pertinence contestée]

Pour Françoise Pommaret et Michael Harris Goodman, le bouddhisme tibétain devint religion d'État de la Mongolie au XVIe siècle après la visite de Sonam Gyatso[23],[24][pertinence contestée]. Pour Peter Schwieger, les sectes Karma-kagyu et Sakya étaient également très actives, en particulier depuis l'acceptation de cette religion par Kubilai Khan. Les Mandchous, maîtres de la Dynastie Qing, ont eux aussi fait établir dans leur capitale, à Mukden (aujourd'hui Shenyang, dans la province du Liaoning), un temple Sakyapa, comme le premier de leur temples bouddhiques tibétain[25]

Sonam Gyatso a fondé plusieurs monastères dont, en 1560, le monastère de Litang dans le Kham et le monastère de Kumbum, sur le lieu de la naissance de Tsongkhapa[4], actuelle Haidong, signifiant à l'est du Kokonor (ou Qinghai en traduction littérale).

Les religions d'état du Tibet alors dans la période Phagmodrupa (1351 — 1642), contrôlé par le roi du Tsang, sont le bouddhisme tibétain kagyüpa et le chamanisme tibétain bön. Le gelugpa n'y deviendra religion d'état que plus tard, après son invasion par le Mongol Qoshot Güshi Khan, ce sera le début de la période dite du Ganden Phodrang (1642 ­— 1959).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • (en) Dalai Lama III, Selected Works of the Dalai Lama III: Essence of Refined Gold, trad. par Glenn H. Mullin, Snow Lion Publications, coll. "Teachings of the Dalai Lamas", 2e éd. 1985, 250 p. "Here the present Dalai Lama comments on the writings of the 3rd Dalai Lama."

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Martin Brauen, Patrick A. McCormick, Shane Suvikapakornkul, The Dalai Lamas: A Visual History, 2005, p. 53 « 1543-1588 The Third Dalai Lama, Sonam Gyatso. On the twenty-fifth day of the first month in the Year of the Female Water-Hare (1543) »
  2. (Schwieger 2014, p. 33) « Although the Mongolian word dalai is equivalent to the Tibetan word gyatso, meaning "ocean", and would therefore seem to refer to this component in the names of the Dalai Lamas (except for the first one), it was constructed in analogy to the older Mongolian title dalai-yin-qan, "Ocean Qan". Thus the word dalai was not translated into Tibetan but only transliterated into Tibetan script when the title was cut into the seal. »
  3. (en) Anne Chayet, in Authenticating Tibet, Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille eds., 2008, p. 35 : « he received from Altan Khan the title Dalai Lama (Dalai, from the Mongol Tale, meaning "ocean", equivalent to the Tibetan gyatso; and lama, Tibetan bla ma, meaning "the highest," and designating the Indian guru). »
  4. a, b, c, d et e Roland Barraux, Histoire des dalaï-lamas, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Albin Michel, 1993. Réédité en 2002, Albin Michel, (ISBN 2226133178).
  5. (en) St. Elmo Nauman Jr, Dictionary of Asian Philosophies, p. 40 « Dalai meaning "ocean" in Mongolian, a translation of gyatso »
  6. (en) Thomas Laird The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, 2006, p.143
  7. Goodman, op. cit., p. 72 : « Dalaï, traduction mongole du tibétain « océan ». »
  8. Mullin, op. cit., p. 185 : « Il s'agit de la traduction littérale en mongol de « Gyamsto », une partie du nom d'ordination que le Troisième, alors enfant, avait reçu de Panchen Seunam Dragpa »
  9. (en), Matthew T. Kapstein, The Tibetans, p. 112
  10. Sonam Gyatso sur dalailama.com
  11. (en) (Chitkara 1998, p. 91) « When the Galugpas and Kargupas started fighting in Lhasa it was Sonam Gyatso's mediation which brought the two sides to peace. »
  12. Lama Kunsang, Lama Pemo, Marie Aubele, History of the Karmapas: The Odyssey of the Tibetan Masters with the Black Crown
  13. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas: Quatorze reflets sur le Lac des Visions, p. 76
  14. (en) J. J. Saunders, The History of the Mongol Conquests, University of Pennsylvania Press, 2001, 275 pages, p. 225 : « The root meaning of dalai is supreme, limitless, without bounds ; it later became the peculiar adjective of the ocean, and the chief magistrate of Tibet is, or rather was, styled the dalai lama. »
  15. a, b et c (en) L. Chuluunbaatar, Political, economic and religious relations between Mongolia and Tibet, in Tibet and Her Neighbours : A History, ss la dir. d'Alex McKay, 2003, Londres, Édition Hansjörg Mayer, p. 151-153.
  16. a et b (en) (Schwieger 2014, p. 34) « Sönam Gyatso's activites among the Mongols also drew the attention. The Third Dalai Lama was therefore also the first Dalai Lama to receive a seal from the Chinese emperor. »
  17. Chitkara 1998, p. 91.
  18. D’après John Powers et David Templeman, Historical Dictionary of Tibet, Lanham (Maryland), Scarecrow Press Inc., (ISBN 978-0-8108-6805-2), « Khalkha »
  19. (Mote 1999, p. 500)
  20. (Mote 1999, p. 500) « Yelü Chucai was able to defend Buddhist interests to Chinggi's successor, ögödei Khan, and the leasers of the Quanzhen sect lost their superintendency of all religions.[...] The Buddhists regularly won those debates. »
  21. Gilles Béguin, L'art bouddhique, 2009, p. 264 : « En 1260, en outre, Kubilaï-Khân accorde à 'Phags-pa, le neveu et successeur de Sa-skya Pandita, le titre d'enseignant impérial (chinois : 帝师 ; pinyin : dìshī). Le bouddhisme tibétain obtient sur tout le territoire de l'Empire le statut de religion officielle »
  22. « Tibet — 3. La théocratie tibétaine (xie siècle-1950) », Larousse (consulté le 22 novembre 2014) : « 1260, Kubilay Khan confie à Phags-pa, supérieur du monastère de Sa-skya, le gouvernement religieux et temporel du Tibet. »
  23. Françoise Pommaret, Lhasa, lieu du divin: la capitale des Dalaï-Lama au 17e siècle, p. 193
  24. Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 72
  25. (Schwieger 2014, p. 34) « In contrast to the picture painted by later Tibetan an Mongolian historians, the meeting between Sönam Gyatso and Alttan Qan did not yet mark the beginning of the triumph of the Gelukpa over the Mongols. In the first half of the seventeenth century, the Karma Kagyü and the Sakya schools were both actively involved in missionary activities alongside the Gelukpa. But the Gelukpa seem to have been more fervent. Nevertheless, the Sakyapa succeededd in erecting the first Tibetan Buddhist temple complex in Mukden, the faraway Manchu capital of the early Qing Empire. Thus they enabled the Manchus to employ concepts of rule that were in vogue among the Mongols at that time, which thanks to the influence of Tibetan historians, were regarded by the Mongols as something that Qubilai Qan had actually accepted on the initiative of the Sakapa. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Peter Schwieger, The Dalai Lama and the Emperor of China : a political history of the Tibetan institution of reincarnation, New York, Columbia University Press, (ISBN 9780231538602, OCLC 905914446, lire en ligne)
  • (en) M. G. Chitkara, Buddhism, Reincarnation, and Dalai Lamas of Tibet, New Delhi, A.P.H. Pub. Corp., (ISBN 9788170249306, OCLC 39130481, lire en ligne)
  • (en) Frederick W Mote, Imperial China, 900-1800, Cambridge, Massachussets, Harvard University Press, (ISBN 9780674445154, OCLC 41285114, lire en ligne), p. 500
  • Bernard Baudouin, Le grand livre des Dalaï-Lamas. Transmission du pouvoir spirituel dans le bouddhisme tibétain, éd. de Vecchi, 2004, 134 p. (ISBN 2-7328-8185-6)
  • Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas. Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Albin Michel, coll. « Espaces libres », 2002, 393 p. (ISBN 2-226-13317-8)
  • Martin Brauen, Les Dalaï-Lamas. Les 14 réincarnations du bodhisattva Avalokiteshvara, Favre, 2005, 303 p.
  • Glenn H. Mullin, Les quatorze Dalaï-Lamas (2001), préface du 14° Dalaï-Lama, trad. Philippe Beaudoin, Éditions du Rocher, 2004, 616 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]