Chö-yon

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Chö-yon

Présentation
Pays Drapeau de la Mongolie Mongolie
Flag of China (1889–1912).svg Empire de Chine
Tibet
Tibet
Territoire d'application Drapeau de la Mongolie Mongolie
Drapeau du Tibet Tibet
Empire de Chine
Type Traité
Adoption et entrée en vigueur
Signature
Abrogation

La relation de Chö-yon (tibétain : མཆོད་ཡོན, Wylie : mchod-yon, contraction du tibétain : མཆོད་གནས - ཡོན་བདག, Wylie : mchod gnas - yon bdag, équivalent au sanscrit bhikshu-dānapati, lama officiant - précepteur donataire) était une entente politico-religieuse entre un maître spirituel et un bienfaiteur laïc, dite prêtre-patron, mise en place par les lamas du bouddhisme tibétain[1]. Les Tibétains ont établi en 1247 avec les Mongols un traité politique sans équivalent dans le monde, définissant une répartition des rôles sans prévalence d’une autorité sur l’autre. Il s'est poursuivi avec certains empereurs de la dynastie Ming, puis avec la dynastie mandchoue des Qing et a disparu après l'envoi par ces derniers d'une armée pour établir leur contrôle direct du Tibet du XIIIe dalaï-lama en 1910.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pagode de marbre dans le Temple Jaune de l'Ouest, construit en 1650 par l'empereur Shunzhi pour la visite du Lobsang Gyatso, Ve dalaï-lama, à Pékin

Certains lamas, en particulier de branches Kagyupa, s'étaient engagés avec les souverains du Royaume tangoute dans une relation prêtre-patron qui préfigure celle que les Mongols établiront avec les Sakyapas[2].

Après la mort de Gengis Khan en 1227, les Tibétains arrêtèrent d’envoyer leur tribut aux Mongols. En conséquence, en 1239-1240, le prince Godan, petit-fils de Gengis Khan et deuxième fils de Ögödei Khan, mena un raid dans la région de Lhassa, tuant quelque 500 moines et pillant des monastères, des villages et des villes. Deux monastères Kadampa furent détruits. Poursuivant la politique mongole de contrôle des régions soumises par l'intermédiaire de potentats locaux, et imitant les Tangoutes qui avaient établi avec les lamas tibétains des relations patron-conseiller religieux, Godan demanda à ses commandants de chercher un lama remarquable. Ce fut finalement à Sakya Pandita, lama considéré, que Godan envoya une lettre d' "invitation" et des présents[3]. En 1244, Sakya Pandita fut convoqué par Godan et entreprit le voyage vers le camp royal avec deux de ses jeunes neveux, Drogön Chögyal Phagpa, dix ans et Chhana, six ans, qui a par la suite publié un recueil des écrits de Sakya Pandita.

En chemin, ils s'arrêtèrent à Lhassa, où Phagpa prononça ses vœux de moine bouddhiste novice devant la statue du Jowo installée au Jokhang et offerte par la princesse Wencheng, l'épouse chinoise de Songsten Gampo[4][réf. insuffisante]. Sakya Pandita rejoignit en 1247 le camp de Godan à Liangzhou dans l'actuelle province de Gansu, où les troupes mongoles exterminaient les Chinois Han en les jetant dans un fleuve. Sakya Pandita, horrifié, donna des instructions religieuses, notamment que tuer un être est un des pires actes selon le Dharma du Bouddha[4].

Selon Jean-Paul Ribes, président du Comité de soutien au peuple tibétain, après l’invasion du Tibet par les armées mongoles au XIIIe siècle, les Tibétains répondent en mettant en place un traité politique sans équivalent dans le monde. Le traité de chö-yon définit une répartition des rôles sans prévalence d’une autorité sur l’autre. Les Khan mongols s’engageaient à respecter et à protéger la religion des Tibétains, à recevoir les enseignements bouddhistes et à les intégrer dans le domaine politique. En retour, le pouvoir tibétain confiait à ces monarques la sécurité de son territoire et prenait en compte leurs conseils pour la représentation extérieure[5]. La tibétologue Katia Buffetrille caractérise les relations entre la Mongolie et le Tibet comme des liens entre un « maître spirituel et un protecteur laïc »[6].

Pour autant, le Tibet n’est pas mentionné comme partie du domaine impérial dans les Annales des Yuan de l’époque[7]. Ce traité qui date de 1247 vit la nomination de Sakya Pandita comme vice-régent du Tibet[8].

Cette relation se poursuivit de manière bien moins forte avec certains empereurs de la dynastie Ming, qui ne considéraient par ailleurs pas le Tibet comme appartenant à leur territoire[6].

Cette relation de maître spirituel à bienfaiteur laïc perdura jusque vers la fin de la dynastie mandchoue des Qing[9],[10], quand ils envoyèrent une armée pour établir leur souveraineté sur le Tibet en 1910[11]. Vers 1912, Thubten Gyatso déclara officiellement que les relations sino-tibétaine basées sur la relation de Chö-yon existant depuis le XVIIe siècle entre le Ve dalaï-lama et l'empereur mandchou étaient rompues depuis que l'armée mandchoue avait envahi le Tibet en 1910[12].

Elle était cependant comprise différemment par les Tibétains et par les Mandchous. Pour les Tibétains, elle était uniquement religieuse, alors que les Mandchous l'utilisaient pour se concilier les Tibétains et les Mongols. De nos jours, selon Katia Buffetrille, cette relation est présentée comme une relation de subordination par les Chinois et ils l’utilisent pour revendiquer une légitimité sur le Tibet[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, Éditions Claire Lumière, 1993, (ISBN 2905998261), p. 110.
  2. (en) Ruth W. Dunnell, The Hsia Origins of the Yüan Institution of Imperial Preceptor. in "Asia Major, 3rd ser.", 5.1: 85-111, 1992, Institute of History and Philology of the Academia sinica, Taiwan
  3. Thomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de, Plon, 2007, (ISBN 2259198910), p. 121-122
  4. a et b Thomas Laird, Dalaï-Lama, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, traduction Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2-259-19891-0)
  5. Jean-Paul Ribes, La résistance Tibétaine et la non violence, in Dossier « Pour préserver la paix dans le monde et en nous », Tibet-info.net, septembre 2001.
  6. a b et c Katia Buffetrille, Chine et Tibet, une si longue histoire.
  7. Jean-Paul Ribes, Le dernier maoïste de France, Réponse à Jean-Luc Mélenchon, 14 avril 2008.
  8. (en) N. Subramanya, Human rights and refugees, APH Publishing, 2004, (ISBN 8176486833), p. 20.
  9. Françoise Wang-Toutain L’histoire du Tibet du XVIIe au XXIe siècle Groupe d’information internationale sur le Tibet, 2012 : « Les liens si étroits établis par les premiers empereurs mandchous avec les maîtres tibétains s’amenuisent inexorablement. Il ne reste qu’un vernis. En 1908, lorsque l’impératrice Cixi et son neveu Guangxu reçoivent Thubten Gyatso, XIIIe dalaï-lama, la relation chapelain / donateur n’a plus cours. »
  10. Fabienne Jagou, Histoire des relations sino-tibétaines.
  11. (en) Robert Barnett, The Tibet-China dispute, Secessionism and Separatism in Europe and Asia: To Have a State of One's Own, ed Jean-Pierre Cabestan, p. 202
  12. Jagou, op. cit., p. 52.