Ramón Alejandro

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Ramón Alejandro‏
Photographie de Ramón Alejandro.jpg
Naissance
Nom de naissance
José Ramón Díaz Alejandro‏
Nationalité
Activité
signature de Ramón Alejandro‏

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José Ramón Díaz Alejandro‏, né à La Vibora près de La Havane le , est un peintre, dessinateur, sculpteur, et graveur d'origine cubain.

Biographie[modifier | modifier le code]

José Ramón Diaz Alejandro, dit Ramón Alejandro, naît le 16 février 1943 à Cuba et passe son enfance dans les faubourgs de La Havane, à La Vibora. À dix-sept ans, il quitte sa famille et Cuba, en aucune façon pour des raisons politiques. Ramón Alejandro, petit-fils et neveu de peintres issus des écoles des Beaux-Arts de Madrid et de La Havane, décide en effet de voyager de par le monde, de visiter de nombreux musées pour voir les originaux des œuvres qui le fascinaient au travers de leurs reproductions ou leurs copies réalisées par son grand-père, d'admirer le baroque exubérant de certaines églises et de se former au métier. Il se rend tout d'abord en Amérique du Sud, en Argentine, au Brésil et en Uruguay. Il entame même des études aux Beaux Arts de Buenos Aires. Mais il arrive en Europe à vingt ans.

Après un tour d'Espagne, passant notamment par les Asturies, terre de ses ancêtres, il se fixe à Paris en 1963 et s'inscrit dans l'atelier de gravure de Friedlander. Il acquiert la nationalité française, fonde une famille et installe son atelier au pied de la butte Montmartre, après avoir vécu à Madrid entre 1976 et 1978. Sa femme, la peintre Catherine Blanchard, meurt en 1993. Il cherche alors à se rapprocher de son île natale en séjournant à Miami de 1995 à 2004. Il ne parvient pas à s'installer durablement à La Havane en 2005 et se fixe à Mexico en 2007 mais, après un retour à Paris, il revient à Miami en 2011, dans le quartier de South Beach, près de son fils. Il y réside actuellement.

Œuvre graphique et peinture[modifier | modifier le code]

La production picturale de Ramón Alejandro, entamée dès 1966 et très variée tant par les techniques employées (gravure, eau forte, dessin, aquarelle, huile, acrylique) que par ses thèmes, est lente et de plus en plus méticuleuse et fouillée. Esprit indépendant, peu soucieux de sa commercialisation, il méprise le marché de l'art et les épigones de Marcel Duchamp. Dans ces conditions, ses expositions sont de plus en plus exceptionnelles.

Artiste onirique, il peint ou dessine en premier lieu des machines inquiétantes flottant dans l'espace et violemment éclairées par une source lumineuse latérale mystérieuse. Cages, clous, herses, râteaux et mécanismes apparemment inutiles et soigneusement chevillés semblent prêts à torturer, transpercer, écraser, lacérer. L'irrationalité des machines côtoie paradoxalement la logique implacable des ombres portées, particulièrement complexes. Ses œuvres, qui font penser à l'atmosphère des prisons de Piranese et sont toujours affublés de titres recherchés, non dénués d'humour (Le garde-meubles de Louis XVII) ou inspirés par la littérature (Octavio Paz), fascinent alors Roland Barthes comme Roger Caillois[réf. nécessaire].

Son univers s'élargit ensuite à partir de 1978 à d'étranges constructions, grossièrement taillées dans le roc, parfois en équilibre sur de fragiles échafaudages, ou tranchantes comme des lames de couteau, sortes de vestiges colossaux de civilisations inconnues ou mortes, perdus dans une végétation tropicale luxuriante.

Le thème des fruits tropicaux exhibant leur pulpe intime après avoir été sectionnés, déposés sur des espaces courbes, parfois jonchés d'outils contondants, de cartes à jouer, de dominos, de dés ou de pièces de monnaie cubaines, est de plus en plus exploité à partir d'un séjour au Venezuela en 1988. Leur sensualité, voire leur symbolique sexuelle, est particulièrement mise en valeur sous des cieux tourmentés, souvent traversés par des éclairs. Au milieu de sortes de rébus, les fruits s'offrent ainsi à la vue tandis que des personnages plus ou moins difformes et ambigus, des animaux ou de simples pépins apparaissent de temps en temps pour jeter de leur côté un regard froid sur les voyeurs. La légèreté et la fragilité de pliages de papier (fusées, cerfs-volants...) et les irisations passionnent aussi le peintre.

Enfin, à partir des années 2010, sa contre-signature sur l'envers des toiles est particulièrement travaillée et des mots luxueusement calligraphiés, aux volutes croisées complexes, finissent par traverser et envahir l'endroit de ses rares œuvres, à l'atmosphère de plus en plus suffocante, quelques étonnants tableaux formant incursions du côté de l'abstraction lyrique.

Ainsi l'artiste est passé de froides machines mécaniques, miraculeusement stabilisées dans des espaces vides et construites pour l'éternité, à la chaleur des fruits mortels et l'instabilité d'espaces saturés où la couleur et les mots explosent ; de mondes univoques à des univers équivoques ; de la règle implacable au dérèglement ; de la tension interne à la complexité des regards croisés. Des œuvres de Ramón Alejandro se trouvent au musée d'art de San Diego (Californie), à l'Organisation des États américains à Washington, au Musée d'art moderne de la ville de Paris mais aussi dans de nombreuses collections privées, notamment celle, ouverte au public, d'Andres Blaisten à Mexico[réf. nécessaire].

Écrits[modifier | modifier le code]

D'une curiosité insatiable, d'une immense culture, grand lecteur, notamment des littératures antiques, Ramón Alejandro a illustré de nombreux livres par des gravures et des lithographies qui témoignent à la fois d'un imaginaire fécond et d'une maîtrise technique exceptionnelle. Mais il a également écrit lui-même, en dehors de divers articles, plusieurs récits car Ramón Alejandro aime conter des histoires. Placés sous le signe d'Épicure, de Lucrèce et d'Ovide, ils sont rédigés en espagnol. Pure perte (1974) est un récit surréaliste illustré de dessins à l'érotisme délirant. Dans Adua la Pedagoga (2012), Ramón Alejandro narre sa découverte de Paris et ses relations avec les milieux cubains de l'époque, notamment le réalisateur et directeur de la photographie Néstor Almendros. Dans La Familia Calandraca (2014), premier volume publié à compte d'auteur à Miami d'une tétralogie annoncée et intitulée La Reina de los espejos ("La Reine des miroirs"), il dresse un portrait sans concession de sa famille et analyse les affres de sa jeunesse et de son adolescence. Le récit est dédié à son frère (1937-1985), Carlos Federico, professeur d'économie à l'Université de Yale et spécialiste des économies latino-américaines.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Alors que son œuvre picturale et graphique, souvent bâtie autour de constructions imaginaires, semble appeler la sculpture, sa production en la matière est curieusement réduite. Il a néanmoins exposé une de ses machines, confectionnée à partir d'un réfrigérateur, au Grand Palais de Paris, en 2007, avec 49 autres artistes cubains, dans le cadre de l'exposition itinérante "Les Monstres dévoreurs d'énergie" (Madrid, Milan, Paris).

Principales expositions[modifier | modifier le code]

  • 1968, Galerie Lambert, Paris, préface de Patrick Waldberg.
  • 1969, Galerie Maya, Bruxelles, préface de Roland Barthes.
  • 1971, Galerie Desbrières, Paris, préfaces de Roland Barthes, Severo Sarduy et Bernard Noël.
  • 1973, Galerie Jeanne Castel, Paris.
  • 1974, Galerie Arta, Genève, préface de Tony Duvert.
  • 1976, Galerie Arta, Genève.
  • 1981, Meeting Point Gallery, Miami, préface de Carlos M. Luis.
  • 1987, Galerie du Dragon, Paris, préface d’Édouard Glissant.
  • 1988, œuvre graphique, Galerie du Dragon, Paris.
  • 1988, Galeria Minotauro, Caracas, préface de Roberto Guevara.
  • 1989, œuvre graphique, Cuban Museum of Art and Culture, Miami. Osuna Gallery, Washington – Osuna Gallery, Miami, préface de Jean-Louis Clavé, Jacques Lacarrière, Bernard Noël, Severo Sarduy, André Velter.
  • 1991, Dessins et livres illustrés, librairie Claude Oterelo, Paris.
  • 1992, Galerie Berthet-Aittouarès, Paris, préface de Jean-Jacques Levêque.
  • 1993, Galeria Minotauro, Miami Art Fair no 3, Miami.
  • 1995, Galeria Jorge Sori Fine Arts, Miami.
  • 1996, Galería Jorge Sori, Miami Art Fair no 6, Miami.
  • 1996, Fundacion Previsora Galeria, Caracas, Venezuela.
  • 1998, Galeria La Boheme Fine Arts, Miami.
  • 2005, Galerie Latinart Core, Miami.
  • 2007, Galerie Latinart Core, Miami, préface El vimana de la existencia, de William Navarrete.

Publications[modifier | modifier le code]

Livres personnels[modifier | modifier le code]

  • (texte et illustrations) Pure Perte, Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière, 1974.
  • (texte et illustrations) Fonds perdu, Les Cahiers des Brisants, Mont-de-Marsan, 1979.
  • Collaboration à la revue Minuit, éditions de Minuit (de 1974 à 1977, du no 11 au no 27).
  • (texte et illustrations) Alma Venus, Brandes, 1990.
  • Primicias del delito sexual in La Habana (1952-1961), Alianza Editorial, Madrid, 1995.
  • Ramón Alejandro, L'Atelier des Brisants, Paris, 2006
  • (préface) "Deux créoles face au sphynx / Dos criollos frente a la esfinge", La canopea del Louvre, William Navarrete et Regina Ávila, Aduana Vieja, Valencia, Espagne, 2008.
  • Adua La Pedagoga, Aduana Vieja Editorial, Valencia, 2012
  • La Familia Calandraca, Alexandria Library, Miami, 2014.

Monographies[modifier | modifier le code]

Illustrations[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ramón Alejandro, L'Atelier des Brisants, Paris, 2006.

Liens externes[modifier | modifier le code]