Révolte de Zeytoun (1862)

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Zeytoun.

La première révolte de Zeytoun est un soulèvement survenu en 1862 quand les montagnards arméniens de Zeytoun (actuelle Süleymanlı près de Kahramanmaraş, dans le sud de l'Anatolie) ont pris les armes contre les autorités de l'Empire ottoman.

Contexte[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, les Arméniens de l'Empire ottoman constituent une communauté (millet) dotée d'une certaine autonomie. Le Hatt-i Sharif (édit impérial) de 1839 leur reconnaît une égalité de principe avec les musulmans, même si ces derniers détiennent la réalité du pouvoir. Le 24 mai 1860, la Sublime Porte publie un Règlement de la nation arménienne qui étend les pouvoirs des institutions arméniennes représentées par le Patriarcat arménien de Constantinople et par une Assemblée supérieure de 140 membres, en partie élus[1].

Les régions montagneuses du Taurus, peuplées d'Arméniens et de Turkmènes, avaient appartenu à l'ancien royaume arménien de Cilicie ; conquises par les Ottomans au XVIe siècle, elles avaient conservé une certaine liberté dans la province de Maraş (actuelle Kahramanmaraş, eyalet de Dulkadir). Les libertés traditionnelles des Arméniens de Zeytoun avaient été confirmées par le sultan Mahmoud II en 1833. En 1842, ils étaient intervenus pour protéger leurs voisins, les Turkmènes de Tedgerlan[2].

La guerre de Crimée (1853-1856), opposant l'Empire ottoman à la Russie qui revendique un protectorat sur les minorités chrétiennes de l'Empire, entraîne une détérioration des relations entre musulmans et chrétiens ; la crise s'aggrave quand des réfugiés tcherkesses du Caucase russe, victimes de la répression russe au Caucase, sont réinstallés en Cilicie aux dépens des Arméniens[3].

En 1861, un certain Levon, se présentant comme descendant des princes normands d'Antioche et des rois arméniens de Cilicie, demande à Napoléon III de reconnaître une principauté autonome des Arméniens de Cilicie, comme il l'a fait pour les maronites libanais avec le Moutassarifat du Mont-Liban ; sa demande reste sans suite[4].

Révolte[modifier | modifier le code]

En juillet 1862, des villages et monastères arméniens sont pillés par des émeutiers musulmans. Le gouverneur d'Adana, Aziz Pacha, arrive à Zeytoun avec des troupes pour soumettre les Arméniens. Le 2 août, il attaque la ville, mais les habitants, armés de vieux fusils à mèche, repoussent les attaquants qui s'enfuient avec de lourdes pertes. Les insurgés poursuivent les soldats jusqu'au Ceyhan et s'emparent d'une partie de leur armement[5].

La révolte de Zeytoun provoque des réactions variées parmi les Arméniens de Constantinople. Les notables, dociles au pouvoir ottoman, désavouent les insurgés, alors que les ouvriers et artisans manifestent publiquement en leur faveur. La nouvelle se répand dans les communautés arméniennes d'Anatolie et de l'Empire russe qui organisent des collectes pour les insurgés[5].

Grâce au soutien d'un petit groupe d'intellectuels arméniens de Constantinople, un des chefs de Zeytoun, Krikor Abardean, gagne clandestinement la France où il est reçu par Napoléon III ; l'empereur français, qui s'intéresse aux chrétiens d'Orient et au potentiel économique de la région, offre sa médiation. À la fin de 1863, une commission franco-ottomane arrive à Maraş et négocie un compromis : le sultan renonce aux représailles contre les habitants de Zeytoun qui, en échange, acceptent de payer l'impôt et de recevoir une citadelle ottomane[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La révolte de Zeytoun est une des premières manifestations de la question arménienne sur la scène internationale. Elle sera suivie par la deuxième révolte de Zeytoun (1895-1896) (en)[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012, p. 432-433
  2. Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012, p. 433-434
  3. Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012, p. 434
  4. a et b Louise Nalbandian, The Armenian Revolutionary Movement, Berkeley, University of California, 1963, p. 67-74
  5. a et b Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012, p. 434-435
  6. Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012, p. 435

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie et Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie, Perrin, 2012
  • Louise Nalbandian, The Armenian Revolutionary Movement, Berkeley, University of California, 1963.