Province ultramarine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Les provinces ultramarines, ou provinces d'outre-mer, sont des divisions administratives du Portugal désignant ses colonies. Ce statut est utilisé de 1946 à 1976 dans un principe pluricontinental. L'Inde portugaise est la première à l'obtenir, avant qu'il ne soit généralisé à l'ensemble des colonies portugaises en 1951. Il perdure jusqu'au milieu des années 1970, où la plupart de celles-ci proclament leur indépendance ou sont annexées par des pays voisins.

Historique[modifier | modifier le code]

Instauration du terme[modifier | modifier le code]

Les premières apparitions du terme de « province ultramarine » datent du XIXe siècle. Durant le régime fasciste et dictatorial de l'Estado Novo, établi en 1933, il devient conforme à l'idée du pluricontinentalisme, qui considère le Portugal non pas comme un empire colonial mais comme un État-nation réparti sur différents continents et où les colonies n'existent pas[1],[2],[3]. Les enclaves portugaises en Inde (alors sous domination britannique) sont les premières à être officiellement désignées sous ce nom, à partir du [4]. Les autres colonies, situées en Afrique, en Asie et en Océanie, deviennent des provinces ultramarines le [5],[6],[7], à l'exception du Fort Saint-Jean-Baptiste-d'Ajuda, situé au sein de la colonie française du Dahomey (futur Bénin)[8].

Le changement est acté par une modification de la constitution, présentée par le président du Conseil des ministres António de Oliveira Salazar et acceptée par le Parlement[3]. Elle intègre un Acte colonial (en) révisé, où la terminologie relative aux colonies est corrigée, de façon présenter le Portugal comme une « nation pluricontinentale » une et indivisible. Le pays abandonne ainsi la qualification d'« Empire colonial portugais ». Ces actions permettent de plaire à la communauté internationale et de contourner les critiques des Nations unies sur son colonialisme, tout en ne respectant pas le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes demandé par la Charte de San Francisco[3],[9]. En parallèle, le ministère des Colonies (pt) devient ministère de l'Outre-mer (pt)[10].

Perte des colonies[modifier | modifier le code]

En 1954, les possessions en Asie Dadra et Nagar Haveli sont annexés par l'Inde (indépendante depuis sept ans) après le soulèvement d'indépendantistes locaux. L'Opération Vijay lancée par l'armée indienne en 1961 permet la conquête des dernièrs comptoirs portugais : l'île Anjidiv, Goa, Daman et Diu (qui comprend Simbor (en)). Cependant, le Portugal continue de revendiquer sa souveraineté sur ces territoires[4].

La classification perdure jusqu'à la fin de la dictature en 1974, survenue grâce à la révolution des Œillets et aux guerres d'indépendance du Mozambique et de l'Angola. Une décolonisation progressive est enclenchée par le pouvoir révolutionnaire et les annexions indiennes sont reconnues. Les différentes colonies africaines prennent leur autonomie puis leur indépendance[n 1] entre et sous les noms de république populaire d'Angola, république du Cap-Vert, république de Guinée-Bissau, république populaire du Mozambique et république démocratique de Sao Tomé-et-Principe[4],[11],[12],[13]. La république démocratique du Timor oriental proclame son indépendance en [14], mais l'Indonésie l'envahit et l'annexe le mois suivant[15]. Seul le comptoir de Macao reste sous domination portugaise, à contre-coeur du Portugal qui voulait le léguer à la Chine, pays frontalier et premier possesseur du territoire[16]. Il devient un « territoire chinois sous administration portugaise » en , avant d'être finalement rétrocédé à la Chine en 1999[17],[18].

Liste des provinces[modifier | modifier le code]

Planisphère euro-centré représentant le Portugal et ses colonies au début du vingtième siècle, soit les huit provinces ultramarines et le Fort Saint-Jean-Baptiste-d'Ajuda dans l'actuel Bénin.
Carte de l'Empire colonial portugais au début du XXe siècle.
Carte des différentes provinces ultramarines portugaises en Afrique.
Les provinces ultramarines portugaises en Afrique.
Vieille carte à grande échelle de l'Inde, représentant les enclaves portugaises de Daman, Drada et Nagar Haveli. Daman est sur la côte, Dadra est une minuscule enclave située plus au Sud dans les terres et Nagar Haveli est une plus grande enclave, au Sud de Drada. C'est la plus grande des trois possessions.
Carte de Daman, Dadra et Nagar Haveli (de haut en bas), datant d'avant 1910.
Vieille carte à grande échelle centrée sur Diu en Inde, un comptoir portugais enclavé et séparé par un cours d'eau du continent. Seule une petite partie du territoire est sur le continent. Plus à l'Est se trouve la minuscule exclave Simbor, rattachée administrativement à Diu.
Carte des années 1920 centrée sur Diu. À l'Est, l'exclave Simbor (en) qui lui est rattachée.

Les provinces ultramarines sont au nombre de huit en 1951, et réparties sur trois continents. La province de l'Inde portugaise est divisée en plusieurs comptoirs, annexés à des périodes différentes.

Nom Location Début Fin Statuts futurs
Angola Carte de localisation de l'Angola sur le continent africain. Drapeau de l'Angola République populaire d'Angola
Cap-Vert (en) Carte de localisation du Cap-Vert sur le continent africain. Drapeau du Portugal République du Cap-Vert (autonomie)
Drapeau du Cap-Vert République du Cap-Vert
Guinée Carte de localisation de la Guinée sur le continent africain. Drapeau de la Guinée-Bissau République de Guinée-Bissau
Inde Carte de localisation des comptoires portugais en Inde. (de facto, Dadra et Nagar Haveli) Voir tableau détaillé (Drapeau de l'Inde Inde)
(de facto, Anjidiv, Daman, Diu et Goa)
(de jure)
Macao Carte de localisation de Macao en Chine. Drapeau de Macao de 1976 à 1999. Territoire chinois sous administration portugaise
Drapeau de Macao Région administrative spéciale de Macao de la République populaire de Chine (Drapeau de la République populaire de Chine Chine)
Mozambique Carte de localisation du Mozambique sur le continent africain. Drapeau du Mozambique Administration locale
Drapeau du Mozambique République populaire du Mozambique
Sao Tomé-et-Principe Carte de localisation de Sao Tomé-et-Principe sur le continent africain. Drapeau du Portugal Province autonome de Sao Tomé-et-Principe
Drapeau de Sao Tomé-et-Principe République démocratique de Sao Tomé-et-Principe
Timor Carte de localisation du Timor oriental sur le continent africain. Drapeau de la république démocratique du Timor oriental. République démocratique du Timor oriental (annexion par l'Drapeau de l'Indonésie Indonésie en 1976, devient la province Drapeau de la province du Timor oriental Timor oriental avant de retrouver son indépendance en 2002)

Possessions en Inde[modifier | modifier le code]

Nom Location Début Fin Statuts futurs
Anjidiv (de facto)
(de jure)
Territoire de la commune de Canacona (en) (Drapeau de l'Inde Inde), située au sein de Goa, Daman et Diu puis de Goa
Dadra et Nagar Haveli Carte de localisation de Dadra et Nagar Haveli en Inde. (de facto)
(de jure)
1954 : Administration libre de Dadra et Nagar Haveli (Drapeau de l'Inde Inde)
1961 : Territoire de l'Union de Dadra et Nagar Haveli
2020 : Territoire de l'Union de Dadra et Nagar Haveli et Daman et Diu
Daman et Diu Carte de localisation de Daman et Diu en Inde. (de facto)
(de jure)
1961 : Territoire de l'Union de Goa, Daman et Diu (Drapeau de l'Inde Inde)
1987 : Territoire de l'Union Daman et Diu
2020 : Territoire de l'Union de Dadra et Nagar Haveli et Daman et Diu
Goa Carte de localisation de Goa en Inde. (de facto)
(de jure)
1961 : Territoire de l'Union de Goa, Daman et Diu (Drapeau de l'Inde Inde)
1987 : État de Goa

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La province du Mozambique bénéficie d'une administration locale dès le  ; son indépendance est actée le . La république du Cap-vert devient autonome le avant de proclamer son indépendance le . La province de Sao Tomé-et-Principe est déclarée autonome le jusqu'à son indépendance le .

Références[modifier | modifier le code]

  1. (pt) « Pluricontinental », sur Dicionário.
  2. (en) Norrie Macqueen, « Portugal's First Domino: 'Pluricontinentalism' and Colonial War in Guiné-Bissau, 1963–1974 », Contemporary European History, Cambridge University Press,‎ , p. 209-230 (lire en ligne).
  3. a b et c « Le lusotropicalisme dans le colonialisme portugais tardif », sur Africultures, (consulté le 16 février 2020).
  4. a b et c (en) Ben Cahoon, « India », sur World Statesmen.org (consulté le 15 février 2020).
  5. (en) Ben Cahoon, « São Tomé and Príncipe », sur World Statesmen.org (consulté le 13 février 2020).
  6. (pt) « Lei n.º2048 », Diário da República,‎ (lire en ligne [PDF]).
  7. (en) G. J. Bender, Angola Under the Portuguese: The Myth and the Reality, Berkeley, University of California Press, (ISBN 0-520-03221-7).
  8. (en) Ben Cahoon, « Benin », sur World Statesmen.org (consulté le 15 février 2020).
  9. Cláudia Castelo, traduit par Camille Diard, « Le luso-tropicalisme, ou le colonialisme portugais sur le tard », sur Buala, (consulté le 16 février 2020).
  10. (pt) « Legislação », sur Archives du ministère de l'Outre-mer (consulté le 15 février 2020).
  11. (en) José Ramos-Horta, Funu: The Unfinished Saga of East Timor, Red Sea Press, (ISBN 0-932415-14-8).
  12. (en) « 1974: Rebels seize control of Portugal », sur BBC, (consulté le 10 mars 2018).
  13. (en) Ben Cahoon, « Mozambique », sur World Statesmen.org (consulté le 16 février 2020).
  14. (en) Ben Cahoon, « Timor-Leste (East Timor) », sur World Statesmen.org (consulté le 15 février 2020).
  15. (en) « Indonesia invades East Timor », sur History, (consulté le 10 mars 2018).
  16. Stéphane Dupont, « La Chine récupère Macao », sur Les Échos, (consulté le 15 février 2020).
  17. (en) Ben Cahoon, « Former Foreign Colonies and Major Concessions in China », sur World Statesmen.org (consulté le 15 février 2020).
  18. (pt) de Coordenação da Cerimónia de Transferência « Lei Básica da Região Administrativa Especial de Macau da República Popular da China » (version du 21 septembre 2012 sur l'Internet Archive), sur Gabinete de Coordenação da Cerimónia de Transferência.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]