Décolonisation de l'Afrique

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Pays africains par ordre d’accès à l’indépendance.

La décolonisation de l'Afrique correspond à l'indépendance des pays africains vis-à-vis des puissances coloniales de l'Afrique. Si la majorité des décolonisations ont lieu après la Seconde Guerre mondiale, un certain nombre de pays ont pu obtenir leur indépendance avant. Le dernier pays africain à obtenir son indépendance est la Namibie.

État des lieux[modifier | modifier le code]

Depuis la Conférence de Berlin de 1884-85, le continent africain est divisé en colonies appartenant à des pays européens[1].

Contrôle européen en 1939.

En 1905, la quasi-totalité du territoire africain appartient à des nations européennes, à l'exception du Liberia et de l'Éthiopie (qui sera colonisée par l'Italie à partir de 1936)[2]. La Grande-Bretagne et la France possèdent les plus grands empires coloniaux. Viennent ensuite le Portugal, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Belgique.

Causes[modifier | modifier le code]

Causes sociales[modifier | modifier le code]

Sur le plan africain, les deux guerres mondiales ont vu l'engagement de troupes originaires d'Afrique[3]. Par exemple, le dominion de l'Union sud-africaine dirigée par Jan Smuts est entré en guerre aux côtés des Alliés, s'est engagé en Égypte et à Madagascar et a participé à la libération de l'Éthiopie. La plupart des gouverneurs coloniaux français ont montré leur loyauté au régime de Vichy jusqu'en 1943. La propagande allemande durant la guerre n'est pas étrangère à cette méfiance envers l'autorité britannique. Du fait que la conquête impériale japonaise ait commencé en Extrême-Orient, elle a fait face à une insuffisance en matière première telle que le caoutchouc et divers minerais. L'Afrique était alors forcée de compenser cette pénurie et a beaucoup bénéficié de ce changement. Un autre problème clé auquel les Européens ont dû faire face était la présence d'U-boots (sous-marins allemands) qui patrouillaient dans l'océan Atlantique. Ceci a réduit la quantité de matières premières transportées vers l'Europe et a poussé à la création d'industries locales en Afrique. Ces industries ont, à leur tour, causé l'agrandissement et la création de nouveaux quartiers. Avec l'accroissement des zones urbaines et de l'industrie est venue celle des syndicats.

L'auteur David Killingray estime à 1,3 million le nombre de soldats africains ayant participé à la Seconde Guerre mondiale dans les rangs de l'armée britannique[4].

Causes culturelles[modifier | modifier le code]

Durant les années 1930, certaines élites, formées dans les universités occidentales et familières avec des idées comme l'autodétermination voient émerger des leaders, dont quelques nationalistes majeurs comme Jomo Kenyatta (Kenya), Kwame Nkrumah (Côte-de-l'Or, Ghana), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), ont mené la bataille pour l'indépendance.

Causes politiques[modifier | modifier le code]

Depuis la Première Guerre mondiale, la position des États-Unis est devenue déterminante sur le plan international. D'une manière générale, ceux-ci avaient intérêt au démantèlement des empires coloniaux britanniques et français qui leur interdisaient le marché des territoires sous domination européenne. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Franklin Roosevelt jugeait de surcroît, que la défaite de la France et la collaboration du gouvernement de Vichy avec l'Allemagne ôtait à celle-ci toute autorité politique pour conserver son empire colonial. Il donne ainsi avec Cordell Hull dès 1942, une impulsion sans précédent au mouvement de décolonisation[5].

En 1941, Roosevelt et Churchill se rencontrent pour discuter du monde de l'après guerre. Il en résulte la Charte de l'Atlantique. L'une des clauses de ce document, introduite par Roosevelt, était l'autonomie des colonies impériales. Après la seconde guerre mondiale, il y avait donc une pression sur les britanniques de se conformer aux termes de la Charte de l'Atlantique. Lorsque Churchill a introduit la charte au parlement, il a expressément transposé les colonies en pays récemment conquis à l'Allemagne pour pouvoir la faire passer[réf. nécessaire]. Après la guerre, les colonies africaines étant toujours considérées « infantiles » et « immatures », des gouvernements démocratiques n'ont été introduits qu'à l'échelle locale. Les derniers mois de sa vie, Roosevelt est contraint, du fait de considérations de sécurité militaire, de modérer son anticolonialisme. La diplomatie américaine prend un cours plus pragmatique visant à rassurer ses partenaires occidentaux durant la guerre froide[5].

Causes économiques[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines industries et villes africaines locales se sont développées lorsque les sous-marins patrouillant dans l’océan Atlantique ont réduit le transport de matières premières vers l’Europe[6].

Chronologie[modifier | modifier le code]

À noter que seul le Liberia (indépendant en 1847) est daté d'avant 1949 n'a jamais été colonisé car il restait sous influence américaine. L'Éthiopie sera occupée en 1936 par l'Italie fasciste pendant 5 ans (occupation italienne de l'Éthiopie).

En 1977, 50 pays africains avaient obtenu leur indépendance vis-à-vis des puissances coloniales européennes[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Dans la plupart des colonies britanniques et françaises, la transition à l'indépendance a été relativement pacifique excepté en Algérie. Certains colons désapprouvaient cependant l'introduction de gouvernements démocratiques.

À la suite de la décolonisation, l'Afrique a affiché une instabilité politique, un désastre économique et une dépendance à la dette. L'instabilité politique est arrivée avec l'introduction des influences marxiste et capitaliste ainsi que les frictions permanentes dues aux inégalités entre les races[réf. nécessaire]. Ceci menait à la guerre civile, des mouvements nationalistes noirs ont participé à des attaques violentes à l'encontre des colons blancs[réf. nécessaire], tentant de mettre fin à la « dominance de la minorité blanche » dans les gouvernements.

D'autres violences ont lieu à cause du désaccord relatif au découpage géographique fait durant la colonisation. Malgré une acceptation très répandue de ce découpage, des conflits frontaliers comme ceux entre le Tchad et la Libye, l'Éthiopie et la Somalie et le Nigeria et le Cameroun surgissent. Certains conflits de cette nature perdurent encore aujourd'hui, comme c'est le cas du Sahara occidental, disputé par les trois États frontaliers (Algérie, Maroc, Mauritanie)[7], soit directement ou par l'intermédiaire de mouvements armés soutenus par l'une ou l'autre partie, mais la Mauritanie a laissé tomber l'affaire en 1979.

Un autre résultat du colonialisme, suivi de la décolonisation, fut l'appauvrissement en ressources naturelles de l'économie africaine[réf. nécessaire] sans possibilité de diversification de l'exportation de ses cultures commerciales vers les pays colons. Souffrant de famine et de sécheresse, l'Afrique a lutté pour industrialiser sa main-d'œuvre frappée par la pauvreté, avec des fonds insuffisants.

Dans une tentative d'influencer le Tiers Monde pour qu'il adopte, soit l'idéologie du capitalisme, soit celle du communisme, les États-Unis et l'Union soviétique ont prêté de la nourriture et de l'argent à l'Afrique. Pour nourrir, éduquer, et moderniser ses populations, l'Afrique a emprunté des sommes importantes à diverses nations, banques et compagnies. En retour, les créanciers ont contraint les pays africains à dévaluer leurs monnaies et ont tenté d'exercer une influence politique en Afrique. Cependant, l'argent emprunté ne releva pas l'économie dévastée[réf. nécessaire]. Les énormes capitaux empruntés étant habituellement dilapidés par la mauvaise gestion des dictateurs corrompus, les problèmes sociaux comme l'éducation, la santé, et la stabilité politique ont été ignorés.

Les dérivés de la décolonisation, l'instabilité politique, les conflits frontaliers, l'écroulement économique, et une dette énorme continuent de ronger l'Afrique aujourd'hui.

L'ancien "Sahara espagnol" (aujourd'hui Sahara occidental), annexé par le Maroc en 1975 à la suite des Accords de Madrid , est dans une situation ambiguë et son statut est disputé. Tandis que le Maroc considère qu'il s'agit de territoires ayant appartenu au Royaume du Maroc avant la colonisation, l'ONU l'a inscrit (à sa demande) dans la "Liste des territoires non-autonomes". D'autre part, le mouvement indépendantiste « Polisario », puissamment soutenu par l'Algérie, a créé la République arabe sahraouie démocratique" autoproclamée, qui revendique ce même territoire. Depuis le cessez-le-feu de 1991, environ 80 % du territoire sont sous administration marocaine, la partie restante étant sous contrôle du Polisario et de l'Algérie.

Bilan de la colonisation[modifier | modifier le code]

L'Afrique a d'un côté souffert, à court et à long terme, des effets de la colonisation et de l'impérialisme, avec l'exploitation de ses ressources naturelles comme l'or et le diamant et de sa main-d'œuvre, le bouleversement économique, social et culturel, une division géopolitique et un assujettissement politique. D'autre côté, le transfert d'éléments de la civilisation européenne et la constitution d'unités politiques plus larges a ouvert de nouvelles perspectives[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Elizabeth Heath, Berlin Conference of 1884–1885 : Meeting at which the major European powers negotiated and formalized claims to territory in Africa; also called the Berlin West Africa Conference., Henry Louis Gates, Jr. and Kwame Anthony Appiah (ISBN 978-0-199-73390-3, lire en ligne)
  2. (en) « Which African Countries Were Never Actually Colonized? », sur ThoughtCo (consulté le )
  3. « The call of the Empire, the call of the war | WW1 - Telegraph », sur web.archive.org, (consulté le )
  4. (en) Killingray, David et PLAUT, MARTIN, Fighting for Britain. African Soldiers in the Second World War., Oxford: James Currey, Cambridge University Press, , 296 p. (ISBN 978-1847010476, lire en ligne)
  5. a et b Noraogo Kinda, Les États-Unis et le nationalisme en Afrique noire à l'épreuve de la décolonisation (Deuxième Guerre mondiale-1960), Outre-Mers. Revue d'histoire, Année 1992, 297, pp. 533-555
  6. a et b (en-US) Author selfstudyhistory, « DECOLONISATION OF AFRICA », sur SELF STUDY HISTORY, (consulté le )
  7. « Maroc-Algérie, l’impossible conciliation? », sur RFI, (consulté le )
  8. Elikia M'Bokolo, Afrique Noire : Histoire et Civilisations, tome II, Du XIXe siècle à nos jours, 2e éd., Paris: Hatier, 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]