Pierre Ier de Savoie

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Pierre Ier de Savoie
Pierre de Maurienne
Image illustrative de l’article Pierre Ier de Savoie
Monnaie (Denaro Segusino) de Pierre Ier

Titre comte en Maurienne
(v. 1057 / 1060-v. 1078)
Autres titres Marquis de Suse et d'Italie
Prédécesseur Othon Ier de Savoie
Successeur Amédée II de Savoie
Biographie
Dynastie Humbertiens
Maison de Savoie
Naissance
Décès  ?
Père Othon Ier de Savoie
Mère Adélaïde de Suse
Conjoint Agnès de Poitiers
Enfants Agnès,
Alix (Alice)

Blason de Pierre Ier de SavoiePierre de Maurienne

Pierre de Maurienne, voire selon l'usage de Savoie (on trouve également la forme Pierre d’Aoste[1]), né vers 1048 et mort le , serait le quatrième comte en Maurienne, également seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais et marquis de Suse et d'Italie (v. 1060-1078), fils d'Othon Ier de Savoie (v. 1023-v. 1057-1060) et de sa femme Adélaïde de Suse (v. 1015-1091).

D'après les historiens récents, les Humbertiens, à l'origine de la maison de Savoie, bien qu'étant implantés dans le comté de Savoie, n'auraient porté le titre de comte de Savoie qu'à partir du comte Amédée III, en 1125. Son frère Amédée II lui succédant est cité comme comte de Sabaudia, à son décès, en 1080.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Pierre serait né aux environs de l'année 1048, selon l'historien Victor Flour de Saint-Genis (1869)[2] ou encore l'historien anglais Charles William Previté-Orton (1877-1947)[3]. Le site de généalogie Foundation for Medieval Genealogy donne une période correspondante, entre 1047 et 1049[4]. Il est le fils du comte Othon Ier de Savoie et de sa première épouse la margrave (marquise) de Suze Adélaïde (v. 1015-1091)[4],[5].

La Chronique de Savoye, de Jehan d'Orieville, dit Cabaret, historiographe du comte Amédée VIII, sur laquelle repose la connaissance historiographique, ne mentionne pas ce fils du comte Othon (ou Oddon) (v. 1023-v. 1057-1060)[6]. Il n'en est pas non plus mentionné dans la généalogie de Hautecombe[6]. Il est par contre présent dans les ouvrages des historiens Emmanuel-Philibert de Pingon (1525-1582) et Samuel Guichenon (1607-1664)[6].

Règne[modifier | modifier le code]

Au décès de son père, vers 1057 ou 1060, il serait devenu comte[7]. Jeune, mais majeur[8], le pouvoir est régi par sa mère Adélaïde de Suse[9].

Il épouse Agnès de Poitiers (de Poitou) (v. 1052-v. 1089)[1],[7], fille de Guillaume VII d'Aquitaine, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine de 1039 à 1058 et d'Emma de Chartres, vers 1064[3],[10], d'après l'historien Charles William Previté-Orton[11]. Elle aurait épousé en 1054[10] en premières noces Ramire Ier, premier roi d'Aragon, qui meurt en 1064[7],[12].

En 1066 ou 1067, il marie sa sœur Berthe au roi de Germanie et de Bourgogne, Henri de Franconie[13], futur empereur du Saint-Empire[6]. Promise dès 1051, alors qu'elle n'est âgée que de trois ou quatre ans, et Henri de cinq ans, ce dernier a cherché à ne pas donner suite[6]. Le cardinal Pierre Damien l'en dissuade[6]. L'empereur en conflit avec le Pape cherche des alliés dont les Humbertiens qui contrôlent certains des principaux passages des Alpes[14]. Le mariage est finalement célébré entre 1066 et 1067, peut-être le [6]. Trois ans plus tard, Henri engage une procédure de divorce qui fait grand bruit, assurant que le mariage n'a pas été consommé. Le légat du pape Pierre Damien l'accuse d'immoralité et lui refuse le divorce.

Durant cette période, lui ou sa mère autorise le passage des Alpes par le Mont-Cenis à l'empereur Henri IV, pour se rendre à Canossa en 1077[15],[9]. Le lien familial, depuis le mariage avec Berthe, la sœur du comte, rend plus aisé ce passage[14]. La comtesse-mère Adélaïde l'accompagne d'ailleurs auprès du pape Grégoire VII[9]. En échange, l'Empereur aurait cédé des droits sur une « province de Bourgogne » vers 1076[16]. Les historiens ont tenté par élimination de déterminer laquelle et le choix s'est porté sur la « province d'Agaune, dite plus tard le vieux Chablais, soit le pays compris entre Martigny et Vevey »[16],[17] ou encore dite le Bas-Chablais rhodanien appelé également Bas-Valais[7] à moins que celui-ci soit confondu avec son successeur, Amédée II de Savoie[18]. Cette générosité marque surtout l'importance du pouvoir des Humbertiens et leur contrôle sur ces passages alpins[14].

Selon la Chronique de Savoye de Cabaret, l'abbé Rodolphe de Saint-Maurice d'Agaune aurait donné à Pierre II l'anneau de saint Maurice[16],[19],[20]. Il s'agit d'un insigne hérité des derniers rois de Bourgogne par l'intermédiaire de l'Empereur, conférant aux comtes de Savoie[21] le « pouvoir par la translation de l'anneau »[20]. Il apparait fort probable de nos jours que c'est ce Pierre Ier à qui aurait été donné cet anneau, vers 1076[16],[21],[22]. Le comte prend d'ailleurs le titre d'abbé[16]. Cet anneau est par la suite devenu le signe d'investiture de la maison de Savoie, comme il l'avait été pour les rois de Bourgogne[21].

Mort et lieu de sépulture[modifier | modifier le code]

Le marquis Pierre semble connaître une fin violente, selon l'historien Szabolcs de Vajay (en)[1],[6], et décède le [4],[3].

Sans descendance mâle, ses titres et droits passent à son frère cadet Amédée[4],[5]. L'historien italien Domenico Carutti (it), auteur de la Regesta comitum Sabaudiae (1889), indique qu'il lui succède le [23].

Famille[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie épouse vers 1064 Agnès de Poitiers[1], avec qui il semble avoir eu une (selon Charles William Previté-Orton)[24] ou deux filles[7].

Agnès porte le nom de sa mère et de sa grande-tante, l'Impératrice[24]. Elle épouse en 1080 Frédéric de Montbéliard, comte de Lutzelbourg[24],[25].

Le prénom de la seconde fille diffère. Sur le site Sabaudia.org, l'historien André Palluel-Guillard retient Alix, donnée par Samuel Guichenon, qui épouse Boniface del Vasto, margrave ou marquis de Savone[7],[24]. Leur fille, Sibylle, aurait épousé en 1129, Guilhem VI de la Maison de Montpellier. Pour l'historien anglais Charles William Previté-Orton, cette seconde enfant serait « invention de généalogistes », permettant de légitimer des droits en Italie[24].

L'historien Szabolcs de Vajay (en), spécialiste des Royaumes outre Pyrénées, donne une Berthe (domnam Bertam), qui épouse selon lui Pierre Ier d'Aragon le [1],[24].

Titres et possessions[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie hérite à la mort de son père, des possessions de Maurienne, il est également seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais. Auxquels s'ajoutent les titres hérités de sa mère, marquis de Suse et d'Italie[4]. Toutefois, aucune mention ne nous est parvenue qui associerait son nom à un titre.

Sur le site Sabaudia.org, le dossier consacré à la Maison de Savoie par André Palluel-Guillard le désigne comme 4e comte de Savoie[5].

Bien que seigneur du comté de Savoie, le titre de comte de Savoie n'est porté par les Humbertiens qu'à partir du comte Amédée III, en 1125, d'après les historiens Léon Menabrea (1839)[26] ou encore Bernard Demotz (2000)[27]. Cependant le chanoine Adolphe Gros (1948) annote que l'« On dit qu'Amédée III avait été le premier à prendre le titre de comte de Savoie, et l'on cite à l'appui de cette affirmation la charte de l'abbaye d'Hautecombe (1125). Mais ce document est reproduit d'après Guichenon, et l'on sait la liberté que prend cet auteur avec les textes documentaires »[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Szabolcs de Vajay (en), « Contribution a l'histoire de l'attitude des Royaumes Pireneens dans la querelle des Investitures : de l'origine de Berthe, reine d'Aragon et de Navarre », In Estudios Genealogicos, Heraldicos y Nobilarios en Honor de Vicente Cadenas y Vicent, Vol 2, Hidalguía, 1978, pp. 375-408.
  2. Victor de Saint-Genis, Histoire de Savoie d'après les documents originaux depuis les origines les plus reculées jusqu'à l'annexion : La révolution (1713 à 1860), vol. 3, Chambéry, Conte-Grand & Cie, , 630 p. (lire en ligne), p. 181.
  3. a b et c Previté-Orton, 1912, p. 205 (lire en ligne).
  4. a b c d et e MedLands, p. Pierre I (présentation en ligne).
  5. a b et c Palluel-Guillard, p. 6.
  6. a b c d e f g et h Bussière, 2000, p. 5-6.
  7. a b c d e et f Palluel-Guillard, p. 7.
  8. Demotz 2000, p. 165.
  9. a b et c Alain Boucharlat, Savoie, La Fontaine de Siloé, , 319 p. (ISBN 978-2-86253-221-9, lire en ligne), p. 16-17.
  10. a et b (ca) Armand de Fluvià (préf. Josep M. Salrach), Els primitius comtats i vescomptats de Catalunya : Cronologia de comtes i vescomtes, Barcelone, Enciclopèdia catalana, coll. « Biblioteca universitària » (no 11), , 238 p. (ISBN 84-7739-076-2), p. 104.
  11. Previté-Orton, 1912, p. 231.
  12. Bussière, 2000, p. 4.
  13. Demotz 2000, p. 224.
  14. a b et c Histoire de Savoie, 1984, p. 24.
  15. Roland Edighoffer, Histoire de la Savoie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-13-044838-9), p. 31.
  16. a b c d et e Demotz, 2000, p. 186.
  17. Histoire de Savoie, 1984, p. 25.
  18. Henri Baud et Jean-Yves Mariotte, Histoire des communes savoyardes : Le Chablais, Éditions Horvath, , 422 p. (ISBN 978-2-7171-0099-0), p. 10.
  19. Jehan d'Orieville, dit Cabaret (traduction de Daniel Chaubet), La Chronique de Savoye, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 297 p. (ISBN 978-2-908697-95-7, lire en ligne), p. 96, « Comment Pierre de Savoie obtient l'anneau de saint Maurice, anneau qui, depuis, a été confié à la garde des comtes de Savoie ».
  20. a et b Laurent Ripart, « L’anneau de saint Maurice », dans Bernard Andenmatten, Annick Vadon, Agostino Paravicini Bagliani (dir.), Héraldique et emblématique de la Maison de Savoie (XIe – XVe siècle), vol. 10, Lausanne, Cahiers Lausannois d’histoire médiévale, (lire en ligne), p. 45-91.
  21. a b et c Bernard Sache, Le siècle de Ripaille, 1350-1450 : quand le duc de Savoie rêvait d'être roi, Montmélian, La Fontaine de Siloé, , 324 p. (ISBN 978-2-84206-358-0, lire en ligne), p. 91-92.
  22. Bernard Andenmatten et Laurent Ripart, Héraldique et emblématique de la Maison de Savoie : L'anneau de saint Maurice, vol. 10, Lausanne, Cahiers lausannois d'histoire médiévale, , 65 p..
  23. (la) Domenico Carutti, Regesta comitum Sabaudiae, marchionum in Italia, Turin, (lire en ligne), p.70, n° CXCVI.
  24. a b c d e et f Bussière, 2000, p. 7-8.
  25. Bruno Galland, Les papes d'Avignon et la Maison de Savoie : 1309-1409, Collection de l'École française de Rome, , 512 p. (ISBN 978-2-7283-0539-1, lire en ligne), p. 18, ainsi que la note no 15 « Il avait épousé la fille et unique héritière de Pierre Ier ».
  26. Léon Menabrea, De la marche des études historiques en Savoie et en Piémont, depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, et des développements dont ces études sont encore susceptibles, Puthod, , 117 p. (lire en ligne), p. 93.
  27. Demotz, 2000, p. 174.
  28. Adolphe Gros, Histoire de la Maurienne — Des origines au XVIe siècle, t. Ier, Editions des Régionalismes, (réimpr. 2013), 214 p. (ISBN 978-2-8240-5017-1, lire en ligne), p. 139.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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