Pierre II de Savoie

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Pierre II de Savoie
Image illustrative de l'article Pierre II de Savoie

Titre Comte de Savoie
(1263-1268)
Autre titre Sire de Faucigny
Comte de Richmond
Couronnement juin 1263
Prédécesseur Boniface de Savoie
Successeur Philippe Ier de Savoie
Distinctions Anneau de Saint-Maurice ; Vicariat impérial perpétuel (1263)
Gouverneur des Cinq-Ports (1241)
Autres fonctions chanoine de la Cathédrale de Lausanne
Biographie
Dynastie Maison de Savoie
Naissance
Château de Suse (Piémont)
Décès
Château de Pierre-Châtel (Bugey)
Père Thomas Ier de Savoie
Mère Marguerite de Genève, comtesse de Flandres
Conjoint Agnès de Faucigny († 1268), barone de Faucigny
Enfants Béatrice de Faucigny

Armoiries Savoie 1180.svg

Pierre II de Savoie, dit « le petit Charlemagne », né en 1203 au château de Suse (Piémont) et mort le au château de Pierre-Châtel (Bugey), est un prince souverain du comté de Savoie de 1263 à 1968.

Sixième fils du comte Thomas Ier de Savoie, il débute une carrière d'ecclésiastique (1226-1233), avant de devenir seigneur en Bugey, Vaud, Faucigny ainsi qu'en Angleterre (1234-1263), puis de succéder à son frère, puis son neveu, en devenant le 12e comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (1263-1268). Comparé par ses contemporains à l'illustre empereur, il fut surnommé « le petit Charlemagne » dans les Chroniques de Savoie (1419)[1], que les historiens savoyards reprendront au cours des siècles suivants[2], et jeta les bases d'un grand État savoyard. Guerrier et diplomate de talent, il fut aussi un grand administrateur, légiste et bâtisseur. Riche de ce qu'il a observé en Angleterre, auprès de son neveu le roi Henri III d'Angleterre, il disposait des moyens financiers pour réaliser ses ambitions grâce aux revenus tirés de ses possessions en Angleterre où il détenait de nombreux fiefs, manoirs, châteaux et cités.

Enfance (1203-1222) et début de carrière ecclésiastique (1222-1233)[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie est né en 1203, peut être au château de Suse dans le Piémont[3],[4]. Il est le huitième enfant et le sixième fils du comte Thomas Ier de Savoie et de son épouse Marguerite de Genève[3],[5], ou le septième fils selon l'historien suisse Andenmatten[1] ou encore le dixième enfant et fils selon la généalogie proposée par le site Sabaudia.org[6].

Il est destiné comme ses frères aînés Thomas, Guillaume, Boniface, et après lui Philippe, par leur rang, à l'état ecclésiastique, sans avoir été ordonné prêtre. Pierre est qualifié de clerc dès 1224, puis semble être prévôt du chapitre de Genève[7]. À partir de 1224, son frère Thomas est nommé chanoine de la cathédrale de Lausanne[8]. Pierre le rejoints deux ans plus tard[5],[8], mais est constamment absent. Il est nommé chanoine de la cathédrale de Valence en 1226[1],[8] et reçoit les prévôtés d'Aoste 1226 ou 1227, ainsi que Genève en 1227 ou 1229[1],[5],[8],[9].

Lors de la succession de l'évêque de Lausanne, une querelle, « ni nouvelle, ni étonnante »[Note 1], éclate laissant le siège de l'évêché vacant entre le et le [8]. C'est à cette occasion que Pierre de Savoie est nommé administrateur temporel et spirituel de l'évêché dans l'attente d'une nomination papale[1],[8]. Boniface de Lausanne est nommé en 1231. Il démissionnera huit ans plus tard. Pierre semble rester prévôt de Genève jusqu'en 1232 et chanoine de Lausanne jusqu'en août 1233[1].

Il semble que du fait de son tempérament, Pierre n'avait pas la vocation et ne souhaitait pas poursuivre une carrière ecclésiastique. Son frère, Guillaume, alors évêque de Valence, aurait joué un rôle dans cette émancipation[11]. L'évêque se rapproche ainsi du baron Aymon II de Faucigny (1202-1253), qui n'a pas d'héritier mal et dont la seconde fille, Agnès, est célibataire[11]. Le baron a dans la quarantaine et son futur gendre en aura la trentaine, ce qui lui permet d'envisager de garder encore un certain temps la gestion de sa seigneurie[12]. Aymon est considéré comme un allié du comte Thomas Ier de Savoie[13]. L'historien Eugene L. Cox envisage même que ce rôle d'entremetteur au service de son frère pouvait être perçu comme un moyen d'éloigner certains dangers de la métropole de Valence[14].

Le comte Thomas Ier meurt en 1233 et le frère de Pierre, Amédée, lui succède[15]. Le comte Thomas, qui a eu sept fils, a préparé sa succession en organisant la gestion et la répartition du domaine comtale et des terres en mettant en place une « politique d'inféodation d'apanages, avec hommage de chaque cadet à l'aîné »[15]. C'est dans ce contexte que Pierre quitte la cléricature.

Un seigneur guerrier et diplomate (1234-1263)[modifier | modifier le code]

Au cours de la période s'étalant de 1234 marquant son mariage et son alliance avec la famille de Faucigny et son accession au trône comtal en 1263, Pierre de Savoie se lie d'amitié et soutien activement son neveu Henri III d'Angleterre. Il obtient d'ailleurs en échange de nombreux titres, droits et terres, contribuant à l'accroissement de sa richesse. Sur les terres du comté de Savoie, son prestige mais aussi son action tant politique que militaire lui permet d'accroître ses possessions, poursuivant la politique d'expansion de son père en Chablais et en Pays de Vaud. Il participe aussi à l'affaiblissement du puissant voisin du comté, le comte de Genevois.

Alliance avec le Faucigny[modifier | modifier le code]

Le projet d'alliance avec le Faucigny prend forme en 1234. Pierre épouse en février, avec la bénédiction de son frère Guillaume, Agnès, seule héritière du baron Aymon II de Faucigny, au château de Châtillon[14],[13],[16]. Elle apporte en dot les seigneuries de Faucigny, de Beaufort et plusieurs autres terres[17]. Le baron de Faucigny fait stipuler que, quelle que soit la progéniture issue du mariage — fille ou garçon —, elle hériterait de la dot de sa mère[9],[14],[18]. Leur unique enfant, Béatrice, naît dans l'année[19]. Son grand-père veillera d'ailleurs à l'avenir de la baronnie en organisant le mariage, et par delà l'héritage du Faucigny, de sa future petite fille[12].

En juin, il obtient, avec le soutien de son beau-père Aymon de Faucigny, l'hommage pour le château et le fief de Gex d'Amédée II de Gex, vassal et cousin germain du comte Guillaume II de Genève, ainsi que pour les terres obtenues entre Divonne et la cluses de Gex[16],[20],[21]. En juillet 1234, il participe à une rencontre qui se tient à Chillon et qui réunit le nouveau comte Amédée IV et ses frères afin de préciser l'héritage de leur père[15],[20],[22]. Pierre s'y rend en compagnie de son beau-père[21]. Son mariage le place dans une position non négligeable, il exige ainsi une part de l'héritage que son frère a obtenu, le Bugey[15],[21], avec les châteaux de Lompnes, sur le plateau d'Hauteville, et de Cornillon au-dessus de Saint-Rambert-en-Bugey. Le territoire possède un péage sur le Rhône à Saint-Rambert-en-Bugey et a un rôle stratégique sur la route entre le comté de Savoie et la ville de Lyon et, au-delà, le royaume de France, par la plaine de l'Ain[23]. Son frère aîné, Aymon, avait à cette occasion réclamé sa part en voulant obtenir le Val d'Aoste ainsi que l'Ancien et le Nouveau Chablais[24].

En 1237, Pierre entre en guerre contre le comte de Genève, afin de soutenir son beau-père[16]. Le conflit latent ou direct entre le Faucigny et le Genevois perdurent depuis 1205. De plus, la plupart des acquisitions de Pierre en Bugey et en Gex, depuis 1234, encerclent et menacent le comté de Genève, qui a obtenu à la même période le contrôle de La Michaille[2],[23]. Au cours d'une trêve, Rodolphe, fils aîné du comte Guillaume II de Genevois fait prisonnier Pierre, après l'avoir enlevé et blessé[23]. Face à ce forfait, la maison de Genève est condamnée à payer une forte amende, 20 000 marcs d'argent[21], imposée par le comte de Savoie Amédée IV, frère de la victime[23]. Ne pouvant payer en 1237 qu'en donnant en gage certains biens fonciers et châteaux, une seconde sentence est rendue en 1250 avec notamment la seigneurie d'Arlod en gage[23],[25]. Cette seigneurie marque la frontière occidentale du comté de Genève[21]. L'arrangement sera complété par une troisième sentence en 1260[23].

Liens avec l'Angleterre (1241-1264)[modifier | modifier le code]

Entre 1241 et 1264, Pierre de Savoie joue un rôle diplomatique majeur entre la Savoie et l'Angleterre[16].

Guillaume, évêque de Valence, prépare le mariage de sa nièce, Éléonore de Provence avec le roi d’Angleterre, Henri de Plantagenet[26],[27]. Le contrat de mariage est signé en 1235 et Éléonore se rend, accompagné de nobles dont Pierre[3], en Angleterre pour rencontrer son futur époux[28]. Le mariage est célébré dans la cathédrale de Cantorbéry en janvier 1236[29].

Guillaume devient l'un des principaux conseillers du roi pendant quelque temps, tandis que son frère Boniface qui devint archevêque de Cantorbéry[30],[31].

Après la participation à la querelle de succession épiscopale de Lausane (voir infra), Pierre se rend en Angleterre où le roi Henri le fait chevalier le [32], dans la cathédrale de Westminster. Il reçoit l'« honneur » ou « comté » de Richmond, le [33], ainsi que de nombreuses terres dans le Norfolk, le Sufolk, etc. (voir section « Titres et possessions »)[26] ou charges comme gouverneur des Cinq-Ports[34].

Il fait de nombreux séjours en Angleterre. Au côté de son frère Boniface, il vient en aide à son neveu, le roi Henri III d'Angleterre, qui lutte en Guyenne pour reconquérir l'héritage Plantagenêt en 1242, participant, semble-t-il, aussi aux deux défaites de Taillebourg et de Saintes[35]. À son retour d'Angleterre, il est chargé d'accompagner l'évêque Hereford Pierre d'Aigueblanche, d'origine savoyarde également, pour négocier le second mariage de Richard de Cornouailles avec sa seconde nièce et sœur de la reine consort, Sancie de Provence. Pierre épouse par procuration sa nièce le 17 juillet[36].

Pierre apporte son soutien à son neveu contre la noblesse anglo-saxone[1]. Il intervient militairement en Écosse en 1244[2], puis au Pays de Galles en 1245[2], ainsi qu'en Gascogne[37],[2]. En 1253, entre le mois de janvier et de mars, il se trouve dans le Hertfordshire, à Berkhamsted[37]. Sa proximité avec son neveu royal lui permet de participer aux négociations préparant le futur traité de Paris en 1259[2]. De nombreux chevaliers savoyards l’accompagnent dans ses expéditions, provenant des différentes territoires du Genevois, du Chablais, du Faucigny, de la Tarentaise, du Bugey, du Pays de Vaud, du Pays de Gex et de la vallée d’Aoste.

Pour le remercier, le roi d’Angleterre lui octroie des sommes considérables qui serviront à Pierre II à financer ses constructions en Savoie. Le roi d’Angleterre lui fait don de terrains, le , sur la route de Westminster, entre The Strand et les bords de la Tamise, afin d'établir un hôtel particulier, le futur Hôtel de Savoie[38][39],[40],[41], ainsi qu'une quarantaine de manoirs[26]. Ce quartier prendra le nom de Savoy. L'hôtel de Savoie est détruit à plusieurs reprises et en 1816 s'édifie le pont Waterloo Bridge. Plus tard, on installera le Savoy Theatre (ouvert en 1881) et à proximité le moderne Hôtel Savoy (ouvert en 1889).

L'expérience anglaise marque Pierre de Savoie dans plusieurs domaines, notamment dans l'architecture militaire avec l'apport des donjons ou tours rondes à plusieurs étages ou l'organisation administrative avec la comptabilité ou la justice[42]. La relation entre le roi et le jeune seigneur permet à de nombreux nobles Savoyards de venir s'installer à Londres, mais aussi à Bordeaux alors sous domination anglaise[42],[31].

Mise en place de la gouvernance en Pays de Vaud[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, l'évêque de Lausanne détient le pouvoir, au nom de l'Empereur sur le Pays de Vaud. Toutefois, la maison de Savoie tente progressivement de s'implanter. En 1207, le roi Philippe de Souabe donne au comte Thomas le château de Moudon[43]. Il transforme aussi le château de Chillon obtenu à la fin du XIIe siècle[44], obtenu en fief de l'évêque de Sion. L'arrivée de la maison de Savoie semble redistribuer le pouvoir dans l'ancien comté de Vaud. D'ailleurs, avec la domination progressive du fils du comte, Pierre, l'expression Patria Vuaudi — « la Patrie de Vaud » — semble se généraliser.

Pierre, par le prestige de sa naissance, mais également grâce à la richesse obtenu en Angleterre et son action militaire, va réussir à obtenir le ralliement de nombreux seigneurs de Vaud[1]. Suite à la démission de Boniface de Lausanne, en 1240, il avance ses pions en s'immisçant dans l'élection du nouvel évêque, à laquelle participe son frère Philipe en lutte armée contre Jean de Cossonay[45]. L'intervention du baron de Faucigny pour soutenir le candidat de la maison de Savoie résulta par la prise de la ville épiscopale ou ville haute de Lausanne[45]. Jean de Cossonay reçoit le soutien du comte de Genève et de la noblesse vaudoise. La ville est en siège par les partisans des deux candidats. Pierre de Savoie arrive avec une armée de 6 000 hommes pour soutenir son beau-père ce qui débouche sur à un énième armistice[16],[45]. Quatre ans plus tard, le 29 mai, un traité entre le comte Amédée IV de Savoie, aîné de Pierre, et le nouvel évêque Jean de Cossonay est signé à Évian, mettant fin au conflit[45].

Entre son intervention dans l'affaire de la succession et 1250, Pierre obtient les droits sur le château de Romont et la ville neuve de Romont entre 1240 et 1249[16],[46]. Il porte désormais le titre de « seigneur de Moudon et de Romont »[8]. Ces droits seront confirmés le et le comte Amédée IV se fait investir sur Romont par l'évêque de Lausanne[47]. Au lendemain du traité d'Evian, un bon nombre de nobles vaudois rejoigne le giron savoyard. Pierre reçoit le ralliement des « sires [vaudois] d'Aubonne, de Bioley-Magnoux, de Cossonay, de Saint-Martin-du Chêne, de Fruence (c'est-à-dire Châtel-Saint-Denis) et du comte de Gruyère[48],[49] ». À cette liste, s'ajoutent les « seigneurs d'Estavayer, de Mex, de La Sarraz et de Belmont[49] ». En janvier 1249, Pierre achète à Philippe de La Tour pour 30 livres de Lausanne ses droits sur une partie de la châtellenie de La Tour (acquise définitivement en 1252)[50]. Lors de ses nombreux déplacements, notamment en Angleterre, la gestion de ses terres en pays de Vaud revient à des hommes de confiances. Des châtelains sont nommées pour les petits domaines, alors que pour les reprises de fief, les arbitrages ou encore les hommages vassaliques, il reçoit le soutien et l'aide des frères Pierre de Grandson et Henri de Champvent, issus de la puissante famille vaudoise de Grandson[7],[51]. Pierre de Grandson est mentionné comme châtelain de Moudon en 1255[51]. Les auteurs Castelnuovo et Matteoni considèrent que plus qu'un rôle administratif en lieu et place de Pierre de Savoie, Pierre de Grandson joue plutôt un rôle qui s'apparente à celui « d'associé »[51]. Par ailleurs, durant cette période, il réunit des clercs des comptes afin de gérer ses domaines, prémices d'une chambre des comptes[52]. Il crée, au début des années 1260, des bailliages pour gérer son domaine propre[53]. Hugues de Palézieux est le premier bailli mentionné pour le Pays de Vaud, mentionné en 1261[53],[54], peut être même antérieur (1259)[51]. Pierre généralisera cette fonction lorsqu'il deviendra comte à l'ensemble du domaine comtal[53]. Les châtelains qui représente le prince dans ses domaines rendent compte de leur gestion financière sur des rouleaux de parchemins, « lesquels ressemblent fort aux rolls anglais »[52] (voire peut être d'inspirations plus méditerranéennes[52]).

En 1250, il oblige le comte de Genève à lui livrer en gage, en paiement de la traitrise de 1237, d'autres châteaux ce qui lui permet de contrôler désormais tous ceux depuis le Fort l'Écluse jusqu'à l’Aar, y compris le château d'Arles, le château de Balaison, le château des Clefs et le château de Langin. Il obtient également le château des Clées et le château de Genève[49]. C'est au tour également des familles de la vallée de la Broye de s'allier à Pierre de Savoie[8],[48].

L'accroissement de son domaine : Chablais, Faucigny[modifier | modifier le code]

À la mort de son frère Aymon, probablement à la fin de l'année 1237 ou l'année suivante, les terres du Chablais reviennent au domaine comtal puisqu'il n'était pas marié[5],[15]. Pierre hérite de certains droits et terres en Chablais[15].

Lorsque son frère, le comte d'Amédée IV meurt en 1252, selon ses volontés, un arbitrage est opéré pour sa succession par les archevêques de Vienne et Tarentaise ainsi que de l'évêque de Maurienne. Il est rendu le [15]. C'est à cette occasion que Pierre hérite des terres que la maison de Savoie possédait en Chablais, depuis le Monjoux jusqu’à Vinay, ainsi que le château de Seyllon, le château de Coutey[55]. Il domine désormais toute la rive Nord du Léman.

Après des tractations entamées dès 1241-42 par le baron de Faucigny, la fille de Pierre et de Agnès, Béatrice de Faucigny est promise en 1253, alors qu'elle est âgée de sept ans, à Guigues VII (1225 – 1269), dauphin de Viennois[19]. Le mariage est officialisé en 1261. La même année, le baron Aymon II de Faucigny décède. Pierre de Savoie devient, avec sa femme, seigneur du Faucigny, au détriment de l'aînée des filles Béatrice mariée à Étienne II de Thoire et Villars[56].

En 1255, il protège les villes de Berne et de Morat[16]. Il s'installe dans le château de Chillon, sur les rives du lac Léman[57]. On l'a vu, la place revêt depuis presque un siècle un intérêt stratégique pour la maison de Savoie dans sa politique d'expansion en pays romand[57]. Lorsqu'il sera fait comte, il fera fortifier et aménager le rocher pour en faire une tête de pont pour la partie nord du comté de Savoie[57].

Il mène le siège de places fortes comme La Réole et Benauge en 1257, ce qui lui permet de s’initier et de réfléchir aux derniers perfectionnements de l’architecture militaire. Il obtient trois ans plus tard la moitié de la juridiction temporelle sur la ville de Lausanne[16]. De même, l'évêque de Sion doit reconnaître la Morge de Conthey comme limite entre sa juridiction en Valais et le Chablais savoyard[2].

Peu à peu, Pierre devient le protecteur de beaucoup de localités, d'abbayes, de châteaux. Les Chroniques de Savoie, rédigées sous le règne d'Amédée VIII de Savoie, relatent que l'abbé Rodolphe de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune aurait donné à Pierre l'anneau de Saint-Maurice, le chef de la légion thébaine qui mourut martyr de la foi chrétienne et saint patron de la Savoie. En réalité, c'est probablement à Pierre Ier de Savoie qu'est donné cet anneau[58]. Cet anneau est par la suite devenu le signe d'investiture de la Maison de Savoie, comme il avait été celui des rois de Bourgogne.

Comte de Savoie (1263-1268)[modifier | modifier le code]

En 1263, Pierre de vient le douzième comte de Savoie. Âgé de soixante ans lors de son accession au trône, il ne gouverne que cinq années, mais au cours desquelles il transforme la gestion du domaine comtal en appliquant des méthodes inspirées de son expérience en pays de Vaud et ses observations en Angleterre[52]. Il semble que les dernières recherches historiques démontrent éventuellement une influence méditerranéenne (italienne ou catalane)[52].

L'accession au trône et l'affirmation de son pouvoir[modifier | modifier le code]

Son neveu Boniface, à peine âgé de dix-huit ans et seul fils d'Amédée V son frère aîné, meurt au début du mois de juin 1263, lors d'un assaut contre la ville de Turin[2],[59]. Bien que ce dernier ait des sœurs, que Thomas, son frère aîné déjà décédé, ait des fils, la coutume savoyarde le fait hériter en tant que plus proche parent, la loi de primogéniture au second degré n'étant pas encore établie[60]. Il devient alors le douzième comte de Savoie, sous le nom de Pierre II[61]. Les jours suivants, il reçoit l'hommage des grands feudataires du comté les 11 et 12 juin, le 16 juin Nantelme de Miolans, pour sa seigneurie de Miolans et la vicomté d'Aiguebelle (Maurienne)[62], le 19 août pour Raoul de Genève pour les châteaux et possessions dans le domaine personnel du comte[63].

Son tout premier acte est de convoquer ses barons et de former une armée capable de combattre contre les forces qui avaient vaincu son neveu Boniface. Il passe les Alpes, assiège Turin, défait les Montferrains et les Astésans et châtie les révoltés piémontais qui avaient tué son neveu. Cette brève campagne lui vaut les hommages de nombreux petits fiefs.

Ensuite, il se lance dans une nouvelle guerre que lui a déclarée le comte Hartmann V, dit le jeune, de la maison de Kybourg. Les troupes savoyardes le font prisonnier avec de nombreux autres comtes à Chillon. Pierre II qui en profite pour conquérir de nouvelles terres dans la partie Nord du pays de Vaud, jusqu'en Suisse alémanique. Le comte Hartmann V meurt peu de temps après, en septembre. Le , Richard de Cornouailles, son neveu, qui a été fait Empereur en 1257, lui permet d'obtenir l'héritage du comte Hartmann le Jeune et du rectorat de la Bourgogne Transjurane et l'investit du titre de « Vicaire impériale perpétuel » en 1263[2],[64],[65]. Ce titre permet à Pierre II d'obtenir une supériorité sur l'ensemble de la noblesse savoyarde.

Le comte Hartmann IV, dit le Vieux s'opposera à ce règlement de l'héritage. À sa mort en 1264, son neveu, Rodolphe de Habsbourg entre dans cette querelle de succession et s'engage dans la lutte contre le comte de Savoie[66].

La nouvelle organisation du comté de Savoie[modifier | modifier le code]

Pierre II met en place une gestion des terres comtales reposant sur la désignation de châtelains qui sont installés dans des châteaux à l'enjeu stratégique pour le territoire comtal et qui administrent — ils ont le pouvoir de justice, militaire et économique — ces terres au nom du comte[67]. Ces châtellenies sont protégées par un réseau de maisons fortes. Ils sont contrôlés pour la gestion financière par des agents itinérants[67]. Afin de contrôler au mieux sa principauté, Pierre II s'appuie sur deux officiers territoriaux qui prennent une toute nouvelle importance, le bailli et le juge mage[67]. Le bailli est le représentant du comte dans de grandes régions (Savoie, Pays de Vaud, Chablais, Genevois, Bugey, Bresse), il est placé au-dessus des châtelains de cette région[67]. Il possède principalement un mouvoir militaire, mais aussi d'administrateur civil en l'absence du comte. Le juge-mage est celui qui rend justice dans des judicatures correspondant peu ou prou aux bailliages[67]. Il reprend donc l'organisation appliquée dans son propre domaine, en Chablais et Pays de Vaud[53].

Sur le plan législatif, le règne de Pierre II est marqué par des innovations. Elles se retrouvent dans des « Statuts », qualifiés de première codification générale de la législation savoyarde, édictés de 1263 à 1264. Ils s'articulent en quatre parties : le régime de la propriété et des biens, le droit criminel, le droit civil et la pratique du notariat qui se généralise pour l'enregistrement, la conservation des contrats et la garantie de leur authenticité. Des formations et des examens de capacité sont prévus pour les candidats aux charges de juge et de notaire. Un « juge des appellations » tranche les jugements pour lesquels un appel est interjeté. Les « Statuts » ont permis de simplifier et d'accélérer l'exercice de la justice dans les pays de Savoie et de la rendre moins coûteuse et plus accessible.

les plaids 

Prenant à nouveau exemple sur le modèle anglais, où le « Parlement » réunissant les grands féodaux, les prélats et les délégués des comtés et des villes était devenu un rouage fondamental de la monarchie, il relance et codifie l'ancienne coutume mérovingienne et carolingienne des plaids, assises annuelles des principaux notables, laïques et ecclésiastiques, convoquées chaque année par le souverain pour discuter des questions administratives et judiciaires. En France, elles ne seront codifiées qu'en 1302. Il commence par réunir les États de Vaud où figurent les seigneurs ecclésiastiques, titulaires des abbayes et des prieurés, les grands vassaux et les délégués des « bonnes villes » dotées d'une charte de franchises instaurant une administration municipale. Il fait de Moudon la capitale du bailliage et pour les réunir une « maison » y est même construite. Des assemblées ont également lieu à Lausanne, à Morges et du côté savoyard lorsque Pierre II s'y trouve.

D'autres États ont lieu dans le bailliage de Faucigny qui comprend neuf châtellenies (Cluses, Châtillon, Bonneville, Bonne, Samoëns, Sallanches, Faucigny, Châtelet du Crédo (Reignier), Montjoie et Flumet), les assemblées se tiennent à Cluses. À Chambéry, des États généraux se tiennent aussi pour la Savoie jusqu'au milieu du XVIe siècle.

un début de normalisation de la justice[68] 

La justice féodale des pays de Savoie, aux mains des seigneurs locaux, mêlait des principes de droit romain à des coutumes germaniques et locales. Pierre II va opérer une normalisation des règles avec l'installation d'un juge professionnel par bailliage[68]. L'installation se fait progressivement dans les États de Savoie, tout d'abord vers 1262-63 en Savoie Propre, l'année suivante en Genevois et en Chablais, puis par ses successeurs en 1270 pour le Viennois savoyard, le Piémont et le Bugey[69].

Les comptes de châtellenies 

Pierre II généralise dans le domaine comtal les comptes de châtellenies expérimentés en Vaud et Chablais[52]. Ainsi, les comptes de châtellenies de Chillon, de Conthey et de Saillon, situées en Chablais, sont mis en place avant son accession au trône. Des parchemins de 1257-1258 seraient ainis les plus anciens documents conservés[52]. En mettant en place ce système, c'est l'embryon d'une centralisation du pouvoir et donc du contrôle qui est mis en place[52]. Ce administration comtale se développe et distinguera le receveur des comptes à l'origine des rouleaux et l'auditeur qui effectuera la vérification de ces comptes[70]. Ces derniers se rendent conjointement, à cheval, dans les centres des bailliages[70].

les chartes de franchises municipales 

Avec les croisades, qui ouvrent de nouveaux marchés à partir de 1150, l'économie de l'Europe se réanime. Cela se traduit par une intensification des trafics routiers à travers les Alpes du Nord. Les villes, lieux de production et d'échanges de biens, sont en plein essor. Leurs bourgeois veulent se libérer des contraintes féodales et les seigneurs ont tout à gagner des villes dont le dynamisme augmente les populations et la richesse des domaines du seigneur. Ils leur accordent pour certaines un ensemble de droits et de privilèges.

Pierre II accorde des franchises tout d'abord dans ses possessions personnelles, puis lorsqu'il devient comte, en 1263, dans les bourgs du domaine : Payerne (Vaud 1240)[71], Saint-Julien-de-Maurienne (Maurienne, 1264)[71], Évian (Chablais, 1265)[71], et Moudon (Vaud, 1267[71]) dont la charte a servi de modèles pour plusieurs autres bourgs du pays de Vaud comme Grandcour (Vaud, avant 1268)[71].

Pierre II et l'architecture militaire[modifier | modifier le code]

Il fait également refaire les fortifications de plusieurs places fortes et fait construire 34 châteaux et donjons, dont le château de Bonneville.

Intéressé par l'architecture, il abandonne le classique donjon carolingien carré perché sur une butte ou un rocher à pic, en pierre de taille, entourée d'une ou plusieurs courtines et murs d'enceintes épousant les formes du terrain. Il adopte le plan des châteaux qu'il a pu observer lors de ces différentes campagnes auprès de son neveu le roi Henri III d'Angleterre, en Guyenne[72] ou encore en Normandie, constitués d'une ou plusieurs tours circulaires aux murs très épais, sans angle mort[72], coiffées d'un toit conique, accessibles par pont-levis, comme celui du Louvre et celui de Coucy-le-Château. De 1258 à 1268, l'édification des nouveaux donjons se poursuit à une cadence rapide. Tant la Savoie que le pays de Vaud se couvre de châteaux dit savoyards de forme rectangulaire avec quatre tours rondes aux angles[72]. La construction est exécutée principalement par une main d'œuvre locale. Ils reçoivent de bons salaires et des avantages en nature comme des vêtements de travail. Pierre II attache aussi à son service le Landais Pierre de Mésoz qui va travailler au château de Chillon et dans toute la région lémanique.

Parmi les châteaux de Pierre II : Aoste (Château de Bramafam, Châtel-Argent), La Bâthie (Saint-Didier), Boëge, Bonneville, Bons-en-Chablais (Tour de Langin), Champvent, Clermont (l'ancien château), Conthey (2 châteaux), Cornillon, Estavayer, Évian, Feissons, Féternes[73], Gex, Martigny, Montagny, Morgex (Le Châtelard), Orbe, châtelet du Crédo, Rochefort en Faucigny, Rochefort en Tarentaise, Romont (2 châteaux), Saillon, Saxon, Servoz (Saint-Michel-du-Lac), La Tour de Peilz, Versoix, Yverdon, Regensberg.

Le comte et les Juifs[modifier | modifier le code]

Pierre II se montre généreux envers les Juifs, poursuivant là une politique des comtes de Savoie débutée dès le XIIe siècle et ce jusqu'au XVe siècle[74], même si la première mention de leur présence sur les terres comtales remontent à 1254[75]. Ils proviennent du Dauphiné ou de la France voisine qui les expulsent régulièrement[75], mais aussi par ce que les comtes restent bienveillant, notamment en n'appliquant pas l'une des décisions du Quatrième concile du Latran imposant le port d'un vêtement spécifique aux juifs et sarrasins[76]. Les communautés s'installent et font du commerce dans les principaux bourgs de la Bresse, de l’Avant-Pays, ainsi que sur les rives du Léman[75],[76]. Des quartiers spéciaux, les « juiveries », se développent alors à Montmélian, Chambéry, Genève et Thonon. Leur présence s'étoffe ensuite avec l'arrivée d'autres Juifs venus du Piémont et de toute l'Italie du Nord.

En 1247, une importante affaire de crimes rituels avait entraîné la condamnation de plusieurs juifs à périr sur le bûcher à Valréas[77]. L'archevêque de Vienne ordonne le bannissement de tous les rabbins et israélites du territoire de sa juridiction. Vers la fin de la même année, une délégation de neuf juifs rencontrent Pierre II à Saint-Genix-sur-Guiers et signent avec lui devant notaire un contrat d'hommes-liges moyennant le paiement de 500 pièces d'or et d'une redevance annuelle[77]. Ce système reposant sur une fiscalité spécifique préfigure le crédit du prince qui sera mise en place par ses successeurs au siècle suivant[75].

Fin de règne et succession[modifier | modifier le code]

Dessin du cénotaphe de Pierre II de Savoie.
Dessin du cénotaphe de Pierre II de Savoie, dans l'abbaye d'Hautecombe.

Les derniers jours[modifier | modifier le code]

Le comte Pierre II est bien malade au début du mois de mai[60]. Il meurt le [Note 2], à château de Pierre-Châtel[3],[78],[79]. Toutefois, la tradition reprise par le généalogiste Guichenon voulu que le comte soit mort au château de Chillon, dans le pays de Vaud, au bord du lac Léman[Note 3]. Il est inhumé, le jour suivant probablement, dans la nécropole comtale des Savoie d'Hautecombe sur les rives du lac du Bourget[3]. Sa femme, Agnès, décède quelques mois plus tard, le 11 août[80],[3].

Succession[modifier | modifier le code]

Pierre établit au cours de son existence quatre testaments : 1234, 1255, 1264 et 1268[81]. Ces différents écrits ainsi que les codicilles afférents attestent de l'évolution de la pensée et de l'attitude adoptée par le prince au fur et à mesure son accession au pouvoir en tant que seigneur, puis baron du Faucigny et enfin comte de Savoie[81]. Ainsi, entre 1255 et 1268, Pierre est devenu comte de Savoie et fait modifier le lieu de sa sépulture[81]. Si dans un premier temps, son choix porte sur l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, il choisit ensuite à la fin de sa vie l'abbaye d'Hautecombe[81].

Avec la mort du comte, la maison de Savoie se trouve dans une situation inédite. Il s'agit de la première fois dans l'histoire du comté qu'un prince n'a pas d'héritier mâle[60]. Pierre en préparant son testament nomme pour successeur son propre frère, Philippe, au détriment de sa fille Béatrice[60]. Son testament de 1264, alors qu'il vient d'être fait comte, indique qu'en cas de décès sa nièce Éléonore, femme du roi Henri III d'Angleterre hériterai du comté de Savoie, son frère Philippe est indiqué en deuxième position, puis ses jeunes neveux Thomas III de Piémont, Amédée et Louis[60]. Un article stipule que sa fille, non prise en compte pour la Savoie, hériterait du comté anglais de Richemond[60], en plus de la terre de Faucigny.

Le dernier testament du 7 mai 1268 modifie, juste avant sa mort, ses volontés[81],[60]. Si Philippe reste l'héritier du comté de Savoie, sa fille obtient « heredem nostram... in tota terra nostra quam habemus in Gebennesio et in Uuaudo[60]. » Le codicille du 14 mai revient sur cette décision[60]. Le comte meurt deux jours plus tard. Le testament du 7 mai indique par ailleurs qu'en cas d'absence d'héritier pour Philippe ce seront leurs jeunes neveux, fils de leur frère Thomas II de Piémont qui hériteront du comté[81],[60].

Jamais la duchesse Béatrice n'a revendiqué un quelconque droit sur l'héritage comtal de son père[60]. Par contre, son oncle a tenté en août de récupérer l'héritage de sa mère Agnès de Faucigny[60]. Le Faucigny, au côté du Dauphiné, est ainsi régulièrement en guerre contre la Savoie jusqu'à ce que le premier rentre définitivement, en 1355, dans le domaine du comte de Savoie[60].

Par son testament de 1264, confirmé par celui de mai 1268, il lègue son palais de Londres, l'hôtel de Savoie, à l'hospice du Grand-Saint-Bernard[39].

Hugues de Palézieux est l’exécuteur testamentaire. Il reçoit la châtellenie de La Tour-de-Peilz en leg[54].

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie épouse en 1234 la fille du baron de Faucigny, Aymon II, Agnès († 1268)[5]. Ils n'ont qu'un enfant, une fille, Béatrice (1234 – 1310)[3].

Béatrice, surnommée la « Grande Dauphine » est l'héritière du titre et des terres des baronnies de Faucigny et du Beaufortain[19]. Son grand-père la marie en 1253 alors qu'elle est âgée de sept ans à Guigues VII (1225 – 1269), dauphin de Viennois. Elle épouse en seconde noce, en 1273, Gaston VII de Moncade (1225 – 1290), vicomte de Béarn[19].

Titres et possessions[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie porte en tant que successeur du comté de Savoie les titres de comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (11 juin 1263 au 16 mai 1268). Avant d'accéder au trône comtal, Pierre utilise les titres de « fils du comte de Savoie », de « seigneur de Moudon et de Romont »[8].

Pierre de Savoie avait hérité de son père une partie du Bugey savoyard[15],[21] avec les châteaux de Lompnes, sur le plateau d'Hauteville, et de Cornillon au-dessus de Saint-Rambert-en-Bugey. En 1249, s'ajoutent la seigneurie de Septême, puis Dorches en 1255[61].

Lors de la conquête du pays de Vaud, Pierre se fait céder les droits sur le château de Romont par Anselme de Billens, entre 1240 et 1249, d'où l'usage parfois de le désigner comme comte de Romont[Note 4], mais cela reste une erreur[8]. Les droits de Pierre vers 1240 semble-t-il doivent être confirmés le [47]. Par mariage, il porte, après la mort de son beau-père en 1261, le titre de sire de Faucigny.

Le roi Henri III d'Angleterre fait le cadeau de l'« honneur » ou « comté » de Richmond, le [34],[33]. Il ne semble pourtant pas utiliser pas ce titre[8],[33]. Le titre et surtout les droits sont contestés par le duc de Bretagne[33]. Pierre reçu également des privilèges, libertés et des terres comme l'honneur d'Aquila dans le duché de Lancaster dans le Sussex, d'autres dans le comté d'Essex[33] et le reste de l'Angleterre dans les comtés de Norfolk, de Suffolk, de Lincoln et Hereford[26]. En septembre, il obtient l'« honneur » d'Eagle (Lincolnshire), la terre des confins du comté de Surrey (Earl Warenne in Sussex and Surrey), et le château de Lewes, dans le Sussex de l'Est[34]. Deux mois après, il reçoit celui de Rochester, dans le Kent, et est nommé gouverneur des Cinq-Ports[34]. Il semble avoir obtenu une quarantaine de manoirs dont celui d'Aldeburg en 1247, puis le château d'Hasting dans le Sussex en 1262[26],[33]. Il reçoit un hôtel particulier dans Londres, l'Hôtel de Savoie ou Savoy[26]. En 1266, le roi remet l'honneur de Richmond à Jean Ier le Roux[33]. En compensation, Pierre semble avoir obtenu des terres et châteaux dans le reste de l'Angleterre[33]. Lors de son décès, la plupart de ses possessions anglaises reviennent à sa nièce, la reine consort Éléonore[33].

Richard de Cornouailles obtient pour lui le titre de « Vicaire impériale » en 1263[2]. Ses successeurs recevront un siècle plus tard le « titre perpétuel pour les villes et diocèses de Sion, Lausanne, Genève, Aoste, Ivrée, Turin, la Maurienne, la Tarentaise, Belley et le comté de Savoie »[82].

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Ouvrages spécialisés sur la période[modifier | modifier le code]

  • (en) Eugene L. Cox, The Eagles of Savoy : The House of Savoy in Thirteenth-Century Europe, Princeton University Press (réimpr. 2015) (1re éd. 1974), 512 p. (ISBN 978-1-40086-791-2), p. 299 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Andenmatten, La Maison de Savoie et la noblesse vaudoise (XIII-XIVe s.) : Supériorité féodale et autorité princière, Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande,‎  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Etude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIè - XIVè siècle), Annecy, Académie salésienne,‎  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine,‎ , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Andenmatten et Daniel de Raemy (sous la dir.), La Maison de Savoie en Pays de Vaud, vol. 97, Lausanne, Édition Payot, coll. « Bibliothèque historique vaudoise »,‎ , 284 p. (ISBN 978-2-60103-068-6) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • André Perret, Les institutions dans l'ancienne Savoie : Du onzième au seizième siècle, Chambéry, Conseil départemental d'animation culturelle,‎ , 87 p. (ASIN B0007AXLD6, lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Ruth Mariotte Löber, Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie, fin XIIe siècle-1343, Librairie Droz - Académie florimontane,‎ , 266 p. (ISBN 978-2-60004-503-2).
  • François Mugnier, Les Savoyards en Angleterre au XIIIe siècle et Pierre d'Aigueblanche, évêque d'Héreford, Chambéry, Imprimerie Ménard,‎ , 324 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Ouvrages, articles sur Pierre II[modifier | modifier le code]

  • Bernard Andenmatten, « Savoie, Pierre II de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 4 avril 2013.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Divers articles de Paul Guichonnet dans Le Messager en novembre 2003.
  • Bernard Andenmatten, Agostino Paravicini Bagliani et Eva Pibiri (sous la dir.), Pierre II de Savoie (+ 1268) : Le "Petit Charlemagne", t. 27, Lausanne, Fondation Humbert et Marie José de Savoie et Université de Lausanne, coll. « Cahiers lausannois d'histoire médiévale »,‎ , 444 p. (ISBN 2-940110-40-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    Actes du colloque international de Lausanne, 30-31 mai 1997
    • Thomas Bardelle, « L'hommage-lige des Juifs à Pierre II en 1254 », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 19-31.
    • Guido Castelnuovo, Christian Guilleré, « Les finances et l'administration de la maison de Savoie au XIIIe siècle », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 33-125.
    • Michael H. Gelting, « Les bases patrimonials du pouvoir », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 127-150.
    • Franco Morenzoni, « Pierre II de Savoie et Genève », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 151-170.
    • Jean-Daniel Morerod, « Pierre II, sa mainmise sur l'église de Lausanne et l'organisation des territoires savoyards au nord du Léman », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 171-189.
    • Jean-Pierre Chapuisat, « Pierre de Savoie, les affaires anglaises et la politique européenne (1252-1255) ou: trois années très remplies », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 257-264.
    • Bernard Andenmatten, « Contraintes lignagères et parcours individuel : les testaments de Pierre II de Savoie », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 265-293.
    • Laurent Ripart, « Non est consuetum in comitatu Sabaudie quod filia succedit patri in comitatu et possessione comitatus Genèse de la coutume savoyarde de l’exclusion des fille », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 295-331 (lire en ligne).
    • Gérard Giordanengo, « L'"état" dauphinois au milieu du XIIIe siècle: une esquisse », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 333-368.
  • Louis Blondel, L'architecture militaire au temps de Pierre II de Savoie. Les donjons circulaires, Genève, Geneva,‎ , 51 p..

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'expression provient en réalité d'une observation du prévôt de Lausanne, Conon d'Estavayer (première mention en 1200 - mort en 1243 ou 1244), qui à propos des difficultés de la succession épiscopale, note que le phénomène n'était « ni nouveau, ni étonnant »[10].
  2. La date du 16 est donnée par Victor Bénigne Flour de Saint-Génis[78] ou encore l'historien Michel Germain[3], qui reprennent « la note Sa mort le 16 mai 1268 » [1031] du Régeste genevois. Certains ouvrages ou revues du XIXe siècle ont indiqué qu'il était mort entre le 14 et le 15 mai.
  3. Par exemple l'historien Joseph Dessaix dans son ouvrage La Savoie historique, pittoresque, statistique et biographique (1854, p. 284). La chronique française de Savoie, reprise par Samuel Guichenon indique le château de Chillon, toutefois cette information sera déconstruite notamment par l'historien genevois Édouard Mallet (1805-1856) dans Documents génevois inédits pour la généalogie de la maison souveraine de Savoie, depuis le XIIe jusqu'au XVe siècle (1836), p. 19.
  4. La note [1240] du Régeste genevois indique « l'acte par lequel Pierre, frère du comte de Savoie et comte de Romont, reçoit... ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Bernard Andenmatten, « Savoie, Pierre II de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 4 avril 2013..
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  3. a, b, c, d, e, f, g et h Germain 2007, p. 452.
  4. Andenmatten 2005, p. 549
  5. a, b, c, d et e Demotz 2000, p. 467-469.
  6. APG, p. Thomas Ier.
  7. a et b Morenzoni 2000, p. 151-170.
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Morerod 2000, p. 171-189.
  9. a et b Mugnier 1890, p. 31-32.
  10. Henri Meylan, L'Histoire vaudoise, Éditions 24 Heures, 1973, 236 pages, p. 4.
  11. a et b Eugene L. Cox 2015, p. 38-39.
  12. a et b Faucigny 1980, p. 15.
  13. a et b de la Corbière 2002, p. 49.
  14. a, b et c Eugene L. Cox 2015, p. 40.
  15. a, b, c, d, e, f, g et h Demotz 2000, p. 157 et suivantes, Partie 2, Chap. 1 « La solidité de la maison princière ».
  16. a, b, c, d, e, f, g et h Demotz 2000, p. 458-459.
  17. Hilaire Feige, « Histoire de Mélan », Mémoires et documents, vol. 20,‎ , p. 9 (lire en ligne).
  18. AndenmattenRaemy 2000, p. 20
  19. a, b, c et d Germain 2007, p. 226.
  20. a et b Eugene L. Cox 2015, p. 41.
  21. a, b, c, d, e et f de la Corbière 2002, p. 52.
  22. Castelnuovo et Guilleré 2000, p. 63.
  23. a, b, c, d, e et f Alain Kersuzan, Défendre la Bresse et le Bugey : les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné, 1282-1355, vol. 14, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales »,‎ , 433 p. (ISBN 978-2-72970-762-0), p. 25-27, « Le Bugey savoyard ».
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  25. Alain Kersuzan, Défendre la Bresse et le Bugey : les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné, 1282-1355, vol. 14, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales »,‎ , 433 p. (ISBN 978-2-72970-762-0), p. 112.
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  27. Margaret Howell, Eleanor of Provence: Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 1-2.
  28. Margaret Howell, Eleanor of Provence : Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 14.
  29. Margaret Howell, Eleanor of Provence: Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 15-17.
  30. Huw Ridgeway, « King Henry III and the 'Aliens', 1236-1272 », dans Thirteenth Century England: Proceedings of the Newcastle upon Tyne Conference, 1987, vol. 2, Woodbridge, Boydell Press,‎ (ISBN 978-0-85115-513-5), p. 81, 84.
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  32. Mugnier 1890, p. 33-.
  33. a, b, c, d, e, f, g, h et i Paul Jeulin, « Un grand « Honneur » anglais. Aperçus sur le « Comté » de Richmond en Angleterre, possession des ducs de Bretagne (1069/71-1398) », Annales de Bretagne, vol. 42, no 3-4,‎ , p. 265-302 (lire en ligne), p. 284-285, « Nouvelle dépossession, puis retour de l'« honneur » de Richemond aux ducs de Bretagne ».
  34. a, b, c et d Eugene L. Cox 2015, p. 109.
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  36. Giordanengo 2000, p. 336.
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  39. a et b Jean-Pierre Chapuisat, « Les deux faces anglaises du Grand-Saint-Bernard au moyen âge », Bulletin annuel de la Bibliothèque et des Archives cantonales du Valais, des Musées de Valère et de la Majorie,‎ , p. 5-14 (lire en ligne), p. 11-12.
  40. (en) John Richardson, The Annals of London : A Year-by-year Record of a Thousand Years of History, University of California Press,‎ , 408 p. (ISBN 978-0-52022-795-8), p. 32.
  41. Paul Guichonnet, Nouvelle histoire de la Savoie, Édition Privat,‎ , 366 p. (ISBN 978-2-7089-8315-1), p. 140.
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  47. a et b Mariotte Löber1973, p. 159.
  48. a et b Henri Meylan, L'Histoire vaudoise, Éditions 24 Heures, 1973, 236 pages, p. 54.
  49. a, b et c Les milices vaudoises, Éditions Cabédita, coll. « Archives vivantes romandes »,‎ , 198 p. (ISBN 978-2-88295-156-4), p. 35.
  50. Mariotte Löber1973, p. 135-137, « La Tour-de-Peilz ».
  51. a, b, c et d Guido Castelnuovo et Olivier Mattéoni, « De part et d'autre des Alpes » : les châtelains des princes à la fin du moyen âge : actes de la table ronde de Chambéry, 11 et 12 octobre 2001, Publications de la Sorbonne,‎ , 266 p., p. 180-181.
  52. a, b, c, d, e, f, g et h Carrier, p. 4, « Les premiers comptes de châtellenies ».
  53. a, b, c et d AndenmattenRaemy 2000, p. 80
  54. a et b Bernard Andenmatten, « Palézieux, Hugues de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 9 novembre 2011.
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  57. a, b et c Demotz 2000, p. 144.
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  60. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Ripart 2000, p. 295-331.
  61. a et b Archives de l'ancien duché, p. XIII.
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  64. de la Corbière 2002, p. 64.
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  66. de la Corbière 2002, p. 76.
  67. a, b, c, d et e Sorrel 2006, p. 146-147.
  68. a et b Castelnuovo et Guilleré 2000, p. 79, « Une administration territoriale renforcée : juges et baillis ».
  69. Castelnuovo et Guilleré 2000, p. 81.
  70. a et b Carrier, p. 4, « Aux origines de la chambre des comptes ».
  71. a, b, c, d et e Mariotte Löber1973, p. 102.
  72. a, b et c Perret1981, p. 19-20
  73. Andenmatten 2005, p. 131.
  74. Demotz 2000, p. 105-106.
  75. a, b, c et d Castelnuovo, p. 6, « La société : montagnes, campagnes, villes ».
  76. a et b Bernard Sache, Le siècle de Ripaille, 1350-1450. Quand le Duc de Savoie rêvait d'être roi, La Fontaine de Siloé,‎ , 324 p. (ISBN 978-2-8420-6358-0), p. 124.
  77. a et b Bardelle 2000, p. 19-31.
  78. a et b Victor Bénigne Flour de Saint Génis, Histoire de Savoie (Volume 1), 1868, p. 255.
  79. Jean Létanche, Les vieux châteaux, maisons fortes et ruines féodales du canton d'Yenne en Savoie, Le livre d'Histoire-Lorisse,‎ , 99 p. (ISBN 978-2-84373-813-5), p. 79.
  80. Note « Sa mort le 11 août 1268 » [1035], Régeste genevois.
  81. a, b, c, d, e et f Andenmatten 2000, p. 265-293.
  82. Bettina Braun, « Vicariat impérial » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 20 juillet 2012..