Noirs canadiens

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Noirs canadiens
Black Canadians (en)
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Populations significatives par région
Population totale 945 665 (2011)[1]
Autres
Régions d’origine Afrique subsaharienne, Caraïbes, États-Unis
Langues anglais et français
Religions christianisme, islam
Ethnies liées Afro-Américains

Les Noirs canadiens ou Afro-Canadiens sont les citoyens ou résidents permanents du Canada ayant des ancêtres originaires d’Afrique subsaharienne. La majorité des Noirs canadiens ont des origines des Caraïbes et antillaises[2]. Le terme « afro-canadiens », ne faisant pas de distinction entre les origines africaines, afro-caribéennes ou autres, est parfois rejeté par les Canadiens reconnaissant leurs origines plus spécifiques comme une partie intégrale de leur héritage[3]. Si on les regroupe, les Noirs canadiens forment le troisième groupe de minorité visible du Canada, après les Est-Asiatiques (principalement chinois) et les Sud-Asiatiques[2].

Les groupes de Noirs canadiens les plus importants sont[4] :

Les différentes communautés noires canadiennes se concentrent principalement dans les centres urbains et dans l’Est du Canada. Selon le recensement de 2011, sur les 32 852 320 Canadiens interrogés, 945 700 (2,88 % de la population) s’identifient comme Noirs[2], dont 397 175 (41,99 % de ceux-ci) à Toronto[5], 216 310 (22,87 %) à Montréal[6] et 60 660 (6,41 %) à Ottawa-Gatineau[7], 32 985 à Calgary[8], 32 730 à Edmonton[9], 23 545 à Vancouver[10], 19 060 à Hamilton[11], 17 840 à Winnipeg[12], et 13 780 à Halifax[13].

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers Noirs au Canada[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants noirs du Canada étaient des esclaves. Amenés de force au Canada entre 1629 et 1834, les esclaves noirs du Canada provenaient majoritairement des Antilles, des colonies anglaises ou de la Louisiane[14]. Parallèlement, entre 1629 et 1865, plusieurs centaines de milliers de fugitifs afro-américains chercheront à s’établir sur le territoire canadien. Tous ont l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Certains fuient leur condition d’esclave. D’autres, libres cette fois, fuient la discrimination raciale, les persécutions et les restrictions imposées par leur gouvernement. Partout au Canada, les réfugiés noirs, comme les premiers esclaves noirs contribueront à la formation de communautés actives et solidaires, dont plusieurs Canadiens en sont les fiers descendants.

Mathieu Da Costa[modifier | modifier le code]

Mathieu Da Costa serait le premier Noir à avoir mis les pieds au Canada. Homme libre, Mathieu Da Costa parlait portugais, français, hollandais et probablement différentes langues autochtones, dont un dialecte commercial de contact, le pidgin basque[15]. Cette aptitude lui permit de servir comme truchement (interprète) pour le compte de la France et de la Hollande. Dans le cadre de ses fonctions, Mathieu Da Costa fût amené à participer à plusieurs missions exploratrices et expéditions commerciales. Sans doute originaire du Cap-Vert en Afrique, il serait venu au Canada à plusieurs reprises[14].

En 1603, il aurait fait partie de l’expédition commandée par François Gravé du Pont. Puis, en 1606, engagé par contrat à Pierre Du Gua de Mons, titulaire du Monopole Royal en Nouvelle-France, Mathieu Da Costa aurait possiblement séjourné en Acadie.

Mathieu Da Costa aurait aussi, selon toute vraisemblance, accompagné Samuel de Champlain lors de son (ou ses) voyage(s) dans la région du Saint-Laurent[16].

À partir de 1609, les historiens perdent la trace de Mathieu Da Costa.

Esclaves[modifier | modifier le code]

Olivier Le Jeune[modifier | modifier le code]

La première référence officielle de la présence de Noirs au Canada est celle d’un homme noir (dit « nègre ») décédé du scorbut à Port-Royal (Acadie) entre 1606 et 1607. Cependant, rien ne permet d’affirmer si cet homme était un esclave ou un homme libre[17],[16].

Le premier esclave noir identifié en Nouvelle-France est Olivier Le Jeune. En 1629, Olivier Le Jeune, originaire de Madagascar ou de Guinée, n’est encore qu’un enfant (âgé entre 6 ans et 10 ans, selon les sources) lorsqu’il est amené au Canada par David Kirke, lors de l’invasion anglaise de la Nouvelle-France[18]. L’année suivante, Olivier Le Jeune est vendu à Le Baillif, un commis français à la solde des Anglais, pour la somme de cinquante écus. En 1632, le traité de Saint-Germain-en-Laye met fin à l’occupation anglaise de la Nouvelle-France. La même année, Le Baillif, sur le point de quitter la colonie, fait don d’Olivier Le Jeune à Guillaume Couillard, un des premiers habitants permanents  établis en Nouvelle-France[14]. En 1633, le jeune garçon, qui fréquente l’école des Jésuites, est baptisé selon le rite catholique romain. Lors de son baptême, il reçoit le prénom d’Olivier, probablement en l’honneur du commis général Olivier Letardif, et le patronyme de Le Jeune, en l’honneur du père Paul Le Jeune[16]. Olivier Le Jeune est inhumé en 1654, à Québec. Il est alors enregistré comme domestique de Guillaume Couillard. Personne ne sait s'il est mort en esclave ou en homme libre.

D’ailleurs, jusque dans les années 1680, Olivier Le Jeune semble avoir été le seul homme Noir à avoir séjourné en Nouvelle-France[14]. Le recensement de 1686, réalisé par l’intendant Jacques de Meulles, confirme la présence d’un deuxième esclave Noir en Nouvelle-France, un dénommé La Liberté[18].

Esclaves sous les régimes français et britannique[modifier | modifier le code]

Au Canada, l’esclavage fût introduit à la fin du XVIIe siècle à la demande de quelques hauts fonctionnaires français, sans véritables succès. Durant le régime français, de 1629 à 1760, la présence noire sur le territoire canadien reste très limitée. Quelques centaines d’individus, tout au plus, y seront dénombrés[14]. C’est sous le régime britannique que l’esclavage prend toute son importance, avec l’arrivée des esclaves noirs appartenant aux Loyalistes blancs venant ainsi gonfler le nombre d’esclaves déjà présents dans la colonie. Mais, bien que l’esclavage ait bel et bien existé au Canada de 1629 à 1834, il n’eut pas la même importance que dans les Antilles ou aux États-Unis[16].

En effet, contrairement aux Antilles françaises (1685), à la Guyane (1723) ou à la Louisiane (1724), aucun Code noir n’a été adopté en Nouvelle-France. C’est plutôt l’ordonnance de l’intendant Raudot, adoptée en 1709, qui vient légaliser l’esclavage[14]. Puis, l’Article 47 de la capitulation de Montréal et une requête présentée à la chambre d’Assemblée en 1799, vinrent renforcer le caractère légal de l’esclavage[18].

Généralement possédés par des membres de l’élite coloniale urbaine (ex. : membres de l’administration publique, membre de la communauté d’affaire, communautés religieuses, etc.), les esclaves noirs permettent à leur propriétaire d’afficher leur statut social, d’étaler leur fortune ou leur réussite financière[14].

La majorité des esclaves noirs de la colonie sont employés comme domestiques et s’occupent des travaux ménagers (ex. : cuisine, nettoyage et éducation des enfants), tandis que les panis, ces esclaves amérindiens, s’occupent des lourds travaux. Bien que pénibles, les conditions de vie et de travail des esclaves noirs au Canada n’ont rien à voir avec les conditions de vie et de travail vécues par les esclaves noirs des Antilles ou des États-Unis [14]. La plupart du temps, leurs conditions de vie et de travail ne semblent pas différentes de celles des domestiques blancs. Dans certains cas, même, une relation complexe entre maître et esclave peut être observée. La faible présence d’individus noirs aurait été à l’origine de cette attitude « ouverte » des propriétaires d’esclaves canadiens[14].

Réfugiés afro-américains[modifier | modifier le code]

Un autre groupe dont descend, aujourd’hui, plusieurs Canadiens noirs, sont les réfugiés afro-américains, arrivés par milliers entre 1770 et 1865.

Loyalistes noirs[modifier | modifier le code]

En 1776, les Treize colonies anglaises d’Amérique du Nord s’unissent et proclament leur indépendance. Cependant, près du tiers des habitants des Treize colonies souhaite rester fidèle  à la Grande-Bretagne. La sécurité de ces derniers considérés comme des traîtres, est alors menacée par les Rebelles américains[19].

Entre 1775 et 1785, environ 100 000 Loyalistes quittèrent les États-Unis[19]. Certains immigrèrent en Grande-Bretagne ou dans d’autres territoires de possession britannique, comme les Antilles ou les Bermudes. Alors que d’autres, choisirent plutôt de venir s’établir en Amérique du Nord Britannique[19]. Quelques milliers de Loyalistes décidèrent de s’installer au Québec (ex. : Montréal et les Cantons-de-l’Est). Mais la majorité d’entre eux, plus de 40 000, choisirent de s’établir en Nouvelle-Écosse[16]. En s’installant au Canada, ils amenèrent avec eux 2 000 esclaves noirs[20], faisant ainsi considérablement gonfler le nombre d’esclaves noirs présents dans la colonie.

Parallèlement, quelques 3 500 esclaves noirs ayant obtenu leur liberté en combattant aux côtés des Britanniques choisissent de s’installer dans les Maritimes[19]. En janvier 1775, afin de gonfler les rangs de l’armée britannique continentale, Lord Dunmore promit aux esclaves noirs l’obtention de leur liberté et de droits égaux. Sous ces conditions, plus de 300 Noirs rejoignirent les rangs de l’armée britannique, et formèrent l’Ethiopien Regiment et le Black Pionners[16]. En échange du service rendu, la Grande-Bretagne s’engagea également à donner aux Loyalistes, blancs comme noirs, une terre agricole. Les Loyalistes noirs s’installèrent dans les Maritimes et y fondèrent de véritables communautés indépendantes, comme à Birchtown.

Cependant, la plupart des Loyalistes noirs n’obtinrent pas leur terre. Et quand ils en obtinrent une, elle était généralement de mauvaise qualité et trop petite ; la superficie de ces terres oscillant entre 1 et 50 acres, les rendant impropres à la culture de subsistance[19]. Cette situation contraignit une vaste majorité de familles loyalistes noires à chercher du travail occasionnel comme métayers, domestiques ou ouvriers.

Dans ces communautés, les Loyalistes noirs qui s’y sont installés, souffrent de discrimination et de ségrégation raciale.

En 1792, frustrés par la situation, 1 200 Loyalistes noirs décidèrent d’émigrer en Sierra Leone[19].

Réfugiés de la guerre de 1812[modifier | modifier le code]

Après la guerre de 1812, favorisé par une pénurie de main d’œuvre dans les Maritimes, un grand nombre de Noirs américains immigra au Canada. Entre 1812 et 1816, plus de 2 000 Noirs s’installèrent en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick[16].

Underground Railroad[modifier | modifier le code]

Entre 1780 et 1865, la majorité des Noirs établis au Canada sont des réfugiés ayant fui les persécutions, les violences et les lois discriminatoires (ex. : lois de 1793 et de 1850) des États esclavagistes des États-Unis. Pour passer au Nord, ces individus empruntèrent des routes clandestines que l'on nomma underground railroad. Ces routes clandestines suivaient le développement du chemin de fer. Entre 40 000 et 60 000 individus noirs, esclaves ou libres, en provenance des États-Unis s'installèrent au Canada (principalement en Ontario) durant cette période[16]. Suite à la guerre de Sécession, la grande majorité de ces individus retournèrent aux États-Unis, l'esclavage y ayant été aboli.

Immigration récente[modifier | modifier le code]

Un autre groupe de Canadiens noirs est issu de l’immigration récente.

En 1960, le gouvernement canadien adopte une politique qui met fin à la discrimination « fondée sur la race, la couleur, l’origine nationale, la religion ou le sexe »[21]. À partir de 1962, la formation, l’instruction et les compétences sont les principaux critères d’admissibilité considérés lors de l’admission d’un nouvel immigrant[21]. Puis, en 1967, le Canada abolit le système d’immigration basée sur la discrimination raciale. L’immigration est désormais ouverte à toutes les catégories d’immigrants autrefois interdit par la Loi de l’immigration de 1910. Dès lors, l’immigration noire augmente exponentiellement. En effet, à partir de 1960, favorisés par le contexte économique, des milliers d’Antillais, provenant principalement d’Haïti, de Jamaïque, et d’Afrique immigrent au Canada[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Statistique Canada, « Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données » (consulté le 14 juin 2015)
  2. a b et c « Immigration et diversité ethnoculturelle au Canada », sur Statistique Canada, statcan.gc.ca
  3. Rinaldo Walcott, Black Like Who?: Writing Black Canada, Insomniac Press, (ISBN 1-894663-40-3)
  4. « Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Origine ethnique (264) », sur Statistique Canada, statcan.gc.ca
  5. « Profil de l'ENM, Toronto, RMR, Ontario, 2011 »
  6. « Profil de l'ENM, Montréal, RMR, Québec, 2011 »
  7. « Ottawa-Gatineau, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  8. « Calgary, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  9. « Edmonton, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  10. « Vancouver, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  11. « Hamilton, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  12. « Winnipeg, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  13. « Halifax, Tableau de donnée: Minorités visibles (15) », sur Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Statistique Canada
  14. a b c d e f g h et i Arnaud Bessière, La contribution des Noirs au Québec : quatre siècles d'une histoire partagée, Publications du Québec, (ISBN 9782551252015 et 2551252016, OCLC 775060922, lire en ligne)
  15. « Mathieu da Costa » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. Publié le 19 décembre 2016. (consulté le ).
  16. a b c d e f g et h Frantz Voltaire, Une brève histoire des communautés noires du Canada, Éditions du CIDIHCA, (ISBN 9782894542491 et 2894542496, OCLC 664422270, lire en ligne)
  17. « Biographie – LE JEUNE, OLIVIER – Volume I (1000-1700) – Dictionnaire biographique du Canada », sur www.biographi.ca (consulté le 19 avril 2019)
  18. a b et c « Esclavage des Noirs au Canada » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. (consulté le ).
  19. a b c d e et f James W. St. G. Walker, Précis d'histoire sur les Canadiens de race noire : sources et guide d'enseignement, Ministre d'État, Multiculturalisme, (ISBN 0660905353 et 9780660905358, OCLC 15893807, lire en ligne)
  20. Noirs canadiens sur L'Encyclopédie canadienne
  21. a et b James W. St. G. Walker, The West Indians in Canada, Canadian Historical Association, (ISBN 0887981003 et 9780887981005, OCLC 11997122, lire en ligne)
  22. « Antillais » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. (consulté le ).

Sources[modifier | modifier le code]