Scorbut

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Le scorbut (prononciation /skɔʁbyt/ en France, /skɔʁby/ au Québec[1]) est une maladie due à une carence en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par un déchaussement des dents et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.

Le scorbut, aujourd'hui quasiment disparu[2], majore considérablement toutes les autres pathologies, même les plus bénignes, pouvant parfois les rendre mortelles.

Symptômes[modifier | modifier le code]

Le scorbut se manifeste initialement par de la fatigue, puis par des œdèmes aux membres, puis des hémorragies des muqueuses du nez et des gencives, et des ecchymoses nombreuses sous la peau. Les dents se déchaussent jusqu'à tomber. Incapables de se tenir debout, les sujets atteints meurent d’épuisement ou d’une complication infectieuse respiratoire.

Cause[modifier | modifier le code]

Le scorbut est une maladie du tissu conjonctif, qui est essentiellement constitué de collagène. Le collagène est une protéine très stable en forme de fibre. La stabilité du collagène est assurée en grande partie par une enzyme (proline hydroxylase) qui hydroxyle les prolines (constituantes du collagène) en hydroxyproline. Cette enzyme est une métalloprotéine qui utilise un ion de fer sous forme Fe2+. La vitamine C participe au maintien de l'ion fer sous sa forme réduite Fe2+, en l'empêchant de s'oxyder, (propriété antioxydante, ou réductrice), assurant le bon fonctionnement de l'enzyme (on appelle cela un cofacteur enzymatique). Lorsque la vitamine C vient à manquer, les ions ferreux de la proline hydroxylase s'oxydent en Fe3+ et rendent l'enzyme inactive. Ainsi les hélices de collagènes s'appauvrissent en hydroxyproline, ce qui lui fait perdre en stabilité et ce qui fragilise tous les tissus[3]. De plus, l'action antioxydante de la vitamine C ne s'arrête pas qu'au cation fer : lors des hydroxylations des groupements proline et surtout lysine du collagène par attaque d'une molécule de dioxygène, un atome d'oxygène est utilisé pour l'hydroxylation d'un acide aminé, mais l'autre atome est présent sous forme de radical libre O.. Celui-ci étant un puissant oxydant, il fragilise les capillaires des gencives, d'où l'apparition du scorbut. Par conséquent, la libération de deux atomes d'hydrogène par l'acide ascorbique va inhiber l'attaque oxydante du radical, selon la réaction suivante : 2 H + O → H2O et protéger ainsi les dégâts de ces radicaux sur les tissus.

Histoire de la maladie[modifier | modifier le code]

Antiquité et Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Il est probable que le scorbut existait dans l'Antiquité, notamment durant les guerres de siège, mais on ne peut prétendre que la maladie était reconnue des médecins en portant un nom[4]. On ne connait pas d'exemple paléopathologique de scorbut antérieur au Moyen-Âge, et les passages de textes antiques attribués au scorbut sont des interprétations douteuses ou discutées (toute atteinte de la bouche avec puanteur n'est pas forcément un scorbut)[5].

Cette relative rareté dans l'antiquité s'expliquerait par le fait que, même en période de famine, les végétaux riches en vitamine C ne manquaient pas aux bords de la méditerranée, et que la navigation restait de cabotage ou de courte durée. A l'intérieur des terres, le scorbut devait être plus probable : une mention de scorbut reste possible dans un texte de Mésopotamie[5],[6].

Au Moyen-Âge, des descriptions probables de scorbut se trouvent dans les textes de Jacques de Vitry et Jean de Joinville, chroniqueurs des croisades du XIIIe siècle[7].

Renaissance au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le scorbut apparait en pleine lumière à la Renaissance. Historiquement, l'émergence du scorbut relève autant de la technologie que de la nutrition. Cette nouvelle technologie permet de construire des navires capables de navigation au long cours, des voyages de plusieurs mois, et de plus en plus grands (jusqu'à des équipages de 500 hommes et plus au XVIIIe siècle). Les premières descriptions claires de la maladie nommée en latin scorbutus ou scorbuto, en français scorbut, en anglais scurvy, apparaissent donc dès le XVe siècle, elle est reconnue comme nouvelle et fréquente par les chirurgiens de marine.

En ce sens, le scorbut peut être regardé comme la première maladie professionnelle identifiée[7]. Le scorbut se manifeste en mer à partir de 12 semaines (1498, Vasco de Gama), 15 semaines (1519, Magellan)[4].

Entre le 14 décembre 1535 et le 15 avril 1536, lors de la seconde expédition de Jacques Cartier au Canada, 25 des 110 hommes d'équipage succombent à la maladie. Un jour, Cartier rencontre Domagaya, fils du chef nadouek-iroquoien Donnacona, qui semble touché par la mystérieuse maladie. Quelques jours plus tard, il le revoit, mais cette fois en parfaite santé. Il le questionne et celui-ci lui donne la recette qui consiste à prendre les branches d'un arbre nommé annedda (thuya ou cèdre blanc) : « il falloit piler l'écorce et les feuilles dudict bois, et mettre le tout bouillir en eau ». Les marins retrouvent rapidement leurs forces grâce à ce breuvage[8]. On lit aussi que ce serait plutôt une infusion d'aiguilles et d'écorce de pin[9],[10]. On en fait maintenant un médicament, le pycnogénol[11]

Les premiers observateurs notent que la maladie s'améliore rapidement lors des escales, lorsque les produits frais sont disponibles, en particulier les fruits du genre citrus (citron, orange, pamplemousse...)[4]. En 1604, François Martin mentionne dans sa Description du premier voyage faict aux Indes Orientales qu’« il n'y a rien meilleur pour se préserver de ceste maladie que de prendre souvent du jus de Citron ou d'Orange, ou manger souvent du fruict, ou bien faudra faire provision des sirops de limon, d'oseille, despine vinete, d'une herbe appelée Coclearia, qui semble porter en soy le vray antidote. & en user souvent »[12].

À la même époque, dans ses Observations..., le navigateur Richard Hawkins prétend qu'en 20 ans de mer, il a pu voir près de 10 000 cas de scorbut[7]. Si la prévention du scorbut est reconnue de façon empirique, le scorbut maritime persiste. Pour expliquer cela, les historiens évoquent les problèmes logistiques et techniques d'approvisionnement des navires toujours plus grands et plus nombreux. Les grandes flottes marchandes européennes sont celles de l'Europe du nord, les meilleurs fruits sont dans le sud et se conservent mal. Les tentatives d'en préserver le jus diminuent leur efficacité[4].

La compagnie néerlandaise des Indes orientales cherche à résoudre le problème par des plantations à Sainte Hélène et à l'ile Maurice. Des essais de jardins de bord sont même tentés. Dans le courant du XVIIe siècle, la navigation marchande réduit la gravité du scorbut des équipages, grâce à la régularité des lignes commerciales et des escales pré-établies.

Ce n'est pas le cas des flottes de guerre des grandes puissances européennes. Le contrôle mondial des mers prend le pas sur la défense côtières. La guerre maritime se livre désormais sur de très longues distances, et des longues durées (guerre de blocus) avec de très grands navires chargés d'infanterie de marine. Dans ces conditions et à cette échelle, l'approvisionnement en fruits ne peut guère suivre[4].

En 1747, à bord du HMS Salisbury, James Lind réalise une expérience montrant que les oranges et les citrons guérissent le scorbut ; c'est le premier essai clinique. Il a divisé les malades en trois groupes : ceux qui prennent les fruits frais, ceux qui prennent du cidre, et ceux qui prennent d'autres remèdes de l'époque. Le premier groupe s'améliore rapidement, suivi par le second, alors que le troisième ne s'améliore pas[4]. Il publie ces résultats en 1754 dans son Traité du scorbut[13]. Les historiens discutent de la valeur de cette expérience, car on ne trouve pas de vitamine C dans le cidre moderne, mais selon la fabrication traditionnelle, le cidre du XVIIIe siècle aurait pu en contenir (cidre du Devon)[4].

En 1766, l'anglais Samuel Wallis est l'un des premier à mettre en pratique les idées de Lind à bord du HMS Dolphin en embarquant à son bord des aliments d'origine végétale et des agrumes[14].

En 1795, le chirurgien naval Gilbert Blane (en), administrateur de la Royal Navy, réforme entièrement l'hygiène navale. Il règlemente une ration quotidienne de jus de citron pour chaque marin [15],[16] : trois-quart d'once[17] (environ 21 ml), additionné de 10 % d'alcool. Cette boisson restera un secret militaire jusqu'en 1840[18]. Elle sera disponible pour la marine marchande britannique, de façon officielle, en 1844[19].

1805 : l’invention par Nicolas Appert de la conserve alimentaire (appertisation) permit une alimentation équilibrée et donc vitaminée aux marins[20].

Influence du scorbut sur les puissances maritimes[modifier | modifier le code]

Les vivres embarquées sur les navires européens du XVe au XVIIIe siècle étaient essentiellement des salaisons et des biscuits pour des raisons liées à la conservation des aliments[21]. Or ceux-ci ne contenant pas de vitamine C, il en a résulté des cas de scorbut lors de nombreuses expéditions au long cours (plus de six semaines à plus de trois mois en mer, selon l'état nutritionnel individuel au départ). Ainsi 60% de l'équipage de Vasco de Gama fut touché par le scorbut lors de son premier voyage aux Indes. Certaines puissances avaient adopté, de façon empirique, des aliments contenant de la vitamine C pour les rations des marins ; ce fut le cas des Hollandais qui embarquaient de la choucroute (choux Brassica oleacera) dans les voyages pour Java[21].

Les historiens considèrent que les deux principales causes de mortalité en mer, durant l'époque classique, sont le scorbut et le typhus. La mortalité liée au scorbut maritime a été estimée à plus d'un million de victimes entre 1600 et 1800[7]. Pour la seule marine marchande française (1750-1800), une campagne en droite ligne aux Antilles se solde par une mortalité globale (toutes causes confondues) de 5 %. Sur les routes vers l'Extrême-Orient, le taux de mortalité est de 50 % au XVIe siècle, et chute à 20 % en deux siècles[18].

La mortalité est encore plus élevée à bord des navires de guerre (entassement de marins et de soldats, navigation interminable, séjours en rade, croisière de blocus...). À l'époque élizabéthaine, la marine britannique enregistre des hécatombes (les dix mille morts par scorbut, indiqués par Hawkins, seraient en-dessous de la vérité). Sous Louis XIV, la mortalité reste relativement faible. Le siècle le plus tragique est le XVIIIe siècle, les guerres navales prenant une ampleur mondiale : la Royal Navy perd, à elle seule, 75 000 hommes par maladie (scorbut, typhus...) au cours de la guerre de Sept Ans[18].

En adoptant, de façon règlementaire, des rations alimentaires antiscorbutiques pour la Royal Navy, l'Angleterre fut la première puissance maritime à éliminer le scorbut, et ce en deux ans (1795-1797)[19]. La flotte britannique dispose alors d'un avantage non négligeable sur les puissances concurrentes au début du XIXe siècle, notamment contre la flotte française en méditerranée. Cet avantage s'est traduit par des victoires navales comme celle de Trafalgar, ou par la colonisation de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande[21].

Sans cette nouvelle hygiène navale (contrôle du typhus et élimination du scorbut), la Royal Navy n'aurait pu maintenir 500 navires en opérations avec 140 000 hommes d'équipage, en exerçant une pression victorieuse sur les côtes européennes (1795-1820)[18].

XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

L'importance du scorbut se réduit à partir du XIXe siècle. D'autant plus que la plus grande vitesse des navires à vapeur réduit le temps de séjour en mer. Cependant des cas de « scorbut terrestre » sont signalés dans des communautés plus ou moins fermées, comme les prisons, les hôpitaux, les ateliers. Ces « épidémies » sont en général traitées efficacement par un régime alimentaire à base de fruits et légumes frais.

Mais cela n'est pas toujours possible. Ainsi la grande famine en Irlande qui a suivi la perte de la récole de pomme de terre en 1845-1846, s'est accompagnée d'une épidémie de scorbut. Le scorbut apparait lorsque l'approvisionnement ne suit plus : lors de la ruée vers l'or en Californie à partir de 1848 (la traversée des Montagnes Rocheuses étant l'équivalent d'un long voyage en mer), lors de la guerre de Crimée, dans les camps de prisonniers durant la guerre de Sécession, lors du siège de Paris (1870-1871). Des cas de scorbut sont survenus lors des premières expéditions vers l'Arctique[4].

Dans le dernier quart du XIXe siècle, le médecin anglais Thomas Barlow (1er baronnet) (en) distingue une maladie osseuse du petit enfant, différente du rachitisme. Il s'agit d'un scorbut infantile survenant dans les couches sociales aisées. La maladie est due à l'abandon de l'allaitement maternel au profit des premiers laits industriels dépourvus de vitamine C (détruite par les processus de chauffage). La « maladie de Barlow » sera éliminée par l'ajout de jus d'orange dans le biberon[22].

Au XXe siècle, des cas de scorbut ont été signalés lors de la première guerre mondiale, en particulier dans les troupes britanniques coloniales indiennes (campagne de Mésopotamie) ; ainsi que dans le nord de la Russie en 1919[22].

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le scorbut devient très rare dans les pays développés, si rare qu'un seul cas de scorbut mérite d'être publié dans la presse médicale. Aux États-Unis, il s'agit le plus souvent d'adolescents ayant un régime alimentaire exclusif aberrant : beignets et café noir, ou sandwich au beurre de cacahuètes[22].

Dans les pays en développement, le scorbut peut rester un problème de santé publique dans les camps de réfugiés (Soudan, Somalie)[22]. Sinon les cas de scorbut sont peu signalés, soit parce que les produits frais sont relativement disponibles, ou plutôt à cause d'un système de santé insuffisant pour les détecter[4].

Histoire des connaissances[modifier | modifier le code]

Théories historiques[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la découverte de la vitamine C (autour de 1930), les doctrines médicales ne sont d'aucune utilité, et souvent font même obstacle à la compréhension et au traitement effectif du scorbut[17].

Théorie humorale[modifier | modifier le code]

En 1541, Jean Echthius (1515-1554?) publie son De Scorbuto... Il fait du scorbut une maladie de la rate qui n'élimine plus la bile noire, car il a lu dans Hippocrate des symptômes décrits comme tels, similaires à ceux du scorbut. La théorie humorale rend apparemment compte des faits, notamment que la maladie soit liée à des facteurs alimentaires. Le scorbut est ainsi attribué à la viande séchée et salée, à l'eau croupie, des longs voyages en mer[17].

Mais les fruits et légumes frais ne sont vus que comme des « antidotes », et non comme un apport de substance nécessaire. Aussi les fruits du genre citrus sont des produits comme beaucoup d'autres, dans les listes des remède contre le scorbut. Parmi les autres plantes, trois « herbes à scorbut » dominent : la cochléaire (Cochleara officinalis), la véronique (Veronica officinalis et V. beccabunga), et le cresson de fontaine (Nasturnium officinale)[23].

Selon les données modernes, ces plantes, contiennent bien de la vitamine C, mais en trop faible quantité. Les médecins de l'époque distinguaient un « scorbut de mer », forme grave et complète (correspondant à une carence totale ou avitaminose en termes moderne), et un « scorbut de terre » de forme modérée (déficit partiel ou hypovitaminose)[23].

La valeur effective du « trio antiscorbutique » est discutée par les historiens. Selon les uns, les « herbes à scorbut », données fraiches et en quantité suffisante, auraient pu améliorer le « scorbut de terre ». Pour d'autres, à l'exception des fruits citrus, le choix et l'utilisation d'autres plantes (XVIe et XVIIe siècles) relèvent plus d'une doctrine humorale que d'un constat empirique d'efficacité[23].

Théorie chimique[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIe siècle, une médecine chimique tend à s'imposer. Le médecin Herman Boerhaave, figure dominante de son époque, attribue le scorbut aux produits conservés par le sel : viande et poisson séchés et fumés, noix et légumes secs, fromages secs, biscuit de mer (panis biscoctum). Il distingue alors deux types de scorbut : un scorbut « acide » à traiter par alcalins, et un scorbut « alcalin » à traiter par acide[17].

Il existe d'autres théories chimiques, comme celle qui fait du scorbut une maladie de la fermentation (la digestion et l'assimilation étant de l'ordre de la vinification) qui évolue vers une putréfaction. Cette théorie justifie l'utilisation de produits fermentés comme la choucroute (chou), le cidre, le malt[17]... Au Canada, les colons ont pu utiliser la bière d'épinette pour combattre le scorbut[24]. Là aussi, la valeur effective de ces remèdes est discutée (différences entre les produits modernes et ceux selon les procédés historiques de fabrication).

Théorie infectieuse[modifier | modifier le code]

L'idée que le scorbut soit le résultat d'un déficit alimentaire est défendue par quelques auteurs comme George Budd (en) (1808-1882) dans les années 1840, et Robert Barnes (en) (1817-1907) en 1864 dans un rapport officiel sur le scorbut. Cependant la nature de ce déficit reste à définir : sels de potassium, alcalins alimentaires[25]...

L'apparition de la microbiologie renforce l'idée contraire : la cause du scorbut doit être positive (présence d'un agent nocif) plutôt que négative (absence d'un facteur nécessaire). En 1874, l'Académie nationale de médecine rejette la théorie carentielle : le scorbut n'est pas plus provoqué par un manque de fruits frais, que le paludisme par un manque de quinine[17]. Des observations et expériences montrent que l'on peut prévenir le scorbut par la viande fraîche avec peu ou pas de fruits (cas des Esquimaux).

Joseph Lister, président de la Royal Medical Society, inventeur de l'antiseptie, considère que le scorbut est une maladie infectieuse. C'est le résultat d'une action chimique provenant de germes présents dans les aliments conservés. Pour les partisans de cette théorie, les recherches doivent être menées à la lumière de celles de Louis Pasteur. Quant à l'action curative des jus de fruits frais, elle équivaudrait à l'action antibactérienne d'un bain de bouche (comme ceux utilisant de l'acide carbolique)[17].

Le savoir médical moderne reconnaissant le scorbut comme une maladie carentielle débute au XXe siècle.

Savoir moderne[modifier | modifier le code]

1913 : Elmer McCollum (en) identifie un facteur « A » soluble dans les graisses, et un facteur « B » soluble dans l'eau, tous deux nécessaires à la croissance des rats de laboratoire. Les partisans de l'hypothèse carentielle du scorbut (s'opposant à l'hypothèse infectieuse) ont donc recherché un facteur « C », dont le déficit pourrait expliquer le scorbut[26].

1928-1932 :

  • Albert Szent-Györgyi (prix Nobel en 1937) isole « l'acide hexuronique » à partir du chou, de l'orange et du poivron, alors qu'il cherchait une substance combinant l'oxygène capable d'empêcher l'apparition de taches brunes sur les fruits qui pourrissent.
  • W.A.Waugh et C.G.King isolent la vitamine C du citron et de l'orange et découvrent que « l'acide hexuronique » est la vitamine C[27]. L'acide hexuronique est renommé « acide ascorbique » (abréviation de « antiscorbutique »).
  • Walter Norman Haworth en établit la formule chimique.

1933 : Tadeusz Reichstein réalise la synthèse de la vitamine C.

Moyens de lutte[modifier | modifier le code]

Maladie très répandue chez les marins du XVe au XVIIe siècle, le scorbut fut combattu grâce à l'introduction dans leur régime d'aliments très riches en vitamine C, tels la choucroute, les oranges ou le citron. C'est ainsi que Marc-Joseph Marion du Fresne (1724-1772) ou Jean-François-Marie de Surville (1717-1770) purent explorer la Nouvelle-Zélande[réf. nécessaire].

Dans le Grand Nord, les premiers explorateurs ont du adopter des habitudes alimentaires semblables à celles des autochtones pour réussir à s'adapter (abandon de la viande séchée et salée et du pain, pour la viande fraîche et le poisson cru, avec leurs abats)[22].

Animaux[modifier | modifier le code]

Au même titre que l'être humain, certains animaux, comme le cochon d'Inde, certains grand singes et une espèce de chauve-souris, sont incapables de produire eux-mêmes leur vitamine C et doivent en consommer chaque jour sous peine de dégénérescences articulaires et gingivales graves[28]. La plupart des animaux la produisent eux-mêmes, entre autres au niveau du foie, mais chez l'homme ainsi que les animaux touchés, les gènes permettant cette production sont défectueux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La prononciation utilisée au Québec est aussi celle que recommandait Émile Littré (Le Littré). Il se peut que cette prononciation ait été conservée du fait de la prégnance du scorbut dans l'histoire de la Nouvelle-France.
  2. Pharmacologie de M.Moulin et A.Coquerel sur Google livres
  3. Christian Moussard, Biochimie structurale et métabolique, 3e édition, de boeck supérieur, , page 22 p. (ISBN 2804152367, lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Roger K. French, Scurvy, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-33286-9), p. 1000-1003.
    dans The Cambridge World History of Human Disease, K.F. Kiple (dir.).
  5. a et b Mirko D. Grmek, Les maladies à l'aube de la civilisation occidentale, Payot, coll. « Médecine et Sociétés », 1983 p. (ISBN 2-228-55030-2), p. 121-122
  6. (en) Irving L. Finkel, Disease in Babylonia, Brill, (ISBN 978-90-04-12401-1), p. 54.
  7. a, b, c et d (en) R.E. Hughes, Scurvy, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-40214-X), p. 988-989.
    dans The Cambridge World History of Food, vol. 1, K.F. Kiple (dir.).
  8. Source: « Parc Canada - Jacques Cartier, explorateur et navigateur: L'hivernage de 1535-1536 » (consulté le 31 mai 2009)
  9. http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=oligo_proanthocyanidines_ps Oligo-proanthocyanidines
  10. http://www.passeportsante.net/fr/solutions/herbiermedicinal/plante.aspx?doc=pin_hm Pin
  11. http://www.nutranews.org/article.php3?id_rubrique=24&id_article=257
  12. Martin de Vitré, François, Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l'an 1603 contenant les mœurs, loix, facons de vivre religions et habits des Indiens: une description et remarque des animaux, epiceries, Drogues Aromatiques et fruicts qui se trouvent aux Indes: un traicté du scorbut qui est une maladie estrange qui survient à ceux qui voyagent en ces contrées, dédié au roi, Paris, Laurent Sonnius, 1604.
  13. Bruno Lecoquierre, Parcourir la terre. Le voyage, de l'exploration au tourisme, Éditions L'Harmattan, , p. 60
  14. (en) A. B. McLeod, British Naval Captains of the Seven Years' War. The View from the Quarterdeck, Boydell Press, , p. 118
  15. Source: Patrick Grellier, Le Traitement anti-scorbutique du docteur Mac Bride de Dublin à bord des vaisseaux de la Navy (1766-1767), Thèse de doctorat en médecine, Nantes, 1978
  16. Selon certaines interprétations, c'est depuis ce jour que les marins anglais sont surnommés les limeys (à cette époque lime signifiait indifféremment citron jaune et vert).
  17. a, b, c, d, e, f et g Roger K. French 1993, op. cit., p. 1003-1005.
  18. a, b, c et d Philippe Masson, Expansion maritime et santé, Privat, (ISBN 2-7089-5322-2), p. 23 et 28.
    dans Histoire des Médecins et Pharmaciens de Marine et des Colonies, P. Pluchon (dir.).
  19. a et b R.E. Hughes 2000, op. cit., p. 995.
  20. Source: Nicolas Appert inventeur et humaniste par Jean-Paul Barbier, Paris, 1994
  21. a, b et c Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Éditions Quæ, , 456 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0, lire en ligne), chap. 6.
  22. a, b, c, d et e R.E. Hughes 2000, op. cit., p. 997-999.
  23. a, b et c R.E. Hughes 2000, op. cit., p. 992-993.
  24. Source: Emmanuel Bevillon, Jacques Cartier, le scorbut, et la bière de sapinette, Thèse de doctorat en pharmacie, Nantes, 1992. - 038P/1992.
  25. R.E. Hughes 2000, op. cit., p. 996-997.
  26. Roger K. French 1993, op. cit., p. 1005.
  27. (en) « Journal of Biological Chemistry - Isolation and Identification of Vitamin C » (consulté le 31 mai 2009)
  28. Source: « Scorbut du Cochon d'inde » (consulté le 31 mai 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kenneth J. Carpenter, History of Scurvy and vitamin C, Cambridge University Press, (ISBN 9780521347730)
  • Gilbert Buti, Marins provençaux et scorbut. Vaincre la "peste de mer" à Toulon au XVIIIe siècle, p. 327-343, dans Provence historique, tome 55, fascicule 221, 2005 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Maladie de Barlow Ce lien renvoie vers une page d'homonymie

Liens externes[modifier | modifier le code]