Littératie médiatique

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La littératie médiatique, de l'anglais Media Literacy, est une notion scientifique désignant la capacité à accéder, analyser et comprendre l'ensemble des médias[1],[2]. Cela permet d'être critique face à la construction et le contenu de ces médias et à les utiliser dans tous les contextes[3]. Par le biais de l'éducation aux médias, toute personne peut devenir « littérée » médiatiquement[4].

Concept[modifier | modifier le code]

Origines du concept[modifier | modifier le code]

La littératie médiatique est la juxtaposition de deux concepts : la littératie et les médias.

La littératie est définie selon l’OCDE comme « l'aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité, en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités »[5].

Cette question d’alphabétisation plonge ses racines dans le Bas Moyen Âge, après 1452, à la suite de l’invention du procédé typographique par Johannes Gutenberg, Johann Fust et Peter Schoeffer[6]. Des ouvrages populaires religieux ou grammaticaux sont alors rendus publics et permettent l'alphabétisation d'un public plus large. Ensuite, l'enquête Maggiolo en France au XVIIIe siècle sert d’indicateur pour observer la capacité des futurs époux à signer et opérer des actes administratifs comme des contrats de mariage, par exemple[7].

Elizabeth Daley étend ce concept de littératie aux (multi-)médias. Ce concept définit une personne « littérée » au XXIe siècle comme quelqu'un qui se montre capable de lire et d’écrire des médias[8].

Le concept de média se définit comme « une activité humaine distincte qui organise la réalité en textes lisibles en vue de l’action »[9].

Des définitions multiples[modifier | modifier le code]

Les auteurs anglo-saxons ont tenté de livrer une définition de ce que représente la littératie médiatique[10],[11],[12],[13]. Chaque auteur ou institution abordé ci-dessous apporte une vision différente à ce concept.

Patricia Aufderheide définit quelqu'un de littéré médiatiquement comme une personne « capable d'analyser, de comprendre les médias imprimés et digitalisés ». Elle ajoute également que « le but fondamental est la critique autonome des médias »[10]. Selon elle, les éducateurs aux médias doivent faire comprendre trois éléments : le processus de production, le texte et le public visé[14].

La Commission européenne définit la littératie médiatique comme « la capacité à accéder aux médias, à comprendre et évaluer critiquement les différents aspects du média et de son contenu et à créer des communications dans des contextes variés »[15]. 

W. James Potter met en avant le fait qu’il n’existe pas de consensus théorique dans le domaine. La littératie médiatique peut ainsi faire l’objet de définitions diverses selon les auteurs. De manière générale, trois problématiques touchent la notion de littératie médiatique[16]. La première concerne la définition d’un média, variable selon l’émetteur du message médiatique. Quant à la définition de littératie, selon Potter, elle nécessite le développement de sept compétences (analyse, évaluation, regroupement, induction, déduction, synthèse, abstraction) ainsi que de cinq sphères de connaissance (sur les effets des médias, le contenu des médias, l’industrie des médias, le monde réel et le soi). Enfin, la définition de l’objectif de la littératie médiatique relève de l'amélioration de la vie des individus, l’éducation scolaire ou l’activisme social. 

Potter dégage quatre thèmes communs dans la diversité des définitions[17] : 

  • Une insistance sur les effets des médias sur les individus, qu’ils soient positifs ou négatifs ;  
  • Une vision de la littératie médiatique comme outil de protection contre les effets négatifs des médias ; 
  • La nécessité du développement du champ de la littératie médiatique ; 
  • L’aspect multidimensionnel de la littératie médiatique, dont il faudrait analyser les composantes cognitives, émotionnelles, esthétiques et morales.

Malgré l’absence de consensus théorique, la définition de Renee Hobbs sur la littératie médiatique prédomine comme étant « la capacité d'accéder à des messages médiatiques, de les analyser, de les évaluer et de les communiquer dans une variété de contextes ». 

Sans nier les aspects négatifs des médias tels que l’hypersexualisation ou la banalisation de la violence, Hobbs[12] refuse toutefois de limiter le champ à une vision protectionniste. Cette vision conçoit la littératie médiatique comme un fournisseur d’outils de protection contre les messages médiatiques nocifs à un public passif. Au contraire, Hobbs considère la littératie médiatique comme une forme de pensée critique et comme un outil d’autonomisation. Cette définition tient compte du contexte du Web 2.0 où chacun est à la fois consommateur et créateur de messages médiatiques. La littératie médiatique englobe ainsi les compétences nécessaires pour le codage et le décodage d’un média.

Le concept de littératie médiatique critique[modifier | modifier le code]

La vision de Hobbs se rapproche de la définition de littératie médiatique critique proposée par Len Masterman[18]. Dans ce cas, la littératie médiatique vise le développement de l’esprit critique de l’individu. Celui-ci devient ainsi capable de déconstruire les représentations véhiculées par les médias et d’exprimer des avis critiques dans l’espace public[19]

Len Masterman développe cinq concepts clés de la littératie médiatique[20] : 

  • Principe de non-transparence : les messages médiatiques sont construits ;  
  • Codes et conventions : les messages médiatiques sont construits grâce à un langage créatif avec ses propres règles ; 
  • Décodage de l’audience : un même message peut susciter des interprétations différentes ;
  • Contenu et message, incorporation de valeurs, de points de vue et d’idéologies sous-jacentes dans les messages médiatiques ;
  • Intervention de motivations d’ordre économique et politique sur le marché médiatique : un média n’a pas pour vocation unique d’informer ou de divertir, il est engagé dans des jeux de pouvoir et de profit. 

Les autres littératies[modifier | modifier le code]

Les littératies peuvent être classées en différentes catégories, parmi lesquelles on trouve les littératies informationnelles et numériques[21].

Les littératies informationnelles et numériques[modifier | modifier le code]

Les littératies informationnelles et numériques ont notamment été traitées par Tibor Koltay dans son article sur les médias et les littératies[22] ainsi que par David Bawden[23]. Le concept de littératie numérique a été également travaillé par David Buckingham, qui s'est intéressé aux défis que pose la littératie médiatique à l'ère numérique[24].

Pour la littératie informationnelle, ou littératie de l’information, David Bawden explique qu'elle a été introduite dès 1974 par Zurkowski, président de la US Information Industries Association pour parler spécifiquement des personnes travaillant dans le secteur privé qui utilisent de manière efficace l'information[25]Cette littératie est donc pour Zurkowski le fait de « pouvoir localiser et utiliser l’information nécessaire à la résolution d’un problème et à la prise de décision efficace »[25]. De nombreux chercheurs vont ensuite apporter des nuances à cette première définition. Doyle donne par exemple une nouvelle définition de cette littératie 25 ans plus tard. Selon lui, elle concerne « l’aptitude à accéder, évaluer et gérer l’information d’une variété de sources »[26]

Tibor Koltay assure pour sa part que la définition donnée par L'American Library Association Presidential Commission on Information Literacy en 1989 est la plus répandue. Celle-ci définit les personnes littérées de l'information comme des gens « capables de reconnaître quand l'information est nécessaire. Ils sont également capables d'identifier, de localiser, d'évaluer et d'utiliser l'information pour résoudre un problème particulier »[27].

Pour Eshet-Alkalai, cette littératie se réfère « aux compétences cognitives que les personnes utilisent dans le but de déterminer la valeur de l’information d’une manière éducative et efficace »[28].

De manière générale, les compétences requises pour la littératie informationnelle sont les suivantes :

  • Être capable de se connecter au monde de l'information ;
  • Évaluer, interpréter, manipuler et organiser l’information sous ses différentes formes ;
  • Être critique par rapport à l'information ;
  • Évaluer la source de l’information[23].

La littératie numérique est un concept introduit par l'américain Paul Gilster, spécialiste de l'apprentissage de la navigation sur le web, en 1997[27]. Tibor Koltay livre dans son article Media and the literacies les diverses définitions développées par les chercheurs en éducation aux médias et en littératie médiatique[27].

En 1997, Gilster explique que cette littératie consiste en une capacité « à comprendre et à utiliser l'information issue d'une variété de sources numériques »Les compétences qu’elle développe sont entre autres la recherche sur Internet, la navigation hypertexte, l'assemblage des connaissances et l’évaluation du contenu.

Gutierrez Martin la définit comme « la prise de conscience, l'attitude et la capacité des individus à utiliser correctement les outils et installations numériques pour identifier, accéder, gérer, intégrer, évaluer, analyser et synthétiser les ressources numériques, construire de nouvelles connaissances, créer des expressions médiatiques et communiquer avec d'autres, dans le contexte de situations de vie spécifiques, afin de permettre une action sociale constructive; et réfléchir sur ce processus »[27].

David Bawden de son côté, pour expliquer la différence entre littératie digitale et littératie imprimée, reprend l'américain Richard Lanham qui explique que dans la littératie digitale, la même source numérique peut offrir du son et de l'image en plus des chiffres et des mots. De plus, le support numérique peut s'adapter en fonction du public et du type d'information diffusé, ce que la littératie imprimée ne permet pas[29].

David Buckingham[24] précise dans une de ses publications que la littératie numérique a pour objectif principal l'inclusion de tout citoyen au sein de la société de l'information. Il s'agit d'assurer que tout le monde puisse disposer des moyens et compétences nécessaires pour utiliser les technologies au quotidien et de manière efficace. La littératie numérique est ici considérée comme un prérequis nécessaire à l'épanouissement personnel au sein d'une communauté[30].

Cette politique, menée par divers organismes comme l'OFCOM en Angleterre, vise à promouvoir l'égalité des chances, en donnant l'opportunité aux plus défavorisés de se démarquer et d'évoluer au même rythme que les classes dominantes. Malgré la vague d'enthousiasme générée par la démocratisation des médias et des technologies, le pouvoir n'a jamais véritablement quitté les mains des élites. Quant à la littératie numérique, elle ne touche principalement que les usual suspects, ceux qui sont déjà privilégiés dans d'autres domaines, tant en termes de capital économique qu'éducationnel. Paradoxalement, le risque pour la technologie de ne pas tenir ses promesses en ne faisant finalement qu'accentuer les inégalités existe donc bel et bien.

Littératie photovisuelle[modifier | modifier le code]

Il s’agit d’une littératie qui a pour but d’aider les utilisateurs à lire intuitivement et librement et à comprendre les instructions et les messages représentés visuellement. Par exemple, elle aide à comprendre les symboles et pictogrammes que l'on peut rencontrer dans la vie quotidienne[31].

Reproduction literacy[modifier | modifier le code]

Cette littératie s'est développée au fur et à mesure du développement des ordinateurs et des programmes d'édition de texte numériques. En effet, ces développements amènent autant les chercheurs que les artistes à créer un travail scientifique ou artistique original. Pour atteindre une telle prouesse, il faut donc requérir une littératie particulière, la reproduction literacy[32]. Cette littératie représente donc la capacité à produire un travail et une interprétation significative. Cette production doit être authentique et créative en intégrant des éléments d’information indépendants existants[32].

Littératie socio-émotionnelle[modifier | modifier le code]

L'expansion d'internet et de la communication numérique peut causer divers problèmes: virus, arnaques, etc. La littératie socio-émotionnelle se concentre sur les aspects sociologiques et émotionnels du travail au sein du cyberespace, peut aider à résoudre ces problèmes[33]. Selon Eshet-Alkalai, il s’agit de la littératie la plus complexe à assimiler car l’utilisateur doit faire preuve de sens critique, d'analyse et d’une grande maturité. Il doit également posséder beaucoup de compétences en littératie informationnelle. En réussissant à éviter les « pièges » de la communication digitale, cette littératie socio-émotionnelle permet donc à l’individu de survivre à l’ère numérique[33].

Compétences[modifier | modifier le code]

L’évolution du terme "littératie"[modifier | modifier le code]

Au départ, être littéré c’est être capable de lire et écrire. Aujourd’hui c’est aussi gérer ses sources, avoir un esprit critique, savoir gérer l'information, etc. Il s'agit d'un ensemble de compétences beaucoup plus large[16],[12].

À l’apparition du terme "littératie", (D. Baron note en 1994 une première occurrence du terme dans un dictionnaire d’éducation paru en 1924), être littéré faisait référence à la capacité d’une personne à lire et écrire. En 2004 c’est J-P Jaffré qui montre que le sens du terme a évolué, pour s’étendre à d’autres disciplines (sciences, médecine, informatique, linguistique, ethnologie, etc.). La littératie désigne également un ensemble de compétences qui inclut donc la lecture, l’écriture, mais aussi la compréhension, la capacité à donner du sens à un texte, l’analyser dans un contexte particulier[12]. On peut également considérer comme littératie la capacité à gérer ses sources ou avoir un esprit critique. « De ce point de vue, la littératie se trouve à l'intersection des sciences du langage et de la psychologie en ce qu'elle permet de décrire les relations de dépendance ou d'autonomie entre les caractéristiques d'une écriture et les modalités de son appropriation »[34].

Pour David Livingstone, Renee Hobbs et Robert Frost, la littératie médiatique est la capacité à accéder à des textes, les comprendre, les évaluer ou les créer [34].

L’évolution du sens de littératie évolue également en fonction des technologies mises à disposition pour l’utilisateur de ses capacités ou littératies [34].

Accès aux connaissances[modifier | modifier le code]

L’accès aux connaissances a grandement évolué au cours des siècles. Si depuis l’Antiquité la connaissance se transmet oralement ou par écrit, cette pratique s’est améliorée grâce aux nouvelles technologies . Les médias (journal, radio, télévision) deviennent des vecteurs d’information et donc de connaissance . Aujourd’hui, avec l’omniprésence d’Internet, une masse quasiment infinie de connaissances est disponible. Experts comme initiés peuvent partager leurs savoirs avec le reste du monde, que ce soit sur des sites encadrés par des institutions (le CERN, le CNRS, les instituts scientifiques ou de recherche, les sites universitaires, etc.) ou en collaboration participative . Si nombre de ces ressources sont protégées ou payantes, il existe également des savoirs mis à la disposition de tous, appelés les Open Sources. « L’avènement de l’ère numérique, notamment, ainsi que le développement exponentiel du cyberespace constituent les deux facteurs fondamentaux de la multiplication toujours plus grande des messages, donc des unités de sens que ceux-ci véhiculent, et ce, grâce à des supports médiatiques de plus en plus polymorphes, effervescents et, surtout, nombreux » [35].

Mesures, indicateurs et évaluation[modifier | modifier le code]

 En 2009, l’EAVI (European Association for Viewers’ Interests) a voulu créer des variables, à travers un rapport[36], pour mesurer les indicateurs en médias et informations, dans une perspective holistique.

Un indicateur est un instrument qui fournit des informations sur l'état et la progression d'une situation, d'un processus ou d'une condition spécifique. Il permet des connaissances simples, directes et accessibles sur des phénomènes spécifiques. Il peut être simple ou complexe, selon qu'il s'agit d'un ensemble de données spécifiques et précises ou du résultat d'un certain nombre d'indicateurs simples rassemblés[37].

En 2010, Susan Moeller, Ammu Joseph, Jesús Lau et Toni Carbo ont tenté de trouver à leur tour des variables et indicateurs pertinents pour la littératie médiatique, à travers un rapport de l’UNESCO[37]. Ils partaient du principe que si l’efficacité de l’outil se vérifie sur un continent, alors il le sera également pour le monde entier. 

Ils ont articulé leur étude à travers ces trois points :

  • accéder ;
  • évaluer / comprendre ;
  • utiliser les médias et l'information dans une variété de contextes.

C’est par une mise en pratique de cet outil par les experts du milieu que l’on est capable de mesurer correctement les niveaux d'éducation aux médias. La littératie médiatique est donc entrée dans les programmes, faisant partie des enjeux nationaux, avec une fraction des budgets dédiée à la discipline. Selon l’UNESCO, il était important d’établir des indicateurs en littératie médiatique, afin d’augmenter l’investissement des décideurs politiques et d’autres acteurs influents. Les chercheurs ont établi leur rapport à travers ces points : créer, appliquer, le financement, les contraintes de coût et de temps[37].

L’UNESCO a considéré que la qualité des indicateurs potentiels en littératie médiatique doit être évaluée en fonction de leur validité, de leur fiabilité et de leurs coûts. Les chercheurs se sont reposés sur une multitude de facteurs, afin d’établir, de manière pertinente, la notion de qualité des indicateurs : pertinence, rapidité, précision, fréquence, rapport coût-efficacité, validité, fiabilité, cohérence, économie, indépendance, transparence et comparabilité[37].

La volonté de mettre en place des indicateurs utilisables à travers le monde entier a rapidement confronté les chercheurs à des problèmes de pertinence, selon la population et sa culture. Ces indicateurs se sont révélés complexes dans leur utilisation selon la population visée et c'est un défi de les utiliser dans des analyses complètes. Parmi ces difficultés, les chercheurs ont mis en avant les différences de culture, d’habitudes en société, de niveau de vie, ou encore, plus simplement, d’âge. Les différences linguistiquees ont aussi représenté un obstacle pour l’utilisation universelle des indicateurs établis. Au sein d’un même territoire peuvent exister plusieurs langues, communautés avec leur culture et leurs habitudes, mais aussi des contextes économiques, sociaux, culturels et religieux très différents. 

Cela a engendré un problème plus conséquent: celui des coûts. Il est financièrement impossible de réaliser une étude pour mettre en place des indicateurs adaptés à chaque population et chaque communauté de chaque pays du monde, considéré que l’évolution des modes de vie et de la technologie demandent aussi une mise à jour très fréquente de ces indicateurs[37].

Les chercheurs ont alors revu leur manière d’élaboration des indicateurs en littératie médiatique, en les répartissant en deux niveaux: 

  1. Les initiatives d’éducation aux médias dans la société: ensemble de variables macrostatistiques qui mesurent l'activité de littératie médiatique, selon le cycle de l'information, au niveau national. Les indicateurs jaugent la disponibilité des institutions qui nourrissent et promeuvent l’éducation aux médias dans la société, parmi les décideurs, dans l'éducation et sur les lieux de travail. Ils sont regroupés en 2 catégories: les facteurs facilitant l'accès aux médias et à l'information et la disponibilité des médias et de l'information. 
  2. Le système d’éducation formel: comprend un groupe de variables mesurant les compétences individuelles en littératie médiatique. Les variables de ce deuxième niveau concernent les compétences individuelles relatives aux bibliothécaires, étudiants, enseignants-formateurs, ainsi qu’aux enseignants en formation et en service. Le but de ce second niveau est de faciliter le travail des gouvernements dans leur tâche de mesure et de contrôle de leurs propres progrès face à l’éducation aux médias[37].

Apprentissage et pédagogie : éducation aux médias [modifier | modifier le code]

Apprentissage et pédagogie[modifier | modifier le code]

La littératie médiatique est enseignée à l’école,  dans les activités extra-scolaires et à un plus haut degré d'enseignement.

La mise en place d'outils d’évaluation est impérative pour permettre d’évaluer les résultats des actions d’éducation aux médias

Dans de nombreux pays, malgré l'existence de littératies médiatiques dans les programmes scolaires pour les enfants, une norme nationale pour les adultes n'a pas encore été formulée. Le manque de normes convenues en matière de littératie médiatique rend l’évaluation des initiatives éducatives et politiques particulièrement difficile. Par contre, les praticiens en sciences de l'information ont travaillé à l'élaboration de standards sur la littératie pour aider à évaluer les niveaux de compétence, généralement pour les adultes. Par exemple, aux États-Unis une série de normes ont été établies. Chaque niveau est associé aux indicateurs de performance et résultats et précise à quelles informations lettrées l’étudiant devrait être capable de :

  • Déterminer la nature et l'étendue de l'information nécessaire : niveau 1.
  • Accéder aux informations nécessaires de manière efficace et efficiente : niveau 2.
  • Évaluer l'information et ses sources de manière critique et intégrer des informations sélectionnées dans sa base de connaissances et système de valeur : niveau 3.
  • Utiliser l'information efficacement, individuellement ou collectivement, pour accomplir un but spécifique et comprendre l'économie, les questions juridiques et sociales entourant l'utilisation de l'information et accès et utiliser l'information éthiquement et légalement : niveau 4.

Pour les enfants, il existe des programmes d'éducation aux médias plus élaborés qui spécifient les compétences, la progression à travers les niveaux et les méthodes d'évaluation du programme formel selon les niveaux de réussite et l'âge. Pour les adultes, un tel travail doit encore être entrepris. Une voie à suivre serait de comprendre la science du public, où les méthodes d'enquête sont utilisées pour mesurer les aspects de la compréhension et la connaissance dans le domaine scientifique.

En outre, l'application des niveaux et des normes dans la littératie médiatique des enfants repose sur des modèles psychologiques de développement qui ont été critiqués parce qu'ils ne font pas de distinction entre compétence et performance, ils négligent le rôle du contexte social et familial et ils « sont implicitement normatifs, et impliquent l'imposition de définitions particulières préférées du comportement adulte ». 

Éducation aux médias[modifier | modifier le code]

L’éducation aux médias, élément clé de l’approche éducative au XXIe siècle, est une démarche formative qui permet aux individus d’acquérir une vision critique des médias et de comprendre la nature, les techniques de production et l’influence des produits et messages qu’ils diffusent sur des plateformes médiatiques, afin d’apprendre aux citoyens à être des spectateurs actifs, des explorateurs autonomes et des acteurs de la communication médiatique. Elle permet aussi aux individus de développer leurs compétences en littératie médiatique, par exemple décoder,  analyser, synthétiser et évaluer les médias, mais aussi créer du contenu médiatique, grâce à des techniques de pensée critique, de communication créative et de compétences informatiques et audiovisuelles. L’éducation aux médias s’inspire des aspects positifs, créatifs et conviviaux de la culture populaire, en intégrant des productions médiatiques et une pensée critique, pour permettre aux individus de mieux naviguer dans un environnement de plus en plus complexe, qui inclut non seulement les médias traditionnels ou informatiques, mais aussi les produits issus de la culture populaire (jouets, modes, centres commerciaux, parcs...)

Historiquement, l’éducation aux médias s’est développée en centrant sa réflexion sur les objets médiatiques à enseigner et sur les méthodes pédagogiques adaptées à ce projet. L’éducation aux médias a émergé d’initiatives élaborées par des éducateurs et enseignants engagés dans des processus éducatifs dont l'objectif de base n'était pas de développer chez les jeunes des compétences médiatiques. L'introduction de nouveaux médias (planches illustrées, revues, diapositives, photos, caméras, enregistreurs, radios, télévisions, cassettes vidéo) a été l’élément déclencheur de ces initiatives. Le but n'était pas de prendre ces médias pour objets d'étude, mais de les utiliser pour enseigner ou animer des rencontres et des échanges (Jacquinot, 1985)[38]

Lien entre littératie médiatique et éducation aux médias[modifier | modifier le code]

La littératie médiatique et l'éducation aux médias sont deux notions différentes. La littératie médiatique permet de mettre un nom sur l’objectif visé par l’éducation aux médias[38]. C'est un objectif sociétal bien défini : celui de favoriser le développement de la littératie médiatique, ensemble de compétences caractérisant l’individu capable d’évoluer de façon critique et créative, autonome et socialisée dans l’environnement médiatique contemporain.

Évolution[modifier | modifier le code]

Enjeux d'avenir[modifier | modifier le code]

Depuis le début du millénaire et l'avènement des technologies numériques, la littératie médiatique est en perpétuelle mutation. Cependant, cette période de transition va bien au-delà de la simple considération technique puisqu'elle concerne également des questions d'identité et de société.

La littératie, au sens large, doit être envisagée dans un contexte marqué par les profonds changements économiques, sociaux, politiques et culturels caractéristiques de l'époque actuelle.

En effet, la révolution technologique est à mettre en lien avec la globalisation de l'économie mondiale, qui entraîne une forte compétitivité entre les différents pays. La littératie médiatique peut donc être vue comme une stratégie néo-libérale : dans une économie de marché dérégulée, les gens doivent être responsables de leurs propres comportements en tant que consommateurs. Côté professionnel, cela signifie aussi que les citoyens doivent continuellement se mettre à jour au niveau de leurs compétences et faire preuve d'une grande lucidité vis-à-vis de leur perception du monde, tant sociale qu'économique[39].

Dans cet environnement particulier, l'éducation continue de jouer un rôle primordial et ne doit pas se limiter à la scolarisation : les travailleurs de demain seront polyvalents, mobiles et s'adapteront plus facilement[40].

De leur côté, les enseignants changent progressivement leur conception de l'apprentissage : il s'agit moins d'inculquer des savoirs très factuels que d'enseigner aux apprenants à être autodidactes dans leur apprentissage. Dans beaucoup de pays, on observe déjà un glissement des modalités d'évaluation traditionnelles vers des modalités plus modernes. De manière générale, la littératie s'est trouvée partiellement intégrée dans les programmes scolaires, présentée comme une discipline transversale dans une très large gamme de pratiques. Il faudra veiller toutefois à se montrer vigilant, et savoir distinguer l'éducation aux médias et l'éducation par les médias.

Tous ces changements observables au niveau européen, ont placé la littératie médiatique à l'agenda politique des prochaines décennies[41]. Il s'agit de :    

  • Apprendre à manipuler les nouvelles technologies ;
  • Encourager l'appréciation de l'héritage audiovisuel européen ;
  • Protéger les enfants contre le contenu dangereux, et développer leur conscience des risques en ligne ;
  • Promouvoir l'inclusion des populations les plus défavorisées ;
  • Promouvoir l'indépendance des services publics médiatiques ;
  • Encourager les gens à résister aux stratégies marketing et commerciales ;  
  • Encourager la citoyenneté et la participation à la vie active au sein de la société civile ;
  • Promouvoir la créativité et l'expression artistique par l'utilisation des nouveaux médias ;
  • Promouvoir l'égalité d'opportunités, la tolérance et la diversité ;
  • Encourager le développement d'une industrie globale du contenu médiatique à l'échelle européenne ;
  • Aider les gens à mieux comprendre l'économie en tant que consommateurs de médias ;
  • Coacher les travailleurs face aux technologies émergentes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sonia Livingstone, « The Changing Nature and Uses of Media Literacy », Media@LSE Electronic Working Papers 4,‎ (lire en ligne)
  2. Aufderheide, Patricia., Firestone, Charles M., Aspen Institute Program on Communications and Society. et National Leadership Conference on Media Literacy (1992 : Aspen Institute), Media literacy : a report of the National Leadership Conference on Media Literacy, the Aspen Institute Wye Center, Queenstown Maryland, December 7-9, 1992, Communications and Society Program, the Aspen Institute, (ISBN 0898431379, OCLC 28814884, lire en ligne)
  3. Sonia Livingstone, « The Changing Nature and Uses of Media Literacy », MEDIA@LSE Electronic Working Papers 4,‎ , p. 1-2 (eprints.lse.ac.uk)
  4. (en) Aufderheide Patricia, Media Literacy. A Report of the National Leadership Conference on Media Literacy, Washington D.C., Aspen Institute, , p. 1-2.
  5. OCDE, La littératie à l’ère de l’information. Rapport final de l’enquête internationale sur la littératie des adultes, , p. X.
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  7. Furet F. et Sachs W., « La croissance de l'alphabétisation en France (XVIIIe-XIXe siècle) », Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, vol. 3, no 29,‎ , p. 714-737.
  8. (en) Daley E., « Expending the concept of Literacy », Educause Review, no 38,‎ , p. 32-41.
  9. Anderson J. A., « Examen de quelques concepts éclairant la position de l’éducateur aux médias », Rencontre de la recherche et de l’éducation : actes du Symposium,‎ , p. 11-23.
  10. a et b (en) Aufderheide Patricia, Media Literacy. A Report of the National Leadership Conference on Media Literacy, Washington D.C., Aspen Institute, , p. 1
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