La Petite Fille aux allumettes

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La Petite Fille aux allumettes (en danois : Den Lille Pige med Svovlstikkerne - littéralement : La Petite Fille avec des Bâtons de soufre) est un conte écrit par Hans Christian Andersen, publié pour la première fois le [1] dans le cinquième volume de ses Contes (Nye Eventyr).

C'est la veille du Nouvel An, il fait très froid et le soir tombe. Une petite fille miséreuse marche dans les rues enneigées d'une ville évoquant Copenhague. Elle propose des allumettes aux passants indifférents. N'ayant rien vendu de la journée, elle n'ose pas rentrer au logis car son père la battrait. Pour se réchauffer, elle se réfugie entre deux maisons et frotte plusieurs allumettes. Des hallucinations successives lui font apparaître tout ce dont elle est privée : la chaleur d'un bon feu ; un délicieux repas de fête ; un superbe sapin de Noël. Puis une vision lui montre le seul être qui l'ait jamais aimée : sa grand-mère morte récemment. Elle brûle alors toutes les allumettes pour faire durer le plus longtemps possible cette apparition ineffable. Dans un grand éclat de lumière, la vieille femme emporte sa petite-fille jusqu'au paradis. Le lendemain, on découvre l'enfant sans vie, sourire aux lèvres.

Genèse[modifier | modifier le code]

Le , Andersen, alors hôte du duc d'Augustenborg, reçoit la lettre d'un éditeur qui lui demande d'écrire un conte. Pour l'aider à choisir un thème, l'expéditeur lui envoie trois illustrations. Andersen opte pour une gravure sur bois représentant une petite fille tenant un paquet d'allumettes. Par contraste avec la vie opulente qu'il mène désormais, cette image lui rappelle l'existence misérable de sa grand-mère : enfant, elle mendiait et avait même dû passer toute une journée sans manger, cachée sous un pont.

Ce sujet de l'enfance malheureuse, Andersen l'a déjà traité dans Le Sanglier de bronze. Il le reprend ici de façon bien plus grave. Une biographie de l'écrivain précise qu'à Odense, une petite fille s'abritait dans le renfoncement situé entre la demeure des parents d'Andersen et une maison voisine[2],[3].

Résumé[modifier | modifier le code]

C'est la veille du Nouvel An[a]. Le soir tombe, glacial, sur une ville évoquant Copenhague. Sous l'œil indifférent des passants, une petite fille aux cheveux blonds et bouclés marche tête et pieds nus dans les rues enneigées. Elle vend des allumettes. Elle n'ose pas rejoindre le taudis de ses parents : personne ne lui ayant rien acheté de la journée, elle ne rapporte pas d'argent et son père la battrait. Elle a perdu les pantoufles usagées de sa mère, bien trop grandes pour elle. Épuisée et grelottante, elle se blottit dans l'encoignure de deux maisons.

Pour réchauffer ses mains gelées, elle s'enhardit à frotter une allumette sur la muraille - une seule !... La voilà assise devant un grand poêle en fer au couvercle de cuivre reluisant. Un bon feu y flambe. Elle en approche ses pieds. Mais aussitôt l'allumette consumée, la vision s'efface.

Illustration de Bertall.

L'enfant craque une deuxième allumette. À travers la muraille devenue transparente comme une gaze, la table est dressée dans une chambre. Sur la nappe blanche éblouisssante de fines porcelaines, une oie farcie de pruneaux et de pommes fume en dégageant un parfum exquis. Quelle merveille ! Fourchette et couteau plantés dans le dos, l'animal saute du plat, roule sur le plancher, s'avance vers la petite puis disparaît.

Une troisième allumette et la fillette se trouve sous le plus magnifique sapin de Noël qu'elle ait vu. D'innombrables bougies y flamboient ; les images multicolores qui pendent à ses branches vertes semblent lui sourire. Elle tend la main. Mais la lueur s'éteint, les chandelles s'élèvent au ciel et se transforment en étoiles. L'une d'elles redescend vers la terre dans une longue traînée de feu. L'enfant se rappelle alors les paroles de sa grand-mère décédée depuis peu, le seul être qui l'ait aimée : « lorsqu'une étoile tombe, c'est qu'une âme monte à Dieu ».

Une quatrième allumette provoque une grande clarté. La grand-mère apparaît, douce et radieuse. Alors la fillette allume fébrilement tout le reste du paquet d'allumettes, craignant de voir son aïeule s'évanouir comme les hallucinations précédentes. Il se produit un éclat plus vif que le jour : jamais la petite n'a connu sa grand-mère aussi grande ni aussi belle ! La vieille femme prend l'enfant sur son bras et toutes deux s’envolent, joyeuses, jusqu'à Dieu.

Le lendemain, on retrouve la petite morte de froid, sourire aux lèvres. On ignore qu'auprès de sa bonne grand-mère, elle jouit désormais du bonheur éternel.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le conte évoque sans détour la misère sociale du XIXe siècle. Il juxtapose et oppose plusieurs univers :

Porcelaine Royal Copenhague.
  • la pauvreté des taudis confrontée à une opulence entachée d'égoïsme ;
  • une enfant innocente, en proie à la carence affective, face à des adultes indifférents ;
  • des parents indignes, coupables de maltraitance, qui forcent leur fille à mendier - le père, brutal, n'hésitant pas à la battre si elle ne rapporte pas d'argent ;
  • une grand-mère douce et affectueuse, hélas défunte.

On connaît la fascination précoce d'Andersen pour le théâtre. À cet égard, le conte peut se lire comme une petite pièce dont les quatre[b] actes respectent la « règle des trois unités ».

Avec habileté, Andersen organise une progression dramatique des visions qui s'offrent à la fillette. En proie à des besoins élémentaires (s'abriter, se réchauffer, se nourrir), elle ressent ensuite l'envie de jouer, nécessaire à la construction psychologique d'un enfant, puis éprouve un désir on ne peut plus humain d'amour. Ces trois états successifs - physique, mental et affectif - dessinent un mouvement qui préfigure l'ascension finale.

Les trois premières apparitions (un poêle qui chauffe ; une volaille rôtie ; un arbre de Noël) relèvent du monde matériel dans ce qu'il a de plus tangible. Toutefois, par antithèse au cadre hivernal froid et ténébreux, ces visions partagent chaleur et lumière. Après le poêle où flambe un bon feu, l'oie rôtie fume, les bougies du sapin se consument et le reste des allumettes produit un éclat diurne qu'on devine tiède. La lumière agit, pour sa part, comme fil conducteur du récit dès la première allumette : du feu brûle dans un poêle au couvercle de cuivre brillant ; une porcelaine fine étincelle sur la table ; des bougies flamboient sur les branches du sapin puis se transforment en étoiles, dont l'une redescend sur terre dans une traînée de feu  ; l'aïeule défunte apparaît dans un halo plus vif que le jour.

Amorçant une transition entre l'ici-bas et l'au-delà, les deux derniers objets s'animent d'une façon aussi inattendue que surnaturelle. L'oie rôtie se met à marcher. Quant au sapin, deux de ses éléments annoncent la grand-mère : les images suspendues aux branches sourient avec bienveillance ; les bougies montent au ciel, comme le fera l'aïeule avec sa petite-fille.

La dernière apparition (un être humain décédé) relève purement et simplement de l'immatériel. Elle ouvre même la voie au mysticisme : l'hallucination due aux privations physiques devenant vision céleste, l'enfant accède au Divin.

Cette dynamique se résume ainsi :

ÉPISODE BESOIN FINALITÉ EFFET DOMAINE
Prologue Physique S'abriter pour la nuit Matériel
Allumette n° 1
Le poêle
Se réchauffer Hallucination
Allumette n° 2
L'oie rôtie s'anime
Se nourrir Matériel
et
Immatériel
Allumette n° 3
Le sapin de Noël :
* ses images sourient avec bienveillance
* ses bougies montent au ciel et se transforment en étoiles
Mental
et
Affectif
Se divertir
Allumette n° 4
La grand-mère
Affectif Se sentir aimé Vision Immatériel
Épilogue
L'envol au paradis
Voir Dieu

On retient la subtile métaphore de l'allumette. Durant une glaciale nuit d'hiver, ce petit bout de bois soufré à l'éclat éphémère ne produit qu'une chaleur dérisoire comparé à un grand poêle en métal chauffé à blanc, où se consument de lourdes bûches. Mais s'il évoque la brièveté de la vie terrestre, il en illustre aussi un potentiel de richesse - voire de magie - à portée de tous, tel un modeste objet usuel.

Frappante est la similitude formelle entre l'allumette et la bougie. Celles qui illuminent l'arbre de Noël assurent une transition entre l'ici-bas et l'au-delà : en devenant des étoiles, elles suscitent la dernière et plus ineffable vision. La grand-mère aimante et sa petite-fille s'élèvent ensemble au firmament, dans une clarté qui n'est pas sans rappeler la lumière blanche parfois aperçue avant le trépas. Dans son ouvrage Femmes qui courent avec les loups (Grasset, 1996 ; Le Livre de Poche, 2001), Clarissa Pinkola Estés s'interroge sur le rapport fatal qui relie la fillette à son aïeule. En effet, le récit se clôt sur la mort révoltante d'une enfant délaissée. Mais la petite meurt souriante... Ce dénouement poignant apparaît comme ambivalent : la fillette succombe au froid - fin cruelle d'une courte existence ; après une vie de souffrance, elle connaît le bonheur éternel - dénouement heureux entre tous.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • La petite femme aux cigarettes, roman de Florian Houdart (transposition du conte dans un univers surréaliste).
  • La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, roman du québécois Gaëtan Soucy.
  • Le Père Porcher, roman du Disque-Monde de Terry Pratchett (en guise de cadeau de Noël, la Mort, qui a pris la place du Père Porcher, rallonge la vie de la Petite Fille aux allumettes).

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Kirsten, adaptation libre de Frédéric Bertocchini, Éditions du Quinquet, 46 pages (2012).
  • La petite fille aux allumettes, manga de Sanami Suzuki, composé de courtes fables (2017 en France).

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Contes merveilleux, adapatation de Jérémie Le Louët comprenant La Petite Fille aux allumettes, Les Amoureux et Le Sapin (2011).

Musique[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Parc d'attractions Efteling, aux Pays-Bas.

Parc d'attractions[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dès la première phrase du conte, Andersen affirme qu'un cycle se termine. La fin de l'année préfigure l'éclat éphémère des allumettes et la mort de la petite fille.
  2. Une pièce de théâte classique comporte cinq actes. Ici, la réduction de l'intrigue à quatre actes peut traduire l'intention d'adapter le récit à un public enfantin.

Références[modifier | modifier le code]

  1. P. G. La Chesnais, Conte d'Andersen publiés en édition intégrale et commentés, Mercure de France, 1964, en 4 vol, vol. 2, p. 281.
  2. Hans Brix et Anker Jensen, vol. IIp. 207 et 213.
  3. P.G.La Chesnais, vol.II, p. 281.
  4. « Regard en coulisse - La Petite Fille aux allumettes ».
  5. (en) « Introducing Allumette ».