Jean de Bernières

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Jean Bernières-Louvigny
Bernieres Louvigny.jpg
Fonction
Trésorier de France
Biographie
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Membre de
Jean de Bernières

Jean de Bernières (Caen 1602 - 1659) est Trésorier du roi de France. Membre laïc du Tiers-Ordre franciscain, il fonde à la fin de sa vie l'Ermitage de Caen, où des personnes vivent une vie spirituelle intense sous sa direction. Il appuie la fondation de missions en Nouvelle-France au point que l'abbé Gosselin, historien québécois, écrit : « On peut dire que l'Ermitage de Caen a été comme le berceau de l'Église du Canada. » Homme de charité et grand spirituel ses écrits sont condamnés par l'Église en 1689 au moment de la crise quiétiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille noble de Caen, ses parents très pieux avaient soutenu la fondation d'un monastère d'ursulines à Caen. Rappelons que Sainte Angèle Merici fondatrice des Ursulines (1474-1540) était Tertiaire franciscaine. Jourdaine de Bernières, la sœur de Jean, en fut à de nombreuses reprises supérieure. À la mort de son père, sa mère décide d'y passer les dernières années de sa vie.

Jean de Bernières a la charge de « Trésorier de France ». Il développe une charité compassionnelle envers les pauvres, il va chercher les pauvres sur son dos pour les soigner et les mener à l'hôpital. Il consacre sa fortune dans des œuvres de charité, dont celles initiées par Jean Eudes qui fonde la congrégation dite des Eudistes. il s'engage dans la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen fondée en 1644 par Gaston de Renty (1611-1649) et prend sa suite en 1649 [1].

Jean de Bernières décide de fonder à proximité des ursulines un ermitage : un lieu où des laïcs ou des religieux vivent, pendant de longs ou de courts séjours, une spiritualité intense (oraison, conférences et échanges entre les résidents de l'ermitage, des activités de charité). Ils suivent les offices liturgiques du monastère des ursulines. Une dizaine de personnes se joignent en même temps à lui et vivent dans l'ermitage[2]. Jean de Bernières devient directeur spirituel du futur évêque du Québec : monseigneur Laval, mais aussi de Pierre Lambert de la Motte, fondateur des Missions étrangères. L'ermitage est un lieu de foisonnement spirituel, y ont séjourné notamment Jacques Bertot le confesseur de Madame Guyon que Bernières appelle l'ami intime, Henry-Marie Boudon, François de Montmorency-Laval,Philippe Cospéan, Jean-Baptiste Saint-Jure, Mectilde du Saint-Sacrement.

Jean-Chrysostome de Saint-Lô, franciscain du Tiers-Ordre régulier, devenant son père spirituel, il devient membre du Tiers-Ordre franciscain (séculier), il cultive avec lui l'abandon à Dieu, l'expérience de la présence de Dieu et la quiétude. La radicalité de cet abandon le pousse à vouloir sortir de sa condition d'aristocrate et à partager des moments de la vie des roturiers[3]. "Il faut sortir de sa superbe" dit-il. Il fonde avec le père Chrysostome, dans cette optique la congrégation de la sainte abjection et souhaite imiter la vie de Saint Alexis .

Jean de Bernières aide madame Guyard, sœur Marie de l'Incarnation en religion, et une jeune et riche veuve du Perche, Marie Madeleine de la Peltrie, dans la fondation à Québec d'un monastère d'ursulines. Tuteur du projet, il les accompagne à Dieppe jusqu'à leur départ en bateau vers la Nouvelle-France [1]. Bernières gère jusqu'à la fin de sa vie les intérêts de Mme de la Peltrie en France et veille à la fondation. La correspondance avec Marie de l'Incarnation est perdue.

Le soutien à la Nouvelle-France ne se limite pas à l'accompagnement de ces deux femmes : de nombreux membres de son entourage partent au Québec quelques années avant la mort de Bernières ou immédiatement après, dont son neveu Henri de Bernières qui sera le premier curé de Québec et François Montmorency de Laval qui fut le premier évêque de Québec. La liste de proches de Bernières émigrés au Canada est longue, de nombreux québécois portent encore aujourd'hui leurs noms : Roberge, Dudouyt, Morel, Maizerets...). On peut attribuer à Bernières d'être l'un des Pères de la Nouvelle-France.

À sa mort, Jean de Bernières est enterré dans le monastère des ursulines de Caen avant d'être déplacé dans l'église Saint-Jean. Les restes de Jean de Bernières sont encore à ce jour, avec ceux de Jourdaine, sa sœur, dans un petit reliquaire déposé au presbytère de la paroisse de cette l'église.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Livre : Chrétien intérieur[modifier | modifier le code]

À la mort de Jean de Bernières, sa sœur Jourdaine fait rédiger à partir des notes de son frère l'ouvrage Chrétien intérieur, imprimé chez divers éditeurs (30 000 exemplaires imprimés selon l'un des éditeurs). Ce sera avant sa condamnation pour quiétisme en 1689[4],[5], le livre de spiritualité le plus lu au XVIIe siècle[6].

La spiritualité chrétienne de Jean de Bernières est fondé sur la doctrine de l'abandon : l'homme doit se vider de lui-même afin de s'unir à Dieu : « L'âme se vide de soi-même et des créatures et se rend capable de Dieu », c'est-à-dire apte à recevoir Dieu. Cet abandon intérieur conduit à une union avec Dieu, proche de la vision béatifique : « Il n'y a point de différence d'être dans la béatitude ou dans le parfait abandon ». La spiritualité de Bernières prend sa source dans la tradition « apophatique » commune à l'Orient et l'Occident chrétiens dont témoignent notamment les textes attribués à Denys l'Aréopagite que Bernières cite souvent de même que les Pères du désert, saint Clément d'Alexandrie et sainte Marie l'Égyptienne. On peut le rapprocher comme le fait Henri Bremond des mystiques rhéno-flamands (Maître Eckhart, Jean Tauler...) et de saint Jean de la Croix. Il appartient au grand courant mystique franciscain qui a marqué l'époque moderne et dont Benoît de Canfield fut le plus représentatif.

La doctrine de Jean de Bernières fut critiquée et les textes qui lui sont attribués mis à l'Index trente années après sa mort : l'Inquisition condamne les œuvres soupçonnées de quiétisme. Bossuet se sert de cette condamnation pour condamner l'influence de Madame Guyon et faire condamner Fénelon. À la même période sont condamnés notamment François de Malaval, Benoît de Canfield, Jean-Joseph Surin. Après la mise à l'Index des œuvres attribuées à Bernières, sa mémoire se perpétue dans des cercles restreints, notamment ceux liés à Madame Guyon et Fénelon.

Plusieurs traductions ont été faites du Chrétien intérieur. Le mystique piétiste Gerhard Tersteegen (1697-1769) publie une traduction allemande en 1720.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

C'est l'époque, selon l'expression de Louis Cognet du « crépuscule des mystiques »[7] ou selon l'expression de Henri Bremond de la « fin de la faim de Dieu ». C'est souvent hors de l'Église ou dans des courants marginaux de l'Église que la tradition spirituelle du christianisme intérieur poursuivra sa route. À cette période on enferme les pauvres dans les hôpitaux généraux (Michel Foucault[8]). En relisant Bernières on revient au christianisme qui précède l'Âge classique et la modernité caractérisées par une morale rigoriste et la volonté non d'aimer mais d'éduquer, d'enfermer les pauvres et les marginaux et de les mettre au travail[9]. Bernières nous permet de prendre distance avec la mentalité de l'époque moderne et de revenir à la Parádosis (la Tradition spirituelle et sociale du christianisme intérieur) qui traverse l'Antiquité chrétienne, le Moyen Âge et l'époque baroque, il nous donne une image de la vie spirituelle dans laquelle : « Les hommes ne sont faits que pour posséder Dieu de la passion infinie que Dieu a de s'unir à eux », dans laquelle, selon l'expression de Michel Foucault, il nous faut lier « le souci de soi et le souci de la cité ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Jean de Bernières, Œuvres mystiques Volume 1 : L'Intérieur chrétien - Chrétien intérieur - Pensées, Édition du Carmel, , 518 p. (ISBN 978-2-84713-157-4)
  • Jean de Bernières, Le chrestien intérieur, ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrestiens avec Jesus-Christ. Divisé en huit livres, qui contiennent des sentimens tous divins, tirez des escrits d'un grand serviteur de Dieu, de nostre siècle. Par un solitaire, Paris, Claude Cramoisy, 1661 Édition originale, 708 p.
  • Maurice Souriaud, Deux mystiques normands au XVIIe siècle, M de Renty et Jean de Bernières, Librairie académique Perrin, 1943.
  • Rencontres autour de Jean de Bernières, ouvrage collectif coordonné par J-M Gourvil et D. Tronc : Jean de Bernières (1602-1659), mystique de l'abandon et de la quiétude, Paroles et Silence, 600 p., juillet 2013, (ISBN 978-2-88918-172-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice biographie », sur EDITIONS ARFUYEN
  2. « Biographie », sur Paroisse de la Sainte Trinité
  3. Jean-Marie Gourvil, La fidélité des franciscains au mysticisme médiéval, in La vie mystique chez les franciscains du dix-septième siècle T.III, Sources mystiques, Centre Saint-Jean-de-la Croix, , 270 p. (ISBN 978-2-909-271-94-1), p. 187-235
  4. Jean de Bernières et Dominique Tronc, Chrétien intérieur et pensées, Paris, Editions du Carmel, , 540 p. (9782847131574)
  5. Jean-Marie Gourvil, Thierry Barbeau, Eric de Reviers, John Dickinson, Isabelle Landy, Joël Letellier, Bernard Pitaud, Joseph Racapé, Dominique Tronc et Annamaria Valli, Rencontres autour de Jean de Bernières (1602-1659), Paris, Parole et Silence, , 700 p. (ISBN 9782889181728)
  6. Deux mystiques normands au XVIIème siècle M. de Renty et Jean de Bernières, Paris, Librairie académie Perrin, , 400 p. p.
  7. Louis Cognet, Le crépuscule des mystiques, Desclée, 1re édition 1958.
  8. Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, 1961
  9. Jacques Depauw, Spiritualité et pauvreté à Paris au XVIIe siècle, La Boutique de l'Histoire, 1999.