Jacques Stosskopf

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Jacques Stosskopf
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Jacques Camille Louis Stosskopf, né dans le Xe arrondissement de Paris le et mort exécuté le au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, est un ingénieur général du génie maritime français, membre de la résistance française et héros de la Seconde Guerre mondiale. Marié le , à Schiltigheim, avec Marianne Thérèse Joséphine Hemmerlé, et père de deux enfants.

Militaire de carrière[modifier | modifier le code]

Parisien de naissance, Jacques Stosskopf est d'origine alsacienne et parle couramment l'allemand. Pendant ces études au Collège Rollin à Paris, en Math Sup, il fut mobilisé en le 16 avril 1917 comme Aspirant au 22e régiment d'artillerie. Il est décoré de la croix de guerre et fut démobilisé avec le grade de Sous-lieutenant le [1]

Admis à l'École polytechnique en octobre 1920, il sort 23e de la promotion militaire en 1922. Il devient ingénieur du génie maritime en 1924 à l'Arsenal de Cherbourg. Il est ingénieur principal en 1929, puis nommé chevalier de la Légion d'honneur l'année suivante le . En 1936, il prend la direction de la circonscription de Nantes au Service de surveillance. Ingénieur en chef de 2e classe en 1937, il est promu Officier de la Légion d'honneur le 1er janvier 1939. il est nommé en octobre 1939 chef de la section des constructions neuves à l'arsenal de Lorient et promu ingénieur en chef de 1re classe[2]

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Croix de guerre 1914-1918
  • chevalier de la Légion d'honneur (nomination par décret du 9 juillet 1930)
  • officier de la Légion d'honneur (promotion par décret du 23 décembre 1938)
  • commandeur la Légion d'honneur à effet du 1er août 1944 (promotion par décret du 25 octobre 1945) [3]

Héros de la Résistance[modifier | modifier le code]

La base sous-marine de Lorient en construction, en 1942.

« à Lorient »: Le contexte de la débâcle[modifier | modifier le code]

Lors de la prise de Lorient après de brefs combats, le 21 juin 1940, face aux troupes du IIIe Reich, l'amiral Hervé de Penfentenyo, préfet maritime, fait détruire les installations portuaires et évacuer les bâtiments militaires vers Casablanca. À l'arrivée de l'amiral Dönitz, dans les jours suivants, ce dernier demande la validation du site comme premier port opérationnel français des U-bootes. Ces nombreux atouts et le peu de réparations à mettre en œuvre finissent de convaincre le Commandant en chef de la Kriegsmarine, Erich Raeder, le 26 juin 1940. Le 28 juin, c'est l'état major des U-bootes qui y installe son Quartier Général. La caserne du Péristyle « Saltzwedel Kaserne » est réquitionnée, et la construction de trois Bunkers est commandée au Ministre du Reich pour l'Armement et les Munitions Fritz Todt sur le pointe de Kernével afin d'installer le « Département Opération ». Si les fonctionnaires et manœuvres français demeurent à poste afin de poursuivre l'entretien des installations portuaires et des navires encore en service, ils voient très vite arriver les ouvriers du chantier naval de guerre « Kriegsmarinewerft » de Wilhelmshaven en charge du ravitaillement des premiers U-bootes. Une fois débarrassé des mines magnétiques, le port est déclaré ouvert le et accueille le U.30 type IX du Kapitänleutnant Fritz-Julius Lemp et la 2. Unterseebootsflottille (puis la 10e en mars 1942)[4] . Le 2 août le Service de réparation des U-boots est effectif à la base sous-marine de Lorient.

L'abri des loups[modifier | modifier le code]

Mais face aux premiers bombardements anglo-saxons les 22 et 23 août 1940, Dönitz s'inquiète de la vulnérabilité de ses U-bootes lors des sorties en mer et pour leur entretien. Les contacts avec l'Occupant ne sont pas simples d'autant plus qu'aucun ouvrier français ne travaille sous les ordres directs des Allemands. Mis à contribution de part son origine alsacienne, Jacques Stosskopf se contente de transmettre les observations et les directives allemandes entre le sous-directeur Jacques Théry ou l'ingénieur général Antoine[5]. Le arrive le célèbre U-47 à l'emblème du « Taureau fumant » dit Taureau de Scapa Flow du commandant Günther Prien de retour de sa 7e mission. Günther décoré par le Führer en personne, est reçu avec tous les honneurs et loge le soir même à l'hôtel Beauséjour sur la place Alsace-Lorraine à Lorient[6]. Le , Dönitz s'installe dans une des trois villas du quartier de Kernével à Larmor-Plage, Margaret, Kerozen et Kerlilon surnommée le « le Château des Sardines ». Dès lors, il pousse Fritz Todt à étudier et renforcer les défenses des installations militaires de Lorient. Concomitamment, la Résistance se développe aussi sur le chantier naval. Les relevés géologiques demandés par le Allemands sont truqués pour ralentir les travaux. Insensiblement, Jacques Stosskopf gagne la confiance de l'Occupant, par sa rigueur, son attitude autoritaire envers les ouvriers français de l'arsenal, sa présence au sein même des effectifs du port. Avec l'accord de l'amirauté et du Fuhrer, le , les travaux commencent au mois de janvier 1941, sous le contrôle de l'ingénieur en chef Triebel (Heligoland) et réclament 15 000 manœuvres au sein de l'Organisation Todt.

Le passage à la Résistance[modifier | modifier le code]

Pour sa part, dès janvier 1941, le Gouvernement de Vichy met en place des réunions entre ingénieurs pour faire le point de la situation en zone occupée. Placées sous l'autorité de l'ingénieur général Chevalier, ses rencontres poussent Jacques Stosskopf à se rendre à Vichy une fois par mois dans le cadre de ses fonctions. Il y côtoie de manière informelle le Capitaine de Corvette Henri Trautmann [7], chef de secteur Nord du 2e Bureau de la Marine. Lorsque ce dernier monte un réseau d'agents en zone occupée, il pense à Stosskopf. Chemin faisant, en d'avril 1941, l'ingénieur réunit un groupe d'indicateurs discrets, et livre des informations de mémoire, jamais par écrit, tous les mois à son retour sur Vichy. Puis à partir de juillet 1941, il rend compte au Commandant Ferran du 2e bureau[8]. La secrétaire Jeanne Librairie, les ingénieurs Castel, Giraud, Labbens et Perrais, le grutier Marcel Mellac [9], notent toutes sortes d'informations jour après jour. Les écussons sur les kiosques des U-bootes, les fanions, les sorties et les retours de missions, des bons de commandes adressés à l'arsenal français, les sacs de linges déposés en blanchisserie avec le nom des soldats, rien n'échappe à l'équipe de Jacques Stosskopf. [10]

Le double-jeu[modifier | modifier le code]

En fin de compte, la réputation de collaborateur zélé qui est imputée à Stosskopf par les Lorientais constitue une excellente couverture pour le double jeu mené par l'ingénieur.

Le , il devient sous-directeur aux côtés de l'ingénieur général Renvoisé. Les exigences Allemandes pèsent de plus en plus sur le régime de Vichy. Le [11] , Jacques Stosskopf accompagne un convoi d'ouvriers de l'arsenal à travers les rues de Lorient, ouvriers désignés pour travailler en Allemagne sur le chantier Deschimag-seebeck de Wesermünde. Il a réussi à négocier le départ de 246 ouvriers sur 498 exigés par les autorités allemandes, mais il se fait copieusement huer par les Lorientais car aucun d'entre eux n'est volontaire. Faisant fi de tout cela, Stosskopf poursuit son activité d'obervateur sur la construction de la base d'U-Boot, Lorient-Kéroman, et espionne les activités de la Kriegsmarine grâce à son accès privilégié aux installations secrètes allemandes, les allées et venues des u-bootes et leur présence à Lorient alors que l'IS les pensait disparus. Selon l'historien Sönke Neitzel, 5 780 français travaillent sur le chantier parmi 3 178 allemands, et 1 467 néerlandais[12]

Au sein du réseau Alliance[modifier | modifier le code]

  • Après l'invasion de la Zone Libre, le , Jacques Stosskopf rejoint le réseau Alliance probablement par l'intermédiaire du Général Raynal, chef de secteur "Asile", au sein même du réseau Alliance à Vichy[13]. Il lui fait prendre contact avec le chef de secteur du sous-réseau marine SeaStar de Brest, le fonctionnaire de marine Joël Lemoigne [14] alias « triton » de la Section d'Etudes Economiques (SEE)[15]. Ces renseignements d'une grande importance tactique sont transmis à Londres. Ainsi les Britanniques découvrent-ils que les U-bootes allemands sont équipés de matériels leur permettant de naviguer dans les mers chaudes, ou d'utilisation de peintures spéciales. Révélation leur est faite également sur la réception de tungstène, de caoutchouc et de la quinine par l'intermédiaire de sous-marins de la Marine impériale japonaise. A Brest, le courtier maritime Maurice Gillet[16] , alias « licorne » responsable du secteur Chapelle, assure les liaisons avec l'Intelligence Service, le radio René Premel [17] dit « grèbe », de son côté, travaillant comme manœuvre à l'arsenal, envoie des informations aux Britanniques, et Ernest Sibiril se charge des messages par voie de mer grâce à son chantier de construction navale à Carantec[18].

Fin tragique[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative apposée en 1946 sur un des murs de la base sous-marine de Lorient en l'honneur de Jacques Stosskopf.

Le 30 janvier 1943, avec le grade de Oberbehlshaber der Kriegsmarine, et d'Oberkommando der Marine, Dönitz devient GroSSadmiral, mais les U-bootes connaissent une mauvaise passe. Nombre d'entre eux sont coulés. Au , le STO mobilise 22 285 travailleurs sur Lorient et ses environs afin de contruire conjointement le Mur de l'Atlantique et la Base Navale des sous-marins, les 2/3 monopolisés sur Kéroman[19]. Les Bombardements alliés sur le secteur du 14 janvier au causent de graves dégâts aux infrastructures et détruisent en grande partie le ville de Lorient. Jacques Stosskopf est contraint de quitter la ville pour habiter à Quimper avec sa famille.

Le tournant[modifier | modifier le code]

  • Les infiltrations de l'agent double Jean-Paul Lien, au sein du réseau Alliance, conduisent à de nombreuses arrestations sur le territoire national, à partir du . Léon Faye est arrêté à Paris. C'est le chef militaire du réseau Alliance, et il ne tombe pas tout seul. En Bretagne, René Premel, sa femme et Marie-Jeanne Le Bacquet sont arrêtés le 17 septembre sur le secteur "Chapelle"[20]. Le 24 septembre 1943, c'est à Lucien Poulard [21] alias Mathurin de tomber, à Paris. René Jamault alias "S.27", le 25 septembre. Maurice Gillet, sa femme, son père Léon Gillet, Jeanne Maistre, Amélie Simottel, les Frères Guézennec, Georges Lacroix, Clara Matechou le . C'est la capture lors d'un parachutage dans les Alpes, d'un agent avec tout son carnet d'adresse, qui entraîne la chute du réseau sur Brest.
  • Selon Roger Leroux, un premier avertissement est donné à Jacques Stosskopf.[22] À l'issue d'une conférence du commandement allemand de l'arsenal, le lieutenant de Vaisseau Bernardi, informe l'interprète, le lieutenant Pauchard, que Stosskopf ne fait plus l'affaire. Que les ouvriers placés sous ses ordres ne travaillent pas et qu'il prend leurs défenses. Que les ingénieurs allemands s'en plaignent et qu'il est temps de le remplacer. Pauchard avertit sa hiérarchie. Informé par l'ingénieur Le Puth, des soupçons qui pésent sur lui, Stosskopt ne renonce pas pour autant à jouer son rôle d'infiltré. Le 3 octobre, Paul Masson est interpellé. Le 4 octobre, Alice Coudol. Le 15 novembre, Jean Eozenou, le 20 novembre Marcel Dufosset et Georges Roudaut sont arrêtés. Raymond Hermer[23] agent P2 alias S11 de la région de Rennes, est arrêté le . Yves Rigoine de Fougerolles[24] alias S 110, de la région "Chapelle" tombe le . Yves le Bastard de Villeneuve, Henriette Maitrejean, Pierre Le Tullier [25] alias Daim, chef du secteur de Rennes, sont tombés le 30 septembre, René Lèbre [26] dit Chardonneret le .

L'arrestation[modifier | modifier le code]

Reconnaissance et honneurs posthumes[modifier | modifier le code]

Jacques Stosskopf est nommé ingénieur général du génie maritime et promu commandeur de la Légion d'honneur à titre posthume en 1945. La Marine a donné son nom en 1946 à la base sous-marine de Lorient (désaffectée en 1997).

La promotion 2010 des élèves militaires de l'ENSIETA porte son nom.

18 actions sont officiellement recensées et attribuées à l'ingénieur en chef Jacques Stosskopf de décembre 1940 à janvier 1944. (site du réseau Alliance.com)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Jacques Stosskopf, site maitron-fusillés.
  2. internet Jacques Stosskopf, sur le réseau Alliance
  3. « Notice 19800035/85/10631 de l'IG Stosskopf », base Léonore, ministère français de la Culture.
  4. Luc Braeuer, Jennison, Balsa, Caniaux, U.47, le survivant, zephyr éditions (ISBN 978-2-36118-036-2).
  5. Luc Brauer, U.47, zephir éditions (ISBN 978-2-36118-036-2).
  6. Luc Braeuer, U.47, zephir éditions, p 16 (ISBN 978-2-36118-036-2).
  7. Henri Trautmann
  8. Servant sous les ordres de Trautmann, Ferran était aussi en étroite relation avec l'OSS, par l'intermédiaire de Thomas Cassidy, autrement dit les Etats Unis. De la sorte que grâce à Stosskopf, Ferran renseignait les services secrets américains sur l'ordre de bataille des U-bootes à travers l'Atlantique. Fabrizio Calvi, "OSS, la guerre secrète en France, Nouveau Monde éditions, 2017, p 129.
  9. Marcel Mellac
  10. Les plans de la base sont communiqués à Londres par l'intermédiaire de l'ingénieur de l'arsenal Alphonse Tanguy du CND (Confrérie Notre-Dame) dès décembre 1941). Roger Leroux, "Le Morbihan en guerre 1939-45, Mayenne édition, 1986, p 182-188
  11. René Estienne, "Jacques Stosskopf", Les Cahiers du Faouëdic, N°3, juillet 1992, p 3-18
  12. Sönke Neitzel, "Soldats, Combattre, Tuer, Mourir", procès-verbaux des récits des soldats allemands, NRF-essais-Gallimard La main-d'œuvre étrangère (ISBN 978-2-07-013590-5)
  13. Roger Leroux, "Le Morbihan en guerre 1939-45, Mayenne éditions, 1986
  14. Joel Lemoigne
  15. a et b Marie-Madeleine Fourcade, "L'Arche de Noé", éditions Plon, Paris, 1989
  16. Maurice Gillet
  17. René Premel
  18. Marie-madeleine Fourcade, "L'Arche de Noé", édition Plon, Paris, 1989
  19. Sönke Neitzel, "Soldats, Combattre, Tuer, Mourir", Procès verbaux des récits des soldats allemands, NRF-essais-Gallimard
  20. arrestations en Bretagne 1943
  21. Lucien Poulard
  22. Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-45, Mayenne édition, 1986.
  23. Raymond Hermer
  24. Yves Rigoine
  25. Pierre Le Tullier
  26. René Lèbre

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Mayenne, Joseph Floch éditeur, 1978, p. 427.
  • Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, 3e partie, chapitre XII pages 335 à 340 et 399.
  • Marie-Madeleine Fourcade, L'Arche de Noé, édition Plon, 1989
  • Alexis Jaffrezic, "L'ingénieur Stosskopf m'a sauvé!", La Libération de la poche de Lorient, Rennes, Ouest-France, 1995, p. 15
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Tallandier, 2002, p. 491
  • Jean-Michel Guillon, Alliance, in François Marcot, "Dictionnaire historique de la Résistance", Paris, Robert Laffont, 2006, p. 144
  • Michel Cointet, Marie-Madeleine Fourcade, un chef de la Résistance, Perrin, 2006 (ISBN 978-2262023652)
  • Luc Braeuer, U-boote: Lorient, la base des as, Paris, Zephir éditions, coll. Combat (n°2) novembre 2011, p 88 (ISBN 978-2-36118-037-9)
  • Laurence Liban, « Lorient », dans Pascal Ory, Villes sous l'Occupation : L'histoire des Français au quotidien, Express Roularta, , 538 p. (ISBN 2-84343947-7), p. 181
  • Auguste Gerhards, Tribunal du 3e Reich, archives historiques de l'armée tchèque à Prague, le Cherche midi, Paris 2014. p. 737-738.
  • Sönke Neitzel, "soldats, combattre, tuer, mourir, procès-verbaux de récits de soldats allemands, NRF-essais-Gallimard (ISBN 978-2-07-013590-5)
  • Luc Braeuer, "La base de sous-marins de Lorient", guide souvenir, Liv'éditions
  • Luc Braeuer, "U-boote! Lorient", juin 40-juin 41, le premier âge d'or, Liv'éditions
  • Luc Braeuer, "U-Boote! Lorient", juin 41-juin 42, Cap sur les côtes américaines, Liv'éditions
  • Luc Braeuer, "U-boote! Lorient", août 42-août 43, Combats sur tous les océans, Liv'éditions
  • Luc Braeuer, "U-boote! Lorient", septembre 1943-mai 1945, Dernières missions jusqu'à la libération, Liv'éditions

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]