Jörg Haider

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Jörg Haider
Jörg Haider, en septembre 2007.
Jörg Haider, en septembre 2007.
Fonctions
Gouverneur de Carinthie
Prédécesseur Peter Ambrozy
Successeur Christof Zernatto
Prédécesseur Christof Zernatto
Successeur Gerhard Dörfler
Député au Conseil national
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Bad Goisern (Haute-Autriche)
Date de décès (à 58 ans)
Lieu de décès Klagenfurt (Carinthie)
Nationalité autrichienne
Parti politique FPÖ, BZÖ

Jörg Haider, né le à Bad Goisern (Haute-Autriche) et mort le à Klagenfurt (Carinthie), est un homme politique autrichien, dirigeant du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) de 1986 à 2005, fondateur de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) en 2005 et président de ce parti en 2008. Ces deux partis sont populistes et nationalistes, situés à l'extrême droite de l'échiquier politique autrichien. Haider a été Landeshauptmann (gouverneur) du Land de Carinthie de 1989 à 1991, puis de 1999 jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et études[modifier | modifier le code]

Fils d'un cordonnier, il est baptisé dans la religion catholique. Il fréquente l'école élémentaire de Bad Goisern de 1956 à 1960, puis le lycée de Bad Ischl (1961-68). Il effectue un service militaire d'un an en devançant l'appel en 1968–69 et termine avec le grade d'adjudant (Wachtmeister).

Il étudie le droit et les sciences politiques à l'Université de Vienne[1], où il soutient sa thèse de doctorat en 1973 sous la direction de Günther Winkler[2].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Il entre, en 1977, au Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), parti populiste et nationaliste, qui fut membre de la coalition gouvernementale menée par le Parti social-démocrate d'Autriche (SPÖ) du chancelier Fred Sinowatz de 1983 à 1986.

Haider devient le président du FPÖ en 1986 et le demeure jusqu'en 2000, année où il est remplacé à ce poste par Susanne Riess-Passer. Ce poste est ensuite occupé par Herbert Haupt (en) et enfin Ursula Haubner (sa sœur). Lorsqu'il prend la tête du FPÖ, celui-ci ne recueille que 250 000 voix lors des élections et n'est qu'un petit parti contestataire.

En 1989, Jorg Haïder se fait élire gouverneur de Carinthie. Il doit cependant renoncer à ce poste deux ans plus tard, à la suite de la réponse qu'il fournit a une attaque verbale visant à assimiler sa politique de l'emploi à celle du Troisième Reich[3] auquel il répond que celle du Troisième Reich était ordonnée, ce qui n'est pas le cas, selon lui, de celle du gouvernement autrichien[4],[5] Alors que ces propos n'entrainent pas de réaction au sein de l'assemblée, le dirigeant du groupe des élus conservateurs de l'ÖVP organise une réunion afin de monter une attaque contre Jörg Haider et ce dernier est contraint de quitter ses fonctions.

Il est de nouveau élu gouverneur de Carinthie en 1999, avec le soutien des conservateurs de l'ÖVP, puis réélu en 2004, avec le soutien des sociaux-démocrates du SPÖ.

Entre-temps, en 1999, son parti recueille 26,9 % des voix ce qui l'amène à négocier l'entrée du FPÖ au gouvernement formé par Wolfgang Schüssel, en 2000.

En , il fait sécession du FPÖ et fonde l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) pour poursuivre la politique d'alliance avec le parti conservateur, ÖVP. Les six ministres ainsi que plusieurs députés du FPÖ rejoignent alors le nouveau parti. Mais lors des élections du , le BZÖ obtient seulement 8 sièges avec 4,2 % des suffrages exprimés sur l'ensemble de l'Autriche, contre 11,2 % au FPÖ (21 sièges), avec qui les relations restent très tendues. Après la chute de la grande coalition SPÖ-ÖVP, les deux partis doublent leurs scores respectifs lors des élections législatives du , la BZÖ obtenant 21 élus (contre 35 au FPÖ).

Mort accidentelle[modifier | modifier le code]

Jörg Haider en 2008.

Jörg Haider meurt le , dans un accident de voiture, au retour de la boîte de nuit « Le Cabaret » à Velden[6], à Lambichl, près de Klagenfurt, capitale de la Carinthie dont il était gouverneur depuis 1999. Selon le parquet, il roulait à 142 km/h à bord de sa voiture de fonction, une Volkswagen Phaeton, dans une zone limitée à 70 km/h lorsque l'accident s'est produit[7], avec une alcoolémie de 1,8 gramme, largement supérieure à la limite de 0,5 gramme autorisée en Autriche[8]. Grièvement blessé à la tête et au thorax, il est mort peu après des suites de ses blessures[9].

Son décès provoque une émotion considérable en Autriche alors que Jörg Haider venait de se positionner comme un partenaire possible de la future coalition gouvernementale et se rapprocher du chef du FPÖ. Le président de la République, Heinz Fischer, parle de « tragédie humaine » et d'« un homme politique de grand talent », qui a su « susciter l'enthousiasme mais aussi de fermes critiques » alors que le chef des sociaux-démocrates et premier ministre potentiel, Werner Faymann, déplore la disparition d'un « homme politique d'exception » dont la disparition le touchait « profondément ». À droite, le vice-chancelier conservateur sortant, Wilhelm Molterer, se dit « profondément choqué » par la mort de Haider, soulignant son « profond respect » pour son courage politique tandis que Heinz-Christian Strache, à qui Jörg Haider avait été contraint en 2005 de céder la présidence du FPÖ, déplore la « perte d'un homme politique de premier plan[10],[11] ».

Les funérailles de Jörg Haider, retransmises en direct à la télévision publique, ont lieu le en présence de plus de 25 000 personnes, dont une grande partie de la classe politique du pays, comme le président de la république, Heinz Fischer, le chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer, le chef du parti social-démocrate Werner Faymann, ses homologues des autres partis et des présidents de régions. La cérémonie funèbre s'est conclue par l'hymne national et par un requiem[12].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jörg Haider était marié et a eu deux filles. Après sa mort, la presse internationale (Le Monde, The Times, The Independent, The Daily Telegraph, Die Welt...) mentionne sa possible bisexualité[13]. Lors d'une conférence de presse peu après sa mort, Stefan Petzner, largement considéré comme étant le « fils spirituel » ou « adoptif » de Jörg Haider[13], s'est effondré en larme et a déclaré: « C'était la personne de ma vie (Lebensmensch (de))[13],[14]. Notre relation allait plus loin qu'une simple amitié. Moi et Jörg étions liés par quelque chose de spécial. »

La nuit avant sa mort dans un accident de la route, Haider aurait été vu dans un célèbre bar gay de Klagenfurt[15] Le journaliste allemand Gerhard Wisnewski remet en cause cette thèse et démontre que la personne présentée au sein de photos publiées dans la presse[16] et prise dans un bar homosexuel n'est pas Jorg Haider et que ces clichés ont été pris à une autre date[17].

La supposée bisexualité de Haider est un tabou public durant son existence[18], bien qu'elle ait fait l'objet de rumeur dans les hautes sphères de Vienne[16] ; Haider lui-même n'a jamais cherché à discuter ouvertement de sa bisexualité, de peur de perdre en popularité dans son électorat très conservateur[19]. Les cadres de son parti, clairement embarrassés par ces révélations posthumes, ont cherché à étouffer les déclarations de Petzner pouvant être interprétées comme une possible liaison avec Haider [19] : son parti l'a d'ailleurs suspendu de toutes ses fonctions après sa confession[16] (suspension avant tout due au fait qu'il n'était pas en état pour les exercer). Selon certains organes de presse, Petzner et Haider entretenaient une relation[19].

Des associations LGBT s'étaient demandé durant des années si elles devaient ou non « outer » Haider, afin de l'affaiblir politiquement (son électorat étant très conservateur) ; les raisons contre étant que cela pourrait encourager davantage l'homophobie dans un pays déjà conservateur[15]. Claudia Haider-Hofmann a toujours nié le fait que son mari ait été homosexuel[20]. La veuve de Haider parvient en 2009 à obtenir d'un tribunal provincial la condamnation à 100 000 euros d'amende toute personne affirmant que Haider était homosexuel[21].

Idéologie et controverses[modifier | modifier le code]

Jörg Haider s'est fait connaître de l'Europe entière pour sa politique de défense nationale et contre les écoles slovènes et les panneaux routiers bilingues (la Carinthie dont il a été gouverneur abrite une importante minorité slovène). Il est également l'auteur de propos cherchant à minimiser les responsabilités de l'Autriche dans la traque des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale[10] et de campagnes islamophobes et anti-immigrés[10]. Après ses déclarations au Parlement de Carinthie (« Dans le Troisième Reich, ils ont fait une politique de l'emploi convenable, ce que n'arrive même pas à sortir votre gouvernement à Vienne[22] »), Haider doit quitter son poste de gouverneur du Land de Carinthie.

Il a attaqué le prix Nobel de littérature, Elfriede Jelinek, qualifiant son œuvre de « dégénérée[10] ». Il se liera aussi avec des responsables des régimes irakiens, sous Saddam Hussein, et libyens[10].

Mais aux yeux de nombreux Autrichiens, il apparaissait comme le défenseur du peuple contre les élites viennoises ou bruxelloises[10].

L'ancien chef de la banque bavaroise BayernLB, Werner Schmidt, a reconnu en octobre 2014, lors de son procès, avoir corrompu Jörg Haider. Pour convaincre Jörg Haider, alors gouverneur de Carinthie, de faciliter l'achat par BayernLB de la banque autrichienne Hypo Alpe Adria, une filiale de Bayern LG sponsorisa à hauteur de 2,5 millions d'euros des équipes de football de la région[23].

Détail des mandats[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. « Politische Laufbahn Haiders », sur cenjur.de
  2. D'après la rétrospective Hans Werner Scheidl, « Aus der Kurve des Lebens getragen : Seine atemlose Jagd nach Erfolg und rascher Veränderung. Ein Provokateur mit jugendlicher Masche. », Die Presse,‎ (lire en ligne).
  3. « Jörg Haider, le bronzé de l'extrême-droite autrichienne », Libération, 11 octobre 2008.
  4. Lionel Baland, Jörg Haider, le Phénix. Histoire de la famille politique et libérale et nationale en Autriche., Paris, Editions des Cimes, , 214 p. (ISBN 9791091058025), p. 61
  5. Protocole sténographique du Parlement du Land  de Carinthie du 13 juin 1991. 
  6. [1], 17 octobre 2008.
  7. « Jörg Haider roulait à 142 km/h lors de son accident », Libération, .
  8. « Autriche: Jörg Haider était ivre », Le Figaro, 15 octobre 2008.
  9. « Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne meurt dans un accident de voiture », Le Monde, 11 octobre 2008.
  10. a, b, c, d, e et f « L'Autriche sous le choc de la mort de Jörg Haider », L'Express, 11 octobre 2008.
  11. « L'Autriche salue un homme d'exception », Le Figaro, 11 octobre 2008.
  12. « Des milliers d'Autrichiens ont pris part aux obsèques de Jörg Haider », Le Monde, .
  13. a, b et c La fin du tabou sur la bisexualité de Jörg Haider, Le Monde, 23 octobre 2008
  14. L'expression « Lebensmensch » a fait depuis son entrée au dictionnaire Duden, en 2009
  15. a et b (en) Kate Connolly, « A right state of affairs », The Guardian, 24 octobre 2008
  16. a, b et c Marc Epstein, « La liaison gay de Jörg Haider », L'Express, 24 octobre 2008 (lire en ligne)
  17. (de) Gerhard Wisnewski, Jörg Haider: Unfall, Mord oder Attentat?, allemagne, Kopp Verlag, (ISBN 978-3-938-51690-4)
  18. « Haider, "coming out" posthume », Le JDD, 23 octobre 2008 (lire en ligne)
  19. a, b et c (en) Tony Paterson, Haider's deputy reveals gay affair, The Independant
  20. http://www.bunte.de/panorama/bunte-exklusiv-mein-mann-war-nicht-homosexuell-48217.html
  21. (en) Thomas Hochwarter, Newspapers sentenced for 'gay Haider' reports, Austrian Times, 19 décembre 2009
  22. „Im Dritten Reich haben sie ordentliche Beschäftigungspolitik gemacht, was nicht einmal Ihre Regierung in Wien zusammenbringt.“, cité par la GdG Jugend, mouvement de jeunesse de la Gewerkschaft der Gemeindebediensteten, le quatrième groupe le plus important de l'ÖGB.
  23. http://www.tt.com/wirtschaft/wirtschaftspolitik/9168518-91/ex-chef-der-bayernlb-gesteht-bestechung-von-j%C3%B6rg-haider.csp

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Friede durch Sicherheit Freiheitliches Bildungswerk, Wien, 1992
  • Europa der Regionen Stocker, Graz: (ISBN 3702006761), 1993 (Umberto Bossi, Joze Pucnik, Jörg Haider)
  • Die Freiheit, die ich meine Ullstein Verlag GmbH, Frankfurt/Main - Berlin, 1993
  • The Freedom I Mean Swan Books, New York 12567, Juli 1995
  • Befreite Zukunft jenseits von links und rechts Ibera Verlag/European University Press GmbH, Wien, 1997
  • Zu Gast bei Saddam - Im Reich des Bösen Ibera Verlag/European University Press GmbH, Wien, 2003
  • Bewegung Ibera Verlag: (ISBN 3850521745), 2004

Ouvrages consacrés à Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Lionel BALAND : Jörg Haider, le phénix. Histoire de la famille politique libérale et nationale en Autriche. Éditions des Cimes, Paris, 2012. (ISBN 979-10-91058-02-5)
  • Brigitte Bailer-Galanda et Wolfgang Neugebauer, Haider und die Freiheitlichen in Österreich, Berlin 197
  • Brigitte Bailer-Galanda et Wolfgang Neugebauer, Handbuch des österreichischen Rechtsextremismus, Wien 1996 * Michael Jungwirth : Von Haider bis Le Pen - Europas Rechtspopulisten Styria, 2002
  • Gerhard Wisnewski : Jörg Haider, Umfall, Mord oder Attentat?, Kopp, Rottenburg (ISBN 3938516909)
  • Guido Grandt, Logenmord Jörg Haiders?, Kopp Verlag.

Article en français consacré à Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Jérôme Segal, La mort de Jörg Haider - pourquoi un culte national ?, Regards, publication du Centre communautaire laïc juif (en Belgique), no 675, 4 novembre 2008, p. 18-19 (PDF)

Sitographie[modifier | modifier le code]

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