Halide Edib Adıvar

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Halide Edip Adıvar
Halide Edib Adıvar b3.jpg

Halide Edip Adıvar

Fonction
Députée à la Grande Assemblée nationale de Turquie (d)
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Conjoint
Adnan Adıvar (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Halide Edip Adıvar (turc osmanli : خالده اديب اديوار), née en 1884 et décédée le , est une femme de lettres, une femme politique et une féministe turque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Halide Edip est née à Istanbul, à l'époque nommée Constantinople, capitale de l'Empire ottoman. Son père était un des secrétaires du sultan ottoman Abdülhamid II[1]. Elle est éduquée dans un premier temps au domicile de ses parents puis dans un collège américain, l'American College. Elle apprend notamment l'anglais, le français, l'arabe, découvre la littérature française et occidentale, et s'intéresse aux littératures orientales[1],[2]. Elle reçoit également des cours de mathématiques par le mathématicien et astronome ottoman Salih Zeki[2]. Elle est une des premières bachelières de son époque, en 1901. La même année, elle épouse son professeur privé de mathématiques, Salih Zeki, né en 1864 et donc de vingt ans son aîné, de qui elle a deux enfants[2].

Dans la même période, le déclin, financier et militaire, de l’empire Ottoman favorise le développement d'une opposition intérieure à l'autoritarisme du sultan Abdülhamid. S’inspirant de la Révolution française de 1789 et d'idées d'intellectuels tels que Namik Kemal, l’opposition se cristallise autour du mouvement des Jeunes-Turcs. La crise devient de plus en plus forte en ce début de XXe siècle et se transforme progressivement en insurrection. Le sultan Abdülhamid est contraint, pour enrayer cette contestation, d'annoncer en juillet 1908 la convocation du Parlement et la remise en vigueur de la Constitution ottomane de 1876 (une constitution d'inspiration plus libérale, instaurant un régime parlementaire et qui avait été suspendue)[3]. Dans ce contexte, Halide Salih, de retour d'un séjour en Angleterre, côtoie avec passion le milieu intellectuel de la capitale, et publie des articles dans des journaux et revues, notamment Tanin (journal fondé en 1908 par le poète Tevfik Fikret), Mehasin, Musavver Muhit, et Resimli Kitap. Ces articles suscitent de vives réactions dans les milieux traditionalistes et conservateurs[2]. Un contemporain la décrit comme «une légère, toute petite personne, avec des masses de cheveux auburn et de grands yeux orientaux, expressifs. Elle a des opinions sur la plupart des sujets, et discute les problèmes de la journée d'une manière qui charme, pas tellement à cause de ce qu'elle dit, mais parce que c'est tellement différent de ce que l'on attend»[4]. Elle publie également ses premiers romans[2]. À la suite d'un de ses articles dans le Tanin , elle intervient à la demande du ministère de l’Éducation pour adapter la pédagogie et l'enseignement dans les écoles de filles de Constantinople, puis renonce rapidement à cette mission à la suite de désaccords[1].

En 1910, elle divorce de Salih Zeki, celui-ci ayant épousé une seconde épouse comme l'y autorise le droit islamique, et reprend son nom de Halide Edip. En 1911, de retour d'un nouveau séjour en Angleterre, elle fréquente les « Foyers Turcs », partisans du panturquisme, un mouvement nationaliste turc. Elle en devient la première femme membre en 1912, alors qu'éclate les guerres balkaniques. Sous l'influence de mouvement nationaliste, elle publie en 1912 son roman Yeni Turan[2]. Elle cofonde également une organisation pour la promotion des femmes, Taali-i Nisvan[5].

En 1916-1917, elle intervient comme inspecteur ottoman pour les écoles à Damas, Beyrouth et le Collège Saint-Joseph du Mont-Liban, dont un orphelinat qui abrite de plus en plus d'enfants arméniens, à qui, sur l'ordre de Djemal Pacha, on donne des noms musulmans et on enseigne la religion musulmane. «Nous avons massacré la population innocente arménienne [...] En effet, nous avons essayé de détruire les Arméniens grâce à des méthodes propres au Moyen Âge. Nous vivons aujourd'hui les temps les plus tristes et sombres de notre vie nationale», écrit-t-elle[6].

Halide Edip Adıvar avec Mustapha Kemal en janvier 1923 à la gare de Gebze

Elle se remarie en 1917 au Docteur Adnan Adıvar, et prend l'année suivante un emploi en tant que maître de conférences en littérature à la Faculté des Lettres de l'Université d'Istanbul. Elle est dans la même période de plus en plus active dans le mouvement nationaliste de Turquie. Elle devient membre de l'organisation secrète Karakol[2] (créée à la suite de l'occupation de Constantinople par les troupes françaises, anglaises et italiennes, en novembre 1918[7]). Elle participe également à une activité de contrebande pour renforcer l'armement du mouvement nationaliste, ainsi qu'à des meetings politiques[2]. Elle est nommée à titre honorifique major de l'armée nationaliste. Cette période lui inspire différents récits les années suivantes, Türk'ûn Ateşten Imtiharu (Le baptême du feu du Turc), en 1922, et Vurun Kahpeye (À mort la traînée), en 1923, ainsi que des romans, notamment : Ateşten Gömlek (La chemise de feu) en 1922, Kalb Ağrısı (Le cœur a ses chagrins) en 1924, et Zeyno'nun Oğlu (Le fils de Zeyno)) en 1928[8].

La République turque est proclamée le 29 octobre 1923. Le général Mustafa Kemal en devient le premier président. Mais il durcit le régime les années suivantes, interdisant les syndicats et les partis d'opposition au profit d'un parti unique. Un véritable culte de la personnalité est instauré. Halide Edip et son mari, devenus des opposants indésirables, doivent quitter la Turquie. Ils séjournent quatre ans en Angleterre, puis dix ans en France[8]. Elle est invitée aux États-Unis en 1928 et 1932 pour une série de conférences, puis en Inde[8]. Elle s'intéresse particulièrement en Inde au mouvement pour l'indépendance, ainsi qu'à l'existence d'une identité islamique, parmi d'autres, au sein de cette nation[9]. En 1935, elle publie The Clown and His Daughter, titre anglais qui devient en turc, en 1936, Sinekli Bakkal, en en français Rue de l'Épicerie aux Mouches. C'est son ouvrage le plus célèbre et longtemps l’œuvre littéraire la plus vendue en Turquie[8].

Elle revient en Turquie en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, elle fonde la chaire de philologie anglaise, à la Faculté des Lettres d'Istanbul, chaire qu'elle anime durant dix ans. En 1950, candidate du Parti démocrate, elle est élue député à la Grande Assemblée nationale de Turquie. Elle en démissionne en 1954. Elle meurt le 9 janvier 1964 à Istanbul.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le cratère vénusien Adivar a été nommé en son honneur[10].

Sa vie aventureuse pour le mouvement nationaliste turc a inspiré un personnage des Aventures du jeune Indiana Jones, interprété par Zuhal Olcay[11],[12]. Plusieurs de ses romans ont donné lieu à des films[13].

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Seviye Talip (1910).
  • Yeni Turan (1912)
  • Handan (1912)
  • Mevut Hükümler (1918).
  • Son Eseri (1919).
  • Ateşten Gömlek (1922).
  • Çıkan Kuri (1922).
  • Kalb Ağrısı (1924).
  • Vurun Kahpeye (1926).
  • The Memoirs of Halide Edib, New York-London: The Century, 1926 (publié en anglais).
  • The Turkish Ordeal, New York-London: The Century, 1928 (mémoire, publié en anglais).
  • Zeyno'nun Oğlu (1928).
  • Turkey Faces West, New Haven-London: Yale University Press/Oxford University Press, 1930.
  • The Clown and His Daughter (titre anglais, publié en 1935 et, en turc, Sinekli Bakkal en 1936. Traduit en français en 1944 sous le titre Rue de l'Épicerie aux Mouches).
  • Türkün Ateşle İmtihanı (mémoire, publié en 1962 ; traduction en anglais : House with Wisteria).

Publications en français[modifier | modifier le code]

  • De quoi s'agit-il?, texte turc accompagnée d'une traduction française par Solange Roux, Paris, éditions E. de Boccard , 1939.
  • Rue de l'Épicerie aux Mouches, Traduit de l'édition originale par Stella Corbin, Grand prix turc du roman, İstanbul, éditions P.M., 1944.
  • La Fille de Smyrne, Alger, éditions Afkar (Impr. Koechlin), 1948.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Erol 2011, p. VII.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Çeri 2013, p. 48.
  3. Ternon 2002, p. 197-260.
  4. Ellison et Granville 1915.
  5. Erol 2011, p. IX.
  6. Insel 2000, p. 83-93.
  7. Criss 1999, p. 99-102.
  8. a, b, c et d Çeri 2013, p. 49.
  9. Genç 2014, Daily Sabah.
  10. Working Group for Planetary System Nomenclature 1995, p. 12.
  11. (en) Les aventures du jeune Indiana Jones sur l’Internet Movie Database
  12. (en) « Documentary Previews », sur Indy in the classroom
  13. (en) Halide Edip Adivar sur l’Internet Movie Database

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Grace M. Ellison et Edward Granville, An Englishwoman in a Turkish harem, Methuen, (lire en ligne).
  • Guzine Dino, « Le roman turc hier et aujourd'hui », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • (en) Working Group for Planetary System Nomenclature, Gazetteer of Planetary Nomenclature 1994, Washington, International Astronomical Union, United States Government Printing Office, , 295 p. (lire en ligne), p. 12
  • Ahmet Insel, « Au nom de l'humanité, cette conduite était un crime. » . Une analyse de la demande de pardon aux Arméniens », Esprit, no 6,‎ , p. 83-93 (DOI 10.3917/espri.1006.0083., lire en ligne).
  • (en) Encyclopedia of Women Social Reformers: M - Z.. 2, ABC-CLIO, , 478 p. (lire en ligne), « Edip, Halide (known as Halide Salih from 101 to 1910 ; also Halide Adivar) (1883-1964) Turkey », p. 217-218.
  • (en) Roberta Micallef, « Turkish Women Write War », dans Annika Rabo et Bo Utas (dir.), The Role of the State in West Asia, Swedish Research Institute in Istanbul, , 194 p. (lire en ligne), p. 25-36.
  • (tr) Kemal Öztürk, Halide, Timaş, , 200 p..
  • (en) Sibel Erol, « Introduction », dans Halide Edip Adivar, House with Wisteria: Memoirs of Turkey Old and New, Transaction Publishers, (lire en ligne), p. VII-XXXVI.
  • Bahriye Çeri, « Adivar, Halide Edip [Istanbul 1884 - id. 1964] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , p. 48-49.
  • Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes: Voile et civilisation en Turquie, La Découverte, , 465 p. (lire en ligne).
  • (en) Kaya Genç, « Halide Edip Adıvar's 'Inside India' to be published in Turkish for the first time », Daily Sabah,‎ (lire en ligne).

Le contexte.

Webographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]