Heracleum sphondylium

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Heracleum sphondylium, la Berce sphondyle, Berce commune ou " grande berce ", est une plante herbacée bisannuelle de la famille des apiacées des prairies d'Eurasie.

Elle affectionne les sols riches et humides. Elle est commune dans les lisières, les fossés, les lieux embroussaillés, aux abords des haies, aux rebords des prés et des fourrières, ainsi qu'en moyenne montagne humide.
Elle mesure habituellement entre 50 et 150 cm[1], et atteint rarement 2 m de hauteur. Elle est nettement moins grande que la dangereuse (risque de brûlures graves à son contact par très forte photosensibilisation) et invasive Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) qui peut atteindre 4 m de haut, elle est également moins phototoxique mais conserve les mêmes risques pour les personnes présentant un terrain favorable.

Étymologie et dénominations[modifier | modifier le code]

Le nom botanique du genre, Heracleum, est dédié au héros Hercule, par allusion au port robuste de la berce. L'épithète sphondylium dérive peut-être du grec sphondylos qui servait à nommer à la fois une tête d'artichaut et une vertèbre, allusion possible à la solidité de la tige, véritable colonne vertébrale de la plante bercée par le vent[2].

La plante a reçu une multitude de noms vernaculaires : patte d'ours (ou branc-ursine) voire patte de loup en raison de la forme de ses feuilles qui évoquent la patte de ces mammifères, frênelle dans l'Ouest de la France[3],[4].

Description[modifier | modifier le code]

Ochréa et feuilles de berce attaquées par des larves de mineuse.

Les principales caractéristiques sont[5] :

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

H. sphondylium a une hauetur moyenne de 50 à 120 cm, mais elle peut atteindre 2 mètres. Le rhizome principal s'écourte et dégénère rapidement, laissant la place à une masse tubéreuse d'où émerge une haute tige creuse, cannelée, couverte de poils hérissés. Les feuilles pennées, divisées en 3-5 segments lobés, peuvent atteindre 50 cm de longueur. Pubescentes, elles sont blanchâtres en dessous, hérissées sous les nervures, avec 3 à 7 larges folioles de forme très variable, pétiolulées, les inférieures espacées, dentées, lobées ou pennatipartites[6].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Répartition, habitat, écologie[modifier | modifier le code]

C'est une plante eurasiatique avec une vaste aire de répartition, elle est très commune dans une grande partie de l'Europe, et dans toute la France hormis en région méditerranéenne. Elle est répandue de l'étage collinéen à l'étage subalpin et monte jusqu'à 2 200 m en montagne[6].

C'est une espèce héliophile et de demi-ombre, qui préfère les sols riches en éléments nutritifs et en bases (humus: mull carbonaté à mull mésotrophe, avec optimum sur mull eutrophe), avec un pH basique, neutre, à légèrement acide (elle évite les sols pauvres à acidité marquée). Elle se développe surtout sur les sols frais à humide, profonds, mais aussi sur les sols mésophiles (ni secs ni humides), et évite les sols noyés d'eau et surtout les sols trop secs.

On la rencontre ainsi dans les prairies riches, les hautes herbes le long des cours d'eau et des zones humides (c'est notamment une plante caractéristique des mégaphorbiaies), sur les bordures des chemins, des champs et des haies, dans les fossés, les friches et les décombres. On la trouve dans les sous-bois clairs de certaines forêts humides (aulnaies-frênaies et peupleraies). Elle est aussi typique des lisières (ourlets forestiers) fraîches des forêts de type chênaies-charmaies, hêtraies-chênaies, hêtraies et hêtraies-sapinières[1].

Liste des sous-espèces et variétés[modifier | modifier le code]

Selon NCBI (27 févr. 2012)[7] :

  • Heracleum sphondylium subsp. montanum
  • Heracleum sphondylium subsp. orsinii
  • Heracleum sphondylium subsp. pyrenaicum
  • Heracleum sphondylium subsp. sibiricum
  • Heracleum sphondylium subsp. sphondylium
  • Heracleum sphondylium subsp. ternatum
  • Heracleum sphondylium subsp. transsilvanicum
  • Heracleum sphondylium subsp. verticillatum
  • Heracleum sphondylium var. angustifolium (CRANTZ) C.C. GMEL.
  • Heracleum sphondylium var. stenophyllum (GAUDIN) MORITZI

Utilisations[modifier | modifier le code]

Usages alimentaires[modifier | modifier le code]

Toutes les parties sont comestibles : les racines se récolent en fin d'automne et se consomment cuites. Leur saveur étant extrêmement aromatique et piquante, on ne les emploie qu'en condiment dans les soupes par exemple. On a rapproché leurs propriétés médicinales de celles du Ginseng. Les jeunes tiges de printemps crues et pelées rappellent l'odeur de la noix de coco ou de mandarine. Cuites, elles perdent cet arôme délicat et leur texture croquante, semblable, en plus tendre, à celle du Concombre. Les jeunes pousses, feuilles et inflorescences non développées se mangent crues ou cuites. Les inflorescences épanouies ont par contre une odeur qui rappelle trop l'urine de chien. Les fruits se cuisinent, frais ou séchés : ils assaisonnement salade, soupe, gâteau, pain d'épice, vins chauds, ou parfument les sorbets et les glaces, donnant des parfums d'agrumes[8].

Au XIXe siècle on utilisait les jeunes pousses et les jeunes feuilles pour accompagner les viandes en mélange avec d'autres herbes. On peut aussi les utiliser en potage ou cuite comme des épinards. La plante était utilisée en Russie pour confectionner le bortsch (potage traditionnel). Au printemps la plante est riche en vitamine C. Elle est riche en glucides, en protéines. Elle est aromatique et riche en éléments minéraux. Les graines sont très aromatiques et utilisées comme aromates. Macérées dans l'alcool, elles donnent une liqueur digestive et calmante, au goût d'orange amère. En Russie, on fait sécher les tiges coupées en rondelles que l'on utilise comme friandise.

Fourrage ou nourriture cunicole[modifier | modifier le code]

Dans la montagne vosgienne, cette grande berce sauvage était dénommée par divers dérivés romans du terme latin "pastinaca", à l'origine du panais en français[9]. Il s'agit d'une "herbe aux lapins", autrefois très recherchée par les éleveurs possédant des clapiers[10]. La plupart des lexicologues ont traduit le terme dialectal par "panais", sans se rendre compte que cette "herbe aux lapins" n'en était pas[11].

On l'appelle aussi Panais sauvage, Panais bâtarde ou Panais de vache car ces animaux en sont friands.

Usages médicinaux[modifier | modifier le code]

La plante est réputée hypotensive, diurétique et diminuant le taux d'urée. Elle était jadis utilisée contre l'épilepsie.

La teinture est utilisée pour soigner les troubles sexuels chez l'homme et la femme. Elle est utile dans les syndromes prémenstruels et les hémorragies dysfonctionnelles. Elle est aussi utilisée dans les troubles de la ménopause.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Flore forestière française. Tome 1, plaines et collines, Institut pour le Développement Forestier, p 1181
  2. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 30.
  3. Georges Dottin, Glossaire des parlers du Bas-Maine (Département de la Mayenne), Paris, H. Welter, Éditeur, (réimpr. Slatkin Reprint, 1978), p. 209
  4. G. Dottin et J. Langouët, Glossaire du parler de Pléchâtel (Canton de Bain, Ille-et-Vilaine), Genève, Slatkin Reprint, , p. 66
  5. Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004
  6. a, b et c Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, Gérard Dumé, Flore forestière française: guide écologique illustré, Forêt privée française, , p. 1521.
  7. NCBI, consulté le 27 févr. 2012
  8. François Couplan, Le régal végétal: plantes sauvages comestibles, Éditions Ellebore, , p. 120
  9. La plante sauvage se nomme patenay dans le vallée de la Fave, petné ou pètné(y) dans la haute vallée de la Meurthe, ce mot étant de genre masculin. Les locuteurs dialectaux pouvaient le qualifier avec l'adjectif grand (lorsqu'il montait en fleur), ou suivant le lieu de récolte : du talus, forestier, des haies, des bords de chemin...
  10. Il existe des restrictions d'emploi à ce fourrage nutritif qui aide les lapins à "se faire les dents" grâce à la (micro)silice incorporée aux tiges, tout en leur apportant une bonne digestion et un bien-être, il ne faut point qu'il soit compressé sans air et qu'il "chauffe", sinon l'ingestion devient toxique pour l'animal qui en est friand
  11. Les paysans connaissaient autrefois la plante cultivée, le panais, de même que cette même plante redevenue sauvage, le panais sauvage. Ils les désignaient par un qualificatif additionnel s'il était nécessaire. En réalité, l'explication la plus simple pour ces dénominations est qu'ils considéraient le panais et la grande berce comme appartenant à la même famille. Lorsqu'ils cueillaient du "patenay" ou "petné" pour les lapins dans les talus ombrés et sur les rebords de haies, il n'était pas besoin de préciser.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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