Heracleum mantegazzianum

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Heracleum mantegazzianum
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Berce du Caucase

Classification
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Sous-classe Rosidae
Ordre Apiales
Famille Apiaceae
Genre Heracleum

Nom binominal

Heracleum mantegazzianum
Sommier (es) & Levier (es), 1895

Synonymes

  • Heracleum caucasicum
  • Heracleum giganteum
  • Heracleum panaces
  • Heracleum pubescens
  • Heracleum speciosum
  • Heracleum tauricum
  • Pastinaca pubescens
  • Sphondylium pubescens

Classification phylogénétique

Ordre Apiales
Famille Apiaceae

La berce du Caucase ou berce de Mantegazzi (Heracleum mantegazzianum), est une plante herbacée de la famille des Apiaceae. Sa sève est phototoxique, et elle est considérée en Europe comme une espèce invasive.

Elle a été « découverte » en 1880 dans la vallée de Klioutsch (Caucase) par les botanistes Émile Levier (es) et Stefano Sommier (es)[1] et scientifiquement décrite en 1895, mais recensée parmi d'autres graines en Grande-Bretagne (aux jardins botaniques royaux de Kew) dès 1917, et fut introduite comme plante ornementale dans les jardins britanniques dans la décennie suivante, pour se répandre très vite à l'état sauvage dans une grande partie de l'Europe. Elle a été introduite sur le continent américain en 1917 pour des raisons horticoles et répertoriée pour la première fois au Québec en 1990[2].

Description[modifier | modifier le code]

La berce du Caucase mesure 2 à 4 mètres de hauteur. Ses feuilles bien découpées mesurent souvent plus d'1 m, et peuvent atteindre 3 m en longueur (avec le pétiole) et jusqu'à 1,5 m de largeur. La tige principale est plus ou moins cannelée, vert clair, teintée de nombreuses taches pourpres, et hérissée de poils clairs lorsqu'elle est jeune. Elle est creuse à l'intérieur. Son diamètre extérieur est de 3 à 8 centimètres (jusqu'à 10 cm). Cette tige porte une inflorescence constituée par une ombelle principale au centre, d'environ 50 cm de diamètre (jusqu'à 80 cm), composée de 50 à 150 rayons qui portent chacun une ombellule. Cette ombelle principale est entourée par un nombre variable d'ombelles satellites moins grandes, généralement positionnées plus hautes que l'ombelle principale lorsqu'elles sont à maturité. L’inflorescence entière peut atteindre une largeur d'1,5 m. Il peut y avoir une ou deux inflorescences supplémentaires moins importantes sur des branches auxiliaires.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

  • Organes reproducteurs :
    • Type d'inflorescence : ombelle d'ombellules
    • répartition des sexes : fleurs hermaphrodites au centre de l'ombelle, mâles sur le pourtour
    • Type de pollinisation : entomogame
    • Période de floraison : mi-juin à mi-juillet
  • Graine:
  • Habitat et répartition :
    • Habitat type : ourlets externes médioeuropéens, eutrophiles, mésohydriques
    • Aire de répartition: introduit (Caucase)

données d'après: Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.

Répartition et Habitat[modifier | modifier le code]

Elle est originaire des étages forestiers des montagnes de l'ouest du Caucase (Géorgie, Russie). Introduite par l'homme, son aire de distribution s'est très largement étendue en Europe, mais aussi en Amérique du Nord.

Elle préfère croître sous climat pluvieux et humide, ou à défaut sur des sols frais à humides. C'est une plante très rustique face au froid, qui se montre envahissante jusqu'au nord de la Scandinavie, les graines nécessitent d'ailleurs une période de gel en hiver pour pouvoir germer (vernalisation). Elle a besoin de sols plutôt riches pour soutenir sa forte croissance. C'est une plante de lumière mais elle supporte très bien un ombrage partiel. Elle se plait notamment aux lisières et dans les clairières des bois (ourlets forestiers), dans les zones humides et le long des cours d'eau (mégaphorbiaies). C'est une plante pionnière qui envahit en premier lieu des milieux rudéraux perturbés et abandonnés par l'homme : friches, terrains vagues, bords de routes. Elle revêt certains aspects d'hémérochorie.

Une espèce invasive[modifier | modifier le code]

expansion de la berce du Caucase en Europe

Heracleum mantegazzianum a été introduite en Europe occidentale essentiellement comme plante ornementale dans les jardins, mais aussi pour ses qualités mellifères pour l'apiculture. Elle est désormais considérée comme une espèce invasive dans de nombreux pays d'Europe où elle s'est parfaitement acclimatée et trouve des conditions très semblables à celles de son milieu d'origine. Elle se multiplie et se répand très rapidement si le milieu lui est accueillant. Chaque pied en fleur produira plusieurs dizaines de milliers de graines, et ces graines peuvent rester en dormance durant sept ans dans le sol. Les graines sont dispersées par les roues des véhicules le long des routes, par l'eau le long des rivières (notamment lors des crues), et ailleurs par les oiseaux qui consomment et emmènent des graines en en laissant parfois tomber. Elle peut causer localement une perte de biodiversité par le couvert dense et continu qu'elle peut créer, qui étouffe et remplace la végétation plus basse préexistante, bien que ces atteintes à la biodiversité restent très localisées et difficiles à évaluer. Les préoccupations principales qu'induit cette plante résident surtout dans sa phototoxicité pour l'homme.

La berce du Caucase est également invasive en Amérique du Nord, dont le Québec[2], où elle trouve des milieux très favorables à son expansion.

Autres espèces invasives[modifier | modifier le code]

Il existe deux autres espèces de berces géantes invasives en Europe. Heracleum sosnowskyi, originaire du Caucase central et oriental, qui est une espèce à peine un peu moins grande et difficile à distinguer de Heracleum mantegazzianum. Elle a été introduite en grande quantité en Europe de l'Est dans plusieurs pays de l'ex-Union soviétique (Russie, pays baltes) car elle y a été cultivée à grande échelle comme plante fourragère pour le bétail. Cette espèce semble encore pratiquement absente en Europe de l'Ouest. Heracleum persicum est une autre espèce semblable mais moins grande, qui envahit la péninsule scandinave essentiellement, où elle a été introduite comme plante médicinale et ornementale tout comme Heracleum mantegazzianum[3]. Ces trois espèces sont phototoxiques.

Confusions possibles[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas confondre ces espèces invasives avec la berce commune, Heracleum sphondylium, une espèce autochtone et abondante en Europe qui affectionne les mêmes milieux, et qui peut sporadiquement se montrer envahissante en tant que mauvaise herbe. C'est une espèce très proche et très semblable en apparence mais bien plus petite, elle dépasse rarement deux mètres de haut (elle mesure généralement entre 50 et 150 cm) et son ombelle principale comprend moins de 45 rayons (entre 8 et 35 le plus souvent, celle de la berce du Caucase en a généralement plus de 50). La berce commune est considérée en Europe comme une plante comestible, bien qu'elle présente les mêmes propriétés de phototoxicité, mais plus modérément (elle est en cause dans la majorité des cas de dermite des prés).

En Amérique du Nord, dont le Québec, la berce du Caucase peut être confondue avec la berce laineuse, Heracleum maximum, espèce autochtone commune qui peut parfois atteindre 3 m de haut (généralement moins), mais nettement moins imposante que la berce du Caucase. Elle aussi est phototoxique.

L'angélique sauvage (Angelica sylvestris) et l'angélique vraie (Angelica archangelica) peuvent être assez grandes, et sont parfois confondues avec les grandes berces invasives, bien qu'elles soient bien moins massives et s'en différencient aisément par leurs feuilles nettement composées de folioles.

Phototoxicité, danger et éradication[modifier | modifier le code]

La berce du Caucase produit des furocoumarines, dont de la xanthotoxine, c'est une toxine phototoxique (elle réagit si on l'expose à la lumière). Présente dans la sève, elle provoque des inflammations et des brûlures de la peau pouvant aller jusqu'au second degré. Les cloques provoquées peuvent atteindre la taille d'une pomme de terre. La sève est incolore avec une odeur assez caractéristique due à la furanocoumarine. Si l'on n'expose pas à la lumière la zone infectée pendant plusieurs jours, la réaction ne se déclenche pas[2]. Les séquelles de la phototoxicité de la sève de la berce du Caucase n'apparaissent qu'après plusieurs heures et peuvent dans certains cas laisser des cicatrices qui persistent des années.

Un simple contact avec la plante intacte n'est pas dommageable[4]. C’est l'exposition à la sève claire et aqueuse, abondante dans les fruits, les feuilles ou les tiges, survenant quand la plante est blessée, coupée ou froissée, qu'il faut éviter.

Si la sève touche la peau, il faut l'éliminer le plus rapidement possible, en évitant d'étendre la surface de la zone touchée : appliquer un papier absorbant sur la peau aux endroits où se trouve la sève (ne pas frotter), laver au savon, puis rincer abondamment à l'eau les endroits atteints. Par la suite, éviter l'exposition de la zone touchée à la lumière durant plus de 48 heures, le temps de la disparition de l'effet photosensibilisateur. « Si les yeux sont atteints, les rincer abondamment à l'eau claire puis porter des lunettes de soleil pour réduire leur exposition à la lumière et consulter un médecin immédiatement. En cas de contact important, ou si un enfant est atteint, consulter sans tarder un médecin ou le centre anti-poison pour tout conseil approprié »[1].

L'éradication de la berce du Caucase nécessite le port d'un équipement approprié. Consulter des spécialistes avant d'agir.

Art nouveau[modifier | modifier le code]

Chaise Art nouveau

Cette plante, cadeau de mariage de Louis Guingot de l'École de Nancy en plein mouvement Art nouveau, a été très représentée comme élément décoratif par l'Art nouveau dans du mobilier, des ferronneries et des papiers peints.

Musique[modifier | modifier le code]

En anglais, la berce du Caucase s'appelle « Giant Hogweed ». En 1971, le groupe de rock progressif anglais Genesis crée un morceau intitulé « The Return Of The Giant Hogweed » qui figure sur l’album Nursery Cryme. Ce morceau décrit l’origine, les dangers, la difficulté d’éliminer cette plante et, dans une vision apocalyptique, la présente comme une menace pour l'espèce humaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Heracleum mantegazzianum Sommier & Levier », Ville de Genève,
  2. a, b et c « La berce du Caucase », Gouvernement du Québec,
  3. (en) « Heracleum mantegazzianum, Heracleum sosnowskyi and Heracleum persicum », Bulletin OEPP, vol. 39, no 3,‎ , p. 489–499 (DOI 10.1111/j.1365-2338.2009.02313.x, lire en ligne).
  4. Pierre-Yves Tremblay et Lyse Lefebvre, « La berce du caucase », Bulletin d’information toxicologique, vol. 26, no 2,‎ , p. 13-16 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charlotte Nielsen, Hans Peter Ravn, Wolfgang Nentwig et Max Wade, Manuel pratique de la Berce géante : Directives pour la gestion et le contrôle d'une espèce végétale invasive, Horsholm, Forest & Landscape Denmark, , 44 p. (ISBN 87-7903-212-5, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]