François Arago

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François Arago
François Arago.
François Arago.
Fonctions
Chef de l'État français
de facto
9 mai
(1 mois et 19 jours)
Président du Conseil lui-même
Prédécesseur Jacques Charles Dupont de l'Eure
Successeur Louis Eugène Cavaignac
Président de la Commission exécutive
(27e chef du gouvernement)
9 mai
(1 mois et 19 jours)
Chef de l'État lui-même
Gouvernement Commission exécutive
Législature Assemblée constituante
Prédécesseur Jacques Charles Dupont de l'Eure
Successeur Louis Eugène Cavaignac
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Estagel, Pyrénées-Orientales (France)
Date de décès (à 67 ans)
Lieu de décès Paris, France
Nationalité française
Parti politique Républicain modéré[1],[2],[3]
Diplômé de École Polytechnique
Profession Astronome et physicien
Religion catholique

Signature
Présidents du Conseil des ministres français

Dominique François Jean Arago[N 1],[4], né le à Estagel (Pyrénées-Orientales) et mort le à Paris, est un astronome, physicien et homme politique français.

Il est le plus célèbre des quatre frères Arago, les trois autres étant Jean (1788-1836), général au service du Mexique, Jacques (1790-1855), écrivain et explorateur et Étienne (1802-1892), écrivain et homme politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils aîné de François Bonaventure Arago, propriétaire terrien, maire d'Estagel et juge de paix du canton en 1790 puis directeur de l’Hôtel de la Monnaie à Perpignan en 1795, et de Marie Anne Agathe Roig, fille d'un paysan aisé de la région[5].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Il fait ses études secondaires au collège communal de Perpignan (actuel lycée François-Arago), puis ses études supérieures à l'École polytechnique[4] qu'il intègre en 1803, âgé de dix-sept ans. Remarqué par Monge et Laplace, il est nommé en 1805 secrétaire-bibliothécaire de l'Observatoire de Paris. En 1806, il est envoyé en Espagne, à Majorque avec Jean-Baptiste Biot pour poursuivre le relevé du méridien de Paris. Pris dans la guerre d'Espagne, alors qu'il pratique seul une opération de triangulation[6], il est fait prisonnier. Interné au Château de Bellver[7], il s'évade plusieurs fois, et parvient à rejoindre Paris où il entre en héros en 1809. Cela lui permet d'être élu membre de l'Académie des sciences le , à seulement vingt-trois ans[8].

La même année, il est choisi par Monge pour le suppléer comme professeur de géométrie analytique à l'École polytechnique ; il prend le titre de professeur adjoint (de Monge) en 1812 : il reste près de vingt ans professeur à Polytechnique[N 2]. En 1816, il crée un cours original d'« arithmétique sociale », donnant aux élèves des notions de calcul des probabilités, d'économie mathématique et de démographie[9].

Parallèlement, il poursuit sa carrière à l'Observatoire de Paris, qui dépend du Bureau des longitudes. Après avoir été secrétaire-bibliothécaire, il est nommé membre adjoint du Bureau en 1807 ; il en devient membre titulaire en 1822, à la mort de Delambre. En 1834, il prend le titre, dont il avait proposé la création au Bureau, de « directeur des observations à l'Observatoire de Paris », que dirige l'astronome Alexis Bouvard. À la mort de Bouvard, en 1843, il devient directeur de l'Observatoire et le reste jusqu'à sa mort.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Tombe d'Arago au Père Lachaise.

La mort de son épouse, en , est parfois avancée comme l'une des raisons qui le poussent à se tourner vers la vie publique[réf. nécessaire], tant sur le plan scientifique que politique. Après avoir été élu secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences[N 2], il remporte ses premiers succès électoraux : conseiller général de la Seine en , député des Pyrénées-Orientales en .

Il est pendant les Trois Glorieuses colonel de la Garde nationale, puis une des figures du parti républicain pendant la monarchie de Juillet[N 3],[10]. Candidat aux élections législatives dans les Pyrénées-Orientales, le journal L'Indépendant des Pyrénées-Orientales est fondé en 1846 afin de le soutenir. Il est alors élu avec succès cette même année remportant 98,9 % des suffrages exprimés. Il choisit cependant de représenter la Seine, où il est élu simultanément et avec un score aussi enthousiaste[11].

Après la révolution de 1848, il devient ministre de la Guerre, de la Marine et des Colonies dans le gouvernement provisoire de la Seconde République, mis en place par Lamartine puis président de la Commission exécutive, assumant de fait durant un mois et demi une charge proche de celle de chef de l'État[12]. Il contribue à ce titre à l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Il refuse par la suite de prêter le serment de fidélité à Louis-Napoléon Bonaparte qui est exigé des fonctionnaires et préfère démissionner de son poste au Bureau des longitudes. Le prince-président refuse sa démission, le dispensant implicitement du serment d’allégeance. Après le coup d’État du 2 décembre 1851 qui aboutit à la création du Second Empire, il démissionne de ses fonctions. Napoléon III demande à ce qu'il ne soit pas inquiété. Malade, souffrant de diabète et de diverses affections, Arago meurt dans l’année qui suit. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 4).

Ses travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

L'expérience d'Arago (1810)[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux de physique d'Arago concernent l'optique. Il fait en 1810 une expérience importante, qu'il présente oralement à l'Académie des sciences le  ; il ne la consigne par écrit que juste avant sa mort, plus de quarante ans après : il s'agit de mesurer la vitesse de la lumière venant des étoiles, en comparant la valeur le matin à h et le soir à 18 h. Étant donné qu'on n'observe pas d'étoiles pendant la journée, Arago fait son expérience à ces heures-là. À h, quand on observe une étoile au zénith, la Terre s'en approche, on devrait mesurer c + V, où V est la vitesse de rotation de la Terre autour du Soleil ; à 18 h, pour une autre étoile au zénith, la Terre s'en éloigne, on devrait mesurer c - V. Or l'expérience est négative, on mesure c dans les deux cas : cette première expérience négative ouvre plus tard la voie à la théorie de la relativité.

Travaux en optique[modifier | modifier le code]

Arago, d'abord adepte de la théorie corpusculaire de la lumière, est convaincu par la théorie ondulatoire de son collègue Fresnel, qu'il aide pour faire ses expériences à l'Observatoire ou présenter ses résultats à l'Académie des sciences. Avec Biot, il détermine l'indice de réfraction de l'air et d'autres gaz.

Autres[modifier | modifier le code]

Buste par David d'Angers

En 1825, il est chargé avec Dulong de déterminer la tension de la vapeur d'eau à des pressions dépassant 3 MPa, soit 30 atm. Ses autres études sont consacrées à l'astronomie, au magnétisme et à la polarisation de la lumière. Il détermine, par exemple, le diamètre des planètes et explique entre autres la scintillation des étoiles à l'aide du phénomène des interférences.

Touche-à-tout, il se mêle aux expériences de mesure de la vitesse du son et étudie les cuves sous pression. Il fait creuser le premier puits artésien de Paris par Louis-Georges Mulot, dans la cour de l'abattoir de Grenelle, dans l'actuel 15e arrondissement. Il inspire à Foucault son expérience des miroirs tournants, qui permet ensuite de mesurer la vitesse de la lumière avec précision.

Conscient de l'importance potentielle du procédé en astronomie, il promeut la photographie alors naissante en soutenant le daguerréotype mis au point par Louis Daguerre : en , il présente devant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts réunies les premiers clichés.

Travaux de vulgarisation[modifier | modifier le code]

Arago est un orateur redoutable, capable de défaire les plus brillants contradicteurs. Il est aussi pédagogue et grand vulgarisateur scientifique. Afin de faire connaître les travaux de l'Académie des sciences, il crée en 1835 les Comptes rendus de l'Académie des sciences, qui existent toujours. Avant lui, il n'y avait pas de transcription écrite des séances de l'Académie.

Il donne aussi, de 1813 à 1846, un cours public d'astronomie populaire[13], qui remporte un immense succès. Ce sont ces cours qui donnent naissance à son Astronomie populaire en quatre tomes, parue à titre posthume en 1854. Dans l'« Avertissement » qui ouvre le premier tome, Arago explique ainsi son projet : « Je maintiens qu’il est possible d’exposer utilement l’astronomie, sans l’amoindrir, j’ai presque dit sans la dégrader, de manière à rendre ses plus hautes conceptions accessibles aux personnes presque étrangères aux mathématiques ».

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Le , Arago épouse Lucie Carrier-Besombes ; le couple a ensuite trois fils :

  • Emmanuel Arago (1812-1896), avocat et homme politique républicain, brièvement ministre pendant le siège de Paris en 1870 ;
  • Alfred Arago (1815-1892), peintre et inspecteur général des beaux-arts ;
  • Gabriel Arago (1817-1832).

Il est le beau-frère du physicien Alexis Petit, leurs épouses respectives étaient sœurs, et de l'astronome Claude-Louis Mathieu.

Un de ses petit-fils, Pierre Jean François Arago, fils d'Emmanuel Arago, est député des Alpes-Maritimes sous la Troisième République.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Arago[modifier | modifier le code]

François Arago genou gauche fléchi, main droite qui salue
Statue de François Arago à Estagel.
  • Mémoire sur la vitesse de la lumière, lu à la première classe de l’Institut, le , en ligne et commenté sur le site BibNum.
  • Astronomie populaire, publiée d'après son ordre sous la direction de M. J.-A. Barral. Texte en ligne sur Gallica : tome 1, tome 2, tome 3, tome 4.
  • Leçons d'astronomie professées à l'Observatoire royal. Texte disponible en ligne sur IRIS.

Décorations[modifier | modifier le code]

La Royal Society lui a décerné la médaille Copley en 1825, puis la Médaille Rumford en 1850.

Légion d'honneur :

Hommages[modifier | modifier le code]

Son nom est inscrit sur la tour Eiffel ; par ailleurs, un monument parisien lui est spécialement consacré : l'« hommage à Arago ».

Son nom a été donné :

François Arago la main droite levée.
Statue de François Arago à Perpignan.
  • à un astéroïde (1005 Arago) ;
  • à une coupole et à la lunette de 38 cm de diamètre et de 9 m de focale qu'elle abrite à l'Observatoire de Paris ;
  • au plus ancien lycée de Perpignan, successeur du collège où il a été élève ;
  • à la promotion 2008-2011 de ce lycée, à l'occasion de son bicentenaire ;
  • à un lycée de Paris, dans le XIIe arrondissement ;
  • à une rue à Pantin ;
  • à un amphithéâtre de l’École polytechnique, lorsqu'elle était au 5, rue Descartes à Paris, et depuis 1976 à Palaiseau ;
  • à un point géographique sur le mont Canigou désignant une cabane pouvant faire office de refuge sommaire[15] où il a peut-être pu s'abriter pour effectuer des relevés géodésiques à proximité de la frontière espagnole[N 4] ;
  • à de nombreuses voies urbaines notamment à Paris où la statue d'Alexandre Oliva qui lui a été érigée en 1893 a été fondue par les Allemands en 1942 (une souscription[16] a été lancée en 2014 pour la remplacer).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de François Arago et de sa famille sont conservés aux Archives nationales sous la cote 348AP[17]. Ils sont consultables sous forme de microfilms.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour l'état civil : Dominique François Jean Arago ; en catalan : Francesc Joan Domènec Aragó, François étant son prénom usuel.
  2. a et b Il démissionne de son poste de professeur à l’École polytechnique après avoir été élu secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences le .
  3. Sous l'influence de son frère Étienne plus radical.
  4. Cette cabane se trouve en effet sur le sentier qui mène au somme du mont, à proximité des sources du Cady.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Ronald Gosselin, Les almanachs républicains, traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris 1840-1851, Éditions L'Harmattan, 1992.
  2. [2] Dictionnaire de l'Histoire de France, Éditions Larousse, 2005.
  3. [3] Ministère de la Culture, Célébrations nationales, 2003.
  4. a et b Ouvrir la « Page d’accueil », sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique, Palaiseau (consulté le 23 août 2015), sélectionner l’onglet « Catalogues de la BCX → Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « François Arago », résultat obtenu : « Arago, Dominique François Jean (X 1803 ; 1786-1853) ».
  5. Lequeux 2008, p. 30-31.
  6. [4].
  7. [5].
  8. Lequeux 2008, p. 43.
  9. Lequeux 2008, p. 386.
  10. Lequeux 2008, p. 54.
  11. Fabricio Cárdenas, 66 petites histoires du Pays Catalan, Perpignan, Ultima Necat, coll. « Les vieux papiers »,‎ , 141 p. (ISBN 978-2-36771-006-8, notice BnF no FRBNF43886275), p. 65 (lire en ligne).
  12. Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la république, Paris, Points-Seuil, 1992, p. 36-42.
  13. [6] François Arago, Jean-Augustin Barral : Astronomie populaire, Paris, 1857.
  14. Généastar : Ascendants de Dominique "François" Jean ARAGO.
  15. Visible sur le site de l'IGN, geoportail.fr, cf.[7], puis cliquer sur « Carte IGN ».
  16. [8].
  17. Archives nationales.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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