Gouvernement provisoire tchécoslovaque

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Gouvernement provisoire tchécoslovaque
Prozatímní státní zřízení československé (cz)
Dočasné štátne zriadenie československé(sk)

1939 – 1945

Drapeau Blason
Informations générales
Statut Gouvernement en exil
Capitale Prague (de facto : Paris, puis Londres)
Histoire et événements
octobre 1939 Constitution du Conseil national tchécoslovaque
9 juillet 1940 Constitution du gouvernement
5 avril 1945 Retour d'Edvard Beneš en Tchécoslovaquie, constitution d'un gouvernement de coalition à Košice

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Article général Pour un article plus général, voir Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le Gouvernement provisoire tchécoslovaque était le gouvernement en exil de la Tchécoslovaquie durant la Seconde Guerre mondiale.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les accords de Munich ont permis à l'Allemagne nazie de pénétrer en 1939 sur le territoire tchécoslovaque, réalisant l'annexion des territoires habités par les Allemands des Sudètes et divisant le reste du pays en deux entités distinctes, le Protectorat de Bohême-Moravie et la République slovaque.

Edvard Beneš a démissionné de son poste de président de la première république tchèque le 5 octobre 1938, après les accords de Munich. Avec d'autres émigrés, il tente de faire admettre par les puissances occidentales l'idée d'un gouvernement en exil, mais d'une part, les émigrés ne sont pas tous d'accord entre eux, et d'autre part, la France et le Royaume-Uni qui ont signé les accords de Munich refusent l'idée de Beneš de rétablir la république tchécoslovaque[1]. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, un Conseil national tchécoslovaque, constitué en France, a plus de succès : un traité franco-tchécoslovaque signé le 2 octobre 1939 permet la reconstitution de l'armée tchécoslovaque sur le sol français sans que soit toutefois obtenue la pleine reconnaissance du gouvernement en exil. Ce Conseil national décrète alors la mobilisation des Tchèques et des Slovaques civils, membres de la Légion étrangère et anciens des Brigades internationales.

Participation au conflit[modifier | modifier le code]

À l'est, le gouvernement polonais permet la formation d'une unité tchécoslovaque commandée par le général Ludvík Svoboda. Face à l'avancée des troupes allemandes, cette unité tchécoslovaque reflue vers la Roumanie et les territoires occupés par l'Armée rouge. Quelques-uns de ces soldats parviennent à embarquer, avec le gouvernement, le Trésor et les restes de l'armée polonaise, sur les navires du Service maritime roumain qui les débarquent à Alexandrie en territoire britannique, mais la plupart sont capturés par les Soviétiques, alors alliés objectifs du Reich, et détenus dans des camps de travail jusqu'au déclenchement des hostilités entre l'Allemagne et l'URSS, l'été 1941. Ils sont alors libérés, reconstitués en unités et combattent à nouveau contre le Reich à partir de mars 1943.

Des unités de la première division d'infanterie tchécoslovaque prennent part à la bataille de France, en mai-juin 1940. Des pilotes tchécoslovaques sont également engagés dans un certain nombre d'escadrons français et britanniques.

Le 9 juillet 1940, après la défaite de la France, le Conseil national tchécoslovaque décide de former une structure gouvernementale provisoire avec Beneš comme président, l'évêque Jan Šrámek comme chef de gouvernement[1] et Jan Masaryk aux Affaires étrangères. Ce gouvernement en exil est reconnu par le gouvernement britannique le 18 juillet 1940, par l'URSS après l'attaque allemande et par les États-Unis après l'attaque de Pearl Harbor. Ce n'est qu'en 1942 que l'ensemble des alliés dénoncent les accords de Munich et reconnaissent ainsi la continuité entre la première république tchécoslovaque et le gouvernement de Beneš.

Les forces armées tchécoslovaques fidèles au gouvernement en exil participent, au fil du conflit, aux combats sur le Front de l'Ouest, ainsi qu'au sud de l'Europe et en Afrique.

Avant même que les Alliés rendent rétroactivement caducs les accords de Munich, Beneš bénéfice d'une rare légitimité, car non seulement la résistance intérieure tchèque naissante, mais également Alois Eliáš, premier ministre en exercice à Prague, et, au moins jusqu'en 1940, son successeur le président Emil Hácha reconnaissent son autorité[2]. Cette légitimité dont bénéficie personnellement Beneš est transférée au gouvernement de Londres. Grâce au support logistique des Britanniques, une collaboration active entre le gouvernement de Londres et la résistance intérieure est maintenue durant les années de guerre. L'action la plus connue de la Résistance tchécoslovaque, l'attentat contre Reinhard Heydrich connu sous le nom d'Opération Anthropoid, est un fruit de cette collaboration.

En septembre 1941, l'URSS accepte une convention militaire qui permet la formation d'unités tchécoslovaques sur le sol soviétique.

Le 11e bataillon d'infanterie tchécoslovaque qui avait combattu aux côtés des Polonais et avait réussi une exfiltration vers Alexandrie, affronte en 1941 les troupes françaises du régime de Vichy en Syrie et participe ensuite à la bataille de Tobrouk. Le bataillon est ensuite intégré à la brigade blindée autonome à laquelle on confie après le Débarquement le blocage de la garnison allemande de Dunkerque. De nombreux Tchécoslovaques se battent également dans des unités de la France libre, en Afrique du Nord. Beaucoup participent à la Résistance dans tous les pays d'Europe, en particulier en Yougoslavie, Roumanie, et URSS où ils forment des unités autonomes. À la mi-1944, les Allemands déplacent en Italie des membres de l'armée du Protectorat qu'ils jugent peu sûrs. Une partie d'entre eux rejoint la Résistance italienne[3].

Au cours des années 1941-42, ce sont surtout les aviateurs basés en Grande-Bretagne qui prennent part au combat. Les trois escadrilles de chasse tchécoslovaques sont créditées de la destruction de 200 appareils ennemis. À partir du 6 juin 1944, elles participent à la couverture de la bataille de Normandie et à l’Opération Market Garden. La 311e escadrille de bombardement tchécoslovaque effectue 149 raids sur l'Allemagne entre 1940 et 1942 et participe à la lutte contre le blocus maritime.

En décembre 1943, le gouvernement en exil conclut un accord avec l'URSS. En maintenant des relations amicales, Beneš espère dissuader les Soviétiques de s'emparer du pouvoir après-guerre. Il offre aux communistes exilés d'entrer dans son gouvernement, allant assez loin dans les concessions : nationalisation de l'industrie lourde et création de comités populaires à la fin de la guerre. En mars 1945, il donne des ministères-clés aux communistes exilés à Moscou.

Le 5 avril, Beneš revient en Tchécoslovaquie, depuis Londres en transitant par Moscou, et constitue à Košice un gouvernement de coalition présidé par Zdeněk Fierlinger, avec le communiste Klement Gottwald comme premier vice-président.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Petr Čornej, Jiří Pokorný, L'Histoire des pays tchèques jusqu'à l'an 2004, Práh, 2003
  2. Werner Rings, Life with the Ennemy, 1979, traduction en anglais Weidenfeld and Nicolson, 1982, p. 135-136
  3. Petr Čornej et Jiří Pokorný, « L'Histoire des pays tchèques jusqu'à l'an 2004 », Prague, 2003