Galéga officinal

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Galega officinalis

Galega officinalis
Description de cette image, également commentée ci-après
Galéga officinal, illustration botanique issue de Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz, Otto Wilhelm Thomé, 1885.
Classification
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Sous-classe Rosidae
Ordre Fabales
Famille Fabaceae
Sous-famille Faboideae
Tribu Galegeae
Genre Galega

Espèce

Galega officinalis
L., 1753

Classification phylogénétique

Ordre Fabales
Famille Fabaceae

Galega officinalis, le galéga officinal, est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Fabaceae, sous-famille des Faboideae, originaire des régions tempérées chaudes de l'Ancien Monde. Ce sont des plantes herbacées vivaces, à port dressé, cultivées à diverses fins, ornementale ou médicinale.

Cette espèce, parfois involontairement diffusée par les engins de chantiers est (potentiellement mortellement) toxique pour les ovins, bovins et d'autres animaux.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

L'espèce Galega officinalis a été décrite en premier par Linné et publiée en 1753 dans son Species plantarum 2: 714[1].

Synonymes[modifier | modifier le code]

Selon The Plant List (30 août 2020)[2] et Plants of the World Online[3]

  • Accorombona tricolor (Hook.) Benth. ex Walp.
  • Callotropis tricolor (Hook.) G.Don
  • Galega bicolor Regel,
  • Galega biloba Sweet
  • Galega coronilloides Freyn & Sint.
  • Galega patula Steven
  • Galega persica Pers.
  • Galega tricolor Hook.
  • Galega vulgaris Lam.
  • Tephrosia tricolor (Hook.) Sweet

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

  • Galéga, lavanèse, galéga officinal, rue-de-chèvre, herbe-aux-chèvres, lilas d'Espagne, sainfoin d'Espagne, faux indigo ou faux-indigotier, vanèse[4],[5].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom générique, Galega, dérive du grec ancien γάλα, γάλακτος (gala, galaktos) (« lait ») et ἄγω, ágô (« pousser ») (ou selon certains auteurs[6] αἴξ, αἰγός, aíx, aigós, « chèvre ») en référence aux vertus galactogènes de la plante[7].

L'épithète spécifique, officinalis (« officinal ») rappelle l'utilisation de l'espèce comme plante médicinale depuis le Moyen Âge.

Description[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Galega officinalis est une plante herbacée à port dressé buissonnant, vivace par ses rhizomes et son système racinaire pivotant. Les tiges, glabres, rigides, creuses, souvent très ramifiées, peuvent atteindre de 80 cm à 1,2 m de haut, parfois glabrescentes, avec quelques poils apprimés de 0,1 à 0,4 mm de long chez les sujets jeunes. Les feuilles alternes, glabres à la face supérieure et faiblement pubescentes à la face inférieure, sont composées imparipennées, longues de 15 à 50 cm sur 4 à 15 cm de large, et comprennent 9 à 17 folioles allongées, elliptiques ou lancéolées, entières ou dentées, de 25 à 60 mm de long sur 8 à 20 mm de large, au sommet arrondi et acuminé. Elles sont portées par un pétiole faiblement villeux pouvant atteindre 11 cm de long[8],[6].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

L'inflorescence est une grappe (racème) allongée, de 12 à 20 cm de long, axillaire ou terminale, porté par un court pédoncule, regroupant de 10 à 50 fleurs. Celles-ci, de type papilionacé, présentent un calice de 4 à 5 mm de long, formant un tube court prolongé de cinq dents égales ou plus longues que le tube, une corolle de couleur lilas ou bleuâtre à pourprée, plus rarement blanche, formée d'un étendard de 8 à 11 mm de long, légèrement plus long que la carène, deux ailes obovales de 7 à 9,5 mm de long, un peu plus courtes que la carène, et une caréne de 8 à 11,5 mm de long. L’androcée, composé de 10 étamines, est diplostémone et de type subdiadelphe, les étamines sont soudées entre elles par leurs filets sauf une, soudée seulement sur la moitié de sa longueur. L'ovaire, supère, est monocarpellé et surmonté du style et du stigmate[5]. La floraison est estivale (juin à septembre dans l'hémisphère nord). Les fruits sont des gousses mesurant 20 à 40 mm de long sur 2 à 3 mm de large, contenant de 2 à 6 graines. A maturité les deux valves formant la gousse s'ouvrent en se vrillant pour libérer les graines. Celles-ci, de couleur brune, jaunâtre ou brun rougeâtre, mesurent environ 4 mm de long sur 3 mm de large[8],[6].

Caryologie[modifier | modifier le code]

L'espèce est diploïde avec 16 chromosomes (2n = 2x = 16)[6].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Pâturage infesté par Galega officinalis aux États-Unis.

L'aire de répartition originelle de Galega officinalis semble se limiter à des régions tempérés et chaudes de l'Ancien Monde, situées en Europe méridionale, centrale et orientale ainsi qu'en Asie occidentale (Turquie, Pakistan). Selon certains auteurs, ce serait une espèce indigène des steppes du Moyen-Orient qui se serait répandue dans les provinces continentales grâce à son caractère synanthrope[8].

L'espèce a été introduite aux États-Unis, à Logan dans l'Utah, en 1891 comme plante fourragère potentielle en vue d'essais à la station expérimentale agricole de l'Utah. Vu sa faible productivité comparée à celle de la luzerne, et la faible appétence du bétail pour cette plante, l'essai fut rapidement abandonné. Par la suite, la plante n'a plus été signalée dans l'Utah avant 1909, avant d'être classée comme mauvaise herbe nuisible (noxious weed) en 1974. Les tentatives d'éradication ont échoué[9]. Outre l'Utah, l'espèce est désormais naturalisée dans plusieurs États (Colorado, Connecticut, Maine, Maryland, Massachusetts, Nebraska, New York, Pennsylvanie, Washington) ainsi qu'en Ontario (Canada). Elle s'est également naturalisée au Chili et en Argentine, ainsi qu'en Nouvelle-Zélande[10]. Elle est considérée comme plante envahissante aux États-Unis.

Galega officinalis pousse dans les zones humides sur les berges de cours d’eau, les bords des routes, les friches, prairies, fossés et talus[11]. Cette plante préfère les sites ensoleillés, sur des sols relativement humides, à pH plutôt élevé, riches en nutriments et en matière organique, souvent à caractère rudéral[8]. Elle tolère également les sols salins, et peut se rencontrer dans les montagnes jusqu'à 1600 mètres d'altitude[12].

Biologie[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des Fabaceae, Galega officinalis est capable d'utiliser l'azote de l'air grâce à une symbiose avec une bactérie formant des nodules racinaires. Ces bactéries appartiennent à une espèce spécifique du genre Galega, Neorhizobium galegae dont on a décrit deux souches (ou biovars), (bv. orientalis et bv. officinalis)[13].

Caractère envahissant[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, Galega officinalis est inscrite depuis 1983 dans la liste des Federal Noxious Weed (mauvaises herbes nuisibles) et fait l'objet d'une réglementation dans 12 États des États-Unis[10].

Le galéga officinal est considéré comme envahissant en Suisse, où on le rencontre principalement dans la région zurichoise[14].

Ennemis[modifier | modifier le code]

Galega officinalis est parasité notamment par une espèce de champignons basidiomycètes du genre Uromyces (rouilles), il s'agit de Uromyces galegae. Cet organisme a été introduit au Chili en 1973 dans le cadre d'un programme de lutte biologique contre le galéga. Il s'est bien implanté mais n'a pas permis de réduire significativement la production de graines de la plante[15].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Plante ornementale[modifier | modifier le code]

Galega officinalis est cultivée comme plante ornementale. Plusieurs cultivars ont été sélectionnés à cet effet, notamment :

  • 'Bicolor', à fleurs bleues et blanches
  • 'Carnea', à fleurs roses
  • 'Lady Wilson', à fleurs mauves

Plante médicinale[modifier | modifier le code]

Le galéga officinal est également une plante médicinale qui a été employée en médecine traditionnelle pour soigner diverses affections, comme les fièvres pestilentielles, les piqûres d’insectes et les morsures d’animaux venimeux. On l'a utilisé aussi pour des propriétés très variées (vermifuge, diurétique, anti-convulsif et sudorifique, stimulant des glandes surrénales et du pancréas, protecteur hépatique)[5]. Dans la médecine moderne la plante a été employée pour ses propriétés antidiabétiques hypoglycémiantes[16], en tant qu’adjuvant de l'insuline dans les traitements complémentaires du diabète modéré, et pour ses vertus galactogogues.

En France, l'espèce est inscrite dans la liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement de la pharmacopée française (2008, IV.7) pour ses sommités fleuries. Toutefois, aucun usage alimentaire ou condimentaire n'est reconnu[17].

Une spécialité pharmaceutique, le Galactogil, contenant notamment un extrait aqueux sec des parties aériennes fleuries du Galega officinalis, était commercialisée en France jusqu'en 2015. Son indication était le traitement d'appoint de l'insuffisance de sécrétion lactée. Elle a été retirée du marché à la suite d'un avis du 7 juin 2010 de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), qui mettait en cause la sécurité d'emploi de ce médicament[18].

Plante fourragère[modifier | modifier le code]

Galega officinalis est parfois utilisée comme plante fourragère (parties aériennes hors période de floraison et fructification) dans les régions aux sols pauvres[réf. nécessaire].

Toxicité[modifier | modifier le code]

Les parties aériennes de la plante sont hautement (mortellement) toxiques[19] en période de floraison et de fructification. La plante séchée est la plus dangereuse, car fraîche, elle est peu appétente. Sa présence en fleurs ou avec les gousses dans le foin est à proscrire. Un fourrage contenant 10 % de Galega peut être dangereux. La dose toxique est de[20],[8] :

  • kg de plante fraîche pour une vache ;
  • 400 g de plante fraîche ou 100 grammes de plante séchée suffisent à déclencher les symptômes et entraîner la mort chez les brebis ;
  • des cas d'intoxication ont été rapportés à partir de 40 g de plante sèche ingérée chez les chevaux.

Les lapins semblent très peu sensibles.

Les symptômes sur le bétail sont assez caractéristiques : dyspnée, jetage spumeux, asphyxie, puis la mort. Il y a encombrement pulmonaire, la respiration est intense. Une fois l'animal dans cet état, la mort survient dans la demi-heure.

La toxicité de cette plante est attribuée à divers alcaloïdes (dont la galégine et l'hydroxygalégine) ainsi qu'à un glucoside flavonique, la galutéoline[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Galega officinalis L. », sur International Plant Names Index (IPNI).
  2. The Plant List, consulté le 30 août 2020
  3. (en) « Galega officinalis L. », sur Kew Science - Plants of the World Online.
  4. « Principales intoxications végétales chez les bovins : la Galega officinalis ».
  5. a b et c Céline Peirs, « Contribution à l'étude phytochimique de Galega officinalis L. (Fabaceae) - Thèse », Faculté des Sciences Pharmaceutiques - Toulouse, .
  6. a b c et d (es) « 25. Galega L. », sur Flora iberica, Real Jardín Botánico - Madrid.
  7. « Galega », sur Dictionnaire de l'Académie nationale de pharmacie, .
  8. a b c d et e André Fraiture, « Toxicité pour le bétail et usages médicinaux du Galega officinalis (Leguminosae) et de la galégine », Annales de Médecine Vétérinaire, vol. 158,‎ , p. 99-108 (lire en ligne).
  9. (en) Michelle Oldham, « Goatsrue (Galega officinalis) Seed Biology, Control, and Toxicity (thèsə) », Université d'État de l'Utah, .
  10. a et b (en) « Galega officinalis (goatsrue) », sur Invasive Species Compendium (ISC), CABI
  11. « Galega officinalis », sur Centre de ressources espèces exotiques envahissantes, OFB (Office français de la biodiversité, .
  12. (en) Dzyubenko N.I., Dzyubenko E.A., « Galega officinalis L. - Goat.s rue, medicinal galega.  », sur AgroAtlas, 2003-2009.
  13. (en) E. S. Karasev et al., « Evolution of Goat’s Rue Rhizobia (Neorhizobium galegae): Analysis of Polymorphism of the Nitrogen Fixation and Nodule Formation Genes », Russian Journal of Genetics, vol. 55,‎ , p. 263–266 (DOI 10.1134/S1022795419020078, lire en ligne).
  14. « Galega officinalis L. - Fiche espèce », sur www.infoflora.ch (consulté le 5 août 2020)
  15. (en) Carol A. Ellison & Robert W. Barreto, « Prospects for the management of invasive alien weeds usingco-evolved fungal pathogens: a Latin American perspective », Biological Invasions, vol. 6,‎ , p. 23–45 (lire en ligne).
  16. (en) DR Hadden, « Goat's rue – French lilac – Italian fitch –Spanish sainfoin:gallega officinalis andmetformin:The Edinburgh connection », J. R. Coll. Physicians Edinb.,‎ , p. 258-260 (lire en ligne)
  17. « Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à la sécurité d'emploi d'une plante (Galega officinalis) dans les compléments alimentaires », Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), .
  18. « Retour sur la séance du 24 novembre 2015 de la Commission de suivi du rapport entre les bénéfices/risques des produits de santé », Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), .
  19. (en) Michelle Oldham, Corey V. Ransom, Michael H. Ralphs et Dale R. Gardner, « Galegine Content in Goatsrue ( Galega officinalis ) Varies by Plant Part and Phenological Growth Stage », Weed Science, vol. 59, no 3,‎ , p. 349–352 (ISSN 0043-1745 et 1550-2759, DOI 10.1614/WS-D-10-00169.1, lire en ligne, consulté le 6 février 2020)
  20. a et b «  Galéga, lilas d'Espagne, rue des chèvres - Galega officinalis (monographie) », sur VégéTox : Toxicologie Végétale Vétérinaire, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :