Cécile DeWitt-Morette

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Cécile DeWitt-Morette
Description de cette image, également commentée ci-après

Cécile DeWitt-Morette avec son mari Bryce DeWitt

Nom de naissance Cécile-André-Paule Morette
Naissance
VIe arr. de Paris (France)
Décès (à 94 ans)
Nationalité Française
Domaines Physique, mathématiques
Institutions CNRS
Institute for Advanced Study
Université de Californie
Université de Caroline du Nord
Université du Texas
Formation Université de Caen
Faculté des sciences de Paris
Renommé pour Fondatrice de l'École de physique des Houches
Distinctions Membre de la Société américaine de physique
Chevalier de l'ordre national du Mérite (1981) et de l'ordre des Palmes académiques (1991)
Officier de l'ordre national de la Légion d'honneur (2011)

Compléments

Épouse de Bryce DeWitt

Cécile DeWitt-Morette est une physicienne et mathématicienne française née le à Paris et morte le à l'âge de 94 ans.

Ses travaux se situent à la frontière des mathématiques et de la physique, et portent notamment sur l'intégrale de chemin utilisée en physique quantique. Elle est connue pour avoir fondé l'École de physique des Houches, une école d'été qui offre des cours avancés de physique théorique, et dont plusieurs élèves ont obtenu le Prix Nobel de physique. Elle est titulaire de nombreuses décorations honorifiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Cécile-André-Paule Morette est née le dans le VIe arrondissement de Paris, à l'intérieur même de l'École nationale supérieure des mines de Paris[1]. Elle est la fille de Marie-Louise Claire Ravaudet et d'André Pierre Ernest Morette, un ingénieur et industriel normand travaillant à la direction de la Société métallurgique de Normandie[2],[3]. Son père avait alors été engagé pendant un an pour donner des cours à l'École des mines et y vivait avec sa famille[4]. Elle est la quatrième d'une fratrie de six enfants : trois garçons et trois filles[1]. Après la mort de son père en 1931, sa mère se remarie en 1932 avec Maurice Payen, et Cécile prend le nom de Morette-Payen[3]. La nouvelle famille passe ses vacances à Pornic, en Loire-Atlantique, la mère ayant acheté la villa Stella Maris au lieu-dit Gourmalon[1].

Dans sa jeunesse, elle veut faire des études de médecine pour devenir une chirurgienne mais sa mère l'en dissuade[4],[5]. Alors, elle se met à étudier la physique, les mathématiques et la chimie à l'université de Caen à partir de 1940, puis la physique à la Faculté des sciences de Paris à partir de 1943[2],[6],[7]. Le , alors qu'elle passe un examen à Paris, sa mère, sa grand-mère et une de ses sœurs sont tuées dans le bombardement de Caen avant le débarquement de Normandie[4],[5].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1944, avant la fin de ses études, Cécile Morette commence à travailler comme physicienne théoricienne dans un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dirigé par les physiciens et Prix Nobel de chimie, Irène Joliot-Curie et Frédéric Joliot. Elle assiste ce dernier dans la partie de la physique théorique : elle prépare des cours, lit et répond aux lettres des collègues physiciens... Mais ses connaissances en physique ne sont pas encore complètes et elle décide de partir pour terminer sa formation. Avec l'aide des Joliot et des autorités militaires, elle part en Angleterre puis en Irlande où elle travaille de 1946 à 1947 avec Walter Heitler à l'Institut d'études avancées de Dublin. En 1947, elle obtient son doctorat de l'université de Paris[2],[3],[7],[6] pour sa thèse Sur la production des mésons dans les chocs entre nucléons[8].

En 1947, elle rejoint l'Institut de physique théorique de Copenhague fondé par Niels Bohr. En 1948, elle prend un poste à l'Institute for Advanced Study de Princeton aux États-Unis, sur invitation de son directeur Robert Oppenheimer. Elle y rencontre son mari, le physicien américain Bryce DeWitt, qu'elle épouse en 1951[2],[6],[7].

Courtisée par plusieurs universités françaises, Cécile DeWitt-Morette refuse les offres car sa vie se trouve désormais aux États-Unis. Mais elle veut participer à la reconstruction de la recherche et de l'éducation scientifique en France, dévastée par la guerre. En 1951, elle fonde l'École de physique des Houches en Haute-Savoie avec l'aide de subventions du ministère de l'Éducation nationale. Cette école d'été donne pendant huit semaines des cours avancés de physique théorique. Plusieurs des élèves et des professeurs sont des lauréats ou futurs lauréats du Prix Nobel de physique. Cécile DeWitt-Morette est la directrice de l'école jusqu'en 1972[2],[4],[5],[6]. En 1958, le tout nouveau Science Committee de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) prend Les Houches comme modèles pour de nombreuses autres écoles d'été à travers le monde. De 1962 à 1966, elle est consultante à la Scientific Affairs Division de l'OTAN[3].

En , elle et son mari partent au Tata Institute of Fundamental Research à Bombay. Bryce DeWitt est malade la plupart du temps et les docteurs leur conseillent de quitter la pays. En 1952, elle suit son mari, engagé au Laboratoire national de Lawrence Livermore, et trouve un poste de maître de conférences à l'université de Californie à Berkeley. Lorsqu'en 1956 son mari devient le directeur de l'Institute for Field Physics à l'université de Caroline du Nord à Chapel Hill, elle y obtient un poste de professeur invité. L'université ne veut pas la titulariser de peur d'être accusée de népotisme. De 1957 à 1966, elle y dirige l'Institute of Natural Science. En 1971, elle et son mari acceptent des positions à l'université du Texas à Austin. Elle devient enfin un professeur titulaire mais seulement à mi-temps et dans la faculté d'astronomie et non celle de physique, contrairement à son mari. Finalement, elle intègre la faculté de physique en 1983, et obtient un temps plein en 1987[2],[4],[6],[7].

En 1993, elle devient Jane and Roland Blumberg Centennial Professor in Physics, ainsi que professeur émérite de l'université du Texas à Austin[4]. En 1996, elle intègre le conseil d'administration de l'Institut des hautes études scientifiques (IHÉS), fondé en 1958 par le mathématicien français Léon Motchane. En 1948, elle avait mis en rapport ce dernier avec le physicien américain Robert Oppenheimer qui l'avait aidé dans cette tâche[9].

Elle est membre de la Société américaine de physique et de la Société européenne de physique (en). Elle reçoit le Prix du rayonnement français en 1992 et le Marcel Grossmann Award en 2002. Elle est faite chevalier de l'ordre national du Mérite en 1981, et chevalier de l'ordre des Palmes académiques en 1991[4],[6]. Elle est nommée chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur le et se voit promue officier le [10].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Elle se marie en 1951 avec le physicien américain Bryce DeWitt[6], et de cette union naissent quatre filles[5] : Nicolette en 1952, Jan en 1955, Christiane en 1957 et Abigail en 1959[4].

Ayant une fille souffrant de trouble obsessionnel compulsif (TOC), elle préside pendant un certain temps l'association Planned Living Assistance Network qui vient en aide aux familles n'arrivant plus à s'occuper de leur enfant atteint de trouble psychique[5].

Elle meurt le [11],[12].

Travaux[modifier | modifier le code]

Les travaux de Cécile DeWitt-Morette sont à la frontière entre les mathématiques et la physique[4].

Elle a notamment travaillé sur l'intégrale de chemin, créée par Richard Feynman dans les années 1940 et fortement utilisée pour définir les systèmes en physique quantique[2],[4],[7].

Avec ses étudiants, elle développe de nouveaux modèles théoriques pour expliquer les phénomènes de diffusion des ondes dans les gloires, les arcs-en-ciel, et autour des trous noirs[2].

En 1973, elle dirige avec son mari Bryce DeWitt une expédition scientifique en Mauritanie qui a pour but de tester la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein durant une éclipse solaire. Ils prennent des photographies du ciel pendant l'éclipse et six mois plus tard pour pouvoir comparer la position des étoiles. Ils observent alors que le soleil a bien détourné les rayons lumineux à son voisinage[13].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Cécile DeWitt-Morette est l'auteur de plus d'une centaine de publications scientifiques et de plusieurs livres. Elle a notamment publié des notes sur les cours donnés chaque année à l'École de physique des Houches[8].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Avec Cécile DeWitt-Morette, en avant la physique ! », sur le site d'Ouest-France, (consulté le 15 novembre 2016).
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Elizabeth H. Oakes, Encyclopedia of World Scientists, Infobase Publishing, , 852 p. (ISBN 9781438118826, lire en ligne), p. 179-180.
  3. a, b, c et d (en) « Cécile DeWitt-Morette », sur le site de l'université du Texas à Austin (consulté le 18 novembre 2016).
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Nina Byers et Gary Williams, Out of the Shadows : Contributions of Twentieth-Century Women to Physics, Cambridge University Press, , 741 p. (ISBN 9780521821971, lire en ligne), p. 324-332.
  5. a, b, c, d et e Emily Mitchell, « Senior Women Web Interviews: Cécile DeWitt-Morette », sur seniorwomen.com (consulté le 16 novembre 2016).
  6. a, b, c, d, e, f et g Tiffany K. Wayne, American Women of Science Since 1900, vol. 1, ABC-CLIO, , 1024 p. (ISBN 9781598841589, lire en ligne), p. 343-345.
  7. a, b, c, d et e (en) Toni Feder, « Path integrals, Les Houches, and other adventures of Cécile DeWitt-Morette », Physics Today,‎ , p. 28-30 (ISSN 0031-9228, lire en ligne [PDF]).
  8. a et b [PDF](en) « Cécile DeWitt-Morette - Publications » (version du 4 mars 2012 sur l'Internet Archive).
  9. « Cécile DeWitt-Morette élevée au grade d'Officier de la Légion d'honneur », sur le site de l'IHÉS (consulté le 18 novembre 2016).
  10. « Décret du 13 juillet 2011 portant promotion et nomination », sur Légifrance, (consulté le 16 novembre 2016).
  11. Christophe Salomon, « Décès de Cécile DeWitt-Morette », sur le site de la SFP, (consulté le 13 mai 2017).
  12. « Décès de Cécile DeWitt-Morette, une grande scientifique française », sur le site de l'IHES, (consulté le 13 mai 2017).
  13. (en) Kristy Sorensen, « Archives of American Mathematics Spotlight: The Bryce S. DeWitt Papers », sur le site de la Mathematical Association of America (consulté le 20 novembre 2016).

Liens externes[modifier | modifier le code]