Génération précaire

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Génération précaire est un collectif associatif français constitué en 2005 face à l'explosion du nombre de stagiaires en entreprise et qui alterne les flashmobs, munis de masques blancs, les interventions dans les médias, auprès des décideurs politiques et des entreprises.

Présentation[modifier | modifier le code]

Création du mouvement[modifier | modifier le code]

Le collectif Génération précaire se forme en septembre 2005 à la suite d'un appel diffusé sur Internet, demandant aux stagiaires de faire grève pour protester contre le fait que de nombreux jeunes travailleurs doivent enchaîner les stages alors qu'ils viennent de terminer des études parfois longues, stages qui remplacent souvent des embauches[1]. Ils considèrent donc « [qu']il y a du travail mais pas d'emploi » ce qui bloque les jeunes dans l'accession à un premier travail véritablement rémunéré[1]. Le collectif est formé en majorité de jeunes diplômés dont la recherche d'emploi est difficile, ce que le collectif attribue à l'abus de stage dans les entreprises françaises[1].

Génération précaire s'inscrit dans un ensemble d'associations de défense des stagiaires en Europe créées ces dernières années, telles que « Intern Aware (en) » au Royaume-Uni ou « La Repubblica Degli Stagisti » en Italie[2].

Revendications[modifier | modifier le code]

Génération précaire revendique l'intégration des stagiaires dans le droit commun et donc, le Code du Travail, avec notamment une protection sociale et le fait que la période de stage soit prise en compte pour le calcul de la retraite ou la possibilité de régler les conflits entre un stagiaire et son employeur devant les prud'hommes[1]. Le collectif souhaite un plafonnement du nombre de stagiaires à 10 % des effectifs d'une entreprise[3]. Il demande aussi l'intégration des stages dans le calcul des retraites[4],[5] ainsi qu'une gratification progressive, fonction de l'année d'étude et de la durée du stage. Selon le collectif, il faut inscrire le stagiaire dans le Registre unique du personnel (RUP) ce qui permettrait d'avoir de vraies données statistiques sur les stages (il est actuellement très difficile d'évaluer exactement le nombre de stagiaires en France[3].

Le collectif demande que le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche établisse une liste précise des formations habilitées à délivrer des conventions de stage[3]. Génération précaire demande aussi qu'il soit obligatoire de valider un semestre de cours en université pour valider une convention de stage, afin d'éviter les inscriptions dans ces formations qui ne seraient que des prétextes à obtenir des stages. Il revendique aussi qu'il soit obligatoire qu'au moins la moitié d'une formation se déroule dans les murs de l'organisme de formation et non en stage[3] et que l'apprentissage soit favorisé[1].

Génération précaire réclame aussi que soit mise en œuvre « une troisième voie » de l'alternance, c'est-à-dire d'appliquer aux stages les critères retenus dans les formations par alternance pour que le stage « recouvre sa dimension pédagogique » : un temps unique de formation (6 mois non renouvelables maximum par année de formation), un véritable tutorat, un stagiaire en situation professionnelle réelle, une direction du stage assurée de concert par l'école et par l'entreprise et la reconnaissance des compétences acquises en entreprise[1].

Membres et collectifs proches[modifier | modifier le code]

Le collectif Génération Précaire, initié par Marina Damestoy (Cathy) est animé par plusieurs militants associatifs de manière horizontale. L'usage veut que les militants ne donnent que leur prénom, et ne soient visibles que masqués afin de les protéger tout en rappelant le caractère anonyme du stagiaire en entreprise. Mais on peut identifier cependant plusieurs personnes : Marina Damestoy, Julien Bayou, Ophélie Latil, la porte-parole du collectif[6], licenciée d'une entreprise qui a, peu après, recherché un stagiaire pour occuper le poste où elle travaillait[7], Manuel Domergue (journaliste à Alternatives économiques, militant d'Europe Écologie Les Verts et ancien étudiant de Sciences Po[8]) ou Leïla Chaibi. Autour de ce « noyau dur » d'une dizaine de personnes, dont on retrouve la trace dans "sois stage et tais toi" (Editions La découverte), les effectifs de ce collectif se sont évidemment renouvelés au fil des années, certains membres entrant dans la vie active[9].

Ces militants sont aussi membres de collectifs parallèles créés par les mêmes personnes, mais pour défendre des causes légèrement différentes. Ainsi, plusieurs membres du collectif créent un an après le collectif Jeudi noir[8], « collectif des galériens du logement », en 2006. En mars 2009, le collectif Sauvons les riches voit le jour à l'initiative de Manuel Domergue[8] et Karima Delli. En 2010, le collectif Circul'Air rassemblera également contre la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité ces mêmes militants déguisés en stewards et hôtesses de l'air[10].

Moyens d'actions[modifier | modifier le code]

Le collectif Génération précaire s'est distingué par sa mobilisation, qui comporte peu de militants (de 4 à 30 militants par actions), des masques[11] blancs désignant le masque neutre de théâtre derrière lequel défilent les caractères et personnages, tout comme, à un même poste, se succèdent des stagiaires en rotation à l'année. Génération précaire s'est illustré dans les manifestations syndicales traditionnelles où il n'a pas été dans un premier temps très bien reçu par les organisations traditionnelles (CGT, UNEF) qui ne saisissaient pas l'intérêt de l'action spécifique sur le stage. Le collectif rencontre cependant, de par une très grande médiatisation, un écho très favorable dans la société et obtient un rendez-vous avec Dominique de Villepin qui ménera le 31 mars 2006 à une loi sur l'égalité des chances[12].

Flashmobs[modifier | modifier le code]

Les actions de Génération précaire sont non violentes, utilisant par exemple des « flasmobs[11] ». Munis de masques blancs, les stagiaires et ex-stagiaires masqués s'engouffrent dans les entreprises qui abusent du stage (dans le traitement ou le nombre) afin de médiatiser les mauvaises pratiques et de pointer du doigt les entreprises qui abusent des stagiaires en leur faisant occuper le poste qu'un employé en CDI devrait selon eux avoir.

Le collectif s'illustre en 2010 en envahissant la Sorbonne à la recherche des « étudiants fantômes » en 2010 au son de Ghostbusters[13]. En novembre 2012 il organise un match de foot devant la boutique du Paris Saint-Germain Football Club[14]. Ils distribuent des cadeaux tracts de Noel aux Galeries Lafayette déguisés en lutins masqués, pour sensibiliser les clients au fait que nombreux parmi les vendeurs sont des stagiaires non rémunérés (ce qui est interdit par la loi qui précise qu'un stagiaire ne peut être recruté pour faire face à un accroissement temporaire de l'activité de l'entreprise ou pour occuper un emploi saisonnier) ainsi que chez le traiteur de luxe Fauchon qui venait de publier des annonces pour recruter 10 stagiaires pour la période des fêtes de fin d'année[15].

Travail législatif[modifier | modifier le code]

Depuis 2005, le collectif a participé à l'élaboration de nombreuses lois et influé directement sur la rédaction et le vote de différents articles de lois et décrets.[réf. nécessaire] Il a notamment été reçu à plusieurs reprises par le Ministère du travail et les partenaires sociaux au printemps 2011 lors des négociations concernantl 'accès des jeunes aux stages et aux formations par alternance[7].

  • 31 mars 2006 : article 9 de la loi pour l’Égalité des chances : convention tripartite et la gratification des stages de plus de trois mois dans le secteur privé.
  • 26 avril 2006 : rédaction d'une Charte des stages en entreprise.
  • 29 août 2006 : décret sur les clauses obligatoires d’une convention de stage dans le secteur privé.
  • 11 août 2007 : article 21 de la loi LRU : création d’un bureau d’aide à l’insertion professionnelle (BAIP) au sein des universités et rapport annuel d’activité en matière d’aide à l’insertion professionnelle obligatoire.
  • 1er septembre 2007 : mise en place du comité Stapro (groupe de travail sur les stages et la professionnalisation) au sein du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
  • Décembre 2007 : Plan de réussite en licence qui prévoit la généralisation des stages en Licence.
  • 31 janvier 2008 : Décret sur la gratification des stages dans le secteur privé.
  • 27 mai 2009 : Rapport d’étape sur la jeunesse d’une mission sénatoriale : « systématiser leur pratique dans l’Enseignement supérieur ».
  • 21 juillet 2009 : Décret sur les stages dans la fonction publique d'État: convention tripartite et gratification obligatoire des stages de plus de deux mois.
  • 23 juillet 2009 : Circulaire relative aux modalités d’accueil des stagiaires dans la fonction publique.
  • 24 novembre 2009 : Article 30 de la loi relative à l’orientation et la formation tout au long de la vie : gratification obligatoire des stages en entreprise de plus de deux mois, et suppression des stages post cursus.
  • 1er septembre 2010 : rédaction du décret supprimant les stages post cursus.
  • 28 juillet 2011 : loi pour le développement de l'alternance et la sécurisation des parcours professionnels, dite loi "Cherpion", qui accorde aux stagiaires les avantages salariés des comités d'entreprises, mentionne la nécessité d'un tableau général recensant les stagiaires, et imposant un délai de carence dans l'accueil des stagiaires en entreprise sur un même poste.
  • 22 juillet 2013 : loi sur l'enseignement supérieur qui étend la gratification des stages à la fonction publique territoriale et hospitalière
  • Octobre 2013 : la demande d'intégrer les mois de stage dans le calcul des retraites n'est que partiellement accepté : Génération précaire obtient à l'Assemblée Nationale le rachat de deux trimestres de stage sous conditions.

Conseil juridique[modifier | modifier le code]

Génération précaire assure un conseil juridique auprès des stagiaires en difficultés avec leur employeur[9].

Un des cas les plus médiatisés de suivi par Génération Précaire aux prud'hommes fut celui de la requalification de la convention de stage de David face à la banque LCL en 2009. Le jeune homme avait trois stages d'une durée totale de quatorze mois dans cette banque avant d'y être embauché en 2007[16]. Sa période d'essai est alors de six mois au bout desquels il est licencié[16]. La banque estime que David n'a pas les qualités requises pour le poste, tandis qu'il estime qu'il assurait le même travail en étant stagiaire et que son licenciement est dû à une période de crise économique[16]. En première instance la banque est condamnée à lui verser 4 900 euros de dommages et intérêts pour un renouvellement abusif d'une période d'essai et rupture abusive de contrat sans requalification des périodes de stage en contrat de travail[17].

Le collectif anime également des ateliers de rédaction de curriculum vitæ[18].

L'agence Young and Poor[modifier | modifier le code]

Le collectif Génération précaire créera l'agence de notation Young and Poor[11] lors des élections présidentielles de 2012 afin d'essayer d'obliger les candidats, malheureux d'avoir reçu un « junk bond » et désireux d'obtenir un AAA en lutte contre la précarité et "encadrement des stages", à améliorer leurs propositions sur la jeunesse. Dans ce cadre, Génération Précaire rencontre le candidat François Hollande.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sois stage et tais-toi, collectif Génération précaire], 2006, La Découverte, Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Présentation du collectif sur le site officiel de Génération précaire
  2. (en) Ella Delany, « Interns Resist Working Free », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  3. a b c et d Guillaume Gendron, « Depuis 2008, le nombre de stagiaires a doublé, interview d'Ophélie Latil, porte-parole de Génération précaire », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. Sylvain Mouillard, « vers une «gratification» minimale pour tous les stagiaires ? », Libération,‎ (lire en ligne)
  5. https://www.lemonde.fr/argent/article/2013/10/19/reforme-des-retraites-la-validation-des-stages-en-entreprise-une-fausse-bonne-idee_3499332_1657007.html
  6. [1]
  7. a et b Michel Noblecourt, « Génération précaire met en garde contre un boom des stages », Question(s) sociale(s), blog du journal Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. a b et c « Fiche de Manuel Domergue », sur France Inter, (consulté le 28 novembre 2013)
  9. a et b Nicolas Vanel, « Génération précaire : 8 ans après, le combat des stagiaires continue », Metronews,‎ (lire en ligne)
  10. Site du Collectif Circul'Air
  11. a b et c (en) William Horobin, « Young & Poor French Grade Candidates », The Wall Street Journal,‎ (lire en ligne)
  12. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000268539
  13. http://www.streetpress.com/sujet/1186-flashmob-a-la-recherche-des-etudiants-fantomes-dans-les-couloirs-de-la-sorbonne
  14. Gaspard Manet, « On était à la manif de « Génération Précaire » contre le PSG », sur So foot, (consulté le 21 novembre 2013)
  15. AFP, « « Flashmob » aux Galeries Lafayette pour dénoncer les stages non rémunérés en période de fêtes », 20 minutes,‎ (lire en ligne)
  16. a b et c Sylvie Boucher-Lambert, « David contre le géant LCL », L'Express,‎ (lire en ligne)
  17. « 14 mois de stages et l’aumône du Crédit Lyonnais », sur Le blog des associés / Mediapart, (consulté le 14 décembre 2013)
  18. « Ateliers de CV « précaire » », sur Génération précaire, (consulté le 28 novembre 2013)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]