Francis Reusser

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Francis Reusser
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Reusser LanginVoir et modifier les données sur Wikidata
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Francis Reusser, né le à Vevey et mort le , est un cinéaste suisse[1]. Il a adapté au cinéma plusieurs romans de Charles-Ferdinand Ramuz, dont Derborence et La Guerre dans le haut Pays.

Pour Elisabeth Chardon "Reusser a su être le cinéaste d’un territoire, entre lac et montagnes, transposer Ramuz et Rousseau, faire des films en costume, et tout cela sans conservatisme, mais au contraire expérimentant toujours, en passionné des techniques, avec un souci extrême de l’image et du son, et cherchant toujours à rendre compte, de manière critique, de notre humanité, et de notre époque"[2].

Parallèlement à toute sa carrière pour le cinéma, Francis Reusser a souvent réalisé des émissions documentaires et des fictions pour la Télévision Suisse Romande[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Les années rebelles[modifier | modifier le code]

Francis Reusser est né en 1942 à Vevey. Il est orphelin à 12 ans. Enfant rebelle, il passe la fin de son adolescence dans une maison de correction. Il a été figurant à la Fête des Vignerons en 1955.

Puis Francis Reusser suit une formation de photographe à l'École des arts et métiers de Vevey. Il était dans la même classe que le photographe Bruno Barbey et le cinéaste Simon Edlestein. Il travaille comme photographe de presse pour la Semaine Sportive à Genève et il fait son apprentissage de cameraman à la Télévision Suisse Romande.

Cinéaste engagé, il est dans les années 68 de tous les combats sociaux et culturels[4]. Il signe plusieurs ciné-tracts. Il participe aux manifestations du Comité Action Cinéma à Lausanne[5], ce qui lui vaut d’être emprisonné quelque temps.

Avec le professeur de cinéma François Albera, il fonde en 1977 la section audiovisuelle de l’École supérieure d’Arts visuels (ESAV), qui deviendra par la suite la HEAD de Genève.

Cependant, 23 ans après, il se réconcilie avec l’institution officielle avec le film Visages suisses produit par Claude Richardet dans le cadre des célébrations du 700e anniversaire de la Confédération suisse en 1991. Francis Reusser réalise le lien entre les courts-métrages des 13 réalisateurs des quatre régions linguistiques de la Suisse, en filmant un grand-père et sa petite fille qui partent en train faire le tour de la Suisse par des raccourcis.

Ses premiers films engagés[modifier | modifier le code]

La carrière de cinéaste Reusser commence en 1964 avec Antoine et Cléopâtre, un film très inspiré par les premiers films de Jean-Luc Godard. En 1966 il réalise l’un des quatre films de Quatre d’entre elles, une œuvre collective signée avec les cinéastes Yves Yersin, Jacques Sandoz et Claude Champion. Le film est présenté aux festivals de Cannes et de Locarno.

Toujours en rébellion contre la société et les pères, il est coscénariste avec Patricia Moraz de Vive la mort, son premier long-métrage de fiction produit par Freddy Landry (Milos Films). Le film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 1969.

L’année suivante, dans la droite ligne du travail entamé avec les ciné-tracts, il réalise avec le collectif Rupture le documentaire Biladi, une révolution, l’un des premiers films tourné dans les camps palestiniens.

Toujours avec la scénariste Patricia Moraz, il signe Le Grand Soir en 1976. Une réflexion désabusée sur ce fameux «grand soir» qui n’est pas vraiment arrivé en 1968. Le film remporte le Léopard d’Or au festival international du film de Locarno.

Cinq années après il réalise en 1981 Seuls une œuvre plus poétique avec des acteurs prestigieux : Niels Arestrup, Bulle Ogier, Michael Lonsdale, Christine Boisson et Olimpia Carlisi. Francis Reusser confie volontiers que c’est son film préféré. Il est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et au festival de Locarno.

A la rencontre de Ramuz et de Hodler[modifier | modifier le code]

Quittant la ville et le lac Léman, Reusser tourne ensuite sa caméra en direction de la montagne suisse.

Le film Derborence est filmé en 1985 sur l'alpage de Derborence, en contrebas du glacier des Diablerets, dans le canton du Valais avec Isabel Otero, Jacques Penot et Bruno Cremer. Il est produit par Jean-Marc Henchoz. C’est à la fois une reconstitution historique et une vision moderne du roman de Ramuz, le film fera forte impression par son lyrisme[6]. C’est le plus grand succès populaire de Francis Reusser. Le film a été sélectionné en compétition au festival de Cannes et il a obtenu le César du Meilleur film Francophone.

Dans La Guerre dans le Haut Pays, une autre adaptation de l’écrivain Charles Ferdinand Ramuz, Reusser a révélé l’actrice Marion Cotillard en 1999. L’action se déroule entre 1797 et 1798 au moment où les troupes napoléoniennes occupent le pays de Vaud. Le film est présenté en compétition au Festival de Berlin et il représentera la Suisse pour l’Oscar du meilleur film étranger[7].

Il existe une vraie similitude entre le peintre suisse Ferdinand Hodler et Francis Reusser. «Hodler peignait aussi bien les paysages que les gens qui les habitent. Et avec Reusser, c’était quelqu’un qui ne dissociait pas les paysages des gens qui les traversent»[8]. Son dernier projet, resté à l’état de scénario, s’intéressait justement à Hodler et au monde des faussaires.

De la montagne à la mer[modifier | modifier le code]

Francis Reusser redescend dans la plaine pour son film suivant, La Loi sauvage (1988) avec Lucas Belvaux et Michel Constantin, un polar désenchanté autour de la figure du père qui s’écoule au fil du Rhône du Valais à la mer. Puis il remonte ensuite dans la montagne pour signer une véritable comédie musicale Jacques et Françoise, adaptée du Pauvre Jacques de Carlo Boller (1991).

En 2003, il revient sur ses années de militantisme et des utopies avec Les printemps de notre vie (2003) où il retrouve les amis et les témoins du temps des projets collectifs mettant à l'épreuve les repères d'un imaginaire collectif éprouvé par le temps.

Toujours admiratif des grands philosophes, il signe ensuite un téléfilm, Voltaire et l’affaire Calas (2007) avec Claude Rich dans le rôle de Voltaire. Puis Ma nouvelle Héloïse (2012), une relecture très personnelle du roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau[9].

Prémonition et testament[modifier | modifier le code]

En 1994, il réalise avec sa compagne Emmanuelle de Riedmatten Passages de la Recherche sur le thème de la recherche au quotidien sur le cancer[10]. Ils filment trois chercheurs à l'Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer situé à Epalinges au-dessus de Lausanne[11]. Et en contrepoint, à Tavannes dans son appartement, Mireille une jeune femme atteinte du cancer écrit sa maladie dans son journal. 26 ans plus tard c’est Francis Reusser qui est atteint par la maladie[12].

Son dernier film, La séparation des traces (2018)[13], est un essai autobiographique amer et amusé qui donne envie de revoir toute son œuvre[14]. Son fils Jean Reusser est coréalisateur du film, il a assuré le montage de tous ses films depuis 2007. Mention Spéciale du Jury au Festival Visions du Réel à Nyon en 2018[15].

Testamentaire, il réalise finalement, depuis sa chambre d'hôpital, un dernier court-métrage en plan-séquence Le Voyage du Comédien où n'apparaissent que les mains du cinéaste[16]

Il a reçu en septembre 2019, lors d’une de ses dernières apparitions publiques, le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la Culture des mains du réalisateur Lionel Baier et de la Conseillère d’État Cesla Amarelle[17].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Conseil d'Etat du Canton de Vaud, « Décès de Francis Reusser », sur Etat de Vaud,
  2. Elisabeth Chardon, « Francis Reusser, les traces d'une vie », sur Cinébulletin,
  3. Frédéric Maire, « Francis Reusser nous a quittés », sur Cinémathèque Suisse,
  4. François Albéra, « Disparition du cinéaste vaudois Francis Reusser », sur Gauchebdo,
  5. Martine Desarzens, « Les printemps de notre vie de Francis Reusser », sur Notre Histoire.ch,
  6. Antoine Duplan, « Francis Reusser monte à Derborence », sur Le Temps,
  7. Philippe Deprez, « La Guerre dans le haut pays de Francis Reusser », sur Cinergie.be,
  8. ATS, « Le cinéaste Francis Reusser est décédé », sur Lematin.ch,
  9. Daniel Grivel, « Ma nouvelle Héloïse », sur Ciné-Feuilles
  10. Pierre Grosjean, « Quand la télévision scanne l'univers médical », sur Le Nouveau Quotidien,
  11. Pascal Gavillet, « Reusser interroge la recherche », sur 24 Heures,
  12. ATS, « Le cinéaste Francis Reusser est décédé », sur La Tribune de Genève,
  13. Cécile Lecoultre, « Reusser met en scène son journal intime, «La séparation des traces» », sur Vevey.ch,
  14. Édouard Waintrop, « Rencontre avec Francis Reusser », sur Les cinémas du Grutli,
  15. « La séparation des traces », sur Swiss Films, (consulté le 28 novembre 2020)
  16. Cinémathèque Suisse, « Le Voyage du comédien, message de Francis Reusser », sur Vimeo,
  17. Gérald Cordonier, « Francis Reusser, grand prix culturel vaudois 2019 », sur 24 Heures (consulté le 4 septembre 2019)

Liens externes[modifier | modifier le code]