Fernand Dansereau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Fernand Dansereau
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (92 ans)
MontréalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Distinctions

Fernand Dansereau est un réalisateur, producteur, scénariste, monteur et directeur de la photographie québécois né le 5 avril 1928 à Montréal (Canada). Il est le frère du producteur et réalisateur Jean Dansereau, le cousin de l'écologiste Pierre Dansereau et le père du réalisateur Bernard Dansereau.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il étudie au Collège Saint-Charles-Garnier de Québec, puis au Collège de Lévis et, enfin, à Montréal aux collèges Sainte-Croix et Sainte-Marie[1]. En 1950, après avoir complété son cours classique, il devient journaliste à La Tribune puis au Devoir, où il est chargé des questions de relations de travail et où il est congédié pour avoir refusé de franchir la ligne de piquetage pendant la grève des typographes[2].

Débuts à l'Office national du film du Canada[modifier | modifier le code]

À l'invitation de Pierre Juneau, Fernand Dansereau entre à l'Office national du film du Canada en 1955. Il y exerce tour à tour les diverses fonctions du cinéma : animateur à l'écran, scénariste, réalisateur, producteur et finalement responsable de la production française[3].

C'est d'abord à titre de scénariste qu'il se fait remarquer, signant d'abord pour le réalisateur Bernard Devlin la fiction didactique Alfred J..., dans laquelle Dansereau met à profit sa connaissance du milieu du travail pour raconter de manière précise le processus de syndicalisation dans une usine[4]. En 1958, il signe le scénario du long métrage Les mains nettes, réalisé par Claude Jutra, nouvelle incursion dans le milieu du travail.

Ses premières réalisations (Pays neuf; Le maître du Pérou) n'attirent guère l'attention de la critique. C'est toutefois à titre de producteur qu'il se distingue, puisqu'il participe à plusieurs œuvres marquantes de l'âge d'or du cinéma direct: Golden Gloves de Gilles Groulx, Bûcherons de la Manouane d'Arthur Lamothe, Pour la suite du monde de Michel Brault et Pierre Perrault, etc.

En 1965, il termine un premier long métrage historique, Le festin des morts, inspiré des Relations des Jésuites. Le film est accueilli avec sévérité par la critique malgré d'évidentes qualités[1]. L'échec du Festin des morts mène Dansereau vers la porte de sortie de l'ONF. On lui offre alors de réaliser un court métrage avant de quitter l'organisme fédéral[4]. Ce sera Ça n'est pas le temps des romans (1967), récit de l'introspection d'une mère de famille de 35 ans. Ironique, le cinéaste indique au générique qu'il s'agit d'un tiers de film.

L'intervention sociale[modifier | modifier le code]

Les récents déboires de Dansereau avec la direction de l'ONF ne l'empêchent toutefois pas d'accepter d'y réaliser un film de commande pour le Ministère fédéral du travail. Ce documentaire, tournée dans la ville de Saint-Jérôme, doit documenter les comportements «en période de changements socio-économiques accélérés»[5]. Le tournage de Saint-Jérôme contribue à la création du Groupe de recherches sociales de l'ONF, dont les principaux instigateurs sont, à part Dansereau, le producteur Robert Forget, les cinéastes Maurice Bulbulian et Michel Régnier, ainsi que la spécialiste du travail communautaire Hortense Roy. En proposant une analyse de l'impact des mutations économiques sur les ouvriers, Saint-Jérôme annonce le programme Société nouvelle de l'ONF, qui défendra une conception du cinéma comme facteur de transformation sociale[4]. Terminé en 1968, Saint-Jérôme est accompagné de 27 courts métrages satellites[2].

Dansereau enchaîne avec Tout le temps, tout le temps, tout le temps...? (1969), aussi réalisé dans le cadre du Groupe de recherches sociales. Cette fois-ci, le cinéaste travaille avec treize citoyens de l'Est de Montréal qui sont à la fois les scénaristes et les interprètes d'une fiction créée collectivement[6]. En 1970, avec Pierre Maheu et Michel Maletto, il est l'un des fondateurs de la société In-Média. C'est dans le cadre de cette dont les activités sont axées sur l'animation culturelle qu'il réalise Faut aller parmi le monde pour le savoir, documentaire commandité par la Société Saint-Jean-Baptiste et la Société nationale des Québécois. En prenant pour matière les propos de citoyens issus des classes populaires, le film élabore un discours sur le nationalisme québécois[2].

En compagnie de Iolande Cadrin-Rossignol, Dansereau poursuit dans la voie de l'action populaire et de l'intervention sociale en coréalisant la série L'Amour quotidien, dont les scénarios sont le résultat d'une démarche de création collective[2]. Sa quête d'un cinéma d'intervention sociale se poursuit avec Simple histoire d'amours (1973), projet élaboré avec des Acadiens de la région de Bathurst, au Nouveau-Brunswick, qu'il tourne sur support vidéo.

Toujours avec Cadrin-Rossignol et avec la collaboration de France Pilon et de Gaston Cousineau, il coréalise la série Un pays, un goût, une manière (1976-1977), qui aborde la culture populaire sous l'angle patrimonial. Ce travail de commande constitue toutefois une sorte d'intermède dans son parcours[6].

Le long métrage Thetford, au milieu de notre vie (1978), dont l'action présente une famille ouvrière de Thetford Mines, est écrit à la suite d'ateliers avec des comédiens amateurs et vient clore cette période dans la production du cinéaste. Dansereau qualifiera lui-même cette fiction sociale de «film maudit» et de «cul-de-sac»[6]. Doux aveux (1982), long métrage mettant en vedettes Marcel Sabourin et Hélène Loiselle, est toutefois une sorte d'épilogue à ce cycle, puisque le scénario est issu d'exercices d'écriture impliquant notamment Bernard Dansereau, Florence Bolté et Dominique Lévesque[6].

La télévision[modifier | modifier le code]

Au cours de la décennie 1980, Fernand Dansereau se consacre essentiellement à l'écriture pour la télévision. C'est d'abord le téléroman Le Parc des Braves (1984-1988) dans lequel il raconte la vie quotidienne d'une famille de la haute ville de Québec pendant la Deuxième Guerre mondiale, puisant dans ses souvenirs (en 1939 sa famille habitait rue des Braves, à Québec) pour traduire l'intensité dramatique de la période[7]. Il adapte ensuite le premier tome de la saga historique d'Arlette Cousture, Les filles de Caleb (1990-1991). Réalisée par Jean Beaudin, cette série devient l'un des plus grands succès de l'histoire de la télévision québécoise[8]. Toujours avec Beaudin à la réalisation et avec Marina Orsini comme interprète principale, Dansereau scénarise la série Shehaweh (1993), qui raconte l'histoire d'une jeune Autochtone arrachée à son peuple au XVIIe siècle[2]. Il réalise dans cette foulée le documentaire L'Autre Côté de la lune (1994) qui présente cinq Autochtones appartenant à cinq nations dans la tension qu'ils vivent entre leur mode de vie traditionnel et la modernité[9]. Le cinéaste participe ensuite à l'écriture de la série Caserne 24 (1998-2001) qui raconte la vie d'un groupe de pompiers.

Ces années d'écriture télévisuelles sont aussi des années d'engagement pour Dansereau qui préside l'Institut québécois du cinéma (1984-1985) et l'Institut National de l'Image et du Son (1990-1993).

Retour à la réalisation[modifier | modifier le code]

L'arrivée du XXIe siècle correspond à une nouvelle période dans la carrière de Fernand Dansereau. C'est d'abord le long métrage documentaire Quelques raisons d'espérer (2001), dans lequel il donne la parole à son cousin, l'écologiste Pierre Dansereau. Ce premier documentaire en inspire un autre, Les porteurs d'espoir (2010), tourné dans une classe de 6e année de McMasterville pendant toute une année scolaire[10].

Entre ces deux documentaires, le cinéaste tourne le long métrage La Brunante, où il aborde le thème de la maladie d'Alzheimer. La comédienne Monique Mercure y reprend, à 40 ans d'intervalle, le rôle qu'elle tenait dans Ça n'est pas le temps des romans. Ayant été produit après de longues batailles pour en assurer le financement, le film est en général bien reçu par la critique qui parle d'une mise en scène sobre et d'un récit émouvant[11]

La décennie 2000 marque aussi le temps des honneurs pour le cinéaste qui reçoit le prix Albert-Tessier remis par le Gouvernement du Québec en 2005, le prix Hommage du Festival des films du monde de Montréal (FFM) en 2007[12] et le prix Jutra-hommage en 2009.

La trilogie du vieil âge[modifier | modifier le code]

En 2012, alors âgé de 84 ans, Dansereau termine un documentaire intitulé Le vieil âge et le rire. Le film, qui propose une réflexion sur la sagesse, la spiritualité et l'humour, remporte un succès estimable en salles et reçoit le prix du public lors des Rendez-vous du cinéma québécois[13]. Le cinéaste enchaîne cinq ans plus tard avec L'érotisme et le vieil âge, où il aborde, avec le même succès, le sujet tabou de la sexualité chez les personnes âgées[14], donnant notamment la parole à son complice Jean Beaudin[15]. En 2019, il termine cette trilogie en signant Le vieil âge et l'espérance, où il est question de la manière dont on peut encore appréhender la vie lorsque le corps et l'esprit déclinent. Encore une fois, Dansereau fait une place à Jean Beaudin, ici accompagné de trois autres camarades de cinéma : Denys Arcand, Jean-Claude Labrecque et Marcel Sabourin[16].

Le fonds d'archives de Fernand Dansereau est conservé au centre d'archives de Montréal de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec[17].

Filmographie sélective[modifier | modifier le code]

En tant que scénariste[modifier | modifier le code]

En tant que réalisateur[modifier | modifier le code]

  • 1956 : Les Suspects (court métrage)
  • 1957 : La communauté juive de Montréal (court métrage)
  • 1958 : Pays neuf (mini-série en 2 épisodes)
  • 1958 : Le Maître du Pérou (mini-série en 3 épisodes)
  • 1959 : Pierre Beaulieu, agriculteur (court métrage)
  • 1959 : John Lyman, peintre (court métrage)
  • 1959 : La canne à pêche (court métrage)
  • 1960 : Congrès (court métrage) (également directeur de la photographie)
  • 1961 : Les administrateurs (moyen métrage)
  • 1965 : Astataïon ou Le festin des morts (également monteur)
  • 1967 : Ça n'est pas le temps des romans
  • 1967 : Saint-Jérôme
  • 1969 : Tout le temps, tout le temps, tout le temps...?
  • 1970 : Jonquière (court métrage)
  • 1970 : Ski (court métrage)
  • 1971 : Faut aller parmi le monde pour le savoir
  • 1972 : Vivre entre les mots
  • 1973 : Simple histoire d'amours
  • 1975 : L'Amour quotidien (série télévisée en 13 épisodes), coréalisée avec Iolande Rossignol
  • 1976-1977 : Un pays, un goût, une manière (série télévisée)
  • 1978 : Thetford au milieu de notre vie, coréalisé avec Iolande Rossignol (également monteur)
  • 1982 : Les Doux aveux
  • 1995 : L'Autre Côté de la lune
  • 2001 : Quelques raisons d'espérer
  • 2007 : La Brunante
  • 2010 : Les porteurs d'espoir
  • 2012 : Le vieil âge et le rire
  • 2017 : L'érotisme et le vieil âge
  • 2019 : Le vieil âge et l'espérance

En tant que producteur[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • 2003 – Prix Lumière pour l'ampleur de sa carrière de réalisateur, sa contribution au métier et son implication au sein de L’Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec (ARRQ)[26]

Nominations et sélections[modifier | modifier le code]

  • Festival de Cannes 1971 : Sélection « Quinzaine des réalisateurs » pour Faut aller parmi le monde pour le savoir[33]
  • Prix Génie 1983 : Meilleure chanson originale pour Doux aveux, co-écrite avec Réjean Marois[34]
  • Prix Jutra 2008 :
    • Meilleur film pour La Brunante
    • Meilleure réalisation pour Fernand Dansereau avec La Brunante[35]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Thérèse Laforest et Guy Robillard, « Le festin des morts (analyse) », Séquences, numéro 52,‎ , p. 30 à 36 (ISSN 0037-2412, lire en ligne)
  2. a b c d et e Jean, Marcel, 1963- et Coulombe, Michel, 1957-, Le dictionnaire du cinéma québécois, Montréal (Québec), Boréal, (ISBN 2-7646-0427-0 et 9782764604274, OCLC 1006893527, lire en ligne)
  3. Marc St-Pierre, « Fernand Dansereau, pionnier de la production française - ONF », sur www.onf.ca (consulté le 8 janvier 2018)
  4. a b et c Jean, Marcel, 1963-, Dictionnaire des films québécois (ISBN 978-2-924283-67-7 et 2-924283-67-1, OCLC 898455043, lire en ligne)
  5. Jean-Yves Bégin, « Le groupe de recherches sociales de l'O.N.F. », Séquences no 59,‎ , p. 14-22 (ISSN 0037-2412, lire en ligne)
  6. a b c et d Léo Bonneville, « Entretien avec Fernand Dansereau », Séquences, no 110,‎ , p. 4-11 (ISSN 0037-2412, lire en ligne)
  7. Emmanuelle Plante, « Une tranche d'histoire », Le Journal de Montréal,‎ (lire en ligne)
  8. François Lévesque, « Le réalisateur Jean Beaudin n'est plus », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  9. « L'autre côté de la lune », sur cinematheque.qc.ca
  10. Kevin Laforest, « Les Porteurs d’espoir : L’audace d’espérer », sur Voir.ca (consulté le 20 avril 2020)
  11. Mariève Desjardins, « Voyage au bout du jour », Ciné-Bulles, volume 25, numéro 3,‎ , p. 10-11 (ISSN 0820-8921, lire en ligne)
  12. « La passionnante expérience de la vie de Fernand Dansereau », sur La Presse, (consulté le 20 avril 2020)
  13. « Le vieil âge et le rire diffusé à Radio-Canada », sur Films du Québec (consulté le 21 avril 2020)
  14. « L’érotisme et le vieil âge », sur FADOQ (consulté le 21 avril 2020)
  15. « L'érotisme et le vieil âge: souffler sur les braises *** », sur Le Soleil, (consulté le 21 avril 2020)
  16. « Le vieil âge et l’espérance: vieillir en sagesse *** », sur Le Soleil, (consulté le 21 avril 2020)
  17. Fonds Fernand Dansereau (MSS205) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  18. Annie Tanguay, « La Canne à pêche – Premier regard », sur lepetitseptieme.ca, (consulté le 29 avril 2020)
  19. (en) Creative Canada: A Biographical Dictionary of Twentieth-century Creative and Performing Artists, vol. 1, Toronto, University of Toronto Press, (ISBN 144-263-7838)
  20. « Pour la suite du monde consacré « événement historique » », sur ici.radio-canada.ca, (consulté le 30 avril 2020)
  21. Paul Townend, « Palmarès du film canadien », sur https://www.thecanadianencyclopedia.ca, (consulté le 29 avril 2020)
  22. Marc St-Pierre, « Fernand Dansereau, pionnier de la production française », sur onf.ca (consulté le 29 avril 2020)
  23. Paul Townend, « Prix John-Grierson », sur thecanadianencyclopedia.ca, (consulté le 30 avril 2020)
  24. Richard Therrien, « Le Parc des braves », sur quijouequi.com (consulté le 30 avril 2020)
  25. Richard Therrien, « Les Filles de Caleb », sur quijouequi.com (consulté le 30 avril 2020)
  26. « Membres émérites et honoraires », sur https://reals.quebec/, (consulté le 29 avril 2020)
  27. André Roy, « Récipiendaire : Fernand Dansereau », sur prixduquebec.gouv.qc.ca, (consulté le 29 avril 2020)
  28. « Bravo, Fernand Dansereau », sur ici.radio-canada.ca, (consulté le 29 avril 2020)
  29. « Fernand Dansereau recevra le Prix Jutra-Hommage », La Presse,‎ (lire en ligne)
  30. « Fernand Dansereau, Compagnon des arts et des lettres du Québec », sur calq.gouv.qc.ca, (consulté le 29 avril 2020)
  31. David-Alexandre Vincent, « Bilan du Festival international de cinéma et d’art de Percé « Les percéides » », sur cimtchau.ca, (consulté le 30 avril 2020)
  32. Pascal Laplante, « Le Québec à Cannes », sur https://elephantcinema.quebec, (consulté le 30 avril 2020)
  33. « Faut aller parmi le monde pour l'savoir », sur quinzaine-realisateurs.com, (consulté le 29 avril 2020)
  34. (en) « Doux aveux (1982) : Awards », sur imdb.com (consulté le 30 avril 2020)
  35. Charles-Henri Ramond, « Prix Jutra 2008: récapitulatif », sur filmsquebec.com, (consulté le 30 avril 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]