Félix d'Hérelle

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Félix d'Hérelle
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Portrait de Félix d'Hérelle, vers 1905,
in: Pasteuriens et personnalités du monde médical, 1868- 1970, Institut Pasteur (Paris)
disponible sur Gallica
Naissance
Paris (France)
Décès (à 75 ans)
Paris (France)
Nationalité franco-canadienne
Drapeau : France - Drapeau : Canada
Domaines Microbiologie
Institutions Institut Pasteur
Institut George Eliava du bactériophage, de microbiologie et de virologie de Tbilissi, Géorgie
Renommé pour la découverte des virus bactériophages[1],[2]
et le développement de la phagothérapie[3],[4]

Félix d’Hérelle (Paris, - Paris, ) est un biologiste franco-canadien. Devenu un spécialiste de microbiologie et des bactériophages, il inventa la phagothérapie.

Biographie[modifier | modifier le code]

La vie de Félix d'Hérelle nous est connue dans de nombreux détails par son autobiographie qui était conservée à l'Institut Pasteur et qui sortit de l'oubli en 2017 lorsqu'elle fut publiée sous une forme légèrement abrégée par le Dr. Alain Dublanchet[5].

Félix d’Hérelle est né Hubert Augustin Félix Haerens le à Paris, 47 rue de Berri (8e arrondissement), ainsi que l'indique son acte de naissance[6] et non au Québec comme l'indique l'Encyclopédie Britannica[7]. Il fit ses études à Paris au lycée Carnot et au lycée Louis-le-Grand. Il aurait étudié la médecine en Europe, mais on ignore où exactement.

A l'âge de 16 ans, ayant reçu en cadeau de sa mère une bicyclette, il part faire un tour des pays limitrophes de la France à vélo durant les vacances. Un an plus tard il emploie ses vacances à un voyage en Amérique du sud et il passe brièvement par l'Argentine, le Paraguay et le Brésil. Puis il voyage en Europe mais l'emploi du temps qu'il donne dans son autobiographie coïncide difficilement avec le fait qu'il s'engage dans l'armée le 6 octobre 1893 et en déserte un an plus tard. Durant cette période, il rencontre à Constantinople sa future femme âgée d'environ 16 ans qui l'accompagnera dans ses pérégrinations.

Parti au Québec à l'âge de 24 ans (1897), il y adopte le nom « d'Hérelle » (qu'il écrivait souvent sans accent aigu, peut-être parce que les machines à écrire étaient anglaises)[réf. nécessaire]. Il se monte un premier laboratoire de bactériologie puis accompagne une mission géologique au Labrador pour en assurer le suivi médical. Il fabrique du whisky à base de sirop d'érable à la demande du Ministre des Finances du Québec inquiet de la chute des cours du sirop d'érable. En 1899, sous le nom de Felix Hoerens, il dépose un brevet américain pour la fabrication d'une clef réglable un peu semblable à une clef à molette[8].

Il fonde une chocolaterie avec son frère en 1899 à Longueil, au Québec, où il investit sa fortune personnelle et qui fait faillite en 1901.[9] A 27 ans, ruiné, marié et père de deux filles, il décide de se consacrer à la bactériologie et de suivre le cheminement de Pasteur : étudier successivement des fermentations, une maladie d'insecte, des maladies animales et enfin des maladies humaines.

En 1901, toujours à Longueuil, il publie un article en se présentant comme « chimiste », dans lequel il prétendait démontrer que les plantes fabriquaient le CO2 sans source originale. Ce sera son seul « essai » en chimie.

En 1902, il part pour le Guatemala, après y avoir obtenu un poste de microbiologiste. En plus des examens bactériologistes hospitaliers, il donne des cours et accomplit diverses missions dont la fabrication de whisky à partir de bananes fermentées puis distillées[10]. On le charge aussi d'organiser des mesures prophylactiques lors d'une épidémie de fièvre jaune. Puis il étudie une maladie des caféiers d'origine mycologique qu'il traite en alcalinisant le sol après avoir constaté que les caféiers exposés à des cendres volcaniques étaient restés indemnes.

En 1907 d'Hérelle est invité par le Gouvernement du Mexique à venir étudier l'utilisation des résidus de défibration de l'agave qui sert à produire le sisal pour en tirer de l'alcool. Il dépose alors un brevet sur la production massive en continu de levures. Puis il s'occupe de la modernisation de la fabrication de la boisson alcoolisée locale, le pulque et de l'exploitation du jus des agaves du désert. Toujours au Mexique, il découvre un coccobacille dans l’intestin de sauterelles mortes. Il propose de lutter contre les invasions de sauterelles par des moyens bactériologiques. Certaines sources affirment qu’il échoua et d’autres qu’il remporta des succès en Argentine et en Afrique du Nord. Dès 1912, il a combattu les pestes argentines de sauterelle par utilisation de coccobacille. Il commence aussi à collaborer avec l'Institut Pasteur.

Mais, en 1917, on le retrouve à l’Institut Pasteur, à Paris, où il fait une découverte majeure : le bactériophage, un ultravirus (impossible à observer à l’époque, car précédant la mise au point des microscopes électroniques) qui s’attaque aux bactéries. Il en conclut à la possibilité d’utiliser ce « microbe invisible » pour combattre toutes les épidémies. Sur la base de l'article publié dans The Lancet par Frederick Twort en 1915, d'Hérelle publie son fameux article princeps deux ans plus tard, en 1917, « Sur un microbe invisible antagoniste des bacilles dysentériques[11] ». Cet article développe la même expérience de lyse de bactéries de la dysenterie mais de manière plus précise et surtout plus orientée vers les applications thérapeutiques, ce qui permet d'affirmer que si Twort a découvert les bactériophages, c'est d'Hérelle qui a découvert la phagothérapie.

Au début de 1919, d'Hérelle isole des bactériophages chez le poulet, traitant avec succès par ce moyen un typhus du poulet. Après cette expérience réussie, il entreprend de soigner des patients humains. Le premier patient guéri de la dysenterie par phagothérapie le sera en août 1919.

De 1920 à 1925, la phagothérapie, comme on appelle l’usage du bactériophage contre les bactéries, est à la mode un peu partout dans le monde. D’Hérelle commercialise sa découverte. Il est congédié de l’Institut Pasteur en 1925 pour des motifs jamais éclaircis[12].

Il travaille en Inde, en Égypte et finalement, on lui offre une chaire à l'université Yale.

De 1934 à 1936, il travaille en Union soviétique (Géorgie) où il fonde des instituts de recherche sur le bactériophage. Il doit quitter précipitamment le pays quand, durant une des grandes purges staliniennes, un de ses collaborateurs est fusillé pour avoir « tenté d’empoisonner un puits avec des bactériophages ».

De retour à Paris, il fonde un laboratoire privé en association avec Nicolas Boulgakov, frère de Mikhaïl Boulgakov, l’auteur de littérature fantastique.

Il meurt oublié en 1949, un peu avant Frederick Twort, dont le laboratoire avait été bombardé en 1944 et qui avait été exclu de l'université de Londres.Il est enterré à Saint-Mards-en-Othe (Aube).

Bactériophages[modifier | modifier le code]

La paternité de la découverte des bactériophages est souvent disputée entre Frederick Twort et Félix d'Hérelle. La publication de Twort dans The Lancet en 1915 est toutefois très différente de celle de Félix d'Hérelle en 1917.

Twort se demande en effet s'il ne s'agirait pas : 1) d'une petite bactérie (« minute bacterium »), 2) d'une enzyme libérée (car l'ultra-virus est inactivé dès 60 °C) ou même 3) d'amibes liées à la bactérie car, logiquement, il constate que l'ultravirus ne se développe plus après avoir fait disparaître la bactérie mais qu'il reste actif environ 6 mois. Comme le virus ne se développe qu'en présence de la bactérie, Twort se demande carrément si ses « virus ultra-microscopiques » ne proviendraient pas tout simplement de la bactérie elle-même, qui produirait ses propres moyens de destruction spécifiques (hypothèse qui serait dans la ligne polymorphique d'Antoine Béchamp et de Jules Tissot, ce qui expliquerait élégamment la spécificité des phages…) : « If it is part of the micrococcus it must be either a stage in its life-history… or an enzyme secreted by the micrococcus which leads to its own destruction… ».

A la recherche de virus non pathogènes, Twort a d'abord passé différents prélèvements (paille, étangs, foin, bouses, terreau, etc.) par des filtres éliminant les bactéries et ne pouvant laisser passer que des virus "ultra microscopiques" (selon ses termes). Puis il a essayé de cultiver le filtrat sur plusieurs centaines de supports (« media »). Dans son article, Twort précise qu'il a obtenu des résultats intéressants avec des cultures réalisées sur de la vaccine, une sorte de variole bovine, (« Some interesting results, however, were obtained with cultivations from glycerinated calf vaccinia. »), ce qui n'est pas très clair, sauf à comprendre qu'il attribue la vaccine à des micrococci. Sur certaines de ces préparations il a obtenu des aires vitreuses en 24 h à 37 °C avec ses filtrats naturels et il constate que celles des cultures où croissent des micrococci deviennent vitreuses et transparentes si on les conserve. De plus il remarque que le phénomène est contagieux et contamine une culture de micrococci isolé de la vaccine qui entre en contact avec une culture du même micrococci en phase de vitrification[13]. Avait-il trouvé des virophages[14],[15] ? Il parle de « micrococci » obtenus à partir de sa préparation de vaccine (« micrococci obtained from vaccinia ») ce qui rend les choses confuses. Ses aires vitreuses viennent-elles seulement de la destruction des micrococci ? La conclusion de Gratia et Jaumain[16] paraît donc sujette à caution : il ne s'agit pas tout à fait du même phénomène ni de la même expérience. Il paraît plus probable que Félix d'Hérelle ait été influencé par l'étude de Hankin, M.E., L'action bactéricide des eaux de la Jumna et du Gange sur le microbe du choléra. Annales de l'Institut Pasteur, 1896.10 : p. 511-23[17], parue avant le départ de d'Hérelle au Québec.

L'isolement des bactériophages par d'Hérelle fonctionne ainsi :

  • un substrat alimentaire est atteint par des bactéries ; ce milieu devient opaque ;
  • les bactéries sont atteintes par des bactériophages spécifiques et produisent de nouveaux bactériophages, de sorte que le substrat s'éclaircit ;
  • le substrat est filtré sur porcelaine, retenant les bactéries et d'autres éléments de grande taille. Seuls les bactériophages plus petits le traversent.

Le bactériophage a été supplanté par les antibiotiques, mais il est encore utilisé pour identifier les souches bactériennes et, de plus en plus, pour sa capacité de détourner l’ADN des bactéries qu’il attaque : sa capacité de recombiner les séquences d'ADN en fait un outil précieux du génie génétique. On s’y intéresse de nouveau aussi dans le contexte de la résistance de plus en plus grande des bactéries aux antibiotiques, dans le cadre de la nouvelle phagothérapie.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une collection Félix-d’Hérelle comprenant 420 virus a été montée par Hans Wolfgang Ackermann, professeur à l’université Laval. En 2003, au moment de sa retraite, cette collection a été transférée à Sylvain Moineau, PhD, également professeur à l'Université Laval[18].

Le nom de Félix d’Hérelle s’est retrouvé, dans les années 1960, sur une liste publiée par la Fondation Nobel, qui comporte des noms de scientifiques qui auraient été dignes de remporter le prix du même nom, mais qui avaient été évincés pour une raison ou un autre.

L'Avenue Félix-D'Hérelle, dans le 16e arrondissement de Paris, et la rue D'Hérelle du quartier Saint-Michel à Montréal sont nommées en son honneur.

Le Centre de référence pour virus bactériens Félix d'Hérelle de l'Université Laval de Québec porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Felix D'Herelle, « On an invisible microbe antagonistic toward dysenteric bacilli: brief note by Mr. F. D'Herelle, presented by Mr. Roux. 1917 », Research in Microbiology, vol. 158, no 7,‎ , p. 553-554 (ISSN 0923-2508, DOI 10.1016/j.resmic.2007.07.005, lire en ligne).
  2. (en) Donna H Duckworth, « Who discovered bacteriophage? », Bacteriological Reviews, vol. 40, no 4,‎ , p. 793-802 (ISSN 0005-3678, PMCID 413985, lire en ligne).
  3. (en) Félix d'Herelle, « An Address on Bacteriophagy and Recovery From Infectious Diseases », Canadian Medical Association Journal, vol. 24, no 5,‎ , p. 619-628 (ISSN 0008-4409, PMCID PMC382443, lire en ligne).
  4. (en) Felix D'Herelle, « Bacteriophage as a Treatment in Acute Medical and Surgical Infections », Bulletin of the New York Academy of Medicine, vol. 7, no 5,‎ , p. 329-348 (ISSN 0028-7091, PMCID PMC2095997, lire en ligne).
  5. Hérelle, Félix d' (1873-1949). et Schwartz, Maxime (1940-....)., Autobiographie de Félix d'Hérelle 1873-1949 (ISBN 9782867280153 et 286728015X, OCLC 1002110122, lire en ligne)
  6. Acte de naissance publié dans le Bulletin de la Société d'histoire de Longueil de mars 2004.
  7. Félix d'Hérelle - Encyclopædia Britannica
  8. (en) « United States Patent and Trademark Office - Wrench - F. Hoerens », sur uspto.gov,
  9. « Chocolaterie des frères d'Hérelle », Société d'Histoire de Longueil,‎ (lire en ligne)
  10. (es) Félix d'Hérelle, « Experimentos relativos al alcohol obtenido del bagazo del henequén », El Agricultor: Organo de la Caméra Agricola de Yucatan,‎
  11. Félix d'Hérelle, « Sur un microbe invisible antagoniste des bacilles dysentériques. Note de M. F. d'Hérelle, présentée par M. Roux », Comptes rendus de l'Académie des Sciences, vol. 165,‎ , p. 373-375 (lire en ligne).
  12. Dr Alain Dublanchet, Des virus pour combattre les infections : La phagothérapie : renouveau d'un traitement au secours des antibiotiques, Favre SA, (ISBN 2828910466).
  13. « An investigation on the nature of ultra-microscopic viruses by Twort FW, L.R.C.P. Lond., M.R.C.S. (From the Laboratories of the Brown Institution, London) », Bacteriophage, vol. 1, no 3,‎ , p. 127–129 (DOI 10.4161/bact.1.3.16737, lire en ligne, consulté le 17 juin 2019)
  14. (en) Didier Raoult, « The virophage as a unique parasite of the giant mimivirus », Nature, vol. 455, no 7209,‎ , p. 100-104 (ISSN 0028-0836, DOI 10.1038/nature07218, lire en ligne).
  15. « Le virophage : un virus capable d'infecter d'autres virus », sur www.techno-science.net, (consulté le 28 avril 2012).
  16. A. Gratia, « Identité du phénomène de Twort et du phénomène de d'Hérelle », Comptes rendus hebdomadaires des séances et mémoires de la société de Biologie, vol. 85,‎ , p. 880–881.
  17. (en) & (fr) ME Hankin, « Hankin ME. The bactericidal action of the waters of the Jamuna and Ganges rivers on Cholera microbes [L’action bactéricide des eaux de la Jumna et du Gange, sur le microbe du choléra]. Ann. Inst. Pasteur 10:511–523 (1896), traduit et republié », Bacteriophage, vol. 1, no 3,‎ , p. 117-126 (ISSN 2159-7073, DOI 10.4161/bact.1.3.16736, lire en ligne).
  18. Le site Internet du Centre de référence pour virus bactériens Félix d'Hérelle de l'Université Laval, Québec, Canada, consulté le

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Dublanchet, Autobiographie de Félix d'Hérelle. Les pérégrinations d'un bactériologiste. 2017, éditions Lavoisier Paris 347 pages (ISBN 978-2-86728-015-3).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

d'Hérelle est l’abréviation botanique standard de Félix d'Hérelle.

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