Jean-François Raffaëlli

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Jean-François Raffaëlli
Jean-François Raffaëlli.jpg
Jean-François Raffaëlli dans son atelier (vers 1885-1890), photographie anonyme, New York, The Frick Collection.
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Jean-François Raffaëlli né le à Paris où il est mort le est un peintre, sculpteur et graveur français.

Peintre naturaliste, il cherche surtout à évoquer dans ses toiles et ses dessins des scènes de la banlieue parisienne, des intérieurs et des portraits souvent dramatiques. On lui doit également des gravures de sites parisiens : Notre-Dame, les Invalides et des illustrations des écrits de Joris-Karl Huysmans. Il est associé au mouvement impressionniste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les Buveurs d'absinthe (1880-1881), musée des Beaux-Arts de San Francisco. Œuvre présentée à l'exposition impressionniste de 1881 sous le titre Les Déclassés.

Issu d'une famille d’origine italienne et lyonnaise, Jean-François Raffaëlli doit travailler jeune. A 18 ans, il est choriste et acteur sous le nom de Raffa, dans les théâtres lyriques et chantre d'église. Il suit le matin les cours de l’École des beaux-arts de Paris, dont celui de Jean-Léon Gérôme. Engagé dans les régiments de marche durant la guerre de 1870, il assiste à la Semaine sanglante qu'il décrit dans de nombreux croquis[1].

Il débute au Salon de 1870, puis y est régulièrement refusé jusqu'en 1875, mais il continue en parallèle son métier de chanteur, qui lui permet de faire un tour de méditerranée en Italie, Espagne, Algérie, Égypte, dont il rapporte des tableaux dans le style de Fortuny. À son retour, il découvre son style et ses sujets dans un séjour en Bretagne qu'il expose avec succès au Salon de 1876 (La Famille de Jean-le-Boîteux, paysans de Plougasnou, Paris, musée d'Orsay), puis par son installation dans la banlieue parisienne.

En 1879, il épouse Rachel Héran (1849-1924) avec qui il a eu une fille Jeanne en 1877. Les témoins du mariage sont ses amis Edgar Degas et Albert Bartholomé.

Il rencontre les impressionnistes et le milieu des artistes et écrivains naturalistes au café Guerbois.

En 1880, il illustre avec Jean-Louis Forain le recueil de Huysmans, Croquis Parisiens.

À la demande de Degas, il participe aux expositions impressionnistes de 1881 (avec 40 œuvres) et 1882 (33 œuvres), puis il est exclu du groupe à la demande de Monet, Paul Gauguin et Gustave Caillebotte qui le considèrent comme trop envahissant. Il se rapproche du groupe des XX à Bruxelles. Il expose alors après 1881 au Salon des artistes français.

Sa première exposition personnelle a lieu en 1884, dans une boutique à louer avenue de l'Opéra où il expose 150 œuvres, peintures, dessins et gravures, des « portraits types de gens du peuple »[2], de chiffonniers, de terrassiers, de petits-bourgeois, paysages de fortifications et de banlieues ouvrières.

Figure de l'École Nouvelle, que la critique d'alors surnomme « l'école du Laid », Raffelli répond dans une conférence à Bruxelles en 1885 où il se place sous l'égide de la Grèce, du réalisme rustique de Jean-François Millet pour expliquer son œuvre et ses choix par sa tristesse sa désespérance et sa colère[3].

Il obtient une mention honorable au Salon des artistes français de 1885 et est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1889. Il obtient une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889 et est promu officier de la Légion d'honneur en 1906. Il est aussi membre de la Société nationale des beaux-arts.

Au début de sa carrière, il habite rue de la Bibliothèque à Asnières dans un petit pavillon de banlieue, laquelle devient son territoire artistique de la Zone aux portes de Paris et qui le rendit célèbre en peignant et en gravant la misère sociale des chiffonniers. Il est également commentateurs et critiques des œuvres d'autres peintres (Gustave Courbet, Ingres[4]) et conférencier de musées[5].

Il apprend l'anglais, voyage dans toute l'Europe et aux États-Unis où il réside cinq mois en 1895[6]. Il expose ses Parisiennes sur le boulevard des Italiens à Pittsburgh en 1899 où il se rendit pour être membre du jury de l'Exposition Carnegie Internationale[7]. À ces occasions, il donne des conférences suivies alors que Paul Durand-Ruel organise une exposition de ses gravures à New York.

Artiste polyvalent, il est également inventeur d'une forme de pastel à l'huile, compositeur, écrivain, et se dit même chanteur d'opéra. Devenu riche, il s'installe dans un hôtel particulier rue de Courcelles, où en plus de son atelier, il ouvre une galerie. Là, il reçoit en un salon couru et donne des repas fastueux où se croisent le Tout-Paris, dont Octave Mirbeau, Maurice Barrès, Georges Clemenceau, Auguste Rodin ou Émile Zola. Il abandonne alors le thème de la banlieue pour se consacrer à Paris avec un succès moindre, mais également à des portraits comme celui de Georges Clemenceau prononçant un discours pendant une réunion électorale au Cirque Fernando en 1883 (Paris, musée d'Orsay), ou Rodin dans son atelier[8] (localisation inconnue).

Quadrille au bal des Ambassadeurs (1886), localisation inconnue. Le thème du bal forain est commun chez Raffaëlli, Degas et Lautrec.

À ses débuts caricaturiste âpre d'un réalisme social tragique, Raffaëlli semble être alors dans le sillage de Degas et de la photographie par le choix de ses cadrages. Il évolue sous l'influence de Berthe Morisot délaissant les sujets populaires et misérabilistes pour des sujets et portraits familiers bourgeois et intimes à la touche légère et fractionnée (Les Deux Sœurs, 1889, musée des Beaux-Arts de Lyon), quand Toulouse-Lautrec semble lui voler la vedette et ses sujets La Goulue, Les Bals de Montmartre[9].

Le , sa femme et sa fille survivent à l'incendie du Bazar de la Charité[10].

En 1904, il fonde la Société de la gravure originale en couleurs, qu'il va présider tout en organisant un salon annuel chez le galeriste Georges Petit durant vingt ans[11].

Après 1915, le peintre s'isole[12] et continue à pratiquer la gravure en couleurs.

Il meurt le rue Chardin dans le 16e arrondissement de Paris[12],[13] et est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (23e division)[14].

Son atelier est vendu à Paris à l'hôtel Drouot, les 1er et [15].

Aux dires de Gustave Coquiot, Raffaëlli était un homme vaniteux, qui se disait « plus haut que Raphaël[16] », mais pour le critique Félix Fénéon, Rafaëlli est l'inventeur du paysage de banlieue : « un talus, des arbres en balais, des cheminées d'usine, des toits rouges, un sol fertile en tessons, le ciel triste[1]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

Chez le fondeur (1886), musée des Beaux-Arts de Lyon.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Catalogue illustré des œuvres de Jean-François Raffaëlli exposées 28 bis, avenue de l'Opéra, du au , suivi d’« Une étude des mouvements de l'art moderne et du beau caractériste », par J.-F. Raffaëlli, Paris, 1884.
  • Le Laid, l'intimité, la sensation et le caractère dans l'art ; une bibliothèque des dessins, conférence au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Salon annuel des XX, le , Poissy, Imprimerie de S. Lejay.
  • Les Promenades d'un artiste au Musée du Louvre, Paris : Bibliothèque des Annales politiques et littéraires, 1908 (lire en ligne sur Gallica). Réédité sous le titre Mes promenades au Musée du Louvre, préface de Maurice Barrès, Paris : Éditions d'art et de littérature, 1913.
  • Correspondance Jean-François Raffaëlli - Octave Mirbeau, textes établis, présentés et annotés par Pierre Michel, Tusson : Imprimerie du Lérot, 1993.

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sophie Monneret, « Raffaëlli », in: Dictionnaire de l'Impressionnisme et de son époque, Paris : Robert Laffont, 1991, pp. 703-706.
  2. « Biographie de Jean-François Raffaëlli », sur Le Larousse (consulté le 25 juin 2020).
  3. in J.F Raffaëlli, Le Laid, l'intimité, la sensation et le caractère dans l'art ; une bibliothèque des dessins, conférence au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Salon annuel des XX, le 7 février 1885, Poissy, Imprimerie de S. Lejay. pp 10-12
  4. Catalogue illustré des œuvres de Jean-François Raffaëlli exposées 28 bis, avenue de l'Opéra, du 15 mars au 15 avril 1884, suivi d’« Une étude des mouvements de l'art moderne et du beau caractériste », par J.-F. Raffaëlli, Paris, 1884.
  5. Les Promenades d'un artiste au Musée du Louvre, Paris : Bibliothèque des Annales politiques et littéraires, 1908.
  6. David Karel, Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord : peintres…, Presse universitaire de Laval, 1992, p. 674.
  7. Arsène Alexandre, Jean-François Raffaelli, peintre, graveur et sculpteur, Paris, 1909, p. 175.
  8. « Rodin dans son atelier », reproduction sur alamyimages.fr.
  9. Gustave Coquiot, Des gloires déboulonnées, Paris, 1924, pp. 159-176.
  10. voir le site Geneanet, les fiches de Rachel Aglaé Heran et de Jean-François Raffëlli[réf. non conforme].
  11. Georges Lecomte, Société de la gravure originale en couleurs, catalogue, Paris, Georges Petit, 1904.
  12. a et b Arsène Alexandre, « J. F. Rafaëlli », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  13. Ch. Moreau-Vauthier, « Mort du peintre Rafaelli », Le Gaulois,‎ (lire en ligne).
  14. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, , 867 p. (ISBN 978-2-914611-48-0), p. 664.
  15. Répertoire de la vente de L’Atelier de J.F. Raffaëlli, faite à l'hôtel Drouot, Salle 1, le 1er et . Experts : A. Schoeller et L. Delteil. Préfaces de G.Geffroy, G.Kahn, A. Alexandre et A. de Boissieu.
  16. Gustave Coquiot, Des gloires déboulonnées, Paris, 1924, pp. 159-176.
  17. Françoise Ravelle, Paris impressionniste, 100 tableaux de légende, Paris, Éditions Parisgramme, 2016, p. 15 (ISBN 9782840969686).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arsène Alexandre, Jean-François Raffaelli, peintre, graveur et sculpteur, Paris : H. Floury, 1909.
  • Gustave Geffroy, « Jean-François Raffaëli », Gazette des beaux-arts, (lire en ligne).
  • Sophie Monneret, « Raffaëlli », in: Dictionnaire de l'Impressionnisme et de son époque, Paris : Robert Laffont, 1991.
  • Michel Melot, « Jean-François Raffaëlli, l'oublié », Nouvelles de l'estampe, no 128, , pp. 19-30.
  • Marianne Delafond et Caroline Genet-Bondeville, Jean-François Raffaëlli : exposition au Musée Marmottan-Monet 1999, La Bibliothèque des Arts, 1999.

Liens externes[modifier | modifier le code]