Dépistage des cancers en médecine générale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les dépistages ont une très grande importance dans la prévention de certains cancers. Ils permettent un diagnostic plus précoce de la tumeur et par conséquent, la mortalité, les douleurs, et les traitements parfois lourds, tels que les chimiothérapies, peuvent parfois ainsi être évités ou réduits. Le plus souvent, ce n'est pas la douleur qui permet de déceler un cancer : une tumeur n'est en elle-même pas douloureuse. C'est un groupement anarchique de cellules inorganisées. Comme elle ne peut être constituée de réseau nerveux, la tumeur n'a aucune sensibilité. Pour qu'un cancer fasse mal, il faut donc qu'il touche, irrite ou comprime une partie sensible du corps humain, c'est-à-dire une zone innervée[1].

Fréquence des cancers[modifier | modifier le code]

Selon l'INVS[2], en 2000, il y eut 280 000 nouveaux cas de cancer en France dont 58 % d'hommes. La même année, 150 000 décès liés aux cancers furent comptabilisés dont 62 % chez l'homme.

Prévalence décroissante des cancers tous genres confondus :

  1. sein
  2. prostate
  3. cancer colorectal

Chez l'homme :

  1. prostate
  2. cancer du poumon
  3. cancer colorectal

Le cancer responsable du plus de décès est le cancer du poumon.

Prévalence des cancers dans une patientèle de médecine générale[modifier | modifier le code]

Prévalence des cancers dans une patientèle de médecine générale[3]

nombre total moyenne par médecin
patients annuels 1 030 15,4
actes annuels 2 903 43,3

Test ISET[modifier | modifier le code]

En novembre 2014, une équipe de chercheurs du centre hospitalier universitaire de Nice (France) montre que le Test ISET a permis d'obtenir des résultats majeurs pour le dépistage des cancers du poumon[4],[5]. C'est une technologie récente permettant d'isoler les cellules tumorales circulantes présentes dans le sang. Très simple pour le patient[6], sa mise en œuvre consiste en une simple prise de sang. Un avantage du test est d'arriver à une détection plus précoce qu'avec les autres méthodes déjà utilisées par ailleurs[7]. En 2016, tous les types de cancer exceptés les leucémies et les lymphomes peuvent être détectés par cette méthode, ces derniers types de cancer étant aussi suspectés par l'analyse résultant d'une prise de sang[8],[9]. À l'été 2016, ce test est disponible en France mais il n'est recommandé pour le dépistage d'aucun cancer par la Haute Autorité de Santé (HAS).

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Le test ISET d'un coût commercial de 436Eur, n'est pas en 2016 remboursé par la Sécurité sociale[10], mais celui-ci pourrait diminuer du fait de sa diffusion [11]. Pourtant il présenterait une meilleure sensibilité que les autres tests du fait de sa capacité à détecter, plus vite, en un seul test tous les types de cancer à part les leucémies et les lymphomes. L'étude de la rentabilité du test pour la sécurité sociale et les mutuelles en comparaison des méthodes déjà exitantes nécessiterait sans doute des études complémentaires. Ainsi, à titre de comparaison le coût annuel des coloscopies pratiquées en 2010 a atteint , un milliard d'euros[12]. La coloscopie nécessite au moins un jour d'arrêt de travail pour le patient et son coût moyen était évalué en 2015 à 765Eur[13], c'est-à-dire un coût supérieur au test ISET. Mais toutes les coloscopies ne sont pas des coloscopies de dépistage, certaines étant pratiquées dans le cadre du diagnostic ou du suivi.

Cancer du sein[modifier | modifier le code]

Dépistage du cancer du sein en médecine générale HAS 2004[14]

Facteurs de risques individuels de cancer du sein[modifier | modifier le code]

  1. antécédents de néoplasie lobulaire ou hyperplasie épithéliale atypique
  2. antécédents personnel de cancer du sein
  3. Découverte d’un gène de prédisposition familiale
  4. antécédents familiaux :
    1. trois cas de cancer du sein chez les apparentés premier et deuxième degré de la même branche
    2. deux cas familiaux de cancer du sein dont l’un au moins est survenu avant 40 ans
    3. cancer du sein bilatéral ou cancer du sein associé à un cancer de l'ovaire
    4. deux cas chez les apparentés du premier degré dont au moins un cas est un cancer de l’ovaire
    5. plusieurs cancers de l’ovaire
    6. deux cas de cancer du sein chez des apparentés du premier degré dont au moins un cas est masculin

Moyen de dépistage[modifier | modifier le code]

  1. L'examen clinique attentif par un médecin entraîné détecte les tumeurs de l'ordre du centimètre. Il est conseillé en association à la mammographie.
  2. L'auto palpation n'a pas prouvé de bénéfice sur la mortalité par le cancer du sein, et les résultats suggèrent que l'autopalpation causerait plus de mal que de bien[15].
  3. La mammographie :
    1. en cas de facteur de risque,
    2. entre 50 et 74 ans, tous les 2 ans,
    3. chez les patientes porteuses du gêne BRCA 1 ou 2 de prédisposition, mammographie annuelle à partir de 30 ans (ou 5 ans avant l'âge du cancer du sein le plus précoce dans la famille).

Cancer de la prostate[modifier | modifier le code]

Le cancer de la prostate est le premier cancer diagnostiqué chez les hommes. Selon la Société française d'urologie[16], le dépistage devrait s'effectuer tous les ans, à partir de 50 ans. Ce cancer ne donne aucun symptôme, ni lors de sa phase d'évolution silencieuse, ni lorsqu'il est à la fois curable et détectable. Si l'on attend que les symptômes apparaissent, le traitement permettra seulement de ralentir l'évolution de la maladie. L'examen consiste à faire un toucher rectal et à mesurer le dosage sanguin du PSA. Mais ce dépistage est controversé, et n'est pas recommandé par la Haute autorité de santé[17] et l'agence américaine de prévention recommande de ne pas utiliser le dosage du PSA comme test de dépistage du cancer de la prostate [18].

Cancer colorectal (cancer du côlon et cancer du rectum)[modifier | modifier le code]

Le cancer du côlon et le cancer du rectum sont des cancers colorectal. Le dépistage recommandé par la HAS consiste à réaliser un test au gaïac de recherche de sang occulte dans les selles tous les 2 ans entre 50 et 74 ans (test remplacé depuis mai 2015 par l'Hémoccult II beaucoup plus sensible). Par rapport à la coloscopie ce test présente en outre une bien meilleure acceptabilité[19].

Une « généralisation »[20] de l'Hémocult à au moins la moitié des plus de 50 ans permettrait de faire baisser la mortalité par CCR à dix ans de 15 à 18 % si le dépistage se fait bien tous les deux ans[21],[22],[23],[24]. Ce test est notamment recommandés par l'Académie nationale de médecine, et la Haute autorité de santé.

En France, au début du XXIème siècle, après un test Hémoccult positif, 88,7% de 929 sujets âgés de 50 à 75 ans venus dans un centre d'examens de santé (CES) de l'Assurance maladie ont accepté des examens complémentaires (coloscopie acceptée par 84,1% de ces personnes), mais avec un délai entre le moment du dépistage et la date des examens complémentaires encore trop long (11,6 semaines en moyenne)[19]. Ces examens ont permis de détecter des polypes adénomateux ou des cancers dans 30,7% des cas (avec une proportion de cancers sigmoïdiens de 36%)[19].

Cancer du col de l'utérus[modifier | modifier le code]

Le dépistage du cancer du col utérin consiste à faire un frottis de dépistage. C'est un examen médical simple, destiné à prélever des cellules provenant du col de l'utérus. C'est un examen de dépistage du cancer de l'utérus et non de diagnostic (le diagnostic est posé grâce à la biopsie).

La HAS recommande aux femmes de le faire tous les trois ans. On commence à l'âge de 25 ans par deux frottis à un an d’intervalle. Si les résultats de ces deux frottis sont satisfaisants, un nouveau dépistage tous les trois ans est recommandé jusqu’à l’âge de 65 ans.

Cancer du poumon[modifier | modifier le code]

Parmi les personnes atteintes du cancer du poumon, 85 % des cas sont dus au tabagisme. D'autres personnes peuvent néanmoins développer un cancer du poumon sans n'avoir jamais consommé de tabac.

Une toux persistante et tenace, bien qu'elle ne signifie pas nécessairement un cancer du poumon, est un symptôme suffisant pour consulter un médecin. D'autres signes peuvent apparaître chez une personne atteinte d'un cancer du poumon : des crachats de sang, une perte de poids, un essoufflement persistant, une douleur à la poitrine. Dans ce cas, le médecin pourra cherchera à éliminer un cancer pulmonaire, mais il ne s'agit pas d'une situation de dépistage.


En 2014 une méthode de détection du cancer du poumon par l'haleine, à l'aide d'un "nez électronique" a été mise au point [25]. Ce premier résultat a permis de lancer le projet européen Sniffphone[26]. Le cancer du poumon peut être vu sur les radiographies thoraciques et le scanner. Le diagnostic est confirmé par une biopsie. Ceci se fait généralement par bronchoscopie, ou par biopsie guidée par scanner. La HAS ne recommande pas le dépistage des cancers broncho-pulmonaires, y-compris par tomodensitométrie thoracique.

Mélanome[modifier | modifier le code]

Le mélanome est un cancer de la peau ou des muqueuses. Les acteurs du diagnostic précoce du mélanome cutané sont multiples : le patient, le médecin traitant ou tout autre spécialiste, l’infirmier, le kinésithérapeute. Le recours au dermatologue sur conseil de ces professionnels de santé permet d’intervenir avant la phase d’extension métastasique. Il utilisera notamment un dermatoscope pour le contrôle, et la biopsie permet de confirmer le diagnostic.

Cancer du testicule[modifier | modifier le code]

Le cancer du testicule frappe surtout les hommes avant 40 ans. Près de 90 % des victimes ont ressenti une sensation douloureuse ou inconfortable et ont constaté une grosseur ou une inflammation d'un testicule. Rarement les deux testicules sont touchés simultanément.

Il n'existe en France aucune recommandation de dépistage du cancer du testicule, et l'agence américaine de prévention recommande de ne pas dépister ce cancer[27].

Cancer du pancréas[modifier | modifier le code]

Un dépistage a été mis au point par Jack Andraka qui repose sur la détection de la mésothéline dans le sang et l'urine, une protéine utilisée communément comme un biomarqueur pour le cancer pancréatique. La méthode développée consiste en un papier-filtre qui est plongé dans une solution de nanotubes de carbone: ces cylindres creux, dont les parois ont l'épaisseur d'un seul atome, sont enduits d'un anticorps spécifique qui se lie avec le virus ou la protéine recherchée. Quand les anticorps à la surface des nanotubes sont en contact avec la protéine-cible, les protéines se lient aux tubes et les élargissent très faiblement. Ce changement d'espacement entre les tubes peut être détecté grâce à un compteur électrique. Ce test est fiable à 90 %[28].

Il n'existe en France aucune recommandation de dépistage du cancer du pancréas, et l'agence américaine de prévention recommande de ne pas dépister ce cancer[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.linternaute.com/science/biologie/est-ce-que/06/cancer/cancer.shtml
  2. http://www.invs.sante.fr/publications/2003/rapport_cancer_2003/p191_tous_cancers.pdf
  3. Observatoire de médecine générale http://omg.sfmg.org/content/donnees/donnees.php
  4. (fr) Tristan Vey, « Des cellules annonciatrices du cancer détectées dans le sang », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Ilie M, Hofman V, Long-Mira E, Selva E, Vignaud J-M, et al., « “Sentinel” Circulating Tumor Cells Allow Early Diagnosis of Lung Cancer in Patients with Chronic Obstructive Pulmonary Disease », PLoS ONE, vol. 9, no 10,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0111597, lire en ligne)
  6. "Une prise de sang pour dépister le cancer : C'est au Programme - Fance 2 - 30 mai 2016"
  7. "Détecter le cancer avant les premiers symptômes - FUTURE - ARTE, 0.40, 4 min/15 min"
  8. "OOreka:Particularités du diagnostic et du dépistage de la leucémie"
  9. "Info cancer, moyens de diagnostices Lymphomes"
  10. « Cancer : un diagnostic à la cellule près », sur francetvinfo.fr, (consulté le 9 juillet 2016).
  11. "Hello, Demain, mai 2016: ISET, la prise de sang qui diagnostique le cancer !"
  12. "POUR L’ANNÉE 2013 Propositions de l’Assurance Maladie sur les charges et produits, p22/136"
  13. "SYMPOSIUM SCIENTIQUE Coloscopie de prévention du cancer colorectal, p21/48"
  14. « Dépistage du cancer du sein en médecine générale » HAS 2004
  15. (en) McCready T, Littlewood D, Jenkinson J. « Breast self-examination and breast awareness: a literature review » J Clin Nurs. 2005 May;14(5):570-8. PMID 15840071
  16. Dépistage du cancer de la prostate, Société française d'urologie
  17. VIS N° 2016.0026/AC/SEESP du 16 mars 2016 du collège de la Haute Autorité de santé sur un document d’information à destination des médecins généralistes concernant le dépistage du cancer de la prostate chez l’homme asymptomatique par un premier dosage du PSA
  18. The U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) recommends against prostate-specific antigen (PSA)–based screening for prostate cancer
  19. a, b et c Spyckerelle, Y., Steinmetz, J., & Giordanella, J. P. (2002). Acceptabilité du dépistage du cancer colorectal. Etude descriptive dans la population des Centres d’examens de santé. Rev Med Ass Maladie 2002; 33: 209, 14
  20. Launoy G, Herbert C. (1997) Dépistage de masse du cancer colorectal par recherche de sang occulte dans les selles. De l’efficacité théorique à la pratique généralisée. Rev Epidemiol Sante Publique ,45:177-8
  21. Agence nationale d'accréditation et évaluation en santé (1998) Prévention, dépistage et prise en charge des cancers du côlon | ANAES 29 janvier : Texte court. Bull Cancer 1998;4:307-12
  22. Winaver SJ, St John DJ, Bond JH (1995) Prévention du cancer colorectal. Mises à jour des directives. Bull OMS ;73:137-41
  23. Hardcastle JD, Chamberlain JO, Robinson MH & al. (1996) Randomized controlled trial of faecal occult blood screening for colorectal cancer. Lancet ;348:1472-7
  24. Kronborg O, Fenger C, Olsen J, Jorgensen OD & Sondergaadt O (1996) Randomized study of screening for colorectal cancer with faecal occult blood test. The Lancet ;348:1467-71
  25. "Le Na-Nose : détecter les cancers - FUTUREMAG - ARTE, 3 min/10 min"
  26. "projet européen, Sniffphone: Scientific Objectives"
  27. Testicular Cancer: Screening, US Preventive services, 2011
  28. Un ado de 15 ans développe un test fiable pour le cancer pancréatique, Radio télévision suisse, 24 mai 2013
  29. Pancreatic Cancer: Screening, US Preventive services, février 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]