Cristal (verre)

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Un verre en cristal gravé avec un motif d'oiseau.
Verre en cristal.
Coupe d'un ancien fourneau à cristal.

Le cristal est un type de verre riche en plomb (jusqu'à 40 % de la masse en plus, et au moins 24 % d'oxyde de plomb PbO doit avoir été ajouté au verre).

Le plomb abaisse le point de fusion, tout en stabilisant la composition du verre. Il le rend plus éclatant (effet "arc en ciel"), plus dense et lui confère une sonorité particulière. Par ailleurs, le cristal est plus "tendre" que le verre ce qui permet des opérations de taille impossibles à réaliser avec du verre classique [1].

Le vocable « cristal », issu du monde des verriers[2], est trompeur, car il s'agit d'un matériau amorphe ; ce n'est donc pas un cristal au sens physique ou physico-chimique du mot.

Histoire[modifier | modifier le code]

Grand atelier pour la taille et le polissage du cristal.

La découverte du cristal a été, comme beaucoup d’autres inventions, fortuite. Elle remonte au XVIIe siècle[réf. nécessaire], en Angleterre lorsque l’Amirauté britannique pour assurer la production des mâts des navires dont elle avait besoin a décidé d’interdire l’utilisation du bois comme combustible.

Les verriers se tournèrent donc vers d’autres sources d’énergie telles que le charbon récemment découvert. Fondant le verre dans des pots réfractaires ouverts, les verriers constatèrent cependant qu’une interaction se produisait entre la composition et la fusion du fait de l’oxyde de carbone et donnait au verre une coloration brunâtre. Pour remédier à ce grave inconvénient, les verriers se mirent alors à travailler avec des fours couverts. Vers 1675, George Ravenscroft introduisit un oxyde métallique (techniques qu'il aurait apprises à Venise). Ayant comme propriété d’accélérer la fusion, l’oxyde de plomb fut adjoint à la composition. À leur surprise, les verriers constatèrent que, grâce à cet oxyde métallique, ils obtenaient un verre à l’éclat et à la sonorité exceptionnels.

La fabrication du cristal en France débute dès à la verrerie de Münzthal (ancien nom des cristalleries de Saint-Louis). La découverte du cristal est attribuée à Stephen Falango en Angleterre vers , mais la qualité du verre pour la table n'arrive qu'au XVIIIe siècle avec le cristal de Bohême[3].

L'histoire du cristal est sans doute plus ancienne puisque des lentilles en cristal ont été utilisées pour les yeux du pharaon Rahotep, 26 siècles avant notre ère (Musée du Caire)[4].

Composition[modifier | modifier le code]

Depuis 1969, l'appellation « cristal » est protégée en Europe et dans de nombreux pays par des normes très strictes[5],[6]. Ce règlement a pour objectif de garantir l'authenticité et la qualité de l'article. Pour s'appeler « cristal », le verre doit répondre à différents critères portant sur la concentration d'oxydes métalliques (notamment l'oxyde de plomb PbO), la densité et l'indice de réfraction. En deçà de ces mesures, il convient de parler de « verre sonore » ou « cristallin ».

Dénomination Oxydes métalliques Densité Indice de réfraction
Cristal supérieur 30 % PbO ⩾ 30 % ⩾ 3,00 ⩾ 1,545
Cristal au plomb 24 % PbO ⩾ 24 % ⩾ 2,90 ⩾ 1,545
Cristallin ZnO, PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,45 ⩾ 1,520
Verre sonore PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,40 --

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La haute teneur en plomb du verre a pour effet :

Types de décors[modifier | modifier le code]

Carafe de cristal taillé.

La taille[modifier | modifier le code]

Ce procédé offre des possibilités multiples (taille biseau, taille diamant, taille mate, etc.) grâce à divers types de meules, chacune correspondant à une forme d’entaille. Le cristal est donc finement incisé, sillonné, creusé sur différentes épaisseurs.

À cette étape de l’ornement, l’article est dit « taillé mat ». Pour obtenir une « taille lisse », c’est-à-dire un rendu brillant, il est à nouveau poli. L’immersion dans un bain d’acide ou le polissage mécanique lui redonne tout son éclat.

Le matage[modifier | modifier le code]

Pour opacifier le cristal, le maître cristallier a recours au matage, également appelé « satinage ». Ce traitement par dépolissage consiste à enlever son aspect lisse et brillant au cristal sur une ou plusieurs parties, les autres étant protégées par un cache pour rester claires et transparentes. Le cristal est donc lustré par attaque chimique ou par sablage. Enfin, l’article est nettoyé par brossage.

La gravure[modifier | modifier le code]

Le motif – monogramme ou arabesque – est obtenu par attaque du cristal : soit par un acide, soit par un laser.

Dans le premier cas, l’article est plongé dans un bain d’acide. Le décor est creusé sur le cristal par la morsure du liquide tandis que les parties dites « en réserve », préalablement protégées, demeurent intactes.

Dans le second, les ornements sont dessinés au laser, donc brûlés, marqués avec précision par un faisceau lumineux très fin mais de forte intensité, au travers d'une lentille. En 1976, la gravure au laser en 3D (ou en relief), récemment mise au point, permit de graver mécaniquement le cristal.

Le secteur du cristal en France[modifier | modifier le code]

Symbole du savoir-faire et du savoir-vivre français, le cristal est présent dans les secteurs des arts de la table, de la bijouterie et de la lustrerie.

La Lorraine et l’Alsace, réunies aujourd’hui au sein de la région Grand Est, sont les terres de tradition des cristalleries françaises. Leurs ressources naturelles multiples et abondantes (sable, grès, bois, eau) ont permis l’implantation, dès le XVIème siècle, de la plus ancienne manufacture de cristal en Europe, la cristallerie de Saint-Louis, fondée en 1586. Des générations de verriers ont développé au fil des siècles les techniques et savoir-faire. Baccarat a été créée à la moitié du XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle et au XXe siècle, Lalique, Gallé et Daum ont relancé l’essor des verreries et cristalleries en apportant des contributions essentielles au succès des mouvements de l’Art Nouveau et des Arts décoratifs.

Baccarat, Daum, Saint-Louis et Lalique d’une part mais également les tailleurs et graveurs de cristal comme la cristallerie de Montbronn d’autre part détiennent toutes le label « Entreprise du patrimoine vivant]] », marque de reconnaissance de l’État mise en place pour distinguer les entreprises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Les principales cristalleries françaises sont regroupées au sein d’une organisation professionnelle, la fédération des cristalleries et verreries à la main et mixtes (FCVMM), qui défend leurs intérêts sur le plan social, réglementaire et fiscal.

À l’origine l’ensemble des cristalleries fabriquait quasi exclusivement des services de table. L’évolution des réseaux de distribution et des modes de consommation a cependant largement changé la donne. À titre d’exemple, les listes de mariages pouvaient il y a 25 ans représenter près de 40% du chiffre d’affaires contre moins de 3% aujourd’hui. Les cristalleries ont ainsi été confrontées à la nécessité de trouver de nouveaux débouchés.

Les cristalleries françaises ont su innover dans les domaines de la décoration intérieure, du luminaire, de la bijouterie ou de l’édition d’art en s’appuyant sur la créativité de grands noms du design.

Pour faire connaître leur activité, les entreprises ont également ciblé le tourisme, en développant des musées attirant de nombreux visiteurs séduits par la beauté des gestes et des véritables œuvres d’art réalisées par les artisans (musée La Grande Place de Saint-Louis, musée Lalique, maison du verre et du cristal de Meisenthal).

Sur le volet de l’emploi, les manufactures mettent en œuvre des plans de formation visant la préservation des savoir-faire pour répondre, notamment, au défi démographique (1 salarié sur 2 en 2015 a plus de 15 ans d’ancienneté). En 2011, par exemple, 10% des effectifs de Saint-Louis se sont inscrits dans un parcours de validation des acquis de l’expérience (VAE). Les partenaires institutionnels ont soutenu les différents projets qui ont donné lieu à un bilan positif avec le maintien des salariés dans l’emploi, le renforcement des qualifications et finalement une reprise optimisée de l’activité.  Le contexte est cependant très difficile comme en témoigne la récente annonce de la fermeture définitive de la cristallerie royale de Champagne début mars.

Aujourd’hui, le secteur emploie près de 1 600 salariés. La taille des entreprises varie entre 10 et 600 salariés. D’une manière générale, 76 % des métiers sont exercés dans le secteur de la fabrication (référence : enquête sociale de la FCVMM au 31 décembre 2015). 

Si le marché en France reste fragile, la cristallerie a connu ces dernières années une progression des ventes à l’export  notamment vers les pays d’Asie et du Moyen-Orient avec l’ouverture de nouveaux points de vente. L’export représente en 2015 près de 70% du chiffre d’affaires des principales maisons. Ce dynamisme a permis d’engager des investissements importants comme la construction de nouveaux fours. 

Les métiers du cristal[modifier | modifier le code]

Les familles de métiers dans le secteur du cristal se scindent en deux : les métiers du verre à chaud et les métiers du verre à froid.

En France, les compétences sont délivrées par des formations initiales de niveau V de l’Éducation nationale (le CAP Arts du Verre et du Cristal et le CAP Arts et technique du Verre) et de niveau IV (le BMA Souffleur de Verre et le BMA Verrier décorateur). Si l’on estime couramment qu’un artisan verrier atteint la pleine maîtrise de son savoir-faire après 10 années de pratiques, il est aisé de comprendre que ces formations initiales ne restent qu’une étape dans la formation de l’artisan. Les entreprises s’attachent ainsi à organiser le développement des compétences techniques. La parfaite maîtrise du geste et de la matière permettra à certains artisans français de concourir pour devenir Meilleur Ouvrier de France. Aujourd’hui, au sein des cristalleries françaises, près de 40 salariés détiennent le titre de Meilleur Ouvrier de France.

Si ces investissements leur permettent de maintenir le niveau de qualité de leurs productions, les manufactures doivent également intégrer la nécessité d’adapter leur outil industriel à des normes environnementales exigeantes. 

Santé, environnement et cristal au plomb[modifier | modifier le code]

Afin de limiter la migration d'oxyde de plomb de la carafe vers son contenu liquide, les industriels ont mis au point un procédé de traitement de surfaces des carafes : la cémentation. Il n'y a pas de migration significative le temps d'un repas (deux heures environ).

C’est vers 1675 que Ravenscroft découvre les effets positifs de l’adjonction du plomb dans la composition du verre ce qui lui donne un surcroît de finesse, de brillance, de sonorité. Depuis lors, les verres les plus fins sont fabriqués en cristal au plomb. L'oxyde de plomb (PbO) contenu dans le verre est parfaitement intégré à la structure moléculaire, il se trouve piégé dans la masse vitreuse de la substance cristal ; il est alors très peu disponible.

Le cristal est une substance qui bénéficie d’une dérogation d’enregistrement dans le cadre du règlement REACH relatif à l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances. Par ailleurs, le cristal est exempté des restrictions prévues à l’annexe XVII car le « niveau de migration escompté est faible (cristal, émaux et pierres précieuses et semi-précieuses) ou acceptable »[7]. (Référence : Règlement (UE) 2015/628 de la commission du 22 avril 2015, considérant 8). 

Certaines études scientifiques[8] ont indiqué qu’un relargage pouvait avoir lieu lors de contact très prolongés avec des solutions alcooliques. Le cristal, contenant normalement 25 % de PbO, et le vin étant un liquide naturellement acide, la solubilisation des oxydes est théoriquement possible[9]. C’est la raison pour laquelle les surfaces des carafes (qui peuvent être destinées à contenir de l’alcool pendant plusieurs années) font l’objet d’un traitement particulier visant à limiter ce relargage : la cémentation (voir encadré). En revanche, aucune migration du dioxyde de plomb intégré dans des verres à boire vers un contenu liquide n’est possible le temps d’un repas comme a pu le montrer l’étude VRAL[1]. Dans la couche d’altération apparaissant en surface du cristal au contact d’une solution d’acide acétique, le plomb est lié à la matrice vitreuse sous forme Si-O-(Pb,K)[10].

Les détracteurs du cristal au plomb font le lien entre cristal et goutte, maladie dont les symptômes sont les mêmes que ceux du saturnisme chronique, et qui s'est statistiquement répandue dans la bourgeoisie européenne et nord-américaine, quand on a pris l'habitude d'utiliser des carafes en cristal. Ils avancent l’hypothèse non prouvée que la goutte serait une des formes d'un saturnisme chronique, ici induit par l'usage de carafes en cristal pour stocker ou décanter des alcools forts (whisky, brandy, cognac, armagnac…) ou certains vins[11]. Lin et al. ont montré une corrélation statistiquement significative entre la fréquence de la goutte et celle des intoxications saturnines[12]. Néanmoins, la mise en place d'une cémentation généralisée des carafes a de facto réduit le risque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b D'après l'étude VRAL « Voluntary Risk Assessment Report On Lead and Some Inorganic Lead Compounds », 2008, préparée par ILZRO and EBRC Consulting, p. 219.
  2. Une approche ethnologique est nécessaire, à commencer par un lexique d'initiation.
  3. Société Chimique de France (Durant l'Année internationale de la chimie (AIC) 2011, la SCF propose des produits de la vie quotidienne.), « Produit du jour : Cristal », sur SCF, Paris (consulté le 21 février 2016)
  4. Jean Manfroid, « L’origine du télescope » [PDF], sur Le Ciel,‎ (consulté le 20 avril 2016)
  5. « Directive européenne 69/493/EEC du 15/12/1969 » (consulté le 1er janvier 2012)
  6. « En France : norme AFNOR B30-004, décembre 1974) » (consulté le 1er janvier 2012)
  7. « L_2015104FR.01000201.xml », sur eur-lex.europa.eu (consulté le 28 octobre 2016)
  8. Angela M. Fraser, Ph.D., Associate Professor/Food Safety Specialist, and Carolyn J. Lackey, Ph.D., R.D., L.D.N., Professor/Food and Nutrition Specialist, North Carolina State University (2004).
  9. Olivier M.J., 2009, Chimie de l'environnement, 6e édition, Les productions Jacques Bernier.
  10. (en) Frédéric Angeli et al., « Structure and Chemical Durability of Lead Crystal Glass », Environ. Sci. Technol.,‎ , p. 50 (21), pp 11549–11558
  11. Emsley, John, Oxford, Oxford University Press, 2005 (ISBN 978-0-19-280599-7), LCCN 2005299328, lire en ligne [archive].
  12. Lin, DT Tan, HH Ho et CC Yu, The American journal of medicine, 113, 7, 2002, 563–8 (PMID 12459402, DOI 10.1016/S0002-9343(02)01296-2).

Voir aussi[modifier | modifier le code]