Coup d'État de Malet

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Coup d'État de Malet
Description de cette image, également commentée ci-après
Malet et ses complices fusillés le 29 octobre 1812 dans la plaine de Grenelle.
Informations générales
Date
Lieu Paris, Drapeau de la France France
Issue Échec du coup d'État

Le coup d'État de Malet est une tentative de coup d'État contre Napoléon Ier le . Profitant de l'absence de l'Empereur, alors occupé par la campagne de Russie, le général Claude-François de Malet tente un coup d'État. Ce dernier échoue et les principaux conspirateurs sont exécutés.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le général Claude-François de Malet, alors interné pour conspiration depuis quatre ans[1], conçoit son plan de coup d’État. Il prépare les décrets à faire prendre au Sénat. En vertu de ces décrets, le gouvernement impérial est aboli ; un gouvernement provisoire le remplace. Le général Malet, chargé du commandement militaire de Paris, se charge des mesures d'exécution.

Ce gouvernement provisoire est composé de Mathieu de Montmorency, d'Alexis de Noailles, du général Moreau, vice-président, de Carnot, président, du maréchal Augereau, de Bigonnet, ex-législateur, du comte Frochot, préfet de la Seine, de Florent-Guiot, ex-législateur, de Destutt de Tracy, de Malet lui-même, du vice-amiral Truguet, de Volney, sénateur, et de Garat, sénateur[2].

Malet prépare des instructions pour tous les hommes qui doivent être ses complices sans le savoir. Ce travail préparatoire est immense, puisqu'il faut remettre à chaque acteur un peu important, outre ses instructions particulières, des copies de sénatus-consulte et des proclamations. Dès qu'un rôle est complètement préparé, la dépêche est close, cachetée, numérotée et portée chez un prêtre espagnol qui demeure rue Saint-Gilles, près de la caserne de la 10e légion.

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

Malet réussit à s'évader le vers trois heures du matin. Revêtu de son uniforme de général de brigade, il se rend à la caserne de Popincourt de la garde de Paris (dissoute par la suite, elle forme le 134e régiment d’infanterie de ligne), où réside la 10e cohorte de la Garde nationale. Malet présente à son commandant, le colonel Gabriel Soulier, un faux sénatus-consulte annonçant la mort de Napoléon en Russie, très exactement le 7 octobre[3]. Le temps de réunir quelques soldats, Malet se rend à la prison de La Force et ordonne la libération des généraux Lahorie et Guidal[3].

Ces derniers ignorent que Napoléon est toujours vivant et, saisissant l'opportunité d'être libérés, rejoignent Malet dans son entreprise[3]. Vers sept heures du matin, Lahorie et Guidal pénètrent sans difficulté au ministère de la Police et surprennent le ministre Savary, qui vient de se lever. Guidal est à deux doigts de tuer Savary, responsable de son emprisonnement, lorsque Lahorie s'interpose[4]. Le ministre ainsi que ses collaborateurs Pasquier (le préfet de police) et Desmarets, sont emmenés par Guidal à la prison de la Force, et Lahorie prend possession du ministère de la Police. Une troisième colonne marche sur l'hôtel de ville de Paris, et la troupe prend position sur la place de Grève, tandis que ses commandants se font remettre la clef du tocsin Saint-Jean, appellent le préfet Frochot et font préparer, par ses soins, la salle que le gouvernement provisoire doit venir occuper.

Dans le même temps, Malet se rend au domicile du général Hulin, commandant de la place de Paris et de la 1re division, afin de le relever de ses fonctions et de récupérer le sceau de la 1re division[3]. N'ayant eu affaire jusqu'à présent qu'à des soldats et des fonctionnaires crédules, il éprouve beaucoup plus de difficultés à convaincre Hulin. Lorsque ce dernier demande à voir les ordres du Sénat, il lui tire dans la mâchoire à bout portant et le laisse pour mort[3]. Malet avait auparavant envoyé l'ordre au colonel Jean François Rabbe de réunir des troupes devant l'état-major de la Garde de Paris, tout proche de la résidence personnelle d'Hulin, place Vendôme[3]. Il a désormais toutes les cartes en main pour exécuter son coup d'État.

Le matin même, le colonel Pierre Doucet reçoit une lettre l'informant de sa promotion au grade de général de brigade ainsi que de la mort de Napoléon. Il sait néanmoins que l'Empereur a écrit à Clarke et Hulin après le 7 octobre, date prétendue de sa mort[3]. Quand Malet entre dans le bureau de Doucet, le conspirateur est saisi et bâillonné. La 10e cohorte de la Garde nationale est renvoyée à ses quartiers[3].

Les colonels Laborde et Doucet arrêtent ensuite Lahorie au ministère de la Police. Les derniers conspirateurs sont rapidement mis hors d'état de nuire. Des affiches sont placardées dans les rues, informant la population de l'échec du coup d'État et assurant que Napoléon est toujours en vie.

Procès et exécution des conspirateurs[modifier | modifier le code]

Les conspirateurs passent devant un tribunal militaire dirigé par Clarke lui-même, auquel participe notamment Jean-François-Aimé Dejean[3]. Clarke est déterminé à condamner durement ce coup d'État, ainsi le 24 octobre, quatre jours avant le procès, il demande à la Garde impériale de lui fournir plusieurs hommes pour constituer un peloton d'exécution[3]. Malet, Lahorie et Guidal sont fusillés dans la plaine de Grenelle le . D'autres, dont le colonel Soulier, estimés suffisamment impliqués dans le complot, sont exécutés le surlendemain ; plusieurs officiers que les chefs avaient entraînés sont condamnés avec eux[5].

Ce coup d’État provoque la colère de Napoléon Ier : aucun membre du gouvernement impérial n’avait eu l’idée de crier Napoléon est mort. Vive Napoléon II, remettant ainsi en cause la légitimité de son pouvoir (est-il vraiment une monarchie héréditaire ou est-il resté un régime révolutionnaire bien organisé ?)[6]. En outre, il déplore la rigueur et la promptitude avec laquelle on a exercé la répression[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Natalie Petiteau, « Les fidélités républicaines sous le Consulat et l’Empire », sur Annales historiques de la Révolution française, .
  2. Il s'agit de la liste établie par le faux sénatus-consulte rédigé par Malet, ce dernier ne s'étant pas assuré au préalable de l'adhésion de chacune de ces personnalités à la conspiration
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Everett Dague, « Henri Clarke, Minister of War, and the Malet Conspiracy », Napoleonic Scholarship : The Journal of the International Napoleonic Society,
  4. Melchior-Bonnet 1962, chapitre X.
  5. Interrogé par le conseil de guerre sur l'existence de complices, Malet aurait répondu (d'après Galtier-Boissière, op. cit, p. 153), « Des complices, assurément ! La France entière… et vous-même, monsieur le Président, si j'avais réussi ! ».
  6. « La célèbre affaire de Malet était, en petit, mon retour de l'île d'Elbe, ma caricature. Cette extravagance ne fut, au-fond, qu'une véritable mystification : c'était un prisonnier d'État, homme obscur qui s'échappe pour emprisonner à son tour le préfet, le ministre de la police, ces gardiens de cachots, ces flaireurs de conspirations, lesquels se laissent moutonnement garrotter. C'est un préfet de Paris, le répondant né de son département, très-dévoué d'ailleurs, mais qui se prête, sans la moindre opposition, aux arrangements de réunion d'un nouveau gouvernement qui n'existe pas. Ce sont des ministres nommés par les conspirateurs, occupés de bonne foi à ordonner leur costume, et faisant leur tournée de visites, quand ceux qui les avaient nommés étaient déjà rentrés dans les cachots ; c'est enfin toute une capitale, apprenant au réveil l'espèce de débauche politique de la nuit, sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. Une telle extravagance ne pouvait avoir absolument aucun résultat. La chose eût-elle en tout réussi, elle serait tombée d'elle-même quelques heures après ; et les conspirateurs victorieux n'eussent eu d'autre embarras que de trouver à se cacher au sein du succès. » (Napoléon à Sainte-Hélène.)
  7. « C'est une fusillade, c'est du sang », s'écria-t-il à la nouvelle du jugement, « quelle impression cela va faire en France ». Ce fut à la hauteur de Mikalewka, et le 6 novembre, qu'une estafette, la première qu'on eût reçue depuis dix jours, vint apporter la nouvelle de cette étrange conspiration. À peine arrivé à Paris, Napoléon fit venir Jean-Jacques-Régis de Cambacérès l'archichancelier, et dès qu'il l'aperçut, il courut à lui l'œil enflammé de colère : « Ah ! vous voilà, lui dit-il d'une voix tonnante ; qui vous a permis de faire fusiller mes officiers ? Pourquoi m'avez-vous privé du plus beau droit du souverain, celui de faire grâce ; vous êtes bien coupable ! »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]