Catholicisme romain en Géorgie

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L'Église catholique en Géorgie (en géorgien : კათოლიკური ეკლესია საქართველოში, translittéré en K’atolik’uri ek’lesia Sakartveloshi), désigne l'organisme institutionnel et sa communauté locale ayant pour religion le catholicisme : elle est à nouveau autorisée depuis 1993[1],[2], est une communauté religieuse minoritaire, rassemblant moins de 0,5 % de la population selon l’Office national des statistiques de Géorgie[3] et fait partie de l'Administration apostolique du Caucase,

Législation en matière religieuse[modifier | modifier le code]

L'article 9 de la constitution Géorgienne de 1995 stipule que la Géorgie n'a plus de religions d'État ni officielles : « Tout en reconnaissant le rôle important que l'Église orthodoxe géorgienne a joué dans l'histoire de la Géorgie, l'État proclame la liberté absolue de conviction religieuse et la séparation de l'Église et de l'État. »[4]. Cependant, les lois et les politiques favorisent l’Église orthodoxe, qui bénéficie de privilèges qui ne sont pas accordés à d’autres groupes religieux[5]. L'article 12 de la constitution stipule que «  Toute personne a le droit à la liberté de religion », autorisant ainsi l'Église catholique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Tbilissi

Moyen Âge et siècles suivants[modifier | modifier le code]

Le catholicisme romain parvient en Géorgie à l’époque des Croisades : certains Croisés français ont fait étape à Gori. Un Évêché catholique romain existe de 1329 à 1505 à Tiflis[6], sans que cette religion y devienne une religion majeure. Au XVIe siècle, le Vatican confie le territoire géorgien aux Capucins qui y seront représentés jusqu’en 1845, année de l’interdiction de leur présence par Nicolas Ier, la Russie tsariste ayant annexé le Royaume de Géorgie en 1801[7]. La personnalité la plus connue du catholicisme géorgien romain en Géorgie fut Saba Soulkhan Orbéliani (16581725), moine converti, ambassadeur auprès de Louis XIV et du pape Clément XI.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Alexandre Tamarachvili, dit Michel Tamarati publie en 1902 L’histoire du catholicisme parmi les Géorgiens[8], ouvrage de référence. En 1917, la communauté catholique rassemble 40 000 fidèles de rite latin et 10 000 fidèles de rite byzantin[7]. En 1921, l’invasion par les armées de la Russie soviétique entraîne sa quasi-disparition. Les églises sont confisquées, voire détruites. Les ecclésiastiques sont arrêtés et déportés ; quelques-uns seront exécutés lors des purges de 1937 ; d’autres se réfugient au Vatican[7]. Quelques fidèles parviennent à émigrer, notamment en France : ils reposent au Carré géorgien du cimetière de Leuville-sur-Orge. La présence de l’Église catholique romaine est à nouveau acceptée en Géorgie en 1993, après le retour à l’indépendance de la Géorgie, sous la présidence d’Edouard Chevardnadze : une délégation du Vatican est reçue et l’Administration apostolique du Caucase est créée. En 1994, l'œuvre de charité catholique Caritas Georgia est fondée[9]. En 1996, Giuseppe Pasotto, prêtre italien, prend la tête de cette administration qui couvre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. En 1998, les Frères camiliens ouvrent un centre médical en périphérie de Tbilissi (puis en 2003 un centre pour handicapés)[10]. En 1999, le pape Jean-Paul II se rend en Géorgie[11] mais l'Église orthodoxe de Géorgie ayant des difficultés à pratiquer l'œcuménisme, aucune prière commune entre représentants de l’Église catholique et ceux de l’Église orthodoxe de Géorgie n’a lieu.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Les catholiques transcaucasiens bénéficient de la création d’un évêché en janvier 2000. Il couvre le territoire de l’Arménie et de la Géorgie et a pour cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Tbilissi[12]: Mgr Giuseppe Pasotto en prend la tête. Les Sœurs françaises de Sainte-Nino, appartenant à la congrégation de Sainte-Chrétienne, s’installent à Akhaltsikhé en 2007[13],[14]. La communauté catholique de Géorgie « se sent parfois à l'étroit ou en butte à l'hostilité de certains orthodoxes[15]». L’Église orthodoxe de Géorgie interdit les mariages entre catholiques et orthodoxes[16]. En 2016, certains orthodoxes géorgiens ont désapprouvé l'annonce de la venue du pape François : « Prière de ne pas prononcer le mot pape en Géorgie… C’est en faisant chut sur ses lèvres qu’un prêtre orthodoxe en soutane, croisé dans un fast-food de quartier avec sa femme et ses deux enfants, répond lorsqu’on l’interroge sur la venue du pape. On ne peut parler de lui dans l’Église géorgienne, lâche-t-il craintif, avant de confier à voix basse qu’il n’a rien dit à ses fidèles de cette visite pontificale puisqu’on ne doit ni célébrer ni prier avec les catholiques »[17]. Le , le pape François est reçu en visite officielle en Géorgie « Quelques dizaines de manifestants s'étaient rassemblés vendredi devant l'aéroport de la capitale géorgienne pour exprimer leur opposition à la visite du chef de l'Église catholique en terre orthodoxe ». Accueilli en qualité de Chef d'État et de Chef d’Église, le pape François prononça un discours auprès du Patriarche de l’Église orthodoxe[18], mais aucune prière commune entre représentants de l’Église catholique et ceux de l’Église orthodoxe de Géorgie n’a lieu. Le pape François a rencontré une communauté catholique « pauvre et très engagée, qu’il exhorte à poursuivre son action malgré les difficultés, notamment avec une orthodoxie rétive à l’œcuménisme »[19]. Nous sommes une petite église et nous faisons chaque jour l'expérience de la minorité, avait déclaré plus tôt devant le pape, Mgr Giuseppe Pasotto, évêque catholique géorgien. Et parfois, c'est vraiment dur !, avait-il dit[20]. Les catholiques géorgiens se sentent discriminés selon le Père Pierre Dumoulin, recteur de l’Institut de théologie de Tbilissi[21].

Institutions[modifier | modifier le code]

Le catholicisme dispose de quatre juridictions soumises à la juridiction universelle du pape, évêque de Rome, au sein de l'« Église universelle[22] » :

L'Église catholique en Géorgie dispose de plusieurs institutions laïques et religieuses :

  • une œuvre de charité catholique Caritas Georgia;
  • un centre médical et un centre pour handicapés des Frères camiliens;
  • une congrégation de Sainte-Chrétienne.

Rites[modifier | modifier le code]

L'Église catholique utilise quatre rites liturgiques en Géorgie :

Nonce apostolique en Géorgie[modifier | modifier le code]

Depuis le retour à l'indépendance de la Géorgie, en 1991, quatre nonces apostoliques se sont succédé[27]

Ecclésia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion en Géorgie.

L’Administration apostolique du Caucase est parfois créditée de 50 000 fidèles[29]. Pour la Géorgie, qui compte une population de 3,7 millions d'habitants, avec 83,4% d'orthodoxes, 10,7 % de musulmans et 2,9 % de fidèles de l'Église apostolique arménienne, l'Église catholique est une communauté religieuse minoritaire (0,5 %) : l’Office national géorgien de statistiques — à l’issue du recensement de novembre 2014 — crédite la religion catholique romaine de 19 195 fidèles, 15 024 dans la région de Samtskhé-Djavakhétie, 1 662 à Tbilissi et 1 493 en Basse Kartlie. La capitale de la Basse Kartlie, Gori, est la ville de l’implantation historique du catholicisme romain en Géorgie[3]. Aujourd'hui la majorité des catholiques géorgiens vivent dans les grandes villes et dans le sud du pays ; la Samtskhé-Djavakhétie est peuplée en partie de population d’ethnie arménienne et la religion catholique — sans avoir l’audience de la religion orthodoxe arménienne — y est présente[30]. La communauté grecque-catholique géorgienne, de rite byzantin, compte environ 500 fidèles, autour de la ville de Gori.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Freedom in the World 2015 Georgia », sur freedomhouse.org, (consulté le 2 octobre 2018)
  2. (en) « Bureau of Democracy, Human Rights and Labor International Religious Freedom Report for 2014 Georgia », sur state.gov, (consulté le 3 octobre 2018)
  3. a et b (en) Georgian National Office of Statistics : « Population Census 2014 / Population by regions and religion », 24 octobre 2016
  4. « Géorgie Constitution du 24 août 1995 », sur mjp.univ-perp.fr, (consulté le 20 octobre 2018)
  5. « Observatoire de la liberté religieuse Géorgie », sur liberte-religieuse.org
  6. « Petit dictionnaire de l'Orient chrétien (§ Église géorgienne), Brepols, Turnhout, 1991, p. 180 »
  7. a b et c (en) « Brief History of the Georgian Byzantine Catholic Church », consulté le 24 octobre 2016
  8. Iberiana : « Les problèmes de l’identité linguistique et ethnique des Géorgiens d’après L’histoire du catholicisme parmi les Géorgiens de M. Tamarachvili, par Inga Routidzé, consulté le 28 octobre 2016
  9. (en) Caritas Georgia : « Site officiel », consulté le 24 octobre 2016
  10. Zenit: « En Géorgie, l’étape du pape François chez les Camilliens », 11 août 2016
  11. Vatican : « Discours du Saint-Père au Palais patriarcal de Tbilissi », 8 novembre 1999
  12. (en) « Cathedral of the Assumption of the Blessed Virgin Mary », consulté le 24 octobre 2016
  13. Sœurs Sainte-Chrétienne : « Site officiel », consulté le 24 octobre 2016
  14. Radio Vatican : « Les Sœurs Sainte-Chrétienne œuvrent pour l’unité des chrétiens », 30 septembre 2016
  15. Tribune de Genève : « Tensions » », 1er octobre 2016
  16. Le Figaro : « Les mariages entre catholiques et orthodoxes sont interdits par l'église orthodoxe géorgienne », 3 octobre 2016
  17. La Croix : « En Géorgie, le réveil de la foi », 30 septembre 2016
  18. Vatican : « Géorgie. Visite du pape au patriarche orthodoxe Elie II (texte complet) », consulté le 24 octobre 2016
  19. La Croix : « Le pape François aux côtés du petit troupeau de catholiques géorgiens », 1er octobre 2016
  20. La Voix du Nord : « Le pape demande aux catholiques de rester ouverts vis-à-vis des orthodoxes », 1er octobre 2016
  21. Portail Catholique suisse : « Père Dumoulin. Les catholiques géorgiens se sentent discriminés », 1er octobre 2016
  22. « Catéchisme de l'Église Catholique », sur vatican.va (consulté le 10 octobre 2018)
  23. a et b (en) Catholic Hierarchy : « Apostolic Administration of Caucaso » 21 août 2016
  24. a et b (en) Catholic Hierarchy : « Ordinariat d'Europe orientale (Église catholique arménienne)», 21 août 2016
  25. L’Orient /Le Jour : « Géorgie, le voyage du pape François fera sortir la communauté assyro-chaldéenne de l’oubli » par Joseph Yacoub, 30 septembre 2016
  26. Dailymotion : « Chant en araméen lors de la venue du pape François en Géorgie », 4 octobre 2016
  27. (en) Catholic Hierarchy : « Nunciature to Georgia », 9 octobre 2016
  28. (it) « Nomina del Nunzio Apostolico in Georgia », sur Vatican, .
  29. La Croix : « Le pape va rencontrer en Géorgie une Église catholique minoritaire », 29 septembre 2016
  30. Radio Vatican : « Les Arméniens-catholiques, une communauté forte en Géorgie », 28 septembre 2016

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]