Cantates du prix de Rome (Berlioz)

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Le compositeur français Hector Berlioz a concouru quatre fois pour le prix de Rome, qu'il a fini par remporter en 1830. Pour participer, il fallait écrire une cantate sur un texte donné par le jury. Les efforts de Berlioz pour obtenir ce prix sont exposés en détail dans les chapitres XXII à XXX de ses Mémoires. Il considérait en effet ce concours comme la première étape de son combat contre le conservatisme, représenté à l'époque par un jury réunissant des musiciens tels que Cherubini, Boieldieu ou encore Berton, lequel, à la différence des deux autres, a cessé depuis longtemps d'être joué. Le séjour de Berlioz en Italie à la suite de son succès aura une grande influence sur certaines de ses œuvres postérieures comme Benvenuto Cellini ou Harold en Italie. Par la suite l'auteur a détruit presque complètement les partitions de deux de ces cantates (Orphée et Sardanapale), mais réutilisé une partie des autres dans diverses œuvres.

Assez curieusement ces compositions tombées dans l'oubli vont susciter un intérêt de plus en plus vif dans la seconde moitié du XXe siècle, en particulier Cléopâtre, devenue une sorte de classique pour les voix de soprano et de mezzo-soprano, ainsi que le prouve le nombre sans cesse croissant des exécutions publiques et des enregistrements auxquels a donné lieu, à partir des années 1960, une œuvre aussi originale qui ne pouvait évidemment qu'aliéner à un débutant un jury bien peu soucieux de la nouveauté en matière de mélodie, d'harmonie ou encore d'orchestration.

Le prix de Rome[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prix de Rome.

Le prix de Rome permettait aux artistes qui l'avaient obtenu de passer aux frais de l'État français une année d'étude à la villa Medicis, à Rome. Les lauréats se voyaient également attribuer une pension de cinq ans. Dans le domaine musical, le prix était décerné par le Conservatoire de Paris. Les postulants devaient d'abord présenter une fugue chorale comme preuve de leurs connaissances techniques, puis les quatre candidats sélectionnés avaient à écrire une cantate dramatique sur un texte en vers imposé. Le jury de la dernière épreuve était constitué de tous les membres musiciens de l'Institut, ainsi que de deux membres non-musiciens. L'œuvre couronnée était jouée lors d'un concert public deux mois plus tard[1].

Les cantates[modifier | modifier le code]

Les quatre cantates sont :

La Mort d'Orphée[modifier | modifier le code]

La Mort d'Orphée (1827), pour ténor, chœurs et orchestre, sur un texte de Henri-Montan Berton (1767-1844). Berlioz échoue au concours.

Herminie[modifier | modifier le code]

Herminie (1828), pour soprano et orchestre, sur un texte de Pierre-Ange Vieillard (1778-1862). Berlioz obtient le second prix.

  1. Récitatif : « Quel trouble te poursuit, malheureuse Herminie ! »
  2. Aria : « Ah ! si de la tendresse »
  3. Récitatif : « Que dis-je ? »
  4. Aria : « Arrête ! Arrête ! Cher Tancrède »
  5. Aria : « Venez ! Venez ! Terribles armes ! », et prière : « Dieu des chrétiens, toi que j'ignore »

Le thème du premier mouvement a ensuite été utilisé comme idée fixe dans la Symphonie fantastique en 1830[2].

Cléopâtre [modifier | modifier le code]

Cléopâtre : scène lyrique (H36), pour soprano solo et orchestre, appelée fréquemment mais de manière inexacte La Mort de Cléopâtre, est composée en juillet 1829 sur un texte de Pierre-Ange Vieillard. Le premier grand prix n'est pas attribué cette année-là et Berlioz n'obtient aucun prix. La cantate, aujourd'hui l'une des œuvres lyriques les plus souvent exécutées du compositeur, n'a été publiée qu'en 1903.

CLÉOPÂTRE
C’en est donc fait ! ma honte est assurée.
Veuve d’Antoine et veuve de César,
Au pouvoir d’Octave livrée,
Je n’ai pu captiver son farouche regard.
J’étais vaincue, et suis déshonorée.
En vain, pour ranimer l’éclat de mes attraits,
J’ai profané le deuil d’un funeste veuvage ;
En vain, en vain, de l’art épuisant les secrets,
J’ai caché sous des fleurs les fers de l’esclavage;
Rien n’a pu du vainqueur désarmer les décrets.
À ses pieds j’ai traîné mes grandeurs opprimées.
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus,
Et la fille des Ptolémées
A subi l’affront des refus !
Ah ! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire,
Où sur le sein des mers, comparable à Vénus,
D’Antoine et de César réfléchissant la gloire,
J’apparus triomphante aux rives du Cydnus !
Actium m’a livrée au vainqueur qui me brave ;
Mon sceptre, mes trésors ont passé dans ses mains ;
Ma beauté me restait, et les mépris d’Octave
Pour me vaincre ont fait plus que le fer des Romains.
Ah ! qu’ils sont loin ces jours, etc.
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus,
J’ai subi l’affront des refus.
Moi qui du sein des mers, comparable à Vénus,
M’élançai triomphante aux rives du Cydnus !
Au comble des revers, qu’aurais-je encore à craindre ?
Reine coupable, que dis-tu ?
Du destin qui m’accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l’accuser les droits de la vertu ?
J’ai d’un époux déshonoré la vie.
C’est par moi qu’aux Romains l’Égypte est asservie,
Et que d’Isis l’ancien culte est détruit.
Quel asile chercher ? Sans parents ! sans patrie !
Il n’en est plus pour moi que l’éternelle nuit !
Méditation
("How if when I am laid into the tomb..." Shakespeare)
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous ?
Non !... non, de vos demeures funèbres
Je profanerais la splendeur !
Rois, encor au sein des ténèbres,
Vous me fuiriez avec horreur.
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l'accuser le droit de la vertu ?
Par moi nos dieux ont fui d'Alexandrie
Et d'Isis le culte est détruit.
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Vous me fuiriez avec horreur !
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l'accuser le droit de la vertu ?
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous ?
Non, j'ai d'un époux déshonoré la vie.
Sa cendre est sous mes yeux, son ombre me poursuit.
C'est par moi qu'aux Romains l'Égypte est asservie.
Par moi nos dieux ont fui les murs d'Alexandrie
Et d'Isis le culte est détruit.
Osiris proscrit ma couronne.
À Typhon je livre mes jours !
Contre l'horreur qui m'environne
Un vil reptile est mon recours.
Dieux du Nil... vous m'avez... trahie !
Octave... m'attend... à son char.
Cléopâtre, en... quittant... la vie,
Redevient digne de... César !

Sardanapale[modifier | modifier le code]

Sardanapale (1830), pour ténor, chœurs et orchestre, texte de Jean-François Gail (1795-1845). Berlioz obtient le premier grand prix.

La fin de cette cantate met en scène un « incendie » (selon les mots du compositeur), menant à une « explosion finale ». La première exécution (le lauréat du concours se voyait en effet offrir un concert aux frais de l'académie des Beaux-Arts) fut un échec : « Cinq cent mille malédictions sur les musiciens qui ne comptent pas leurs pauses !!! [...] Les violons et les basses continuent seuls leur impuissant trémolo ; point d’explosion ! un incendie qui s’éteint sans avoir éclaté, un effet ridicule au lieu de l’écroulement tant annoncé ; ridiculus mus ! »[1]

Phonographie[modifier | modifier le code]

La date de parution des enregistrements mentionnés ci-après est indiquée après le nom de la firme éditrice ; la date d'enregistrement, quand elle est connue, est indiquée entre crochets en fin de notice.

Les quatre cantates[modifier | modifier le code]

La Mort d'Orphée[modifier | modifier le code]

Herminie[modifier | modifier le code]

Cléopâtre[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b H. Berlioz, Mémoires.
  2. Michael Steinberg, The symphony: a listener's guide, Oxford, Oxford University Press, 1995, p. 61-66.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]