Biohacking

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Le biohacking est un ensemble de pratiques, des sciences et techniques et arts dits du vivant, lié à une approche de la biologie soutenue par une philosophie avec une diversité de positionnement politique. Le Biohacking est l'une de situation de la biologie participative

Le biohacking consiste en une articulation de pratiques appuyées par une philosophie libertaire que l'on pourrait résumer par[1] :

  • libre accès à l'information et la connaissance ;
  • étude et compréhension des phénomènes et fonctionnements du vivant ;
  • déconstruction des outils d'étude et d'analyse du vivant ;
  • détournement des méthodes et outils de travail ;
  • détournement des fonctionnements du vivant vers des finalités nouvelles ;
  • fabrication d'outils pour réaliser des expériences scientifiques et artistiques.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « biohacking », d'origine anglophone, est un néologisme composé de « biologie » et « hacking ». Le premier composant fait référence à une discipline scientifique et ses différentes pratiques ; le second fait appel à une approche visant à un échange de savoirs au travers de la « sous-culture du hacking » à l'aide d'un ensemble de techniques.

« Biohacking » désigne l'action d'appliquer le hacking dans les nombreux domaines de la biologie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme « biohacking » ainsi que le concept de biologie à faire soi-même (« Do-it-yourself biology ») apparaissent en 1988[2],[3],[4]. Selon le sociologue Everett Rogers, « les gens se sont mis en état d'alerte. Il y avait des films sur les hackers. Peut-être que dans quelques années, il y aura des films sur des {bio-hackers} créant des monstres Frankensteiniens[4]. » La prédiction d'Everett Rogers est formalisée et diffusée au travers du film Bienvenue à Gattaca sorti en 1997. La place de la biologie dans la science-fiction étant largement étendue depuis, au moins, 1932.

Cette apparition formulée dans des termes liés au génie génétique et à la science fiction contribue à une perception actuelle du biohacking, souvent attaché à des manipulation génétique et modifications corporelles, body hacking (en). Cette impression est entretenue dans de nombreuses œuvres de la biologie dans la science-fiction.

Le biohacking comporte une diversité d'activités dans divers champs d'application telles que (exemple parmi d'autres) :

Cette diversité s'exprime au travers de manifestes, sites web et codes[8] et des lieux de rencontre parfois appelés biohackerspaces.

Exemple de pratiques dans le biohacking[modifier | modifier le code]

Montage de l'Exposition « Écosystème, Technosystème ? Les pratiques du biomimétisme libre et open source pour panser et concevoir la ville vivante et soutenable » Hôtel Pasteur, Rennes, décembre 2017
  • Open Insuline[9]
  • ElectroPen[10], fabrication d'un disposition d'électroporation, sous licence libre à bas coût et facilement reproductible pour faciliter l'étude et la modification génétique de cellule cible
  • Pocket PCR[11]
  • faire de l'essence à partir de bactéries[12]
  • bio-papier pour l'impression organes (2005)[13]
  • Capture de levure sauvage pour la bière pour une bière libre et open source, Free Beer[14].
  • Open Source Œstrogène[15], effort entre biohacking et de conception spéculative pour démontrer les manières dont l'œstrogène devient une biomolécule avec un biopouvoir institutionnalisé.


Dimensions du Biohacking[modifier | modifier le code]

En 2015, à Nantes, lors du Festival Web2day[16], 5 personnes impliquées dans le mouvement de biohacking interviennent lors de la table ronde nommée « Makers, biohackers : et en francophonie ? »[17] (2 intervenantes, 2 intervenants, 1 animateur). Lors de cet événement, l'animateur Yann Heurtaux prend appui sur la définition du hacking de Mitch Altman pour introduire le hacking : « Prendre ce qui existe, l'améliorer du mieux que l'on peut, et le partager […] pour nous améliorer nous et améliorer les choses autour de nous » ; puis sur Alessandro Delfanti[18] pour introduire la Biologie participative (ou DIY), telle que « utiliser des outils libres pour s'affranchir des institutions académiques et de l'industrie ».

Lors de cette rencontre, l'accent est mis sur des enjeux culturels portés par le mouvement biohacking : la citoyenneté, l'éducation, l'apprentissage, l'enseignement, de non « réservation des pratiques de la biologie à une élite ».

En 2016, Quitterie Largeteau, qui participa à la table ronde au web2day de 2015, biologiste et cofondatrice du projet BioHacking Safari (une documentarisation par le reportage des lieux et des communautés de biohacking), intervient dans l'émission de France Culture « La Méthode scientifique »[19] pour décrire les biohackeuses et les biohackeurs comme des personnes explorant de nouvelles pratiques scientifiques, de production et de partage des savoirs.

En 2017, Josiah Zayner, partisan de la « Do It Yourself Biology », tente de modifier son propre génome[20] à l'aide de la technique CRIPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats).

En décembre 2018, Guillaume Bagnolini soutient un thèse en philosophie à l'Université de Tours intitulée « À la marge des sciences institutionnelles, philosophie et anthropologie de l'éthique du mouvement biohacking en France »[21].

« Le biohacking est une vive critique contre les institutions scientifiques officielles et un appel à plus de liberté à travers notamment la constitution de laboratoires citoyens « indépendants », les biohackerspaces. »

— Guillaume Bagnolini, 2018.

Le biohacking y est envisagé comme un mouvement critique qui prend ancrage dans des lieux, tiers-lieux, menant à « conduire à une réflexion plus large sur la participation citoyenne dans les choix technoscientifiques et sur les politiques de production scientifique et technique. »

Le à Washington DC, Aaron Traywick (en), fondateur dirigeant de la start-up Ascendance Biometical, qui se revendiquait du biohacking, décède à l'âge de 28 ans. Il s’était injecté un traitement expérimental contre l’herpès en février de la même année[22].

Préparation d'un kit de Biohacking pour un atelier de biologie en Éducation populaire dans un café à Rennes en 2020

Le biohacking s'étend alors de pratiques amatrices, donnant « une figure de la modernité esthétique » (Laurence Allard, 1999)[23], jusqu'au développement commerciaux et des start-up, passant par la recherche universitaire, comme George McDonald Church, la recherche non académique, et des pratiques illégales de médecine ou de modification génétique.

Il est également un thème régulièrement abordé dans des œuvres culturelles (roman, cinéma, manga, etc) et dans des pratiques artistiques[24],[25]


Place de la philosophie[modifier | modifier le code]

« Un discipline n'est pas une tradition de recherche locale, elle est, par vocation, translocale » (J. Gayon, F. Merlin, T Hocquet, 2020)[26] ; le hacking se déroule, principalement dans des lieux physiquement situés où des individus partagent et utilisent des ressources, avec leur propre « foires, conventions et réseaux ».[27]. Dans cette configuration, l'écart entre biologie classique et biohacking est un espace de tensions et frottements mouvants qui ne réduisent pas uniquement à la biologie et à l'informatique.

« Même sans liens directs, science et politique s'entremêlent et se renforcent réciproquement sans qu'aucune ne soit réductible à l'autre. »

— Charles Gillispie[28]

Courants politiques[modifier | modifier le code]

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Frankenstein ou le Prométhée moderne peut être lu comme un œuvre précurseure sur les pratiques de modification de vivant, notamment par la monstration d'un scientifique-ingénieur qui charge à l’intérieur de sa création une « étincelle d’être » provenant de lui-même (un « spark of being » dans la création pour être au monde).

Le biopunk, courant littéraire né à la fin des années 1990, aborde les technologies du vivant, c'est à dire l'étude de l'état de l'art des techniques, l'observation aux diverses périodes historiques, en matière d'outils et de savoir-faire sur le vivant. Cette approche prend la forme de fictions critiques, comme par exemple sur le clonage et la transgénèse.

La biologie dans la science-fiction est également un pan important largement traité et diffusé.

Dans le film d'animation Nausicaä de la Vallée du Vent (1984) la princesse Nausicaä héroïne de l'histoire et personnage principal de Nausicaä, masquée et casquée dans la forêt toxique, manipule du bout du doigt ganté un des organismes vivants pour en faire tomber un infime partie luminescente, un spore, dans un tube à essai. Ce sont les « Fongus ». Cette pratique lui sert à concevoir un jardin expérimental botanique dans les sous-sols de son château pour pour tester et concevoir un nouvel écosystème non toxique à partir des non-humains existants par modification de leur système d'irrigation.

En œuvre littéraire dans le cycle d'Hypérion de Dan Simmons (1989), une des factions, les Extros forment une communauté d'êtres humains qui a fait sécession avec l'Hégémonie et qui vit dans l'espace en apesanteur. Ils sont adeptes du transhumanisme, qu'ils pratiquent pour adapter la physiologie humaine à la vie dans l'espace.

Mars la rouge, roman publié en 1992, aborde aussi le biohacking planétaire avec un groupe de scientifique lançant l'ensemencement de la planète contre l'avis d'autres scientifiques

Le Dernier Homme (titre original Oryx and Crake), roman de Margareth Artwood publié en 2005, aborde également dans un univers post-apocalyptique les risques et les enjeux de la xenotransplantation et du génie génétique.

En 2016, Company Town (de Madeline Ashby (en)) parle notamment de Hwa, une personne qui renonce aux améliorations par la bio-ingénierie, allant ainsi à l'encontre de sa communauté. Elle est la dernière personne entièrement organique. Elle devient experte dans les arts de l'auto-défense, chargée de former le plus jeune du groupe.

Depuis septembre 2019, la radio Petit Carré Utile (CPU) diffuse la série « Bio Is The New Black »[29], animée par la chercheuse Élise Rigot. C'est une série d'entretiens avec des praticiennes et praticiens du biohacking, des designeuses et designeurs, des chercheuses et des chercheurs. Cette émission est également diffusée sur Radio FMR[30] à Toulouse.

Critiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Denisa Kera, « Forgotten Histories of DIYbio, Open, and Citizen Science : Science of the People, by the People, for the People? », dans Art as We Don’t Know It, université Aalto, (lire en ligne), p. 154-164.
  2. (en) « Forum: Roses are black, violets are green - The emergence of amateur genetic engineers », New Scientist (consulté le 25 octobre 2015).
  3. (en) « Biotechnology education : a resource for teachers and students in the biological sciences. » (ISSN 0955-6621).
  4. a et b (en) Michael Schrage, « Playing god in your basement », The Washington Post, .
  5. Ewen Chardronnet, « GynePunk, les sorcières cyborg de la gynécologie DiY », sur Makery, .
  6. (en + es) « Documentation de projets de Gynepunk », wiki du biohackerspace Hackteria.
  7. « Journée de présentation des projets sur les corps et les sexualités », Paris, wiki du Hackerspace Le Reset, .
  8. (en) Jozef Keulartz et Henk van den Belt, « DIY-Bio – economic, epistemological and ethical implications and ambivalences », (DOI 10.1186/s40504-016-0039-1).
  9. (en) « Open Insulin Foundation », sur openinsulin.org.
  10. (en) Gaurav Byagathvalli, Soham Sinha, Yan Zhang, Mark P. Styczynski, Janet Standeven, M. Saad Bhamla, « ElectroPen: An ultra-low–cost, electricity-free, portable electroporator », PLOS Biology,‎ (DOI 10.1371/journal.pbio.3000589).
  11. (en) « PocketPCR », sur gaudi.ch.
  12. (en) Neil Savage, « Making Gasoline from Bacteria », MIT Tech Review, .
  13. (en) Nicholas Genes, « Organ Printer Seeks Bio-Paper for Jam », sur Medgaget, .
  14. y brewlab77, « Comment capturer ses levures sauvages? », sur Brewlab, .
  15. Présentation lors du 34C3, festival organisé par le Chaos Computer Club en 2017
  16. Ouest-France, 12 juin 2018, Evénement. Web2Day : 10 chiffres clés pour la 10e édition
  17. Vidéo Youtube, Makers biohackers et en francophonie ? - Table ronde - VOFR - Web2day (2015)
  18. Biohackers The Politics of open science, Alessandro Delfanti. PlutoPress, 2013
  19. animation Nicolas Martin, « Biohacking : qui sont les nouveaux explorateurs du vivant ? », sur émission La Méthode Scientifique sur France culture, .
  20. « Manipulation génétique: Josiah Zayner, le biohacker qui va trop loin? », 20 minutes, .
  21. PDF de la Thèse de Guillaume Bagnolini À la marge des sciences institutionnelles, philosophie et anthropologie de l'éthique du mouvement biohacking en France.
  22. Nelly Lesage, « Le biohacker controversé Aaron Traywick n’a pas survécu à ses expériences biologiques », Numérama, .
  23. Laurence Allard, « L'amateur: une figure de la modernité esthétique », Communications, no 68,‎ , p. 9-31 (lire en ligne).
  24. (en) Black-Mould Brie, Anyone? An Art Project Comes to the City. L'exposition de l'artiste Avril Corroon sur les meules de fromage toxiques, fabriquées à partir de moisissures dans les appartements et les lieux de travail de Dublin et de Londres, s'ouvre bientôt à la LAB Gallery.
  25. (en) CALL FOR ARTISTS IN RESIDENCE : artists, designers, biohackers, musicians, or other cultural practitioners who want to carry out artistic work with biological media.
  26. « Précis de philosophie de la biologie », Hoquet, Thierry; Merlin, Francesca. 2014 (p. 14)
  27. « L'âge du faire - Hacking, travail, anarchie », Michel Lallement. Le Seuil, 2015
  28. Charles Coulston Gillispie, Science and Polity in France : the End of the Old Regime. id., Science and Polity in France : the Revolutionary and Napoleonic Years, Bret Patrice, Annales historiques de la Révolution française, vol. 348, no 1, 2007
  29. Bio Is The New Black.
  30. Radio FMR.