Bio-art

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Le bio-art ou bio art[1] décrit une évolution récente de l'art contemporain, prenant pour medium les ressources plastiques offertes par les biotechnologies. Culture de tissus vivants (Art orienté objet), modifications génétiques (Eduardo Kac), morphologiques (Marta de Menezes), constructions analytiques et biomécaniques (Symbiotica) ont toutes été exploitées par des artistes qui s'approprient des techniques et des thèmes de réflexion très controversés aujourd'hui.

Ces expérimentations sont parfois en relation avec le propre corps de l'artiste (culture de sa propre peau, transfusion de sang de cheval rendu compatible…), et mettent à nu les peurs traditionnellement inspirées par la technologie.

Définition[modifier | modifier le code]

Le Bio-Art est un mouvement artistique récent, datant des années 2000. Le Bio-Art, prenant son sens dans les mots « biologie », du grec bios « la vie » et logos « discours », et « art », dérivé du latin art, donc « habileté, métier de connaissance technique » ou encore « métier, talent », « procédé, ruse, manière de se conduire », et/ou « création d’œuvres ». Ce mouvement a pu émerger grâce aux changements sociaux induits par des découvertes scientifiques et technologiques (particulièrement en biologie et en informatique) dans ces dernières décennies. On peut donc assez vite comprendre que le Bio-Art est un croisement entre l’art et la science, qui a pu faire naître un univers poétique et créatif.

Concept du bio-art[modifier | modifier le code]

L’Art contemporain est assez difficile à cerner. Le Bio-Art tient son origine de la biotechnologie, soit tout ce qui est biologie, biophysique, microbiologie, informatique, et nouvelles technologies, ce qui nous dirige alors vers l’ordre robotique. Ce mouvement travail sur le rapport de l’homme à l’inhumain, ce qui fait fortement référence aux manipulations génétiques ainsi qu’à la réflexion sur le rapport et la proximité entre l’homme et l’animal, mais aussi sur le rapport entre l’homme et la machine (en ce qui concerne le cas des cyborgs, des androïds…

De plus, on ne peut pas passer à côté de la proximité qu’a ce mouvement avec l’art corporel. Il y a une frontière mince entre ces deux-là qui nous amène une certaine difficulté à discerner les deux mouvements. Mais ce que l’on peut retenir du Bio-Art, c’est qu’il peut montrer la peur traditionnelle de science, ainsi que la peur face aux evolutions de la technologie, de l’introduction massive de la technologie (notamment la technologie miniaturisée), et la peur des mutations génétiques et à la radioactivité dans le quotidien, vis-à-vis de l’avenir de l’Homme.

Ce mouvement n’est pas très optimiste, très dérangeant, mais il possède une forte et noire dimension humoristique. Il est aux portes de la science-fiction, mais cet art reste bien réel. C’est un univers de performances en pleine évolution, étant donné que l’artiste intègre l’œuvre à lui-même. Ici le laboratoire remplace l’atelier et le vivant remplace le support. L’œuvre n’est plus fixe, elle intègre les mouvements, et ces créations sont en évolutions perpétuelles.

Les artistes se retrouvent alors face aux scientifiques. Le scientifique, lui, est soumis à un règlement, à une éthique au regard de la souffrance animal (il doit veiller à ne pas franchir une certaine limite).

Pour le médium Biotechnologique, on peut se demander quelles peuvent être les ressources plastiques ? Tout simplement les tissus vivants, avec les modifications génétiques et morphologique, les construction analytiques et biomécaniques. C’est donc assez souvent un travail sur un corps, un être-humain ou animal, des modifications des corps par un agent exogène extérieur (le plus souvent par la science : gènes, éléments robotiques, etc.). Ces expérimentations sont parfois avec le propre corps de l’artiste.

Ses techniques ainsi que ses thèmes sont controversées aujourd’hui, mais on va privilégier les outils numériques et cinématographiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme bio-art a été démocratisé par l'artiste Eduardo Kac en 1997 dans l'article "Artista põe a vida em risco". Puis la même année Eduardo Kac réalise la première œuvre se rapprochant du bio-art. Dans Time Capsule, il s'implante une puce dans sa jambe. Dans cette œuvre se rapprochant du Body Art, l'artiste fusionne avec le une RFID qui ne fait qu'un avec lui.[2]

Bio-artistes et oeuvres[modifier | modifier le code]

Eduardo Kac est le Bio-Artiste le plus connu, notamment grâce à GFP Bunny Alba en 2000. Il s’agit là d’une performance sur un lapin, que l’on a rendu fluorescent grâce à un mélange de son ADN et de celui d’une méduse, mais ici l’artiste n’était pas l’auteur de ces manipulations (il s’agit bien de l’équipe du Professeur Houdebine, INRA).  Eduardo Kac voulait susciter un débat sur le statut des animaux transgéniques pour les sortir de leur condition d’objets de laboratoire. Mais le lapin n’a jamais été libérée par le laboratoire. Nous avons aussi une autre œuvre importante, Téléprésence Garment. Une personne est dans un vêtement spécial, sans manche ni jambière (forçant donc le porteur à marcher sur ses genoux). De plus, il est rendu aveugle avec une cagoule qui possède une caméra ainsi qu’un récepteur audio : une personne va le contrôler à distance. Cette expérience/œuvre va nous rapporter au terme « Zomborg », soit l’ôte de l’autre.

Il s’agit là d’un duo, Marion Laval-Jeantet et Benoit Mangin. Dans une de leurs œuvres, ils vont faire un prélèvement de leur propre peau dans un laboratoire. Ces prélèvements de peaux seront alors déposés sur les dermes de porcs. Ce cochon sera alors tatoué de représentation d’espèce en danger. Des hybridations vont être gardée dans des bocaux de verres (dans le genre d’un cabinet de curiosité) mais en plus, Marion Laval-Jeantet va se faire injecter du sang de cheval, ce qui va rapporter un tabou institutionnel et juridique, ce qui élargi la notion de respect du vivant et de la biodiversité souvent mise à mal par la technologie.

Protéic Portrait est une combinaison d’acides aminés, codifiés en chimie sous forme de lettres de l’alphabet pour composer son nom.

Cet artiste va faire de son corps un matériau propre à toute manipulation artistique (de la chirurgie plastique filmé, mis en scène, avec des implants, des trucages de son image par informatique…) ce qui va nous reporter au Body-Art. Manteau Arlequin est ici belle et bien une œuvre issus du Bio-Art, puisqu’il utilise ses propres cellules à lui et d’autres personnes, de couleurs de peau différente, ainsi que des animaux, ce qui est ici une métaphore parfaite du métissage et de l’hybridation.

Monstres Sacrés est une œuvre spécialisée dans l’écologie. Sa mission : observer un terrain pollué, où les grenouilles (les sentinelles des espèces) subissent une déformation à cause des produits toxiques qui sont rejetés par l’Homme dans la nature. Elles se retrouve alors en déclin, voir vouées à disparaitre. Dans ses recherches, on utilise un scanner à haute résolution qui va détecter les produits chimiques dans les grenouilles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jens Hauser (ed.). sk-interfaces. Exploding borders - creating membranes in art, technology and society. Liverpool: University of Liverpool Press 2008
  • (en) Eduardo Kac. "Telepresence and Bio Art -- Networking Humans, Rabbits and Robots". (Ann Arbor: University of Michigan Press, 2005
  • (en) Eduardo Kac (ed.). "Signs of Life: Bio Art and Beyond". Cambridge: MIT Press, 2007 (en Anglais).
  • (de) Nicole C. Karafyllis (ed.). Biofakte - Versuch über den Menschen zwischen Artefakt und Lebewesen. Paderborn: Mentis 2003
  • Florence de Mèredieu, "Anges, robots et corps de chair", in Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne et contemporain, Paris, Larousse, 2004-2008
  • Florence de Mèredieu, "Prothèses techniques et art biologique", in Arts et nouvelles technologies, Paris, Larousse, 2003-2005
  • (de) Ingeborg Reichle. Kunst aus dem Labor. Springer Publ. 2005. (en Allemand)
  • Denis Baron. La chair mutante, fabrique d'un posthumain. 2008. Editions Dis Voir
  • Ernestine Daubner et Louise Poissant. Bioart. Presses de l'université Du Québec, 2012.
  • Teva Flaman. L’œuvre d’art à l’époque des biotechnologies : enjeux esthétiques. Art et histoire de l’art. Université Michel de Montaigne - Bordeaux III, 2015. Français.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «...j'ai créé le terme bio art en 1997...», Eduardo Kac, préface à Le bioart : enjeux esthétiques de Teva Flaman (Aix-en-Provence : P.U.P., 2019)
  2. Dominique Moulon, « Time Capsule | Media Art Design Blog » (consulté le 19 novembre 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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