Bâillement

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Autoportrait par Joseph Ducreux (v. 1783).
Bâilleur par Lequeu.

Le bâillement est une contraction intense de certains muscles de la face et du diaphragme entraînant une inhalation profonde d'air par l'ouverture de la bouche grande ouverte, suivie d'une courte mais profonde et rapide expiration. C'est un comportement physiologique et « réflexe » banal qui existe (dès le stade fœtal) chez de nombreux animaux, y compris les poissons. Il est donc phylogénétiquement ancien. Stéréotypé[1], il est néanmoins modulable et volontiers associé chez l'Homme comme chez l'animal à des étirements musculaires (pandiculation).

On l'associe souvent à la fatigue (au besoin de sommeil), à l'angoisse[réf. nécessaire], à la faim[2], à la sexualité et surtout à l'ennui.

Il est présent chez tous les vertébrés[3], dont tous les mammifères (à l'exception de la girafe[3], et moins fréquent chez les herbivores que chez les carnivores), dont l'humain, les reptiles, les poissons, et les oiseaux[4].

Dans l'histoire des sciences[modifier | modifier le code]

Ce phénomène physiologique est décrit dès l'Antiquité, par exemple par Hippocrate qui pensait dans son Traité des vents que le bâillement permettait l'évacuation de la fièvre, comme une cheminée évacue la fumée.

D'autres médecins romains faisaient un lien entre la haute mortalité infantile et le fait que les bébés bâillaient beaucoup (idée du bâillement mortel et contagieux)

Les hindous pensaient que lors du bâillement des esprits pénétraient dans le corps par la bouche

Les musulmans y voyaient l'entrée du diable dans le corps, ou, dans d'autres interprétations, que le diable se moque des hommes au moment du bâillement, d'où la coutume assez universelle de mettre la main devant sa bouche lorsque l'on bâille[5].

Oublié après les publications de Jean-Martin Charcot, la médecine du XXe siècle n'y a pas attaché beaucoup d'intérêt jusqu'aux années 1980, marquées par les progrès de la neurophysiologie et de la neuropharmacologie qui lui redonnent sens. Une étude récente (2016) montre que plus un animal a un gros cerveau, plus son bâillement moyen est long. Le bâillement pourrait ainsi avoir évolué avec l'évolution du cerveau et de l'intelligence[6].

Description physiologique[modifier | modifier le code]

Bâillement d'un fœtus à 30 semaines de grossesse - image mobile, en trois dimensions, par ultrasons.

Le bâillement se fait environ 250 000 fois au cours de la vie, soit une moyenne de 5 à 10 fois par jour, avec une fréquence accrue au réveil et chez le nourrisson ou le fœtus <span style="cursor: help; border-bottom: 1px solid #AAA;" title="C'est la fréquence accrue ou le réflexe qui commence dès la 3e semaine ? et c'est la 3e semaine de qui ou quoi (de vie foetale, de grossesse, de vie de nourrisson">dès la troisième semaine[pas clair] (preuve de son caractère archaïque, cf. la loi de von Baer)[5].

Le cycle du bâillement se déroule en trois phases suivies d'une sensation de bien-être et de détente :

  1. une longue inspiration,
  2. une apnée d'environ une seconde, durant laquelle l'acuité auditive diminue (en raison de l'ouverture des trompes d'Eustache)
  3. une expiration rapide, parfois accompagnée d'une stimulation des glandes lacrymales et associée ou non à des étirements.

Fonctions du bâillement[modifier | modifier le code]

Le bâillement pourrait avoir une ou plusieurs fonctions, et il pourrait y avoir différents types (et fonctions associées) de baillement[7],[8]. Plusieurs hypothèses sont discutées depuis longtemps.

Une fonction supposée, répété depuis le XVIIIe siècle depuis une première fois par le médecin hollandais Johan de Gorter en 1755 dans De perspiratione insensibili, est l'oxygénation cérébrale ; le bâillement étant selon lui censé répondre à l'hypoxie cérébrale).

Le bâillement pourrait être une stimulation réflexe de la vigilance, par augmentation de la clairance du liquide céphalo-rachidien (interprétations difficiles car les études électro-encéphalographiques sont perturbées par l'intense activité électrique que le bâillement provoque lors de ces enregistrements)

Il pourrait aussi jouer un rôle dans la thermorégulation de l'organisme[9] et notamment pour le refroidissement du cerveau[10] (un système de refroidissement diminue la contagiosité du bâillement[11].

Il joue un rôle important dans la communication non verbale, au moins chez certaines espèces, dont en particulier chez les primates. Chez ceux-ci, il est lié au taux de testostérone ; ainsi les mâles macaques dominants bâillent beaucoup avant et après l'accouplement, et une fois castrés, ils ne bâillent plus[5].

Pathologie du bâillement[modifier | modifier le code]

Des bâillements trop fréquents ou anormalement rares peuvent être associés à certaines pathologies[12]. Alors que le bâillement disparaît dans les syndromes extrapyramidaux (ex : maladie de Parkinson), des salves de bâillements répétés sont pathologiques et peuvent révéler de multiples pathologies cérébrales neurologiques ou neuropsychologiques.

Des causes de bâillements iatrogènes existent et sont fréquentes (notamment suite à prise d'antidépresseurs sérotoninergiques).

Le tronc cérébral associé au diencéphale (cerveau intermédiaire) est le siège de ce réflexe.
Mais le curieux phénomène de la contagion du bâillement (échokinésie), propre à l'homme et aux primates les plus proches de l'homme (chimpanzé), implique aussi la mise en jeu des lobes frontaux (capacités d'imitation et d'empathie).

L'embryologie et l'ontogenèse évoquent un parallélisme entre succion et bâillement.

Le déroulement du bâillement fait intervenir de nombreux neurotransmetteurs ; la dopamine joue un rôle central, en activant la production d'ocytocine par le noyau paraventriculaire de l'hypothalamus. L'ocytocine active la sécrétion cholinergique de l'hippocampe et l'acétylcholine déclenche le bâillement par effet sur les récepteurs muscariniques des muscles du larynx, du visage et de la mâchoire impliqués dans son déroulement. Les multiples projections du noyau paraventriculaire sur le locus cœruleus et la réticulé du tronc cérébral sont les déterminants de l'effet du bâillement sur la vigilance. Ce schéma trop simplificateur omet d'autres molécules également impliquées telles que monoxyde d'azote, glutamate, GABA, sérotonine, ACTH, MSH, hormones sexuelles, hypocrétine et autres neuropeptides. Cette richesse neurophysiologique explique l'intérêt de l'observation du bâillement pour des tests pharmacologiques des nouveaux psychotropes, du fait de sa propriété instinctive.

Un acte communicatif[modifier | modifier le code]

Le bâillement est un acte communicatif touchant 75 % de la population, 25 % étant peu ou pas sensible à cette contagion[13]. Acte de réplication, le bâillement d'une personne implique bien souvent le bâillement des personnes se trouvant dans son entourage et est corrélé à l'empathie. Ce comportement mimétique ne se retrouve que chez les primates[3] donc des êtres doués d'empathie[3]. L'action n'est pas une action réflexe, mais une forme de communion empathique selon le docteur Olivier Walusinksi, spécialiste français du bâillement[3]. Une personnalité schizoïde, un autiste ne reproduira pas de bâillement[3]. Le bâillement est contagieux également chez les aveugles, la contagion ne se fait donc pas que visuellement[14]. Cette contagion est probablement due à un groupe de neurones spécialisés appelés neurones miroirs[15]. Une étude récente, menée par Ivan Norscia et Elisabetta Palagi de l'université de Pise (Italie), a démontré que la contagion du bâillement est plus élevée en réponse à des parents, puis amis, puis des connaissances, et enfin des étrangers[16]. En se fondant sur ces résultats les auteurs concluent que la contagion du bâillement est affectée par le lien empathique qui connecte deux personnes, en considérant les humains dans leur milieu naturel[16].

Bâillement et taille du cerveau[modifier | modifier le code]

Une étude[17] publiée en 2016 dans Biology Letters, basée sur l'analyse de vidéos de bâillements (trouvées sur YouTube) de 29 mammifères d'espèces différent (souris, chatons, renards, hérissons, morses, éléphants[18]... et humains) montre que plus l'espèce a un petit cerveaux (dotée d'un cortex moins riche en neurones), plus la durée de bâillement est courte[17] ;
Un primate baille plus longtemps qu'un non-primates et c'est au sein de l'espèce humaine (dont le cerveau abrite environ 12.000 millions de neurones corticaux) que le bâillement moyen est le plus long : un peu plus de 6 secondes[17]. Chez l'éléphant d'Afrique comparable à l'homme pour le poids de son cerveau, et qui dispose d'un nombre similaire de neurones corticaux, le bâillement dure environ 6 secondes. A l'opposé la souris a un bâillement moyen d'environ 1,5 seconde[17].

Ces résultats sont compatibles avec l'hypothèse ancienne voulant que bâiller ait un effet physiologique lié au cerveau (effet d'amélioration du flux sanguin et de refroidissement du cerveau)[19].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Provine RR (1986) Yawning as a stereotyped action pattern and releasing stimulus. Ethology 72, 109–122. (doi:10.1111/j.1439-0310.1986.tb00611.x)
  2. Leptine, ghréline, histamine et bâillements
  3. a, b, c, d, e et f Violaine de Montlcos, « "Pourquoi on bâille", interview du docteur Olivier Walusinski », Le Point,‎
  4. Miller ML, Gallup AC, Vogel AR, Vicario SM, Clark AB . (2012) Evidence for contagious behaviors in budgerigars (Melopsittacus undulatus): an observational study of yawning and stretching. Behav. Process. 89, 264–270. (doi:10.1016/j.beproc.2011.12.012)
  5. a, b et c Olivier Walusinksi, émission 'La Tête au carré, 5 novembre 2009
  6. Roth G, Dicke U (2005) Évolution of the brain and intelligence. Trends Cogn. Sci. 9, 250–257. (doi:10.1016/j.tics.2005.03.005)
  7. Leone A, Ferrari PF, Palagi E (2014) Different yawns, different functions? Testing social hypotheses on spontaneous yawning in Theropithecus gelada. Sci. Rep. 4, 4010. (doi:10.1038/srep04010)
  8. Vick SJ, Paukner A (2010) Variation and context of yawns in captive chimpanzees (Pan troglodytes). Am. J. Primatol. 72, 262–269. (doi:10.1002/ajp.20781)
  9. Shoup-Knox ML, Gallup AC, Gallup GG Jr., McNay EC . (2010) Yawning and stretching predict brain temperature changes in rats: support for the thermoregulatory hypothesis. Front. Evol. Neurosci. 2, 1–5. (doi:10.3389/fnevo.2010.00108)
  10. (en) M. Cabanc, H. Brinnel, « Blood flow in the emissary veins of the human head during hyperthermia », European Journal of Applied Physiology and Occupational Physiology, vol. 54, no 2,‎ , p. 172-176
  11. Gallup AC, Gallup GG Jr. . 2007 Yawning as a brain cooling mechanism: nasal breathing and forehead cooling diminish the incidence of contagious yawning. Evol. Psychol. 5, 92–101. (doi:10.1177/147470490700500109)
  12. Walusinski O (2009) Yawning in diseases. Eur. Neurol. 62, 180–187. (doi:10.1159/000228262)
  13. (en) RR Provine, « Yawning as a stereotyped action pattern and releasing stimulus », Ethology, vol. 72,‎ , p. 109-122
  14. De la réplication du bâillement
  15. Olivier Walusinski (2009), « Le bâillement est-il contagieux ? » Pour la Science, n° 378
  16. a et b (en) Norscia I., Palagi, E., « Yawn contagion and empathy in Homo sapiens », PLoS ONE, vol. 6, no 12,‎ , e2847254 (DOI 10.1371/journal.pone.0028472)
  17. a, b, c et d Andrew C. Gallup, Allyson M. Church, Anthony J. Pelegrino (2016) Yawn duration predicts brain weight and cortical neuron number in mammals ; publié le 4 Oct 2016 ; DOI: 10.1098/rsbl.2016.0545
  18. exemple vidéo
  19. Emily Underwood (2016) The bigger your brain, the longer you yawn ; Science, Brain & BehaviorPlants & Animals Oct. 4, 2016 ; DOI: 10.1126/science.aah7379

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Walusinski O (2014) How yawning switches the default-mode network to the attentional network by activating the cerebrospinal fluid