Jean-Jacques Lequeu

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Jean-Jacques Lequeu
Image illustrative de l’article Jean-Jacques Lequeu
Autoportrait (1792).
Présentation
Naissance
Rouen, France
Décès (à 68 ans)
Paris, France
Nationalité française
Mouvement Néo-classicisme
Formation Le Brument
Œuvre
Agence Jacques Germain Soufflot, François Soufflot le Romain

Jean-Jacques Lequeu, né le à Rouen et mort le à Paris, est un architecte et dessinateur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

La vie de Jean-Jacques Lequeu est bien connue depuis les enquêtes archivistiques complètes réalisées d'abord par Elisa Boeri, dans le cadre de sa thèse de doctorat, puis à l'occasion de l'exposition consacrée à l'architecte en 2018-2019 au Petit Palais[1]. Fils d'un maître menuisier, il a travaillé dans sa ville natale avec l’architecte Le Brument. Il fut formé au dessin, art dans lequel il excellait, par Jean-Baptiste Descamps. Il a ensuite reçu deux prix de l’Académie de Rouen en 1776 et 1778, puis une bourse qui lui permet de partir pour Paris. Il se dit « architecte de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen[2] ».

Une première carrière parisienne avant la Révolution[modifier | modifier le code]

Porte de sortie du parc des plaisirs, de la chasse du prince, Paris, BnF. Un « projet fantasque » de Lequeu.

En 1779, Jean-Jacques Lequeu arrive à Paris où il rejoint le bureau des bâtiments de l’église Sainte-Geneviève, c'est-à-dire l’agence de Jacques-Germain Soufflot. Il est alors admis comme élève à l'Académie royale d'architecture. Mais le décès de Soufflot l'année suivante le prive d'une puissante protection et complique ses perspectives d'avenir. Il ne poursuit pas ses études et continue alors sa carrière au service de François Soufflot le Romain, le neveu de Soufflot. Pour lui, il exécute en particulier la plupart des esquisses du futur hôtel de Montholon (1785) en s'inspirant de Samson-Nicolas Lenoir. Vers cette même époque, il commence à composer une suite de planches intitulée Dessin[s] qui représente[nt] avec des figures, par quelle[s] teintes, et comment on doit laver les plans, élévations et profils des corps opaques, qui deviendra son œuvre principale, L'Architecture civile. Il laisse d'autres manuscrits telle la Nouvelle méthode de dessin pour tracer la tête de l'homme au moyen de la géométrie descriptive. Il dessine aussi un pavillon chinois pour le secrétaire d’État Henri Bertin pour son domaine situé à Chatou[3].

Un visionnaire réduit à un modeste emploi de bureau[modifier | modifier le code]

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La disparition de la commande aristocratique qu'entraîne la Révolution prive Lequeu de la carrière qu'il imaginait. D'abord recruté dans l'un des ateliers publics du faubourg Saint-Antoine, où il dessine notamment les gradins de la fête du Pacte fédératif de 1791, il accepte ensuite un emploi de dessinateur au bureau du Cadastre[4]. En 1793, Lequeu sauve de la profanation la sépulture de son maître, Soufflot. C'est sous la Révolution qu'il produit ses étranges portraits, dont le plus connu est celui de la religieuse dévoilant ses seins et légendé ainsi : « Et nous aussi nous serons mères, car… ! »

En 1802, il travaille au bureau des bâtiments civils du ministère de l’Intérieur tout en continuant à produire pour lui-même quantité de dessins. En juillet 1825, il donne l’ensemble de ses dessins et manuscrits à la Bibliothèque royale : le fonds en a été quelque peu recomposé, la logique en a été bousculée par les conservateurs de l'époque.

Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise dans une concession à perpétuité non localisée[5].

Une redécouverte tardive et une historiographie controversée[modifier | modifier le code]

L'historiographie de Lequeu a donné lieu à une réflexion approfondie [6]. En effet, passée inaperçue de son vivant, l'œuvre de Lequeu ne s'accompagne d'aucune tradition critique qui contribuerait à la situer dans son époque, et ce n'est qu'au milieu du XXe siècle qu'il est redécouvert par l'historien viennois Emil Kaufmann (en)[7], qui l'assimile à Boullée et Ledoux, dont il fait Trois architectes révolutionnaires[8]. Depuis, Lequeu est souvent présenté comme un architecte « révolutionnaire », mais cette épithète doit être prise avec précaution, car si certains de ses dessins témoignent d'une sympathie pour les idées de la révolution, ses opinions semblent avoir évolué au gré des changements politiques. D'autre part si son œuvre se révèle puissamment originale elle n'a pas révolutionné l’architecture de son temps[réf. nécessaire].

Il faut cependant attendre 1986 pour qu'une première monographie lui soit consacrée par l'architecte et historien de l'architecture Philippe Duboÿ. Ce travail pionnier prend le parti controversé de présenter son œuvre comme étant en partie le fruit d'une manipulation impliquant notamment Marcel Duchamp. Dès 1987, le théoricien et historien de l'architecture Joseph Rykwert, dans une recension du livre de Duboÿ, souligne le caractère très problématique de la démarche de ce dernier, consistant à entremêler les faits, les jeux de mots, les rapprochements incongrus et les conjectures les plus invérifiables[9]. Selon Elisa Boeri, « les hypothèses selon lesquelles Duchamp aurait contribué à une éventuelle manipulation de legs de Lequeu à la Bibliothèque nationale apparaissent aujourd'hui comme chimériques »[10], l'historien de l'art et critique d'art américain James Elkins estimant même qu'il s'agit d'une mystification délibérée[11].

L'équipe dont les travaux ont donné lieu à la présentation au Petit Palais à Paris de la première exposition monographique consacrée à Lequeu adopte une approche sensiblement différente en s'attachant au contraire à inscrire cet architecte artiste dans son époque et à comprendre sa singularité comme l'expression exacerbée d'une période marquée par de profonds contrastes et d'importants bouleversements sociaux, politiques et artistiques[12]. Pour Marc Lambron, qui rend compte de l'exposition dans l'hebdomadaire Le Point, « Le visionnaire Lequeu paraît dessiner le chaînon manquant entre les vertiges de Piranèse et Les cités obscures de Schuiten et Peeters »[13]. Au cours du symposium organisé au Petit Palais au début de l'exposition, Marc Décimo a contesté l'hypothèse selon laquelle Lequeu serait un fou littéraire, soulignant plutôt la parenté de sa démarche avec des auteurs qui jouent sur la langue et le sens par jeu ou par provocation[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Jean-Jacques Lequeu signait ses compositions « J L Q », « J. J. Le Queu » ou « Jn-Jques Lequeu ».

À part deux folies aux environs de sa ville natale, aucun de ses projets n'a été construit. Tout le reste de son œuvre architectural consiste dans des dessins de bâtiments imaginaires, parfois fantastiques, enrichis de symboles et accompagnés de commentaires et de textes narratifs. La plupart de ces projets imaginaires sont regroupés dans un recueil de planches numérotées et de mêmes formats: l'Architecture civile.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes, Paris, Petit Palais, du au , commissaires scientifiques Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric et Martial Guédron.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elisa Boeri, Architettura, teoria e rappresentazione negli anni della Rivoluzione Francese. L'Architecture civile di Jean Jacques Lequeu (1757-1826) alla bibliothèque nationale de France, doctorat de l'Université de Venise et de l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Federico Bucci et Jean-Philippe Garric, 2016 ; Corinne Le Bitouzé, Martial Guédron et Joëlle Raineau, "Jean-Jacques Lequeu (1757-1826), orientation biographique" dans Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric, Martial Guédron, Jean-Jacques Lequeu. Bâtisseur de fantasmes, Paris, BnF/Norma, 2018, p.153-172
  2. Autoportrait de 1786, sur Gallica.
  3. Christopher Drew Armstrong, « Lequeu, Jean-Jacques », in Encyclopædia Universalis, T. III, Thesaurus.
  4. Jean Jacques Lequeu, Lettre de Jean Jacques Lequeu à son excellence le ministre de l'intérieur, BnF, Ha-80 (a,1).
  5. Werner Szambien, « L'inventaire après décès de Jean-Jacques Lequeu », Revue de l'Art, vol. 90, no 90,‎ , p. 104-107 (lire en ligne).
  6. Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric et Martial Guédron, « Anachronisme et interprétation : l’historiographie de Jean Jacques Lequeu », Perspective [En ligne], 1 | 2018, mis en ligne le 31 décembre 2018, consulté le 29 décembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/perspective/9493
  7. Emil Kaufmann, Von Ledoux bis Le Corbusier. Ursprung und Entwicklung der autonomen Architektur, Vienne, Rolf Passer,
  8. Emil Kaufman, « Three Revolutionary Architects, Boullee, Ledoux, And Lequeu », Transactions of The American Philosophical Society Held At Philadelphia For Promoting Useful Knowledge, New Series, Volume 42, Part 3, 1952 [lire en ligne]
  9. Joseph Rykwert, « Pinnacolà di assurdità : Lequeu-Duchamp-Duboy », Casabella,‎ tome li, n° 535, mai 1987, p. 36-37
  10. Elisa Boerri, Jean-Jacques Lequeu : un atlas des mémoires, Éditions des Cendres, , p. 16.
  11. James Elkins, Why Are Our Pictures Puzzles? On the Modern Origins of Pictorial Complexity, Londres, Routeledge, 2004, p. 67 et p. 198.
  12. Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric, Martial Guédron, Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes, Norma-BnF, .
  13. Marc Lambron, « Femmes sphinx et bacchantes en folie », Le Point,‎ n° 2416-2417, 20 et 27 décembre 2018, p. 98-99.
  14. Voisinages de Lequeu, Petit Palais, 19 décembre 2018.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emil Kaufmann, Three Revolutionary Architects: Boullee, Ledoux and Lequeu, Transactions of the American Philo. Society, XLII, 1953, p. 436-473 (trad. française Trois architectes révolutionnaires, Boullée, Ledoux, Lequeu, Paris, SADG, 1978).
  • Jacques Guillerme, « Lequeu et l’invention du mauvais goût », Gazette des Beaux-Arts, Paris, septembre 1965, p. 153-166.
  • Jacques Guillerme, « Lequeu, l'irrégulier et l'éclectique », Dix-huitième siècle, n°6, 1974, p. 167-180.
  • Philippe Duboy, Jean-Jacques Lequeu : une énigme, Paris, Hazan, 1987, 367 p. (ISBN 978-2-85025-129-0).
  • Annie Jacques et Jean-Pierre Mouilleseaux, Les Architectes de la Liberté, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Arts », no 47, 1988.
  • Philippe Duboy, « La Fantasmagorie de l’architecte », dans Les architectes de la liberté 1789-1799, Paris, ENSBA (ISBN 978-2-90363-965-5).
    Catalogue de l’exposition du 4 octobre 1989 au 7 janvier 1990.
  • Comité régional d'Histoire de la Révolution, La Révolution en Haute-Normandie : 1789-1802, Rouen, éditions du P'tit Normand, , 464 p. (ISBN 9782906258181, OCLC 22218029).
  • Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric, Martial Guédron, Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes, Paris, BnF/Norma, 2018, 192 p., catalogue de l'exposition du Petit Palais. (ISBN 978-2-37666-0217).
  • Elisa Boeri, Jean Jacques Lequeu. Un atlas des mémoires, Paris, Editions des Cendres, 2018, 240 p. (ISBN 978-2-86742-287-4).
  • Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric, Martial Guédron, Lexique Lequeu, Paris Editions B2, 2018, 226 p. (ISBN 978-2-36509-097-1).

Liens externes[modifier | modifier le code]