Attaque du train postal Glasgow-Londres

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Attaque du train postal
Glasgow-Londres
Pont de Mentmore, à l'époque le Bridego Bridge, dans le Buckinghamshire, lieu du braquage.
Pont de Mentmore, à l'époque le Bridego Bridge, dans le Buckinghamshire, lieu du braquage.

Titre Cheddington Mail Van Raid
Fait reproché Vol
Chefs d'accusation Attaque de train
Pays Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Ville Mentmore (en), Buckinghamshire
Date (58 ans)
Jugement
Statut Affaire jugée, membres du gang pour la plupart condamnés à des peines de vingt à trente ans de prison.

L’attaque du train postal Glasgow-Londres (également connue comme Cheddington Mail Van Raid en anglais) est une attaque de train commise le à Ledburn (en) en Angleterre contre le train postal Glasgow-Londres et considérée à l'époque comme le « casse du siècle ». À la suite de l'enquête policière, notamment à la ferme où les braqueurs préparent leur coup et où ils se réfugient après l'événement, la plupart de la quinzaine de criminels impliqués sont condamnés à des peines de vingt à trente ans de prison mais plusieurs s'évadent et sont recapturés. L'argent, en grande partie, n'a jamais été retrouvé[1].

Préparation[modifier | modifier le code]

La planification de l'opération s'appuie sur des informations internes fournies par un homme désigné comme l’Ulsterman et identifié comme Patrick McKenna en 2014. Celui-ci, employé du General Post Office à Salford près de Manchester, détient des informations précises sur les transferts d'argent effectués par train par l'opérateur postal Royal Mail. Brian Field, commis du Solliciteur de Londres, présente Patrick McKenna à Gordon Goody et Buster Edwards[2].

Gordon Goody et Buster Edwards, avec Bruce Reynolds, Charlie Wilson et Roy James planifient le raid sur une période de plusieurs mois. Reynolds prend la tête dans la conception de l'affaire. Le groupe, bien qu'ayant du succès dans le crime organisé, n'a pratiquement aucune expérience dans l'attaque de trains. Ils font donc appel à un autre gang de Londres, les South Coast Raiders. Cette bande comprend Tommy Wisbey, Bob Welch et Jim Hussey, qui ont de l'expérience dans ce genre d'opération, de même que Roger Cordrey, qui connaît bien le terrain et imagine comment arrêter le convoi. Parmi les autres instigateurs figurent Ronnie Biggs, que Bruce Reynolds a connu en prison. L'équipe comprend finalement seize membres[3], John Daly, Jimmy White, de même que trois hommes connus simplement par les numéros 1, 2 et 3, et enfin un conducteur de train retraité surnommé « Stan Agate ». L'équipe comprend finalement seize larrons[4].

Site choisi[modifier | modifier le code]

Géographie des lieux.

L'endroit choisi pour transférer l'argent du convoi est le Bridego Bridge, pont ferroviaire sur la West Coast Main Line situé à Ledburn (en), dans la municipalité de Mentmore (en) dans le Buckinghamshire, au nord-ouest de Londres. Le chemin de fer y croise une route locale proche qui permet d'y garer les véhicules qui évacueront les sacs postaux. Les membres du gang se réunissent la nuit précédant l'attaque dans une ferme isolée de Leatherslade achetée pour l'occasion, afin de préparer leur coup.

Convoi[modifier | modifier le code]

Le à 18 h 50, l'ambulant postal quitte la Gare centrale de Glasgow à destination de la Gare d'Euston à Londres, l'arrivée étant prévue à h 59 le lendemain matin. Le train, propulsé par une locomotive English Electric Type 4 (en) tirant douze wagons où 72 employés des postes trient le courrier pendant tout le trajet. Les sacs de courrier sortant des différents bureaux de poste locaux sont accrochés sur des crochets le long de la voie ferrée, le personnel à bord prenant le courrier sortant et remettant sur le crochet le courrier trié à destination du bureau de poste local sans retarder le train. Le second wagon derrière la locomotive sert au transport de valeurs.

Habituellement, les valeurs sont de l'ordre de 300 000 £ mais en raison du Bank holiday, le contenu vaut exceptionnellement ce jour-là plus de 2,6 millions de livres sterling (M£), soit 49,1  en valeur d'aujourd'hui, en petites coupures destinées à la destruction[5]. Les convois de valeurs disposent d'alarmes, de grillages aux fenêtres et de verrouillage des portes depuis 1961, suivant la recommandation de la Post Office Investigation Branch. Les trois convois ainsi équipés ne sont pas disponibles et les wagons (M30204M) en réserve n'ont pas ces dispositifs de sûreté, non plus que de systèmes radio jugés comme trop coûteux[6]. Les agents de surveillance de ce train sans voiture de voyageurs sont peu nombreux, pour ne pas éveiller les soupçons[1].

Attaque[modifier | modifier le code]

Vue vers Sears Crossing, lieu de l'arrêt du train.

Vers trois heures du matin, la bande arrête le train postal à la hauteur du Bridego Bridge. Après avoir coupé les lignes téléphoniques et piraté la signalisation de la voie ferrée au Sears Crossing pour faire stopper le train, les membres de la bande s'emparent du mécanicien, décrochent la locomotive et les deux premiers véhicules remorqués du train - le second est toujours celui renfermant l'argent. Un des voleurs, le retraité des chemins de fer, conduit alors ce convoi réduit jusqu'à Bridego Bridge, lieu choisi car une route proche permet d'y garer les véhicules qui évacueront les sacs postaux et où le gros de la bande attaque le fourgon postal et neutralise les postiers à coups de matraque. Ils s'emparent ainsi, sans tirer de coups de feu, de 128 sacs remplis de billets provenant de banques écossaises à destination des caisses de la Banque d'Angleterre, d'une valeur totale de 2,631 millions de livres sterling.

Arrestations et condamnations[modifier | modifier le code]

En quittant le pont, un des hommes du gang ordonne aux gardes de « rester tranquilles trente minutes », ce qui permet à la police de concentrer ses recherches dans un périmètre. Le lundi , cinq jours après le vol, les enquêteurs localisent la ferme isolée où les voleurs se sont réunis avant le casse. La ferme avait été nettoyée par les voleurs mais des empreintes digitales avaient été oubliées sur un jeu de monopoly que les braqueurs avaient utilisé après le casse (les voleurs n'avaient pas eu le temps de brûler la ferme). La plupart des membres du gang sont rapidement arrêtés grâce aux empreintes retrouvées dans la ferme et aux indicateurs de Scotland Yard[7].

Treize des membres sont condamnés en 1964 de vingt à trente ans de prison[8]. Cependant, du fait de la publication des photos des suspects recherchés, Jimmy White, reste caché en Angleterre. Il est arrêté en 1966 et condamné à trente ans de prison. Ronald Buster Edwards, un des organisateurs, part au Mexique. Il est capturé en 1966 et condamné à quinze ans de prison.

Bruce Reynolds (né en 1931), le leader du gang, reste en fuite, avec sa femme et son fils, Nick, pendant cinq ans, notamment au Mexique et au Canada. Il tente de retourner vivre incognito en Angleterre, mais est arrêté en novembre 1968 et écope de vingt-cinq ans de prison. Libéré après dix ans de détention, il écrit ses mémoires et est consultant pour un film policier anglais, Gangster No. 1. Il meurt, dans son sommeil, le (à 81 ans).

Évasions[modifier | modifier le code]

Ronnie Biggs s'échappe de prison le . Il effectue une opération de chirurgie esthétique et s'installe au Brésil. Malade, il rentre en Grande-Bretagne en 2001 à l'âge de 71 ans et est incarcéré. Il meurt le .

Charles Wilson (né en 1932), trésorier et organisateur du gang, est incarcéré à la HM Prison Birmingham. Il s'évade le pour prendre la fuite en France et au Mexique. Il se cache à Rigaud (Québec) au Canada où il est retrouvé en 1968. Condamné à trente ans de prison, il est libéré en 1978, puis tué en 1990 dans un règlement de comptes en Espagne.

Le cerveau et l'informateur[modifier | modifier le code]

La police pense qu'un casse aussi bien préparé n'a pu être réalisé que grâce à un informateur[9] qui n'a jamais été formellement identifié par la police, the Ulsterman, « l’homme de l’Ulster »[1].

Gordon Goody, considéré comme le cerveau du gang, tenait un salon de coiffure pour dames comme couverture, ce qui lui permit de fournir l'équipe en masques et matériel de grimage. Il est condamné à trente ans de prison en 1964. Après sa libération, il s'installe en Espagne où il s'est acheté grâce à la part de son butin un bar de plage à Mojácar. En , il annonce l'identité de « l’homme de l’Ulster » à l'occasion d'un documentaire sur le cinquantième anniversaire du vol (documentaire sorti dans les salles en )[10]. Il s'agit selon lui de Patrick McKenna qui est mort quelques années auparavant. Gordon Goody meurt le , à l'âge de 85 ans.

Culture[modifier | modifier le code]

L'odonyme du viaduc où eut lieu le braquage, à l'époque « le pont Bridego » (Bridego Bridge), a été changé pour celui de Train Robbers' bridge (« pont des voleurs du train ») puis, depuis fin 2013, pour celui de « pont de Mentmore » (Mentmore Bridge)[11]. Le train ayant fait l'objet du braquage est conservé au dépôt central de l'ancienne compagnie ferroviaire Great central railway de l'ambulant postal britannique et est entretenu par des passionnés des chemins de fer. L'un des wagons du train stoppé à Ledburn est exposé au Chemin de fer touristique de la Vallée de la rivière Nene.

Adaptations au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Dans la bande dessinée, la publicité et la littérature[modifier | modifier le code]

  • En 1967, la bande dessinée Le Train fantôme d'Eddy Paape et Jean-Michel Charlier, dont le héros est Marc Dacier, s'inspire, avec précision mais librement, de ce braquage.
  • En 1970, Paul-Jacques Bonzon publie Les 6 compagnons et les pirates du rail dans la bibliothèque verte, cet épisode des aventures des « Six Compagnons de la Croix-Rousse », s'inspire visiblement des évènements d'août 1963.
  • Dans son roman The horrible man in heron's wood : Le bois du Héron, Paris, Librairie des Champs-Élysées, Le Masque 1177, 1971, Belton Cobb fait dire à un de ses personnages : « Vous lisez trop de romans policiers Mrs Armitage, nous n'avons pas de mélodrame de ce genre dans notre pays ». Cette dernière réplique : « Vous auriez pu dire la même chose, avant l'attaque du train postal ! »
  • Une publicité pour des Lego de 1983 met en scène l'organisation de l'attaque avec les petites briques[12].
  • Le roman Royal Flush, paru en 2002 de Lynda La Plante met en scène un personnage surnommé " Le colonel " qui a commis un braquage analogue à celui d'août 1963, avec le même mode opératoire : signaux trafiqués, et aiguillage du wagon contenant le butin sur une voie de garage (page 70). Ronald Biggs est cité nommément page 365.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Carl-Ludwig Rettinger, documentaire Le Casse du siècle, Arte, 2013.
  2. (en) Tracy McVeigh, « The quiet Great Train Robber reveals identity of the gang's mystery insider », The Guardian, The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Nick Russell-Pavier, The Great Train Robbery – Crime of the Century : The definitive account, .
  4. (en) « The Great Train Robbers: Who were they? », BBC News,‎ .
  5. (en) « British Transport Police History: The Great Train Robbery », British Transport Police (consulté le ).
  6. (en)The Great Train Robbery, British Postal Museum and Archive, Google cultural institute (consulté le ).
  7. Jacques Pradel, « Le casse du train postal Glasgow-Londres », émission L'Heure du crime sur RTL, .
  8. Depuis leur libération, ils continuent régulièrement à se voir pour évoquer leurs souvenirs.
  9. Cet informateur révèle en 1962 à Brian Field, clerc dans un cabinet d'avocats spécialisé dans la défense de criminels (notamment de Gordon Goody) que le train Glasgow-Londres transporte régulièrement de grosses sommes. Voulant faire fortune, Brian Field vend cette information à Goody (il l'avait précédemment vendu à d'autres gangsters qui trouvaient le casse trop risqué), ce dernier rencontrant l'informateur qui se révèle fiable. Goody fait alors part du casse possible à son compère Bruce Reynolds.
  10. (en) Tony Thompson, « Great Train Robber who got away will be named », The Guardian, .
  11. (en) « Explore Great Train Robbery, And Then, and more! », sur Pinterest, The Railway Magazine (consulté le ).
  12. LEGO : jouet à assembler : Lego train, sur ina.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John Gosling et John Craig, The train robbers, WH Allen, 1964
  • (en) Peta Fordham, The robber's tale, Londres, Hodder and Stoughton, 1965
  • Colin MacKenzie, Ronald Biggs l'homme du train postal, Paris, Stock, , 347 p. (ISBN 9782234004948)
  • Piers Paul Read, Le trésor du train postal, Paris, B. Grasset, , 370 p. (ISBN 2-246-00679-1)
  • (en) Ronald Biggs, Odd man out : my life on the loose and the truth about The Great Train Robbery, Londres, Pan, , 279 p. (ISBN 0330337688)
  • (en) Bruce Reynolds, The autobiography of a thief : the compelling story of the man who masterminded the Great Train Robbery, Londres, Virgin, , 525 p. (ISBN 0753505959)
  • (en) Tim Coates, The Great Train Robbery, 1963 (Moments of History S.), Tim Coates, 2003, 192 p. (ISBN 978-1843810223)
  • (en) Robert Ryan, Signal red : A novel based on The Great Train Robbery, Headline, , 608 p. (ISBN 978-0-7553-5818-2)
  • (en) Nick Russell-Pavier et Stewart Richards, The Great Train Robbery: crime of the century: the definitive account, 2012, 448 p.
  • (en) Andrew Cook, The Great Train Robbery: the untold story from the closed investigations files, The History Press, 2012, 256 p. (ISBN 978-0752459035)
  • (en) Bruce Reynolds, Ronnie Biggs, Nick Reynolds et Christopher Pickard, The Great Train Robbery 50th anniversary (1963-2013), M Press, 2013, 128 p. (ISBN 978-0957255975)
  • (en) Geoff Platt, The Great Train Robbery and the metropolitan police flying squad, Pen et Sword, 2015, 224 p. (ISBN 978-1-47382-380-8)
  • (en) Jim Morris, Great Train Robbery: articles + essays: 1: the three who escaped justice, the south coast raiders, Createspace Independant Publishing Platform, 2014, 110 p.
  • (en) Gordon Goody, How to rob a train, Milo Books, 2014, 224 p. (ISBN 978-1908479815)
  • (en) Lee Sturley, The secret train robbery: the real great train robbery mastermind revealed: tells all after 50 years of silence, 2015, 336 p. (ISBN 978-1785030147)
  • (en) John Fordham, The curse of the Great Train Robbery, Arena Books, 2016, 208, 9 (ISBN 978-1909421738)
  • Sacco et Vanzetti (préf. Roger Borniche), Les Grandes Affaires criminelles : l'affaire Landru, Bonnie Parker et Clyde Barrow, l'attaque du train postal Glasgow-Londres, Paris, Éd. La Courtille, , 158 p.
  • (en) John Maris, My encounter with the Great Train Robbery, ShieldCrest Publishing, 2018, 59 p. (ISBN 978-1912505227)
  • (en) Graham Satchwell, Great Train Robbery confidential: the cop and the robber follow new lines of enquiry, The history press, 2019, 208 p. (ISBN 978-0750992329)

Audiographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]