Histoire d'une Grecque moderne

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Histoire d’une Grecque moderne
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L’auriez-vous cru ? L’auriez-vous cru ?

Auteur Prévost
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur François Desbordes
Lieu de parution Amsterdam
Date de parution 1740

L’Histoire d’une Grecque moderne est un roman français de l’abbé Prévost, paru à Amsterdam chez François Desbordes en 1740.

L’histoire[modifier | modifier le code]

Le narrateur de l’Histoire d’une Grecque moderne est un ancien ambassadeur de France à Constantinople qui, après avoir réussi à entrer dans le harem du bacha Chériber, remarque, parmi ses vingt-deux femmes, une jeune Grecque du nom de Théophé, qui le supplie de la délivrer. Ému par son sort, il s’arrange pour acheter sa liberté, mais il ne tarde pas à être attiré par elle et cherche à en faire sa maîtresse. Devant son refus, il est d'abord dépité, mais en conçoit davantage d'estime pour elle, et devient profondément amoureux. Ne pouvant se contenter des sentiments de reconnaissance et d'amour filial que lui voue Théophé, l’ambassadeur s’enfonce inexorablement dans une jalousie d’autant plus douloureuse qu’il ne sait pas si le refus de l’ancienne courtisane de céder à ses avances émane réellement de son désir de s’amender de son passé et s’il ne serait pas plutôt motivé par une autre relation amoureuse qu’elle lui dissimulerait.

Incipit[modifier | modifier le code]

« Ne me rendrai-je point suspect par l’aveu qui va faire mon exorde ? Je suis l’amant de la belle Grecque dont j’entreprends l’histoire. Qui me croira sincère dans le récit de mes plaisirs ou de mes peines ? Qui ne se défiera point de mes descriptions et de mes éloges ? Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va passer par mes yeux ou par mes mains ? En un mot, quelle fidélité attendra-t-on d’une plume conduite par l’amour ? Voilà les raisons qui doivent tenir un lecteur en garde. »

Analyse[modifier | modifier le code]

Ce roman a eu du succès à sa parution. Il semble que l’histoire de Charlotte Aïssé, fille d’un chef circassien amenée à Paris par le comte de Ferriol, ambassadeur de France à Constantinople, avait donné à l’abbé Prévost l’idée de son roman[1]. Mais l'auteur ne s'est qu'inspiré de cette histoire : Charlotte Aïssé était âgée de quatre ans lorsque le comte de Ferriol rachète la petite esclave, alors que Théophé en a quinze ou seize ; Ferriol (dont on ne sait pas précisément quelles ont été ses relations avec sa pupille devenue adulte) est décrit comme un vieillard débauché[1], alors que le narrateur du roman témoigne d'une conduite plus délicate.

Comme dans Manon Lescaut, Prévost fait de la narration à la première personne l’un des agents inhérents à la substance dramatique. Les deux romans sont des drames de la non-communication dans la mesure où les motivations intérieures de l’être aimé demeurent à jamais impénétrables, tant au chevalier Des Grieux de Manon Lescaut qu’à l’ambassadeur de l’Histoire d’une Grecque moderne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Édition de 1784.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Émile Bouvier, « La genèse de l' "Histoire d'une Grecque moderne" », Revue d'Histoire littéraire de la France, vol. 48, no 2,‎ , p. 113–130 (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016)

Textes critiques[modifier | modifier le code]

  • Guilhem Armand, "L’Histoire d’une Grecque moderne, ou ce que l’orientale dit de l’occidental", in : Représentations comparées du féminin en Orient et en Occident, MF Bosquet (éd.), 2010, Presses Universitaires de Saint-Etienne, « L’Ecole du genre », pp. 73-81.
  • (en) Martin Calder, Encounters with the Other: A Journey to the Limits of Language through Works by Rousseau, Defoe, Prévost and Graffigny, Amsterdam, Rodopi, 2003.
  • Peter V. Conroy, Jr., « Image claire, image trouble dans l’Histoire d’une Grecque moderne de Prévost », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1983, n° 217, p. 187-197.
  • Catherine Cusset, « La Loi de l’intérêt ou la naissance du sujet moderne dans Histoire d’une Grecque moderne de l’abbé Prévost », Le Travail des Lumières, Paris, Champion, 2002, p. 289-99.
  • (en) Julia V. Douthwaite, « Embattled Eros: The Cultural Politics of Prévost’s Grecque moderne », L’Esprit créateur, Fall 1992, n° 32 (3), p. 87-97.
  • (en) James P. Gilroy, « Prévost’s Théophé: A Liberated Heroine in Search of Herself », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 1989, n° 265, p. 1246-1247.
  • (en) Lionel Grossman, « Male and Female in Two Short Novels by Prévost », The Modern Language Review, Jan. 1982, n° 77 (1), p. 29-37.
  • Pierre Hartmann, « Femme étrangère/femme étrange : le personnage de Théophé dans l’Histoire d’une Grecque moderne d’Antoine Prévost d’Exiles », Revue francophone, Autumn 1993, n° 8 (2), p. 51-61.
  • (en) Allan Holland, « The Miracle of Prévost’s Grecque moderne », Australian Journal of French Studies, Jan.-Apr. 1979, n° 16 (2), p. 278-280.
  • (en) James F. Jones, « The Don Juan manqué of Prévost’s Histoire d’une Grecque moderne », Eighteenth-Century Life, Nov. 1987, n° 11 (3), p. 48-61.
  • (en) Shirley Jones, « Virtue, Freedom and Happiness in the Histoire d’une Grecque moderne », Nottingham French Studies, 1990, n° 29 (2), p. 22-30.
  • (en) James F. Jones, Jr., « Textual Ambiguity in Prévost’s Histoire d’une Grecque moderne », Studi Francesi, May-Aug 1983, n° 27 (2 [80]), p. 241-256.
  • Elisabeth Lavezzi, « L’Odalisque au livre : livre et lecture dans Histoire d’une Grecque moderne », L’Épreuve du lecteur : livres et lectures dans le roman d’Ancien Régime, Louvain, Peeters, 1995, p. 251-60.
  • Laurence Mall, « Modalités et déplacements de la violence dans l’Histoire d’une Grecque moderne de Prévost », Violence et fiction jusqu’à la Révolution, Tübingen, Narr, 1998, p. 337-46.
  • Nancy K. Miller, « L’Histoire d’une Grecque moderne », Forum, 1978, n° 16 (2), p. 2-10.
  • (en) Jean Norgaisse, « The Textual Space and Space of the Text in Prévost », LittéRéalité, Autumn-Winter 2004, n° 16 (2), p. 7-12.
  • Francis Pruner, « Psychologie de la Grecque Moderne », L’Abbé Prévost. Actes du Colloque d’Aix-en-Provence, 20 et , Aix-en-Provence, Ophrys, 1965, p. 139-146.
  • (en) Elena Russo, Skeptical Selves: Empiricism and Modernity in the French Novel, Stanford, Stanford UP, 1996.
  • Jean-Paul Sermain, « L’Histoire d’une Grecque moderne de Prévost : une Rhétorique de l’exemple », Dix Huitième Siècle, 1984, n° 16, p. 357-367.
  • Jean Sgard, « De Cleveland à René : Le ‘Vide du cœur’ », La Sensibilité dans la littérature française au XVIIIe siècle, Fasano, Schena, 1998, p. 97-111.
  • Jean Sgard, « Le Titre comme programme : Histoire d’une Grecque moderne », Rivista di Letterature Moderne e Comparate, July-Sept 1994, n° 47 (3), p. 233-40.
  • (en) Alan J. Singerman, « Narrative and Communication in Prévost’s Grecque moderne: A 'Semiolinguistic' Approach to the Question of Ambiguity », Nottingham French Studies, 1990, n° 29 (2), p. 31-44.
  • Alan J. Singerman, « Quand le récit devient procès : le Cas de la Grecque moderne », Eighteenth-Century Fiction, July 1997, n° 9 (4), p. 415-27.
  • Alan J. Singerman, « Relecture ironique de L’Histoire d’une Grecque moderne », Cahiers de l’Association Internationale des Études Françaises, , n° 46, p. 355-70.
  • (en) Alan J. Singerman, « The Abbé Prévost’s Grecque moderne: A Witness for the Defense », French Review, Apr 1973, n° 46 (5), p. 938-45.
  • (en) Jonathan D. Walsh, « Jealousy, Envy, and Hermeneutics in Prévost’s L’histoire d’une Grecque moderne and Proust’s À la recherche du temps perdu », Romance Quarterly, Spring 1995, n° 42 (2), p. 67-81.
  • (en) Jonathan Walsh, « Real and Symbolic Exchange in Prévost’s Histoire d’une Grecque moderne », French Review, Oct 2000, n° 74 (1), p. 94-105.
  • (en) Brigitte Weltman-Aron, « Violence to Woman, Woman as Violence: Prévost’s Histoire d’une Grecque moderne and Graffigny’s Lettres d'une Péruvienne », Violence et fiction jusqu’à la Révolution, Tübingen, Narr, 1998, p. 347-56,

Liens externes[modifier | modifier le code]