Anna Seghers

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Anna Seghers (à droite) en 1952
Anna Seghers en 1966
Tombe d'Anna Seghers au cimetière "Dorotheenstädtischen" à Berlin.

Anna Seghers (de son vrai nom Netty Radvanyi, née Reiling), née le 19 novembre 1900 à Mayence et décédée le 1er juin 1983 à Berlin est une femme de lettres allemande d'origine juive.

Biographie[modifier | modifier le code]

Anna Seghers est l'unique enfant du marchand d'art Isidor Reiling et de sa femme Hedwig (née Fuld) ; la famille se revendique juive orthodoxe à Mayence. Toutefois le livre le plus prisé par Anna Seghers dans la bibliothèque familiale des Reiling est la bible de Luther. Elle fréquente d'abord une école privée, puis le lycée de jeunes filles. Durant la première guerre mondiale, elle sert au service des armées. En 1920 elle réussit le baccalauréat. Ensuite elle étudie à Cologne et Heidelberg l'histoire, l'histoire de l'art et la sinologie. En 1924 elle obtient son doctorat à l'université de Heidelberg avec une thèse sur Juifs et judéité dans l'œuvre de Rembrandt.

En 1925 elle épouse le sociologue hongrois László Radványi. Ils ont deux enfants. Le couple déménage à Berlin, où naît en 1926 leur fils Pierre. Une de ses premières publications, le récit Grubetsch parait en 1927 sous le pseudonyme de Seghers (sans prénom) et les critiques pensent que l'auteur est un homme. Elle a choisi son pseudonyme par admiration pour les œuvres du peintre et graveur néerlandais Hercules Seghers.

En 1928 naît sa fille Ruth. Cette même année parait aussi son premier livre sous le pseudonyme d'Anna Seghers L'Insurrection des pêcheurs de St-Barbara (Aufstand der Fischer von St. Barbara). Sur proposition de Hans Henny Jahnn, ce premier roman est couronné par le prix Kleist (Il est porté à l'écran, en 1934, par le dramaturge Erwin Piscator dans un film intitulé Vosstaniye rybakov). Également en 1928, elle rejoint le Parti communiste d'Allemagne (KPD) et l'année suivante, elle est membre fondatrice de l’Union des écrivains prolétaires révolutionnaires. En 1930 elle voyage pour la première fois en Union soviétique. Après la prise de pouvoir par les nazis, Anna Seghers est arrêtée par la Gestapo, puis relâchée ; ses livres sont interdits en Allemagne et brûlés. Peu après elle fuit en Suisse et de là rejoint Paris.

En exil elle collabore aux journaux d'émigrés allemands ; elle fait partie entre autres de la rédaction des "Neuen Deutschen Blätter". En 1935, elle est une des fondatrices de l'Union de défense des écrivains allemands à Paris. Après le commencement de la Seconde Guerre mondiale et l'entrée des troupes allemandes dans Paris, le mari de Seghers est interné dans le sud de la France au camp du Vernet. Anna Seghers réussit à fuir avec ses deux enfants du Paris occupé vers la zone sud administrée par Pétain. À Marseille, elle se préoccupe de la libération de son mari et des possibilités de fuir à l'étranger. Cette époque forme la trame du roman Transit (paru en 1944 et porté à l'écran en 1991 par René Allio).

En mars 1941, Anna Seghers et sa famille réussissent à rallier Mexico via la Martinique, New York et Veracruz. Son mari, qui entretemps a pris le nom allemand de Johann-Lorenz Schmidt, y trouve du travail d'abord à l'Université des travailleurs, puis à l'Université nationale. Anna Seghers fonde le club antifasciste Heinrich-Heine dont elle est présidente. Avec Ludwig Renn, elle lance le mouvement Allemagne libre (Freies Deutschland) ainsi que le journal du même nom. En 1942 paraît son roman qui reste probablement le plus célèbre La septième croix (Das siebte Kreuz) en édition anglaise aux États-Unis et en édition allemande au Mexique. Le roman décrit l'horreur des camps hitlériens d'avant-guerre.

En juin 1943 Anna Seghers est gravement blessée lors d'un accident de la circulation et est obligée de faire un long séjour à l'hôpital. En 1944 Fred Zinnemann met Das siebte Kreuz en images. Les succès du livre et du film rendent Anna Seghers célèbre dans le monde entier.

En 1947 Seghers quitte Mexico et retourne à Berlin ; elle vit d'abord à Berlin-Ouest tout en étant membre du Parti socialiste unifié d'Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), le parti communiste au pouvoir en République démocratique allemande. Cette année-là, elle remporte le Prix Büchner. En 1950 elle déménage à Berlin-Est. Elle devient membre du Conseil mondial de la paix et est membre fondatrice de l'Académie allemande des arts. En 1951 elle reçoit le prix national de la RDA et entreprend un voyage en République populaire de Chine. En 1952 elle est élue présidente de l'Union des écrivains de la RDA et le reste jusqu'en 1978. En 1955 Anna Seghers et son mari emménagent dans la rue Volkswohl au numéro 81 (c'est aujourd'hui la rue Anna-Seghers) dans le quartier d'Adlershof où ils demeurent jusqu'à leur mort. Cet appartement abrite aujourd'hui l' Anna-Seghers-Gedenkstätte, un musée consacré à la vie et à l'œuvre de l'auteure.

Lorsqu'en 1957 un procès pour « trahison contre-révolutionnaire » est intenté à Walter Janka, le directeur de la maison d'édition qui publie ses œuvres, elle se tait. La tentative d'intervenir dans l'ombre auprès de Walter Ulbricht se solde par un échec. De même, elle ne dit mot lors de l'exclusion de Heiner Müller en 1961 de l'Union des écrivains, ni lors de l'expulsion en RFA de Wolf Biermann en 1976, ni lors des exclusions de nouveaux auteurs critiques de l'Union des écrivains en 1979. En 1975 elle reçoit le Prix de la culture du Conseil mondial de la paix et est distinguée comme citoyenne d’honneur de Berlin-Est. En 1978 elle renonce à la présidence de l'union des écrivains dont elle devient présidente d'honneur. La même année meurt son mari. En 1981 Anna Seghers reçoit la citoyenneté d'honneur de Mayence, sa ville natale.

Anna Seghers meurt le 1er juin 1983. Un décret organise son enterrement par l'Académie des arts au cimetière Dorotheenstädtischer Friedhof à Berlin.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres écrites en RDA dans les années 1950 et 1960 sont représentatives du Réalisme socialiste : fidélité au parti, schématisme des personnages, admiration sans borne de Staline sont les composantes essentielles. Mais les écrits postérieurs gardent leur richesse littéraire. Jusqu'à un âge avancé Seghers conserve une fraicheur narrative qui s'inspire de la Renaissance, de l'Asie orientale, des Caraïbes ou du Mexique, au-delà de tous les clichés.

  • 1925 - Jans va mourir (Jans muss sterben) présentation de Pierre Radvanyi ; traduction de l'allemand et postface d'Hélène Roussel. Paris Éditions Autrement, 2001 (découvert par Pierre Radvanyi dans sa succession après sa mort)
  • 1928 - La Révolte des pêcheurs de Sainte-Barbara (Aufstand der Fischer von St. Barbara)
  • 1930 - Auf dem Wege zur amerikanischen Botschaft und andere Erzählungen
  • 1932 - Les Compagnons (Die Gefährten)
  • 1933 - La Capitation (Der Kopflohn)
  • 1935 - Le Chemin de février (Der Weg durch den Februar)
  • 1937 - Die Rettung
  • 1940 - Die schönsten Sagen vom Räuber Woynok. Sagen von Artemis
  • 1942 - La Septième Croix (Das siebte Kreuz)
  • 1943 - Der Ausflug der toten Mädchen
  • 1944 - Transit
  • 1948 - Sowjetmenschen. Lebensbeschreibungen nach ihren Berichten
  • 1949 - Les morts restent jeunes (Die Toten bleiben jung)
  • 1949 - Die Hochzeit von Haiti
  • 1950 - Die Linie
  • 1950 - Der Kesselflicker
  • 1951 - Crisanta
  • 1951 - Les Enfants (Die Kinder)
  • 1952 - Der Mann und sein Name
  • 1953 - Der Bienenstock
  • 1956 - La Fin
  • 1958 - Brot und Salz
  • 1959 - Die Entscheidung
  • 1961 - Das Licht auf dem Galgen
  • 1963 - Über Tolstoi. Über Dostojewski
  • 1965 - La Force des faibles (Die Kraft der Schwachen)
  • 1967 - Ce bleu exactement (Das wirkliche Blau). Eine Geschichte aus Mexiko
  • 1968 - Das Vertrauen
  • 1969 - Glauben an Irdisches
  • 1970 - Briefe an Leser
  • 1970 - Über Kunstwerk und Wirklichkeit
  • 1971 - Überfahrt. Eine Liebesgeschichte
  • 1977 - Steinzeit. Wiederbegegnung
  • 1980 - Drei Frauen aus Haiti
  • 1990 - Der gerechte Richter (terminé en 1957, mais non publié pour des raisons politiques)

Distinction[modifier | modifier le code]

Anna Seghers est décorée en 1960 de l'ordre du mérite patriotique (Vaterländischer Verdienstorden), section « Or ». Elle reçoit en 1970 l'étoile de l'amitié des peuples.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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