Albert Samama-Chikli

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Albert Samama-Chikli
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Portrait d'Albert Samama-Chikli

Nom de naissance Albert Samama
Surnom Samama-Chikli
Naissance
Tunis, Tunisie
Nationalité Drapeau de la Tunisie Tunisie
Décès
Tunis, Tunisie
Profession cinéaste
Films notables Zohra (1922)
Aïn el Ghazal (1923)

Albert Samama-Chikli (ألبير شمامة شيكلي), de son vrai nom Albert Samama, dit Samama-Chikli, né le 24 janvier 1872 à Tunis et mort en 1934 à Tunis, est le « premier cinéaste tunisien »[1] selon Férid Boughedir.

Pionnier du cinéma national, il est aussi l'un des plus anciens cinéastes du monde[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille aisée d'origine juive espagnole, son père, banquier, aide de camp de Sadok Bey, a fait fortune dans le commerce[3]. Albert connaît très tôt la vie mondaine dans les palais de Tunis[3]. Il poursuit ses études auprès de Charles Martial Lavigerie, puis chez les Jésuites à Marseille[3]. Il voyage beaucoup, notamment au cap Horn, en Chine ou en Australie[3]. Il tient son surnom « Chikli » de la confrérie des Pompiers de l'île de Chikli, une petite île sur le lac de Tunis où Albert Samama organise parfois des fêtes[1].

En 1896, il rentre en Tunisie et projette dans la capitale les premières images cinématographiques[3] avec le photographe Soler[4]. Correspondant des frères Auguste et Louis Lumière[3], il diffuse notamment lors de cette projection les films La Sortie de l'usine Lumière à Lyon et L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat[4]. Passionné par la photographie et le cinématographe, mais aussi par toutes les sciences et techniques nouvelles[3], il est ainsi le premier à introduire en Tunisie la bicyclette, le télégraphe sans fil et le premier appareil à rayons X dans un hôpital tunisois[1]. Il tourne aussi les premières vues aériennes de la Tunisie en 1908, en ballon entre Hammam Lif et Grombalia[4],[1]. Il filme le séisme de 1908 à Messine et, en 1909, effectue des prises de vue sous-marines[3]. En 1910, il filme une Pêche au thon en Tunisie pour le prince de Monaco Albert Ier[1].

Il développe alors un goût prononcé pour le documentaire et le reportage et commence à couvrir des événements dans toute la Tunisie pour les maisons Pathé et Gaumont et les journaux Le Matin et L'Illustration[3]. Reporter de qualité, il filme également la cour beylicale, réalisant aussi bien des prises de vue anecdotiques — comme une sortie solennelle d'Hédi Bey sur le perron du Bardo — qu'historiques, comme les obsèques de Naceur Bey[3]. En 1911, il est chargé de couvrir la guerre italo-turque qui a lieu en Tripolitaine[3]. Il réalise également des images documentaires, comme La Pêche aux éponges ou Trafic d'armes au large de Douara[3]. Il s'engage lors de la Première Guerre mondiale à la section photographique et cinématographique des armées françaises et fait partie des douze reporters dirigé par Abel Gance[3] qui filment les tranchées de la bataille de Verdun[1].

Dans les années 1920, alors que le tourisme commence à se développer, il effectue quelques photographies et documentaires pour le compte de revues de voyage et de guides touristiques[3]. Il travaille en 1922 comme caméraman dans le film Les Contes de mille et une nuits du réalisateur russe Victor Tourjansky[5]. Par la suite, il tente de réaliser une sorte d'« encyclopédie en images de la vie tunisienne »[3]. C'est pourquoi il se rend à la campagne et passe de longues semaines aux côtés des populations rurales[3]. Dans son premier court métrage de fiction, Zohra (1922), le premier film tunisien de fiction[4], Samama-Chikli rend hommage à ces tribus en racontant l'histoire d'une jeune naufragée française, tombée d'un avion, qui va être recueillie par des Bédouins tunisiens et qui va vivre pendant un temps avec eux[3],[1]. Ce film rencontre un grand succès lors de sa présentation au cinéma Omnia Pathé de Tunis[3], le 21 décembre 1922[6]. Il donne à sa fille, Haydée Tamzali, le rôle principal, elle qui deviendra sa première interprète féminine[3] et sa scénariste : elle devient par là probablement la première actrice arabe de tous les temps[7].

Samama-Chikli tourne ensuite L'Éclipse puis, en 1923[8], Aïn el Ghazal ou La Fille de Carthage. Drame de la vie arabe, premier long métrage de Tunisie réalisé par un Tunisien[1]. Réalisé avec le soutien de Habib Bey qui assiste au tournage à Tunis, ce dernier fournit son palais et tous les figurants dont Samama-Chikli a besoin[3]. Mélodrame, le film raconte l'amour impossible entre un instituteur et une fille dont le père l'a promis au fils du cheikh[3].

Il meurt en 1934 à Tunis. On peut lire cette épitaphe sur sa tombe : « Inlassable dans la curiosité, téméraire dans le courage, audacieux dans l'entreprise, obstiné dans l'épreuve, résigné dans le malheur, il laisse des amis »[1].

Il a acquis la nationalité française et sa femme, une musicienne italienne[6], ainsi que sa fille Haydée, se sont convertis à l'islam[5].

Héritage[modifier | modifier le code]

Mahmoud Ben Mahmoud réalise en 1996 un court métrage de 29 minutes intitulé Albert Samama Chikli, ce merveilleux fou filmant avec ses drôles de machines, où il retrace la vie de ce pionnier, notamment à travers des images de ses deux films de fiction, Zohra et La Fille de Carthage, et des témoignages de sa fille[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillemette Mansour, Samama Chikly. Un Tunisien à la rencontre du XXe siècle, éd. Simpact, Tunis, 2000 (ISBN 9973360001)

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i [PDF] Férid Boughedir, « La communauté juive dans le cinéma tunisien », Confluences Méditerranée, n°10, printemps 1994
  2. Association des trois mondes, Les cinémas d'Afrique. Dictionnaire, éd. Karthala, Paris, 2000, p. 82 (ISBN 2-84586-060-9)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u François Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, éd. Karthala, Paris, 2008, p. 863 (ISBN 9782845868021)
  4. a, b, c et d (en) Luke McKernan, « Albert Samama Chikly », Who's who of Victorian cinema, février 2004
  5. a et b Linda Badley et Steven Jay Schneider, Traditions in world cinema, éd. Edinburgh University Press, Édimbourg, 2006, p. 146 (ISBN 9780748618637)
  6. a et b Foued Allani, « Haydée Tamzali, la première princesse du grand écran », La Presse de Tunisie, 15 octobre 2010
  7. a et b Présentation du film Albert Samama Chikli (Alif Productions)
  8. « Pour Carthage », Les Annales coloniales, 3 décembre 1923, p. 1