Abbaye Saint-Pierre-le-Vif de Sens

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Abbaye Saint-Pierre-le-Vif
L’abbaye au XVIIe siècle, planche gravée du Monasticon Gallicanum.
L’abbaye au XVIIe siècle, planche gravée du Monasticon Gallicanum.

Ordre Bénédictins
Fondation VIe siècle
Fermeture 1713
Diocèse Sens
Fondateur Théodechilde
Dédicace saint Pierre
Localisation
Emplacement Sens
Pays
Coordonnées 48° 11′ 52″ Nord, 3° 17′ 46″ Est

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L'abbaye Saint-Pierre-le-Vif était une abbaye bénédictine située à Sens, Yonne. Selon Odorannus de Sens, elle a été fondée au VIe siècle par Théodechilde, petite-fille de Clovis, après 533. Elle est dédiée aux saints Pierre et Paul[1]. Elle a été dissoute en 1714[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Thierry Ier, fils de Clovis, reçoit de son père le royaume de Metz en 511. En 524, il s'empare du royaume d'Orléans et de la province de Sens. Sa fille, Théodechilde, est la fondatrice de l'« abbaye de saint Pierre et saint Paul », dans le deuxième tiers du VIe siècle, qui est alors confiée à un certain abbé Amalbert. L'abbaye va rapidement prendre un ascendant considérable sur la région et au-delà, de pair avec celle de Sainte-Colombe à Saint-Denis-lès-Sens fondée en 620. Les archevêques de Sens, avant leur installation, passeront leur nuit de recueillement sur le tombeau des martyrs dans l'église de l'abbaye. Plusieurs moines savants vont la rendre illustre[3].

VIIIe siècle, saint Ebbon[modifier | modifier le code]

C'est là que, à la fin du VIIe siècle, devient moine le personnage le plus illustre de l'histoire de l'abbaye, saint Ebbon. En 704, il en devient l'abbé[4],[5],[6]. Il cumule alors les responsabilités, et devient comte de Tonnerre en 708, puis évêque de Sens en 710. Il sauve la ville, sinon ses faubourgs, des musulmans en 732[3] à la bataille de Seignelay.

Les restes de saint Ursicin, premier évêque de Sens après l'édit de Théodose accordant la liberté au culte chrétien en 380, sont transférés de la basilique Saint-Gervais-et-Saint-Protais à Saint-Pierre-le-Vif en 876[7]. C'est le début du règne de Charles le Chauve et les invasions normandes sont aux portes de Paris.

Xe à XIIe siècles, prospérité et réforme[modifier | modifier le code]

Au Xe siècle on trouve une charte désignant l'abbaye sous le nom de « monastère de saint Pierre le Vif » (Sanctus Petrus Vivus). À cette époque, un vicus Sancti Petri s'est déjà formé autour de l'abbaye[8]. Le mot Vif est dérivé de "vieux", dit "vi" en langage local et servant alors à différencier l'église Saint-Pierre du bourg, plus ancienne que l'église Saint-Pierre de la ville (de Sens). L'abbé Arnaud fait fortifier ce bourg pendant la guerre entre Louis le Gros et le roi d'Angleterre[3].

Une foire annuelle se tenait dans le bourg le 29 juin, date de la fête de l'abbaye et dont cette dernière en possédait la concession ainsi que celle du marché hebdomaire du jeudi[1]. Cette foire était l'une des plus grosses de Sens[3], à côté des foires de Champagne. Les draps sont alors la principale production de Sens, qui est d'ailleurs listé parmi les 17 villes drapantes de l'époque, possède sa propre mesure (moison de 36 aunes à Sens) et est si renommé dans ce domaine pour que le comte Thibaut le Chansonnier tente en 1222 de soudoyer ses ouvriers avec une exemption de tailles et exactions pour 10 ans s'ils viennent à Troyes fabriquer des draps[9].

Le dernier prince carolingien, Louis de Basse-Lotharingie y mourut en 1023. Son épitaphe[10] affirme qu'il décéda de maladie, après s'être fait moine in extremis alors qu'il retournait en terre d'Empire après un pèlerinage au mont Saint-Michel[11].

Odorannus de Sens y a été moine, et y est mort en 1046. C'est principalement sa chronique[12] qui nous renseigne sur les événements de son temps concernant entre autres l'abbaye. Il mentionne la mort de l'abbé Raynard de Saint-Pierre-le-Vif en 1015, duquel il dit que l'un de ses principaux achievements a été d'instruire les moines - dont Odorannus lui-même, de ses propres dires - dans les arts libéraux. Odorannus mentionne également Emenaldus, abbé successeur de Raynard[13] mais entre les deux il y eut Jugon[14].

Un autre moine de l'abbaye, Clarius, a également écrit une chronique de la même époque qui mentionne, entre autres, le baptême de Clovis et de ses quatre fils en 503[15].

Un moine de Saint-Pierre-le-Vif retrouve ou améliore le principe de la clepsydre ou pendule à eau, d'où va naître à Sens une industrie qui rend la ville célèbre et prospère[3].

L'abbé Odon de Cluny a contribué à réformer Saint Pierre-le-Vif vers le milieu du Xe siècle[16]. Il semble que l'influence et les liens de Cluny avec cette abbaye de Sens ne se soit pas arrêtés là, car on retrouve les développements liturgiques de Cluny dans le traité liturgique d'Odorannus sur la commémoration des morts[17],[18]. De plus, le travail de Raynard pour l'éducation et la prospérité de Saint-Pierre-le-Vif participait d'un processus identique et de la même période à l'abbaye de Fleury[19].

Le premier prévôt royal à Sens, nommé en 1108 par Louis VI le Gros, reçoit en même temps que son investiture l'ordre royal de "ne pas exercer de mauvaises coutumes sur les terres de l'abbaye" - ordre étendu aux autres officiers de Sens[20].

Guérin (Garinus), vicomte de Sens mort en 1168, lègue à l'abbaye une rente annuelle de deux muids de blé à prendre sur les moulins de la Vanne appartenant à la vicomté, pour se faire enterrer à l'abbaye[21].

Temps modernes[modifier | modifier le code]

En 1638 l'abbaye de Saint-Paul (prémontrés) et l'abbaye de Saint-Rémy (bénédictins) sont réunies à Saint-Pierre-le-Vif[22].

En 1789, l'archevêque de Sens est Loménie de Brienne, cardinal, ancien archevêque de Toulouse et contrôleur général des finances. Il a démissionné des finances, les laissant en mauvais point après avoir bien garni sa bourse. C'est lui qui décide et fait exécuter la démolition de l'église[23].

À la révolution, deux prêtres parviennent à cacher les reliques à l'église Saint-Pierre-le-Rond. Cinquante ans plus tard, leur translation a lieu au Trésor de la cathédrale de Sens. En 1791, tout le mobilier, la statuaire et les ferronneries de l'abbaye sont vendus, puis les marbres, carrelage, escaliers et pierres, etc. Elle finit par servir de carrière.

Les bâtiments à moitié démolis de l'ancienne abbaye sont rachetés par la congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur d'Angers qui y reconstruit un couvent en 1837[2], le couvent du Bon-Pasteur, pour la réhabilitation de jeunes délinquantes. Les religieuses le quittent en 1921.

Chroniques historiques de Saint-Pierre-le-Vif[modifier | modifier le code]

Deux moines de Saint-Pierre-le-Vif sont identifiés comme auteurs de chroniques historiques : d'une part Odorannus de Sens (v. 985-v. 1046), moine polygraphe dont les écrits contiennent (à titre de deuxième texte de ses Opera omnia) une chronique allant de 675 (mort de l'archevêque de Sens Emmon) à 1032 ; d'autre part Geoffroy de Courlon (fin du XIIIe siècle), auteur d'une chronique allant de l'époque de Jésus-Christ à l'an 1295[14].

Il existe une troisième chronique qui était dite autrefois « de Clarius » parce qu'elle était attribuée à ce moine ayant vécu à Saint-Pierre-le-Vif au début du XIIe siècle : il s'agit d'une chronique allant de l'époque de Jésus-Christ jusqu'en 1267, que Clarius aurait composée jusqu'en 1124, avec ensuite des continuations[24]. En fait il est établi aujourd'hui que Clarius n'a joué aucun rôle particulier dans la composition de cette chronique, qu'il s'agit d'une œuvre collective de la communauté monastique ; on parle donc parfois de Chronique anonyme dite de Clarius ou de Chronique du Pseudo-Clarius. Cette chronique fut entreprise vers 1108 à l'initiative de l'abbé Arnaud et est formée des parties suivantes : jusqu'en 675, c'est une reprise de la chronique d'Hugues de Flavigny (ou d'une source commune) ; de 675 à 1096, c'est une compilation de sources locales connues (la chronique d'Odorannus, bien sûr, mais aussi les annales de l'abbaye Sainte-Colombe de Sens, qui commencent en l'an 708, et l’Historia Francorum Senonensis, qui est une brève chronique des rois francs allant de 688 à 1015) ou perdues (notamment des actes des archevêques de Sens de 959 à 1052, et des archevêques de Reims, documents que cette chronique est seule à transmettre) ; vers la fin de la période (1075-1096) interviennent visiblement les souvenirs personnels des rédacteurs ; de 1096 à 1124, ce sont les annales de l'abbatiat d'Arnaud, source historique importante pour le début du règne (à partir de 1108) du roi Louis le Gros, dont l'abbé Arnaud était un ami personnel ; de 1124 à 1267, ce sont des continuations accumulées par un grand nombre de moines.

Liste des principaux abbés[modifier | modifier le code]

Jusqu'à Iacobus, la liste est celle de la Chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, rédigée vers la fin du XIIIe siècle par Geoffroy de Courlon, moine à l'abbaye[14]. Elle s'arrête donc à la mort de son auteur, vers 1295.

  • Amalbert (deuxième tiers du VIe siècle). Premier abbé.
  • Aygilène
  • Saint Ebbon, abbé de 704 à après 732
  • Crodolin
  • Viraibod
  • Bertemare
  • Frodbert
  • Albert
  • Anastase
  • Didon
  • Aquila
  • Francon
  • Aiglon
  • Sanson
  • Eudes, qui devient ensuite abbé de Cluny
  • Arigaud
  • Dachelin
  • Archengère
  • Othbert
  • Notranne ou Natran, qui devient 39e évêque de Nevers de 959 à 979 ou 980
  • Raynard
  • Jugon
  • Ermenald ou Emenaldus
  • Gerbert
  • Haymo,
  • Hermuin
  • Arnaud (début XIIe s.)
  • Herbert, martyr
  • Girard
  • Eudes II
  • Gauthier
  • Hélie
  • Huldere
  • Hugo
  • Robertus
  • Thomas
  • Gaufridus
  • Simon
  • Iacobus

Vestiges[modifier | modifier le code]

Trois carreaux de pavage en terre vernissée, datés des XIVe et XVe siècles, provenant de l'abbaye, sont conservés et exposés par le musée du Louvre, au sein du département des objets d'art. Ils proviennent d'un don de 1895. Le premier figure un agneau[25], le second un damier[26] et le troisième un lion[27].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Maurice Prou, Etude sur les chartes de fondation de Saint-Pierre-le-Vif. Etude détaillée et intégralement référencée sur l'authenticité des deux chartes "de Clovis" de "de Théodechilde" sur la fondation de l'abbaye.
  2. a et b Abbé H. Bouvier, Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens. 1891.
  3. a, b, c, d et e Histoire des villes de France, Volume 3, p. 109-110.
  4. Illustrations Tonnerroises. Ernest Petit, Almanach Historique et Statistique de l'Yonne, 1863.
  5. Saint Ebbon.
  6. Saint Ebbon ou Ebbes.
  7. Paul Billaux, Au pays de Julien et d'Alpais, éd. Les amis du vieux Villeneuve, Société historique, archéologique, artistique et culturelle du Villeneuvien, 2011, p. 64.
  8. Charte de Sewin de l'an 980 (Quantin, Cartulaire général de l'Yonne, n° LXXVII, t. I, p. 149. Cité dans Maurice Prou, Étude sur les chartes de fondation de Saint-Pierre-le-Vif).
  9. Albert Lecoy de la Marche. Les coutumes et péages de Sens, texte français inédit du commencement du XIIIe siècle, p. 280. Bibliothèque de l'école des chartes, 1866, Volume 27, Numéro 1, pp. 265-300.
  10. Robert-Henri Bautier et Monique Gilles, Odorannus de Sens, Opera omnia, Paris, 1972, p. 270.
  11. Christian Settipani, La préhistoire des Capétiens, 1993, p. 339.
  12. Chronique d'Odorannus sur le site Remacle.org (texte latin et traduction française par Marc Szwajcer).
  13. (en) Catherine Bright, Ex Quibus Unus Fuit Odorannus (Un parmi eux fut Odorannus) : Community and self in an eleventh-century monastery (Saint-Pierre-le-Vif, Sens).
  14. a, b et c Geoffroy de Courlon. Chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, rédigée vers la fin du XIIIe siècle, pp. 17-18. Éd. Julliot, Gustave (1829-1903), publ. C. Duchemin, Sens, 1876. 614 pages.
  15. Dure, Bibliothèque historique de l'Yonne, tome II, p. 464-405. Cité dans Maurice Prou, Etude sur les chartes de fondation de Saint-Pierre-le-Vif.
  16. (en) Barbara H. Rosenwein, Rhinoceros Bound: Cluny in the Tenth Century, Philadelphia, 1982, p. 48-49.
  17. Robert-Henri Bautier et Monique Gilles, édition et traduction de Opera omnia par Odorannus de Sens. Paris, Editions du centre national de la recherche scientifique, 1972, p. 56.
  18. Megan McLaughlin, Consorting with Saints: Prayer for the Dead in Early Medieval France. Ithaca, 1994, pp. 75–77.
  19. Robert-Henri Bautier et al., cité ci-dessus, pp. 8-9 et p. 65.
  20. Albert Lecoy de la Marche, op. cit., p. 275.
  21. Albert Lecoy de la Marche, op. cit., p. 272.
  22. Gratien-Théodore Tarbé, Recherches historiques et anecdotiques sur la ville de Sens, p. 265.
  23. Histoire des villes de France, Volume 3, p. 116.
  24. L'attribution de la chronique au moine Clarius a d'abord été le fait, au XVIIe siècle, du bénédictin de la congrégation de Saint-Maur dom Victor Cottron.
  25. « Notice no 9223 », sur la base Atlas du musée du Louvre, numéro d'inventaire OA 12107 (3)
  26. « Notice no 9224 », sur la base Atlas du musée du Louvre, numéro d'inventaire OA 12107 (4)
  27. « Notice no 9220 », sur la base Atlas du musée du Louvre, numéro d'inventaire OA 12107 (5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]