Abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens

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Abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens
Image illustrative de l'article Abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens
Le monastère, aujourd'hui réaffecté à l'usage de centre de convalescence, et la chapelle.
Au premier plan, dans la pelouse, l'on distingue quelques pierres, vestiges de l'ancien monastère.
Présentation
Culte Catholicisme
Type Abbaye
Début de la construction VIIe siècle
Protection  Inscrit MH (1966)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bourgogne-Franche-Comté
Département Yonne
Ville Saint-Denis-lès-Sens
Coordonnées 48° 12′ 56″ nord, 3° 16′ 20″ est

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Abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens

L'abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens était une abbaye fondée par Clotaire II sur le tombeau de sainte Colombe à Saint-Denis-lès-Sens[1] en 620. Elle était connue également pour les reliques de saint Thibaut qui avaient été rapportées d'Italie en 1075 par son frère Arnolf de Champagne, abbé de Sainte-Colombe de Sens et de Saint-Pierre de Lagny.

Saint Thomas Becket y vécut de 1166 à 1170 et y rencontre le pape Alexandre III qui lui-même y réside 25 mois pendant son exil.

L'église fut démolie pendant la Révolution française en 1792 et les reliques de la sainte disparurent. Au XIXe siècle, une chapelle de l'Immaculée Conception fut construite à cet emplacement.

L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques en 1966[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'abbaye a subi plusieurs revers au cours de son histoire : siège de Sens par les musulmans en 732 (la bataille est lancée par saint Ebbon)[2], incendie par les Hongrois en 937, etc. De ce fait, son cartulaire est des plus incomplets concernant ses premiers temps. Assez de traces subsistent cependant pour être certain qu'elle a eu une grande influence dans le diocèse de Sens et au-delà.

Époque mérovingienne[modifier | modifier le code]

Le roi Dagobert, fils de Clotaire II, nomme saint Éloi administrateur de l'abbaye ; il lègue en 638 par testament son domaine de Grandchamp à celle-ci. À sa mort le 19 janvier 639, l'abbaye hérite ainsi d'un domaine qui lui permet de prendre pied dans cette partie sud du diocèse, restée jusqu'à peu encore sauvage hormis le passage du chemin du sel de la Loire à l'Yonne. Les moines y fondent rapidement un prieuré à Saint-Val sur Grandchamp, aiguillonnés par les archevêques de Sens qui à cette époque prennent conscience de l'emprise grandissante de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre sur cette zone[3].

L'ascension de l'abbaye est d'autant plus remarquable que, sise dans les faubourgs de Sens, elle est détruite par les musulmans en 732, bien que la ville elle-même ait été sauvée grâce à son archevêque saint Ebbon[2].

Époque carolingienne[modifier | modifier le code]

L'une de ses maisons-filles est le prieuré de Grandchamp, qui joua un rôle important dans la rivalité entre l'archevêché de Sens et l'évêché d'Auxerre[3]. Le prieuré de Grandchamp étend donc son influence sur son voisinage. Les paroisses Sainte-Colombe de Champignelles et Saint-Denis de Saint-Denis-sur-Ouanne sont créées avant le milieu du IXe siècle, ainsi que le sanctuaire qui sera ensuite appelé le Martroi de Saint-Denis en limite sud de la commune de Chevillon avec La Ferté-Loupière[note 1]. L'abbaye a droit de patronage sur la paroisse de Béon, ce dont témoigne un acte de Michel, archevêque de Sens de 1194 à 1199, qui confirmera ces droits entre 1196 et 1198. Marchais-Beton, dépendant du prieuré de Grandchamp, doit son origine à Betton qui fait creuser ou agrandir l'étang du futur village[3].

La nouvelle abbatiale, consacrée en 853 par l'archevêque de Sens Wenilon, connaît quatre-vingts ans de croissance au milieu d'une période troublée. Alors qu'Evrard est archevêque[4], elle échappe de justesse à l'invasion normande de 885 qui atteint Sens en 886. Betton, alors prévôt[note 2] de Sainte-Colombe, fait entourer l'abbaye de remparts au début du Xe siècle[3].

Le roi Rodolphe de France fut inhumé dans l'abbaye auprès de son père devant le grand autel, dans cette église qu'il avait enrichie mais aussi dotée de nombreux biens[note 3].

Le raid hongrois de l'hiver 936-937 va déclencher la fin de l'abbaye. Les Hongrois incendient Sainte-Colombe. La nouvelle et troisième abbatiale est construite de 1142 à 1164, soit un siècle plus tard. Dans l'intervalle, nombre des dépendances de l'abbaye sont prises par des féodaux, y compris le prieuré de Grandchamp. C'est donc au Xe siècle que l'abbaye de Sainte-Colombe décline au point d'être oubliée[3].

Au milieu du IXe siècle, Wenilon alors archevêque de Sens, fait transférer dans l'abbaye les reliques de Sainte Colombe et de Saint Loup[5].

Fromond Ier, comte de Sens et vassal de Hugues le Grand, fait détruire ses murailles en 945 ; en effet le comte Raynald de Reims ayant pris Sens durant une absence de Fromond, ce dernier s'est abrité dans l'abbaye pour lui reprendre la ville par ruse - et détruit subséquemment ces remparts de Sainte-Colombe afin que personne ne puisse imiter son exemple[6].

Époque capétienne[modifier | modifier le code]

L’abbaye au XVIIe siècle, planche gravée du Monasticon Gallicanum.

Le pape Alexandre III, pris dans son conflit avec l'empereur Frédéric Barberousse, se réfugie en France en 1162 et réside à l'abbaye d'octobre 1163 à novembre 1165. Il en consacre l'église en 1164 ; la même année, il y rencontre Thomas Beckett (1117 - 1170), qui a dû quitter l'Angleterre en 1164.

Saint Thomas Becket réside ensuite à Cîteaux, où il passe deux ans avant de revenir se réfugier à Sainte-Colombe lorsque sa vie est de nouveau menacée à Cîteaux[4].

Le seigneur local de l'époque est généreux avec l'abbaye. En 1165, Guérin (Garinus) vicomte de Sens et son père Salon (Salo) souscrivent conjointement une donation à l'abbaye. Cette même année (peut-être en même temps), Guérin abandonne également les droits de protection et les redevances que lui doit l'abbaye. En 1168, année de la mort de Guérin, l'abbaye hérite de lui la plaine des Sablons[7] le long de l'Yonne au nord de la ville[8].

Abbés[modifier | modifier le code]

L'abbaye Sainte-Colombe a pendant un temps eu des abbés laïcs. Lorsqu’un abbé laïc était nommé dans une abbaye, celle-ci était en fait dirigée par le prévôt.

Suit une liste partielle des abbés et prévôts de l'abbaye. Les abbés laïcs sont signalés comme tels, et dans la mesure du possible les prévôts ayant servi pendant leur tenure sont également indiqués.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il existe un étang du Martroi en limite ouest de la commune de La Ferté-Loupière, à quelques dizaines de mètres de la commune de Chevillon.
    Martrai ou martreoi en vieux langage signifie "supplice" (voir Louis Victor Flamand-Grétry, Itinéraire historique, géographique, topographique, statistique, pittoresque ..., p. 174, note (1).
  2. Le prévôt de l'abbaye a la charge des choses matérielles de l'abbaye et de ses dépendances. Betton, qui a la charge d'abbé, n'est pas appelé "abbé" parce que Richard le Justicier (858-921), duc de Bourgogne et comte d'Auxerre, en est l'abbé quoique laïc.
  3. Le tombeau de Rodolphe de France se composait d'une statue de lui-même en roi, soutenue par quatre colonnes en pierre. Au bas était gravé en caractères gothiques : Radulphus, Rex. Il fut saccagé par les protestants durant les guerres de religion, puis relevé après leur départ et rétabli dans le chœur. En 1721, à l’occasion de travaux dans l’église, on découvrit au-dessous du monument un gros mur et un caveau en forme de berceau, construit en ciment très dur. Des fouilles furent pratiquées, mais on n’y trouva qu’un peu de poussière. C’étaient les cendres du roi Raoul. En 1792, enfin, les derniers débris du monument disparurent.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Abbaye Sainte-Colombe (ancienne) », notice no PA00113809, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a et b Histoire des villes de France, vol. 3 (lire en ligne), p. 108-109.
  3. a, b, c, d et e Histoire de Marchais-Beton. Paul Gache, historien.
  4. a, b, c et d Histoire des villes de France, vol. 3, p. 110.
  5. Bataille 1992, p. 32
  6. François Clément, L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens, depuis la naissance de Notre-Seigneur..., t. 2, Joubert, (lire en ligne), p. 593.
  7. Albert Lecoy de la Marche. Les coutumes et péages de Sens, texte français inédit du commencement du XIIIe siècle, p. 268 et 274. Bibliothèque de l'école des chartes, 1866, Volume 27, Numéro 1, pp. 265-300.
  8. Sens, dont Les Sablons sur geoportail.fr.
  9. Isaïa Marie-Céline, Histoire des Carolingiens, Points Histoire, Paris, février 2014, pp. 272-273.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Bataille, Pascal Dibie, Jean-Pierre Fontaine, Jean-Charles Guillaume, Jean-Paul Moreau, Ferdinand Pavy, Line Skorka, Gérard Taverdet et Marcel Vigreux (préf. Henri de Raincourt), Yonne., Paris, Editions Bonneton, (ISBN 2-86253-124-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Anciennes grilles.
  • Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Abbaye Sainte-Colombe » (voir la liste des auteurs).
  • Guy Chastel, Sainte Colombe, son abbaye, ses religieuses, Sens : imprimerie Saint-Gérard, juillet 1937, (non paginé), 28 p.