Église Notre-Dame du Brusc

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Église Notre-Dame du Brusc
ND du Brusc Ext 33.jpg
Vue par l'ouest de l'église. Le porche au premier plan.
Présentation
Destination initiale
église
Destination actuelle
église
Diocèse
Paroisse
Paroisse Saint-Pierre-du-Brusc (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Construction
VIe siècle - XIe siècle - XVIIe siècle
Religion
Propriétaire
commune
Patrimonialité
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
Chemin Notre-Dame-du-BruscVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
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Vue du côté sud de l'église

L'église Notre-Dame du Brusc est une église catholique située à Châteauneuf-Grasse dans le département français des Alpes-Maritimes. Le site a fait l'objet de fouilles archéologiques de 1958 à 1975[1]. Ces fouilles ont permis de découvrir un cimetière paléochrétien[2] et au-dessus les murs d'une église du VIe siècle. Une cuve baptismale date de la même époque. Au XIe siècle, une grande église romane à plan basilical a été édifiée[3]. Détruite partiellement lors des guerres de Religion[4], elle a fait l'objet de restaurations successives pour lui donner son aspect actuel. L'église et les terrains au Sud sont classés depuis le au titre des monuments historiques[5].

Localisation[modifier | modifier le code]

L'église est située sur la commune de Châteauneuf-Grasse, au 129A chemin de Notre-Dame-du-Brusc.

Elle se trouve sur le plateau de Valbonne, à la limite méridionale d'une petite plaine que domine au nord le village de Châteauneuf-Grasse.

Le lieu possède plusieurs sources dont l'une se trouve sous l'église. Il est possible que le nom de Brusc venait du provençal et désignait un marécage en terrain détrempé.

Histoire du site[modifier | modifier le code]

Au sud-ouest de l'église actuelle, des fouilles effectuées en 1956 relèvent la présence d'un site appartenant au Chalcolithique (fin du Néolithique), datant d'environ 2 500 ans AEC. De nombreuses pointes de flèches, des nuclei, des grattoirs et des lames de silex ont été trouvées[6].

Des fouilles menées sur le site du Brusc à partir de 1956 par Georges Vindry, conservateur des musées de Grasse, montrent l'existence d'une grande exploitation agricole antique et d'un cimetière païen. Le nombre important de sépultures laisse penser à Georges Vindry qu'elles peuvent être liées à l'existence d'une source intermittente qui apparaît au printemps et disparaît l'été. Un culte a pu être lié à cette source et est sans doute à l'origine de l'établissement d'une petite nécropole rurale[7].

Sur le site du Brusc, les fouilles ont ramené une grande quantité de monnaies provenant de Marseille, de Carthage, de Byzance, ainsi que des céramiques d'importation, ce qui témoigne d'échanges importants, d'une ampleur inhabituelle pour un site rural. On peut faire l'hypothèse d'un rassemblement périodique de population, hypothèse confortée par la proximité d'une route importante, qui deviendra au Moyen Âge l'axe principal de circulation entre Nice, Draguignan et Arles[7].

C'est sans doute ce rassemblement périodique qui, au Bas-Empire, est à l'origine de l'implantation d'un lieu de culte et d'évangélisation, avec la construction d'une église et d'un baptistère[8].

Le cimetière paléochrétien[modifier | modifier le code]

Les fouilles ont montré que l'église et le baptistère (voir ci-après) sont construits précisément sur l'emplacement d'un ancien cimetière chrétien. Les tombes sont orientées le plus souvent Ouest-Est et recouvertes de grandes tegulae dont les joints étaient protégés par des imbrices. Ce cimetière aménagé au Ve siècle a évolué, aux tombes sous tuiles, se sont ajoutées des sépultures en grosses pierres recouvertes de dalles, orientées Nord-Sud, plus récentes. On ne découvre pas de mobilier funéraire. Deux grands sarcophages chrétiens en marbre blanc sculpté sont également trouvés ainsi que quatre inscriptions funéraires datant de la fin du Ve siècle ou du début du VIe siècle[2].

Les églises[modifier | modifier le code]

La première église et le baptistère du VIe siècle[modifier | modifier le code]

Les vitres posées après les fouilles effectuées dans le sol de la nef.

Description[modifier | modifier le code]

L'église fut découverte à l'occasion des fouilles[9]. On s'accorde à la dater du VIe siècle[9].

Georges Vindry indique qu'il s'agit d'une « église de petite taille, rectangulaire avec une abside ronde et pourvue de dépendances latérales. L'église a vraisemblablement été agrandie au Nord avec la construction d'une nef latérale à abside ronde. L'ensemble constitue ainsi ce qu'on appelle une église double. »[9]. Un édifice est accolé au mur Ouest[9].

Le baptistère[modifier | modifier le code]

La cuve baptismale et la façade de l'église du XVIIe siècle.

L'église possédait un baptistère qui se trouve actuellement sous un porche, devant l'église. Il a été découvert en 1968. Le responsable des fouilles, Georges Vindry écrit : « Le baptistère, unique exemple en Provence de baptistère rural, a été adossé à l'église, dont il était rigoureusement séparé. De plan rectangulaire, avec quatre niches qui se font face, il n'a qu'une unique porte d'angle. ».

« Un peu sur le côté, face à la porte, fut bâtie dans le sol une cuve polygonale à sept côtés, comportant deux petites marches symétriques insérées dans le rebord. C'est le type même de la cuve des baptismaux paléochrétiens —proche de celle de Cimiez— avec cette différence que la cuve du Brusc a non pas cinq mais sept côtés. »[9]. « C'est dans le compartiment profond que se plaçait le catéchumène. »


La basilique romane du XIe siècle[modifier | modifier le code]

Une basilique d'une taille exceptionnelle, aussi grande que celle de l'abbaye de Lérins est construite au XIe siècle[3]. C'est la plus grande église rurale du diocèse d'Antibes, de 40 m de long, et un lieu de pèlerinage important avec une source miraculeuse[10].

Elle a été construite sous l'impulsion de l'abbaye de Lérins dont le Brusc dépendait. En 1153, l'église et ses annexes sont remises à l'évêque d'Antibes et deviennent une dépendance d'un petit prieuré jusqu'à la Révolution. L'église devient ensuite la propriété des Hospices de Châteauneuf, puis de la commune[10],[N 1].

Description[modifier | modifier le code]

L'église présente un plan basilical fort répandu avec une grande nef centrale, deux étroits collatéraux, un chœur encadré d'un transept et d'une abside en demi-cercle[3].

Georges Vindry note que ce qui fait l'exceptionnalité du monument, outre ses dimensions imposantes sur un site rural, c'est « un ensemble de particularités singulières et parfois exceptionnelles, ainsi que l'association inattendue de formules architecturales venues d'un peu partout »[3] :

  • « Les piliers qui rythment les cinq travées, en tronc de pyramide élancés, de plan cruciforme avec une base carrée, sont bien connues dans les églises de Catalogne »[3] ;
  • Le chœur est surélevé (de trois marches) à l'exemple de maintes églises italiennes[3] ;
  • « La façade plate du massif polygonal qui englobait l'abside est ornée des trois hautes arcatures aveugles séparées par d'étroites lésènes, formule décorative de l'Italie du Nord, accompagnée ici d'arcs en anse de panier, la pointe en bas, ornementation rustique qui rappelle l'opus reticulatum romain »[3] ;
  • La voûte du chœur est faite de petites pierres plates noyées dans un mortier[3] ;
  • Les deux transepts sont couverts d'une simple voûte en plein cintre. Ce sont des transepts bas, que l'on rencontre dans les pays de la Meuse et du Rhin, étranger aux bâtisseurs méridionaux[N 2],[3].


La crypte[modifier | modifier le code]

Vue générale de la crypte.

Sous le chœur et l'abside se trouve une crypte demi-enterrée construite à l'est de la première église.

Cette crypte, dite de Saint Aigulphe (ou Aygulf[11]), disposait d'une statue de bois de ce saint et d'une petite source qui jouissait de vertus curatives pour les fièvres et le mal des yeux. Le saint avait également ces mêmes vertus et on grattait la statue pour emporter un peu de poudre qui trempé dans l'eau de la source était un remède miraculeux. La statue fut réduite à l'état de tronc puis disparut[10].

On y accédait par deux escaliers opposés, un pour la descente au Nord et un pour la descente au Sud qui ont été redécouverts à l'occasion des fouilles. L'escalier Sud a été restauré et permet à nouveau l'accès à la crypte[3]. L'escalier Nord est toujours obstrué.

La crypte est de plan rectangulaire avec un chevet plat. La partie Ouest est divisé en deux petites nefs voûtées séparées par trois arcadess, dont un des piliers est constitué par un cippe funéraire romain placé la tête en bas[3].

On peut voir un petit canal construit en même temps que le mur chargé de conduire l'eau de la source intermittente venue d'un groupe de rochers derrière l'escalier Nord[3].

« Un troisième escalier, plus petit, débouche dans la nef centrale. Il permettait de voir la crypte lorsqu'elle n'était pas accessible »[3].


L'église actuelle[modifier | modifier le code]

Vue du côté nord de l'église

Comme toutes les églises rurale de Provence orientale, la basilique a beaucoup souffert au XVe et XVIe siècles, notamment lors des guerres de Religion[4]. En 1616, l'évêque de Grasse précise que « tout est par terre », ce qui nécessite de réaménagement de l'église[4].

La ruine de certaines parties, les destructions, les aménagements faits au XVIIe et XVIIIe siècles, enfin les restaurations récentes cachent désormais l'appareil et empêchent de voir l'édifice dans ses dimensions originelles, mais aussi de comprendre les dispositions architecturales devenues inexplicables dans l'état actuel de l'édifice[3].

Au XVIIe siècle, à l'image de nombreux édifice romans, l'église est dotée d'un décor baroque constitué de gypseries et de stucs.


Remplois[modifier | modifier le code]

Plusieurs remplois existent sur le site.

On peut noter notamment celui qui se trouve à la base d'un des piliers se trouvant devant l'église actuelle[12] :

Gravure sur la pierre. NVMISIAE.MAR
CELLAE.L.TAVGAN
IVS FRONTO.CON
IVGI A SE.BENEM
ERENTI.FECIT
L.TAVGANIVS
FRONTO.SIBI.
VIVVS.FECIT

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'ouvrage « Histoire de Valbonne Sophia Antipolis » indique « La première mention du Brusc surgit en 1146, quand le pape Eugène III soustrait ce sanctuaire à la mense de Lérins pour le donner à l’évêque d’Antibes. »
  2. G. Vindry cite : Louis Grodecki, « Le transept bas dans l'architecture romane », Congrès scientifique de Saint-Odéon, Cluny,‎

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Vindry, « Fouilles et des travaux qu'il conduit à Notre-Dame du Brusc », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France,‎ , p. 98-100
  • Georges Vindry, « Un site rural du pays grassois : Le Brusc et sa basilique romane », dans Actes du 90e Congrès national des sociétés savantes, Nice, 1965, Paris, Bibliothèque nationale, , p. 343-360 - lire en ligne sur Gallica Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Deux plans de Notre-Dame du Brusc paginés 360 bis et 360 ter accompagnent l'article.
  • Maurice Euzennat, « Circonscription de Provence-Côte-d'Azur-Corse (région sud) », Gallia, vol. 25, no 2,‎ , p. 428 (ISSN 0016-4119, lire en ligne, consulté le 20 octobre 2017)
  • Georges Vindry, « Un baptistère du haut moyen âge près de Grasse », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France,‎ , p. 223-225
  • Christian Goudineau, « Circonscription de Côte-d'Azur », Gallia, vol. 29, no 2,‎ , p. 462 (ISSN 0016-4119, lire en ligne, consulté le 3 décembre 2017)
  • Christian Goudineau, « Circonscription de Côte-d'Azur », Gallia, vol. 31, no 2,‎ , p. 565-566 (ISSN 0016-4119, lire en ligne, consulté le 20 octobre 2017)
  • Paul-Albert Février et Michel Fixot, « Notre-Dame du Brusc (Châteauneuf-Grasse) », L'église et son environnement, archéologie médiévale en Provence (exposition Aix-en-Provence, Musée Granet),‎ , p. 20-22
  • Georges Vindry, « Un haut lieu exceptionnel de Provence-Orientale : Le Brusc à Châteauneuf-de-Grasse », Annales de la société scientifique et littéraire de Cannes et de l'arrondissement de Grasse, vol. 35,‎ , p. 27-42 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe de Beauchamp (photogr. Loïc-Jahan), L'art religieux dans les Alpes Maritimes : architecture religieuse, peintures murales et retables, Aix-en-Provence, Édisud, , 2e éd. (1re éd. 1990), 143 p. (ISBN 978-2-85744-485-5), p. 108-111 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul-Albert Février et Michel Fixot, « Notice : Châteauneuf-Grasse. Lieu-dit Notre-Dame du Brusc », dans Noël Duval (dir.), Les premiers monuments chrétiens de la France, vol. 1 : Sud-Est et Corse, Paris, éd. A. et J. Picard, coll. « Atlas archéologiques de la France », (ISBN 978-2-70840442-7), p. 100-102
  • Jean Onimus, Marc Streitz et l'association Les amis de l'abbaye et du patrimoine valbonnais (préf. Jean Onimus), Histoire de Valbonne Sophia Antipolis, Aix-en-Provence, Édisud, , 2e éd. (1re éd. 1997), 157 p. (ISBN 978-2-7449-0388-5, présentation en ligne, lire en ligne), p. 20-21 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lucien Aune, Châteauneuf en Pays de Grasse : Histoire d'un village du Moyen Pays, Valbonne, Éd. L'Étoile du Sud, , 138 p. (ISBN 2-912427-09-6) - disponible partiellement sur Gallica Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Vindry, « Une annexe temporaire de l'abbaye de Valbonne : Le couvent de moniales de N.D. du Brusc (Châteauneuf-de-Grasse, A.M.) », Provence historique, t. 51, no 205,‎ , p. 321-325 (lire en ligne, consulté le 23 octobre 2017)
  • Christiane Lorgues et René Lorgues (préf. Jean-Pierre Maurin), Châteauneuf de Grasse, Nice, Serre Éditeur, , 80 p. (ISBN 978-2-86410-472-8), p. 26-30 Document utilisé pour la rédaction de l’article

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Article connexe[modifier | modifier le code]

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