Wamba (roi)

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Wamba
Wamba
Wamba
Titre
Roi des Wisigoths d'Hispanie
672680
Prédécesseur Réceswinthe
Successeur Ervige
Biographie
Date de naissance avant 633
Date de décès 688
Lieu de décès monastère à Burgos
Nationalité Espagnole
Religion christianisme
Résidence Tolède

Wamba (né avant 633[1] - † c. 688 [2]?) est roi wisigoth d'Espagne de 672 à 680[3].

Malgré un règne assez agité, le roi Wamba est considéré comme le dernier grand roi wisigoth ; son renversement marque le début de la fin de l'Hispanie wisigothe, minée par d'incessantes luttes intestines.

Biographie[modifier | modifier le code]

Statue à Madrid (A. Carnicero, 1750-53).

Election[modifier | modifier le code]

Wamba est probablement la même personne que ce vir illustris[4] de l'aula regia[5] du même nom chargé en 656 par le roi Réceswinthe (653-672) de rendre public le testament de saint Martin de Braga, lors du concile tenu dans cette ville[6]. Selon Herwig Wolfram, son (sur)nom signifierait « (gros) ventre »[7] en gotique[8].

Le 1er septembre 672, aux funérailles du roi Réceswinthe dans la région de Valladolid, au lieu-dit Gerticos (peut-être à Wamba), on remarque particulièrement Wamba, un noble d'un âge avancé qui versait des larmes sincères. Tout-à-coup, les assistants l'entourent, le proclament roi d'une voix unanime, protestent qu'ils n'en auront pas d'autre, et se jettent à ses pieds pour obtenir son consentement. Wamba résiste et objecte son âge avancé quand un noble se lève et lui dit : « si tu ne promets de consentir à nos vœux sache qu'à l'instant tu seras percé de nos épées ; tu ne sortiras d'ici que mort ou roi ». Le 21 septembre de la même année, Wamba est donc sacré à Tolède, capitale wisigothique, avec l'huile bénite répandue sur sa tête par l'archevêque Quiricius : il est le premier roi wisigoth et le premier roi d'origine « barbare » en Occident à être sacré de cette sorte, 82 ans avant Pépin le Bref, qui fera de même pour légitimer son pouvoir.

Rebellion du duc Paul[modifier | modifier le code]

Dès son avènement, Wamba doit réprimer une révolte vasconne et doit faire face en même temps à la révolte du comte goth Hildéric de Nîmes qui conteste son élection, soutenu notamment par l'évêque Gumild de Maguelonne ; en 673, il doit intervenir en personne en Septimanie pour combattre le duc Paul, qui s'est proclamé roi avec le soutien de partisans locaux, du duc goth de la Tarraconaise Ranosind, et de Childéric II, roi des Francs, qui lui envoie des troupes, franques et saxonnes.

Au cours de l'été 673, après avoir repris Tarragone, Barcelone, Gérone et Narbonne (qui sera attaquée simultanément par terre et par mer), il est victorieux du duc rebelle qu'il assiège dans les arènes de Nîmes (transformées en forteresse wisigothe au Ve siècle) et l'oblige à capituler.

« C'est donc le 31 août [673] que les nôtres engagèrent le combat contre la ville de Nîmes. C'est le jour suivant, ler septembre, qu'ils pénétrèrent dans la ville. Et c'est le troisième jour, à savoir le 2 septembre, que l'usurpateur Paul, capturé d'une illustre manière, est définitivement vaincu. » Histoire du roi Wamba, Julien II de Tolède.

Avant de retourner à Tolède suivi d'une foule de prisonniers (dont le duc Paul, rituellement tondu et coiffé d'une couronne de cuir pour l'humilier), Wamba séjourne deux jours à Elne et s'occupe de régler les limites des diocèses de la Septimanie[9], sujet fréquent de divisions entre les évêques. Il profite également de sa présence dans la région pour ordonner le transfert des reliques de saint Antonin à Palencia[10].

De retour à Tolède, Wamba fait restaurer et renforcer les fortifications de la capitale wisigothique et tente de renforcer l'esprit militaire par deux lois qui rendaient, en cas d'invasion, le service personnel obligatoire pour tous, « sans distinction de race, d'état et de condition », y compris les ecclésiastiques, depuis l'évêque jusqu'au clerc, ce qui soulève une clameur générale.

Politique religieuse[modifier | modifier le code]

Concernant la politique religieuse du royaume, Wamba décide avec l'archevêque de Tolède Julien de Séville la disparition totale du judaïsme dans son royaume, faisant organiser l'enlèvement des enfants juifs pour les faire baptiser de force au christianisme nicéen et leur donner des noms chrétiens. Le roi est en effet proche de l'évêque de Tolède Julien, d'ailleurs l'auteur d'une Historia Rebellionis Pauli adversus Wambam, sources d'informations sur le règne du roi.

En 675, il convoque le XIe Concile de Tolède.

Son règne marque le début des raids musulmans dans le sud de la péninsule Ibérique. À une date inconnue, Wamba arme une escadrille qui anéantit 270 barques arabes qui croisaient en Méditerranée près d'Algésiras.

Fin de règne[modifier | modifier le code]

Wamba renonce à la couronne (Juan Antonio de Ribera, XVIIIe siècle.)

De plus en plus contesté à la fin de son règne à cause de ses réformes militaires et religieuses, il est forcé d'abdiquer après être tombé malade (victime possible d'un empoisonnement), en octobre 680, au profit d'un noble, le comte Ervige. Les deux versions de la Chronique d'Alphonse III (Rotense et ad Sebastianum), rédigées deux siècles après les faits, accusent clairement Ervige d'avoir empoisonné le vieux roi Wamba pour s'emparer du pouvoir[11].

Il se retire dès lors dans un monastère de la région de Burgos (peut-être à Pampalica) en 681 et y meurt 7 ans plus tard selon une chronique rédigée vers 900. Inhumé à Pampalica, ses cendres seront transférées à Tolède au XIIIe siècle par le roi de Castille Alphonse le Sage ; placées dans une église située près de l'Alcazar, elles furent profanées par les troupes françaises au début du XIXe siècle, lors de la guerre d'indépendance espagnole.

Légende de Gilles l'Ermite[modifier | modifier le code]

Pendant le siège de Nîmes, les gens de la suite de Wamba étaient un jour à la chasse dans les forêts situées aux environs de la ville. Au cours de cette partie de chasse, poursuivie par la meute royale, une biche se réfugia dans une grotte auprès de son compagnon solitaire, Gilles l'Ermite. Les chasseurs découvrirent la grotte et furent frappés d'étonnement à la vue des austérités que cet ermite pratiquait dans sa retraite. Ils en firent aussitôt le rapport a Wamba qui alla à la rencontre de cet homme. Wamba découvrit alors l'ermite, blessé par la flèche d'un chasseur. Ému, le roi lui donna tout le territoire de cette forêt pour y bâtir un monastère[12].

Lieux liés aux roi[modifier | modifier le code]

Tour du Roi Wamba.
  • Des sources décrivent le lieu de naissance de Wamba à Penamacor au Portugal district de Castelo Branco, non loin de l'actuelle frontière avec l'Espagne.
  • Un village du nord de l'Espagne porte le nom de ce roi, « Wamba » (unique ville espagnole dont le nom commence par la lettre « w ») ; situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Valladolid, ce village est probablement situé à l'emplacement d'un ancien haut-lieu wisigothique, lieu possible de l'élection de Wamba.
  • Une tour de guet, située au-dessus du Tage, dans le site dit As Portas de Rodao, à Vila Velha de Ródão (Portugal), porte le nom de torre do Rei Wamba (tour du Roi Wamba).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'âge de Wamba était considéré comme « avancé » (pour l'époque), en 672 ; il devait avoir au moins une quarantaine d'années.
  2. Selon la Chronica Adefonsi tertii regis (c. 911), Wamba meurt de mort naturelle 7 ans et 3 mois après sa déposition à l'automne 680.
  3. Selon la Chronica regum Visigotthorum, Wamba Rex régna 8 ans, 1 mois et 14 jours.
  4. Homme illustre, ici dans le sens de noble.
  5. Cour royale de Tolède, capitale wisigothique.
  6. Jean Alain Sipra, La campagne du roi Wamba en Septimanie, Bulletin Terre de Rhedae No 7.
  7. History of the Goths, University of California Press, 1990, p. 463, note 326.
  8. En vieux haut-allemand wamba = ventre ; womb en anglais.
  9. Ces diocèses étaient au nombre de huit : Narbonne, Agde, Béziers, Maguelonne, Nîmes, Lodève, Carcassonne et Elne.
  10. Centre européen d'art et de civilisation médiévale, Trésors et routes de pélerinages dans l'Europe médiévale : études publ. à l'occasion des journées d'inauguration du Centre européen d'art et de civilisation médiévale, à Conques, les 25, 26, 27 et 28 mai 1993, Centre européen d'art et de civilisation médiévale, 1994, p. 51.
  11. « Qui Eruigius quum esset palatio a pueritia enutritus et honore comitis sublimatus, elate et callide aduersus regem excogitans herbam cui nomen est spartus illi in potum miscuit, et statim regi memories est ablata. Quumque episcopus ciuitatis seu obtimates palatii, qui regi fideles erant, quibus penitus causa potionis latebat, uidissent regem absque memories iaceutem, causa pietatis commoti, ne rex inordinate migraret, statim ei confessionis et penitentie ordinem dederunt. Quumque rex a potione conualuisset et hordinem sibi inpositum cognouisset, monasterium petiit ibique quamdiu uixit in religione permansit. », Chronica Adefonsi tertii regis, 2, Xe siècle.
  12. Alexandre C. Germain, Histoire de l'église de Nîmes, Volume 1, Giraud, 1838, p. 75.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Leclercq, L'Espagne chrétienne, V. Lecoffre, 1906.
  • Roger Collins, Visigothic Spain, 409–711. Blackwell Publishing, 2004.
  • Edward Arthur Thompson, The Goths in Spain. Oxford: Clarendon Press, 1969.
  • Julien II de Tolède, Histoire du roi Wamba. Editions Paleo, coll. « l'encyclopédie médiévale » (ISBN 978-2-84909-591-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]