Alexis de Rome

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Alexis de Rome
Image illustrative de l'article Alexis de Rome
Naissance IVe siècle ?
Rome
Décès Ve siècle ? 
Rome
Vénéré par catholicisme, orthodoxie, maronites
Fête 17 février en Occident et 17 mars en Orient
Attributs échelle, escalier
Saint patron des mendiants, faiseurs de ceintures, infirmiers, pèlerins, voyageurs
Sujets controversés historicité très improbable
Suppression du culte 1969
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Alexis de Rome dit « l'Homme de Dieu » († vers 411) ou Alexis d'Édesse, est un saint chrétien fêté le 17 mars en Orient[1] et le 17 juillet en Occident[2].

Histoire et tradition[modifier | modifier le code]

Saint Alexis (grec Ἀλέξιος), l'aristocrate devenu mendiant qui opte pour le dénuement total en renonçant aux biens terrestres et même à son identité, mais revient pratiquer cette ascèse incognito à proximité de ses riches parents, est un personnage proprement exemplaire, une figure – voire une fiction –, hagiographique conçue pour l'édification des fidèles : il serait donc vain de vouloir prouver son historicité. Sa fête a été supprimée dans la réforme de 1969 du calendrier liturgique romain.

La Vie d'Alexis, rédigée originellement en grec et traduite en de nombreuses langues, est un conte pieux qui eut un grand succès dans tout le monde chrétien. Elle se présente déjà sous sa forme définitive dans le résumé qu'en donna vers l'an 900 le Synaxaire de Constantinople[3]. Ce livre liturgique grec condense là une tradition hagiographique remontant probablement au VIIIe siècle et qui n'est est en réalité que la fusion, avec transposition à Rome, de deux légendes antérieuses, à savoir l'histoire syriaque de Mar Riscia, l' « Homme de Dieu » d'Édesse (BHO 36 ; milieu du Ve siècle ?), et la Vie grecque du saint constantinopolitain Jean le Calybite (BHG 868 ; seconde moitié du Ve siècle ?). La Vie grecque de saint Alexis est parvenue jusqu'à nous dans diverses recensions dont les plus anciennes portent les numéros BHG 51 à 54 et contiennent de légères divergences entre elles[4].

Selon cette légende, Alexis, fils du sénateur Euphémien et de sa noble épouse Aglaïs, était un jeune patricien romain qui vivait au temps des empereurs Honorius (395-423) et Arcadius (395-408). Ses parents, tous deux d'une grande piété, le fiancèrent à une jeune fille vertueuse. Alexis convainquit celle-ci, le soir de leurs noces, de renoncer au mariage. S'enfuyant aussitôt, il s'embarqua pour la Syrie et gagna la Mésopotamie pour s'arrêter dans la ville d'Édesse. Là, il vendit tous ses biens pour les donner aux pauvres et se fit mendiant sous le porche de l'église de la sainte Théotokos (Mère de Dieu). Il s'imposa ainsi une vie de mortification pendant dix-sept ans. Le portier de l'église, avec l'aide de sainte Marie, finit par l'identifier et divulgua son secret : sa sainteté attira alors des foules pieuses. Par humilité, le mendiant quitta Édesse et s'embarqua de nouveau, voulant aller à Tarse, patrie de saint Paul. Mais une tempête détourna son bateau jusqu'à Rome. Se sachant méconnaissable en raison des privations qui avaient usé son corps et déformé ses traits, il se réfugia sous l'escalier du palais de ses parents et vécut là, pendant dix-sept ans encore, dans une extrême indigence. Chaque jour, ses anciens serviteurs l'insultaient, mais il était nourri sur l'ordre de son père, apitoyé par sa misère. Sentant venir son heure dernière, celui qu'on nommait autrefois Alexis demanda un calame, un peu d'encre et un morceau de parchemin, et y coucha par écrit le bref récit de sa vie. Une voix divine avertit l' « archevêque » Marcien[5] de la mort de l' « Homme de Dieu », puis de son identité et du lieu où gisait son corps ; le prélat s'y rendit avec Euphémien et Aglaïs. Le défunt tenait encore, serré dans sa main, le parchemin révélateur. Seul l'empereur Honorius parvint à desserrer ses doigts et l'on donna lecture du récit d'Alexis : tous les Romains apprirent ainsi avec stupeur le long renoncement du saint. Sa dépouille fut portée en l'église Saint-Boniface (selon BHG 51, 52 et 53), ou en la basilique Saint-Pierre (si l'on suit le Synaxaire de Constantinople et BHG 54 ), pour des funérailles solennelles. D'après une autre forme de la légende, Alexis mourut à l’hôpital d’Édesse après avoir révélé, en ses derniers instants, qu’il était issu d’une famille noble de Rome et qu’il avait fui le mariage pour se consacrer à Dieu dans une pauvreté absolue.

La Vie grecque de saint Alexis fut traduite en latin à partir du Xe siècle : la version BHL 289 ne peut être postérieure au deuxième quart du siècle[6]. La Vie romaine BHL 286, quant à elle, remonte à la fin du Xe siècle[7]; au cours des XIe et XIIe siècles, elle se diffusa largement en France, où elle fut prédominante dans l'ouest, au centre et dans l'est[8]. La recension BHL 287 (manuscrit du Mont-Cassin) est datée de la première moitié du XIe siècle[9]; la recension BHL 288 (XIe siècle elle aussi) se répand à la même époque au nord de la France et en Wallonie[10]. Les versions latines de la légende furent à leur tour adaptées dans diverses langues vernaculaires au cours du Moyen Âge.

Culte[modifier | modifier le code]

Saint Alexis est parfaitement inconnu de tous les martyrologes et calendriers antérieurs à l'an Mil. Le dossier hagiographique, qui commença à se constituer fort tard (VIIIe siècle), engendra, aux IXe-Xe siècles, un culte d'abord limité au monde byzantin, puis exporté vers 980 à Rome, d'où il se diffusa rapidement dans le reste de la chrétienté.

L’église des Saints-Boniface-et-Alexis, à Rome, sur l'Aventin, était placée à l'origine (VIIe siècle) sous le patronage du seul Boniface, martyr de Tarse de Cilicie ; la dédicace supplémentaire à saint Alexis n'advint qu'en 986 et est probablement la conséquence du séjour du métropolite syrien exilé Serge de Damas, qui, accueilli et installé en ces lieux par le pape Benoît VII en 977, y avait fondé une communauté monastique grecque. On peut voir dans la basilique de l'Aventin une statue en plâtre d'Alexis (œuvre d'Andrea Bergondi, qui florissait dans les années 1760-1780) placée sous un coffre en cristal et bois doré contenant ce qui est censé être quelques marches de l'escalier familial sous lequel serait mort le saint mendiant.

Le chef (crâne) de saint Alexis est vénéré dans le monastère de la Sainte Laure, près de Kalavryta, dans le Péloponnèse (Grèce).

Œuvres inspirées par la vie d'Alexis[modifier | modifier le code]

Vie d'Alexis de Rome, fresque du XIe siècle dans la basilique inférieure de la Basilique Saint-Clément-du-Latran
  • La Vie de saint Alexis, ou Chanson de saint Alexis, est une série de poèmes hagiographiques médiévaux qui racontent la vie du saint et dont les versions les plus anciennes remontent au XIe siècle.
  • Alexius, poème de Konrad de Würzburg (circa 1275).
  • Le Miracle de saint Alexis (1382), dernier en date des quarante Miracles de Notre-Dame.
  • Auto de Santo Aleyxio (1613), drame sacré du poète portugais Baltasar Dias publié à Lisbonne en 1659 chez Domingo Carneiro.
  • Sant'Alessio, opéra de 1632 par Stefano Landi.
  • L'Illustre Olympie, ou Le saint Alexis, tragédie de 1645 par Nicolas Mary, sieur Desfontaines (éd. nouvelle par Claude Bourqui et Simone de Reyff, Paris, Société des textes français modernes, 2005).
  • La Vida de san Alexo. Comédie hagiographique d'Agustín Moreto (1618-1669), écrite en 1657, publiée à Valencia en 1676 chez B. Macé.
  • Sant'Alessio, oratorio de Camilla de Rossi, composé en 1710.
  • Le Dit d’Alexis, homme de Dieu, pour chœur et orchestre, op. 20, cantate de Nikolaï Rimski-Korsakov composée en 1878 (5' 40).
  • Le pauvre sous l'escalier : trois épisodes d'après la Vie de saint Alexis, pièce d'Henri Ghéon publiée en 1920 aux Éditions de la Nouvelle revue française.
  • Komedija o Aleksee (« Comédie sur Alexis »), pièce du poète russe Mikhaïl Kouzmine (1872-1936), représentée au Théâtre de la Kommissarževskaja (date inconnue).

Références[modifier | modifier le code]

  1. www.forum-orthodoxe.com saints pour le 17 mars du calendrier ecclésiastique.
  2. nominis.cef.fr Nominis : Saint Alexis.
  3. Édition d'Hippolyte Delehaye, Synaxarium Ecclesiae Constantinopolitanae. Bruxelles, 1902, col. 543-544
  4. Voici la liste des éditions. BHG 51 : Francisco Maria Esteves Pereira, « La légende grecque de l'Homme de Dieu, saint Alexis », dans Analecta Bollandiana, 19 (1900), p. 243-253. BHG 52 : Margarete Rösler, Die Fassungen der Alexius-Legende (...). Wien & Leipzig, 1905 (= Wiener Beiträge zur englischen Philologie, 21), p. 118-154. BHG 53 : H.F. Massmann, Sanct Alexius Leben. Quedlinburg, 1843 (= Bibliothek der gesamten deutschen National-Literatur, 9), p. 201-208. BHG 54 : Idem, ibid., p. 192-200.
  5. Notons qu'aucun pape ne porta ce nom, ni au début du Ve siècle ni à aucune autre époque.
  6. Luis Vásquez de Parga, « La más antigua redacción de la leyenda de San Alejo », dans Revista de bibliografía nacional, 2 (1941), p. 245-258 ; B. de Gaiffier, « Source d'un texte relatif au mariage dans la Vie de S. Alexis BHL 289 », dans Analecta Bollandiana, 63 (1945), p. 49, n. 4 ; U. Mölk (1976), p. 295.
  7. L.J. Engels (2002), p. 127.
  8. M. Perugi (2000), p. 34, n. 78.
  9. L.J. Engels (2002), p. 128.
  10. M. Perugi (2000), p. 34, n. 78 ; L.J. Engels (2002), p. 128-129.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amiaud Arthur, La légende syriaque de saint Alexis, l'homme de Dieu. Paris, E. Bouillon, 1889 (= Bibliothèque de l'École des hautes études. Sciences philologiques et historiques, 79).
  • Bordier Jean-Pierre, « La maison d'Alexis », dans « Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble ». Hommage à Jean Dufournet (...), tome I. Paris, H. Champion, 1993, p. 243-256.
  • Boulhol Pascal, Ἀναγνωρισμός. La scène de reconnaissance dans l'hagiographie antique et médiévale. Aix en Provence, Publications de l'Université de Provence, 1996.
  • Decuble Gabriel Horatiu, Die hagiographische Konvention : zur Konstituierung der Heiligenlegende als literarische Gattung, unter besonderer Berücksichtigung der Alexius-Legende. Konstanz, Hartung-Gorre, 2002.
  • Engels Louk J., « The West-European Alexius legend : with an appendix presenting the medieval Latin text corpus in its context (Alexiana Latina Medii Aevi, I) », dans Annekke B. Mulder-Bakker (ed.), The invention of saintliness. London & New York, Routledge, 2002, p. 93-144.
  • Gaiffier (de) Baudouin, « Intactam sponsam relinquens. À propos de la Vie de saint Alexis », dans Analecta Bollandiana, 65 (1947), p. 157-195.
  • Gieysztor Alexander, « La légende de saint Alexis en Occident : un idéal de pauvreté », dans Michel Mollat (éd.), Études sur l'histoire de la pauvreté. Paris, 1974 (= Publications de la Sorbonne. Série « Études », tome 8), tome I, p. 125-139.
  • Golinelli Paolo, La leggenda di sant'Alessio in due inediti volgarizzamenti del Trecento e nella tradizione letteraria italiana. Siena, Edizioni Cantagalli, 1987.
  • Mölk Ulrich, « Die älteste lateinische Alexiusvita (8./10. Jahrhundert). Kritischer Text und Kommentar », dans Romanistisches Jahrbuch, 27 (1976), p. 293-315.
  • Perugi Maurizio, La Vie de saint Alexis. Édition critique. Genève, Droz, 2000.
  • Perugi Maurizio, Saint Alexis, genèse de sa légende et de la Vie française : révisions et nouvelles propositions, accompagnées d'une nouvelle édition critique de la Vie. Genève, Droz S.A., 2014.
  • Saint Alexis à l'époque moderne = MEFRIM 124, 2 (2012).
  • Stebbins Charles E., « Les origines de la légende de saint Alexis », dans Revue belge de philologie et d'histoire, 51/3 (1973), p. 497-507.
  • Storey Christopher, An annotated bibliography and guide to Alexis studies (« La Vie de saint Alexis »). Genève, 1987 (= Histoire des idées et critique littéraire, 251).

Annexes[modifier | modifier le code]

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